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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Prendre la parole pour marquer les esprits

de Adrien Rivierre

récension rédigée parFabienne Matuszynski-CamposRédactrice, correctrice, chargée de projets communication et édition.

Synopsis

Économie et entrepreneuriat

Comment s’exprimer à l’oral et en public pour transmettre un message avec force et conviction, influencer les esprits tout en dévoilant sa personnalité ? C’est tout l’enjeu de cet ouvrage qui liste soixante outils destinés à détailler autant de techniques destinées à améliorer ses prises de parole, qu’il s’agisse de discussions familiales, de débats entre amis, d’une conférence ou d’un entretien d’embauche. Car la prise de parole n’est pas innée, bien au contraire : il s’agit d’un apprentissage que chacun peut mener pour devenir un orateur talentueux, pour dépasser ses appréhensions pour finalement y prendre du plaisir.

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1. Introduction

Prendre la parole devant un auditoire, quel qu’il soit, n’est pas chose aisée. C’est un savoir-faire qui s’apprend, mais qui doit également être dédramatisé, d’autant que cet apprentissage n’est plus pris en charge par l’école depuis 1902.

Ainsi, Prendre la parole pour marquer les esprits propose soixante outils concrets pour apprendre à s’exprimer oralement en public, que l’auteur a enrichis de très nombreux exemples tirés de discours célèbres du monde de la politique, de l’histoire, de la littérature ou encore du cinéma, ainsi que d’exercices pratiques – car en la matière, rien ne remplace l’expérience.

2. Prendre la parole en public, c’est créer un dialogue

Connaître les conditions exactes d’une prise de parole est incontournable, car ce sont ces conditions qui détermineront l’ensemble de l’intervention. Afin d’éviter tout stress inutile et de se préparer efficacement, il convient de se renseigner auprès des organisateurs : taille et composition de l’audience, temps imparti, conditions matérielles de la prise de parole… Ces éléments permettront de construire l’intervention la plus pertinente qui soit pour l’audience, mais aussi avec laquelle on sera le plus à l’aise. Ensuite, le socle de la prise de parole est de savoir à qui l’on parle, mais aussi quelles sont les attentes de nos futurs interlocuteurs.

Connaître son public permet en effet d’adapter le discours en conséquence (public favorable ou défavorable, experts ou non-spécialistes…), de savoir pourquoi on sera écouté (information, argumentation…), ou encore de déterminer l’image que l’on souhaite renvoyer (sympathie, autorité…). Cette étape, trop souvent négligée, est pourtant cruciale pour construire sa prise de parole : niveau de détail, complexité, choix des exemples, ton, etc.

Pour devenir plus convaincant, plus inspirant, la question à se poser est : « Pourquoi le public écouterait-il ce que l’orateur a à dire ? » La réponse doit guider l’ensemble du discours. En effet, une prise de parole n’a pas à être un monologue, sous peine de perdre très rapidement l’attention des interlocuteurs, voire même leur sympathie. Créer du lien est indispensable, et pour ce faire il existe plusieurs moyens.

D’abord, le regard : générer et maintenir un lien visuel permet aux auditeurs de se sentir concernés. C’est pourquoi il est important de se détacher de ses notes, car en baissant la tête même un court instant on rompt tout contact visuel. Ensuite, l’instauration d’un dialogue, par exemple en usant de questions rhétoriques, ou encore en faisant participer l’audience (sondage à main levée, questions…) : interagir permet de rendre le public actif et de maintenir son intérêt. Enfin, tout bon orateur se doit de rester à l’écoute de son audience, d’entrer en empathie avec elle et de s’adapter à ses réactions.

3. La préparation, une étape incontournable

Déterminer le message à faire passer constitue la première étape de la préparation. C’est aussi l’élément que doit suivre l’orateur d’un bout à l’autre de la prise de parole. Ce message doit être unique, au risque de submerger le public d’informations.

Il doit également être défini le plus précisément possible et formulé clairement, en quelques mots concis, pour répondre à la question : « Que doit retenir l’audience de cette prise de parole ? » Tous les grands discours qui ont marqué l’Histoire portaient un message non seulement porteur d’un sens fort, mais étaient également formulés d’une manière percutante destinée à générer une vive émotion, marquer les esprits et donner envie de le partager. La bonne formule peut ainsi prendre la forme d’un slogan ou d’une « punchline », une phrase coup de poing.

En outre, une prise de parole en public ne peut être percutante que si elle est construite en amont autour d’un plan orienté vers l’objectif que l’on souhaite atteindre. Ce plan permet de conférer plus de clarté au message, de partager plus facilement ses idées en rendant la réflexion compréhensible, mais aussi de favoriser la mémorisation.

Plusieurs types de plans existent et peuvent être adaptés à tous les types de prises de parole : plan chronologique (pour décrire l’évolution d’un phénomène au cours du temps), plan du diagnostic médical (pour étudier les causes d’un phénomène), plan du besoin-réponse (pour répondre à un besoin insatisfait), et enfin plan rhétorique (pour développer des arguments rationnels sur un sujet donné).

Les supports visuels ou matériels sont des outils particulièrement puissants dès lors que l’on respecte certaines règles. Ils sont en effet d’importants vecteurs de mémorisation et d’émotion, car ils sollicitent, de manière simultanée, un autre sens que l’ouïe. Ces supports (images, graphiques, citations, objets…) ne sont là que pour renforcer les propos de l’orateur et ne doivent en aucun cas lui voler la vedette. Il faut savoir qu’en attirant l’œil, ils détournent l’attention des auditeurs : leur présentation doit donc se faire en parfaite synchronisation avec le discours, mais aussi viser la brièveté (une idée par visuel, pas plus de vingt mots par slide…) et la facilité de compréhension. Les supports sont là pour illustrer et renforcer le discours, pas pour s’y substituer.

4. L’introduction et la conclusion, deux moments clés

Les premiers et les derniers mots d’une prise de parole sont cruciaux pour qui souhaite marquer les esprits de ses interlocuteurs. Une trentaine de secondes suffit à une audience pour décider si elle écoutera ou non, mais également pour se forger une première impression : aussi le fait de capter son intérêt et éveiller sa curiosité dès les premiers mots représente un véritable enjeu.

Entrer directement dans le vif du sujet, interpeller grâce à une ou plusieurs questions ou grâce à une déclaration « choc », mettre en avant un fait ou un chiffre saisissant, raconter une histoire grâce au storytelling , utiliser l’humour, une citation, une image ou une vidéo, sont autant de bons moyens de réaliser une introduction percutante, brève et claire.

C’est le moment d’énoncer le plan, mais aussi de faire passer les informations les plus importantes ? voire de ménager une tension, car le début et la fin d’un discours cristallisent l’essentiel de l’attention de l’audience. Pour créer cet effet dramatique, le silence est le meilleur atout de l’orateur. Il permet non seulement d’attendre que l’assistance soit totalement à l’écoute, mais aussi de créer une attente source d’autorité et de solennité.

La conclusion, qui clôt le propos, est cruciale, car les mots entendus en dernier sont ceux que le cerveau humain mémorise le mieux. C’est ici que se forge l’image que les membres de l’assistance conserveront durablement de l’orateur.

C’est le moment propice pour rappeler le message principal certes, mais aussi pour mettre en avant une idée forte ou surprenante, pour partager une vision inspirante, voire même pour inciter à agir à travers un appel à l’action clair et concret. « L’objectif est que vos interlocuteurs repartent avec de quoi réfléchir. Si tel est le cas, ils se souviendront de votre intervention ! » (p. 65). Pour ce faire, l’orateur dispose de nombreux outils lui permettant de jouer sur le registre de l’émotion.

La conclusion ascendante joue sur l’emphase pour créer une apothéose, tandis que dans la conclusion descendante la voix de l’orateur se fait de plus en plus douce pour basculer vers un registre intimiste.

5. Comment rendre le cœur de son discours percutant ?

Adrien Rivierre souligne l’importance des exemples et des chiffres notamment dans le cadre d’une prise de parole visant à convaincre. En effet, si ces éléments concrets et vérifiables représentent un socle admis par tous qui permet d’asseoir une démonstration, ils ont surtout l’avantage de marquer fortement l’esprit et de favoriser la mémorisation. Pour obtenir cet effet, il convient de choisir ses exemples avec soin, en tenant réellement compte de son audience pour une personnalisation maximale. Dans le cas des chiffres, les limiter à quelques-uns et choisir une présentation astucieuse et simplifiée permet au public de se faire une idée plus concrète et de s’approprier des données.

De nombreuses figures de style s’offrent à l’orateur, qui n’a aucune raison de se priver de ces merveilleux outils. L’anaphore, qui consiste à répéter plusieurs fois le même groupe de mots, crée une musicalité très marquante permettant d’obtenir une gradation forte en émotions. L’accumulation, qui consiste à mettre bout à bout plusieurs termes d’intensité grandissante ou décroissante, génère un effet fédérateur d’accélération ou de ralentissement. L’hyperbole, qui met en valeur et intensifie une idée grâce à l’exagération, permet de grossir le trait. L’allitération (répétition d’une même consonne) et l’assonance (répétition d’une même voyelle), qui jouent sur l’esthétique et le symbolique, miment les émotions que l’on souhaite transmettre. Enfin, l’orateur prendra soin de chasser toutes les petites scories, ces onomatopées ou bruits de bouche que l’on produit machinalement lorsque l’on réfléchit ou que le l’on souhaite combler un silence.

Par ailleurs, le rythme ternaire est très utilisé dans les discours les plus célèbres – et à raison. Le chiffre trois, très présent dans la culture occidentale, symbolise si puissamment l’équilibre et la perfection qu’il en vient à influencer notre vision du monde. Il crée également un équilibre rythmique très musical, aussi beau qu’efficace puisqu’il reproduit la manière de penser et de concevoir le monde qui nous accompagne depuis notre enfance.

Ce rythme ternaire peut donc être utilisé tant au niveau des idées , du plan (classés par trois, les arguments se suivront de façon logique et laisseront une impression de complétude), qu’au niveau de construction de la phrase (juxtaposer trois termes permet de les rendre plus puissants).

6. S’exprimer avec style

La mise en scène permet de renforcer la présence et la prestance d’un orateur. Se placer au centre d’une pièce, d’une scène ou d’une table permet de renforcer son autorité et son prestige : l’on se place ainsi au centre de l’attention de tous. S’approprier l’espace peut passer par le fait de réorganiser la disposition de certains éléments (pupitre, table…), ou encore par le déplacement latéral (de gauche à droite par rapport au public) qui renvoie une image de confiance et d’assurance, tandis que les déplacements en profondeur (d’avant en arrière) sont synonymes de malaise voire de peur.

Lors de ces déplacements, le contact visuel avec l’audience ne doit jamais être interrompu, et ce même pour regarder ses pieds. Si l’orateur vient à chuter, l’autodérision permettra de dédramatiser rapidement la situation tout en générant une précieuse complicité avec le public. Car le charisme d’un orateur se forge également grâce à son adaptation au moment présent (trait d’humour, répartie, réaction du public…) ; un savoir-faire qui s’acquiert avec l’expérience. L’improvisation, si elle semble spontanée, repose toujours sur une préparation au niveau de la structure. Même si cela confère de la spontanéité et renforce le lien avec le public en ancrant la prestation dans le moment présent, improviser n’est nullement obligatoire pour fournir une prise de parole de qualité.

En outre, le corps peut être le meilleur allié de l’orateur. Ainsi, une bonne posture (dos droit, pieds ancrés au sol) inspire le respect et garantit une bonne respiration et une bonne projection de la voix. La gestuelle mime et renforce les propos : par exemple, les mains paumes ouvertes tournées vers le ciel sont signe d’ouverture tandis que les paumes fermées tournées vers le sol symbolisent la domination. Le langage du corps ouvre également une fenêtre sur l’état psychologique de celui qui parle grâce au langage non-verbal : par exemple, poser ses mains sur une table est signe d’autorité et de pouvoir, croiser les bras montre l’existence d’une certaine méfiance, jouer avec ses lunettes est une attitude de séduction.

Enfin, l’orateur a la possibilité de moduler sa voix et d’user de silences pour produire des effets de rythme et d’emphase qui serviront son propos.

7. Conclusion

Une prise de parole à même de marquer les esprits fait appel à la fois à des arguments rationnels et à des émotions. L’élément central est le message à faire passer : ce dernier doit rester le fil conducteur du travail de préparation, mais aussi de l’ensemble de la prestation. L’orateur dispose ensuite de toute une palette d’outils (storytelling, supports, techniques rhétoriques, figures de style…) qui pourront l’aider à atteindre son objectif.

Pour ce faire, il est incontournable de déterminer pourquoi l’audience aurait envie de nous écouter, mais aussi de créer et de maintenir un lien et un dialogue). La prise de parole demande d’être souple et attentif à son audience afin d’adapter le discours au moment présent.

Chaque orateur est unique : la clé est d’être soi-même, être fidèle à sa personnalité, mais aussi d’apprendre à se connaître pour faire en sorte d’être le plus à l’aise possible et de prendre du plaisir à s’exprimer. L’impression d’authenticité qui est alors générée découle aussi d’une certaine cohérence de l’orateur avec le message qu’il défend : c’est pourquoi pour convaincre il est indispensable d’être pleinement convaincu de ce que l’on dit, d’incarner son message.

8. Zone critique

Adrien Rivierre livre ici un ouvrage inspirant, riche d’enseignements concrets tout en restant particulièrement accessible et ludique. Des exercices pratiques sont proposés tout au long de la lecture et permettent d’améliorer très précisément certains points. Des illustrations humoristiques et des sous-titres en forme de clin d’œil ponctuent avantageusement la découverte de chacun des soixante outils présentés. Chaque chapitre se clôt par l’interview de personnalités dont l’activité se construit autour de la prise de parole, dans des domaines très différents (radio, droit, musique, politique…).

L’auteur illustre son propos de très nombreux exemples tirés de sources variées, parfois inattendus, mais toujours pertinents et judicieusement choisis : discours politiques historiques ou contemporains, réquisitoires antiques, voix off de jeux vidéo, répliques de films, littérature, poésie…

Ces exemples rendent la lecture particulièrement plaisante tout en dédramatisant l’art de prendre la parole : le lecteur se surprend alors à découvrir de la rhétorique dans de nombreux aspects de son quotidien – et à aimer ça. Ainsi, le livre atteint son objectif en faisant passer ce message : l’art de bien parler est un outil extraordinaire.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Prendre la parole pour marquer les esprits, Paris, Marabout, 2018.

Autres pistes– Aristote, Rhétorique, tomes I à III, Paris, Les Belles Lettres, 2011.– Dale Canegie, Comment parler en public, Le Livre de poche, 1992.– Cicéron, De l’orateur, tomes I à III, Les Belles Lettres, 2019.– Amy Cuddy, Montrez-leur qui vous êtes, Paris, Marabout, 2018.– Dan Heath et Chip Heath, Ces idées qui collent : pourquoi certaines idées survivent et d’autres meurent, Montreuil, Pearson, Coll. « Village Mondial », 2016.

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