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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Petit traité de l'abandon

de Alexandre Jollien

récension rédigée parC. Piraud-Rouet

Synopsis

Philosophie

Dans ce livre, comme dans tous ses autres ouvrages, l'auteur, Alexandre Jollien, poursuit sa quête d'une sagesse qui apporte la paix intérieure, en puisant dans une double tradition : la philosophie et le zen. En vingt chapitres thématiques (l'ami, l'humilité, la simplicité, l'abandon, le lâcher-prise…), il apporte à la fois un remède et une méditation sur les obstacles qui nous écartent de la joie et les chemins qui nous y conduisent. Et qui constituent, à ses yeux, le cœur d’une vie spirituelle accomplie. Ce Petit Traité de l’abandon vise à être un viatique pour accompagner les hauts et les bas de l’existence.

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1. Introduction

Pour Alexandre Jollien, si la joie est le but à atteindre, la voie royale pour la vivre est l'abandon ou, en termes bouddhistes, la « non-fixation ». Ce qui implique d’« être » intensément dans le présent, afin de pleinement s’ouvrir à son moi intérieur, à l'autre et au monde. C'est aussi un chemin pour s'accepter tel que l'on est, même handicapé.

Comme dans ses autres ouvrages, le philosophe puise dans la tradition du zen, mais aussi dans la foi chrétienne, sa « langue maternelle », pour nous faire partager ses réflexions sur le sens de l’existence.

Son mantra : les étiquettes enferment les choses et les gens. Alexandre Jollien se réfère fréquemment, tout au long de ces pages, au concept de « non-fixation ». Une formule qui appelle à ne pas figer les choses, à ne pas les fixer, sans pour autant les nier. À la clé, pour l’homme, la recherche de l’apaisement face à ses démons intérieurs, l’accès à la sérénité, et donc au vrai bonheur.

2. Le rapport à soi : se mettre à nu pour se découvrir pleinement et atteindre la sérénité

L’auteur invite à adopter une position globale face aux aléas de l’existence, mais aussi face aux richesses que celle-ci nous offre. Selon lui, la sagesse commence par apprendre à cohabiter avec le manque, toujours présent chez chacun d’entre nous, même dans les moments les plus agréables.

Cet état de non-manque se trouve, justement, lorsqu’on ne cherche plus à lutter contre nos ennemis intérieurs (angoisses, peurs, tristesse…). Ce qui peut passer par la pratique régulière de la méditation, pendant laquelle il conseille de laisser filer toutes ses pensées, y compris les plus atroces. Il appelle à les considérer comme des oiseaux, derrière lesquelles se cacherait un ciel immensément bleu.

Cette attitude, qui revient à s’interroger sur son rapport à soi-même, passe par plusieurs vecteurs. Le premier : le dépouillement. Loin du « moi je » et du « moi d’abord », il s’attache à un nouveau credo : « plus de liens, moins de biens. » Objectif : s’orienter résolument vers la voie du détachement, vis-à-vis de toutes les représentations mentales dont nous recouvrons les choses, les êtres et, en fin de compte, nous-mêmes.

Deuxième levier : le désir, pourtant souvent vu avec méfiance par la spiritualité. Alexandre Jollien rappelle que fréquemment, il y a un gouffre entre ce après quoi nous aspirons vraiment, et ce après quoi nous courons. Il conseille d’ « être à l’écoute des désirs qui me caractérisent et les considérer comme des enfants » (p. 49), afin de n’émettre sur eux aucun jugement a priori. Troisième force : la détente. Or, plus on la cherche, moins on l’atteint.

Alexandre Jollien analyse aussi ce qu’il appelle « la détermination ». Pour lui, les véritables héros sont ceux qui, jour après jour, heure à après heure, parviennent à surmonter les difficultés de leur quotidien. La détermination, c’est la persévérance : continuer coûte que coûte à avancer, à progresser, tel que l’on est. Il prône aussi la gratitude, ou l'aptitude à recevoir à leur juste valeur les cadeaux de la vie, sans en vouloir toujours plus.

Autres recommandations du philosophe : la « gratuité ». À savoir, être totalement dans l’action, sans penser à ce qu’on fera après. Il n’y a pas à chercher de sens à l’existence : la vie est purement gratuite. Il faut plutôt se demander comment donner le maximum de tout ce qu’on est aujourd’hui.

Enfin, il vante l’humilité, qui nous invite à être vrai, sans surjouer, et en laissant l’autre tel qu’il est, sans avoir la prétention de vouloir le changer. Mais aussi la simplicité. Mener une vie simple, c’est se demander ce qu’il y a de central dans son existence. La simplicité, c’est bien davantage que l’acceptation de soi. C’est être avec soi, avec une infinie bienveillance.

3. Le rapport à l’autre : vérité, non-comparaison et amour inconditionnel

Selon le mot d’Aristote, nous sommes des animaux politiques. Nous vivons grâce à l’autre, grâce aux rencontres. « Rencontrer l’autre, c’est se dépouiller d’un peu de soi, de tout ce qu’on projette sur l’autre », écrit Alexandre Jollien. (…). C’est faire éclater cette distinction : moi et non-moi, c’est mettre fin à leur face-à-face ».

C’est mettre à bas nos préjugés, sortir de sa carapace, de ses repères, mais aussi, oser faire des faux pas. En matière relationnelle, note-t-il, on récolte ce qu’on sème : plus on s’intéresse à l’autre, plus on a de chances d’obtenir ce qu’on souhaite. Et ce, hors de tout schéma de manipulation. L’une des voies vers la liberté intérieure n’est pas à trouver dans l’affirmation de soi, mais juste dans le fait d’être là, ouvert à l’autre. Alexandre Jollien cite son mentor Swâmi Pradjânpad, selon lequel « aimer quelqu’un, c’est l’aider à se détendre » : une maxime qu’il s’efforce de mettre en pratique au quotidien.

L’auteur consacre aussi un chapitre à « la comparaison ». C’est cette comparaison qui accroît la souffrance et crée le manque. Or, c’est dans le quotidien, dans le banal, que la joie réside. « Une conversion de ma vie fut de ne plus me demander : « Qu’est-ce qu’il me faut pour être heureux ? », mais « Comment être dans la joie, ici et maintenant ? » (p. 39), pointe Alexandre Jollien. Son idée : ce qui ne manque pas en soi devient un manque dès lors que je me compare à l’autre. Il donne l’exemple, tiré de Spinoza, de l’aveugle, comblé, car n’ayant pas connu la lumière, ou de celui qui n’a pas d’ailes et pour qui, de ce fait, cette absence est invisible et indolore.

Alexandre Jollien prône, surtout, de s’ouvrir à la bienveillance et à l’amour inconditionnel.

Son ambition : être un « ami dans le bien » pour ses proches, pour sa femme, pour ses enfants. Car cet amour rend plus douce la condition humaine de l'auteur, ainsi que sa différence. Toutefois, si le ressenti d’un tel amour est facile vis-à-vis de ses trois enfants, il a compris qu’il devait aussi le vivre vis-à-vis de sa propre existence et de son propre corps. J’aime tellement mon être que je suis invité à tout mettre en œuvre pour qu’il progresse, pour qu’il se délivre de tout ce qui l’empêche d’être joyeux et libre. » Sa définition de l'amour inconditionnel est aujourd’hui encore plus large. « Ce n'est pas la tolérance absolue. C'est la bienveillance totale envers ce qui est ici et maintenant » (p. 28).

4. Le rapport à Dieu et à la spiritualité : méditation et abandon total

Une large part de l’ouvrage est consacrée à ce que les Japonais appellent « satori », ou l’éveil, dans la tradition bouddhiste. Alexandre Jollien assure trouver une grande part de sa force mentale dans la pratique quotidienne de la méditation. Cette méditation, faite habituellement en position assise en tailleur, il la pratique couché, pour des raisons médicales. Les bouddhistes appellent cette méditation zazen (méditation sans objet). Il ne s’agit pas de se fixer un objectif, il faut que la détente survienne malgré soi. Elle est alors une rencontre vraie et authentique, celle avec la découverte de sa vraie nature.

Le philosophe expose aussi sa vision du Zen. Il avoue une tendance à fuir son corps, particulièrement inconfortable, en « allant galoper dans les idées ». Et il raconte également s’être rendu compte, lors de ses méditations, que le calme qu’il recherchait était déjà enfoui au fond de son cœur. Être zen, c’est se contenter d’être : il n’y a pas lieu de chercher à l’être. Il évoque l’image du torrent qui symbolise le flot de l’esprit, et qui coule naturellement du haut de la montagne vers la plaine.

D’où la nécessité de laisser s’écouler les pensées, sans chercher à les canaliser, à les brider. Dès lors qu’on se fige dans la colère, dans la haine, il y a souffrance. Selon lui, les principes zen se résument à « retourner au ras des pâquerettes, tout près de la vie, dans l’existence » (p. 114).

Il fait aussi appel à de nombreuses références chrétiennes (Saint François d’Assise, notamment), issues de son héritage familial et de ses fréquentes retraites dans des monastères. La foi est pour lui une source de paix véritable et profonde. « Est-ce que j’ai la foi ? s’interroge Alexandre Jollien. La réponse est oui et non. Certains jours, je me lève croyant pour me coucher athée. Pourtant, lorsque je médite en profondeur, la réponse est oui. Au niveau du cœur, j’y crois totalement ; mais rationnellement, c’est plus compliqué. » (p. 63)

Il compare la prière à la pleine mer : à la surface, les vagues sont nombreuses et fortes, mais « au fond du fond », c’est immensément calme et bienveillant. Pour lui, la prière, c’est « se présenter nu à Dieu, sans attente »(p. 65). C’est oser laisser la vie, sans vouloir changer quoi que ce soit. Croire rime aussi avec le summum de l’espoir.

5. Le lâcher prise face aux aléas de l’existence, chemin vers la joie

La vie peut être souffrance : celle-ci accompagne Alexandre Jollien depuis sa naissance, mais c’est l’acceptation de cette souffrance en soi qui permet d’en limiter le développement : «il ne faut pas nier la souffrance, car il n’y a rien de pire que de dire à ceux qui souffrent : « Il ne faut pas souffrir ! » » (p.19).

Ayant compris que quoi qu’il fasse, il ne pouvait pas se protéger contre la souffrance, il a pris le parti de faire de son désir un instrument de liberté et de bienveillance. Le mot « bienveillance » vient du latin « bene volens ». Le bénévolat, c’est vouloir le bien des autres, sans leur imposer sa propre version du bien.

Il raconte, comme illustration, l’expérience d’un yaourt qu’il ne pouvait manger seul et pour lequel il a demandé à son fils de lui apporter une cuillère… Comme ce dernier avait oublié, il a plongé dans le yaourt son maillet lui servant à taper sur le gong, éclats de rires partagés à l’appui. L’expérience de la souffrance est parfois toute proche de celle de la joie et du bonheur. Pour lui, ce moment a été celui d’une complicité intense avec son fils.

Autre recommandation : ne pas compliquer les choses, ne rien surajouter quand les difficultés apparaissent.

Son expression fétiche : « Ce n’est pas compliqué », n’est pas une invitation à la résignation, à baisser les bras, mais une nouvelle ascèse (ensemble d'exercices physiques et moraux destinés à libérer l'esprit par le mépris du corps). C’est une aide pour revenir à l’instant présent, à trouver la réponse adéquate à ce que dictent les circonstances. Il prône aussi la fragilité et la patience. « Ce n’est pas quand j’aurai réglé tous mes comptes avec la vie que je serai heureux. C’est ici et maintenant, avec mes mille blessures, que je suis déjà dans la joie » (p. 71), estime-t-il. Oser la patience, la non-lutte : là réside peut-être le summum du courage.

Il achève sur le rire, parfois hélas boudé par la spiritualité et la philosophie, mais qui peut devenir un instrument de liberté. Ce qu’il faut prendre en compte, ce ne sont pas les fous rires incontrôlés ou les rires de façade. Ce qui est important, c’est de savoir rire de soi, de ne pas prendre la vie au sérieux, mais sans jamais se moquer des autres.

Pour Alexandre Jollien, l’humour n’est jamais absent, même dans les moments les plus tragiques de l’existence. Le rire peut devenir un instrument de vie qui déracine nos velléités de fixation narcissique et nous aide à avancer.

6. Conclusion

Entre philosophie et bouddhisme, Alexandre Jollien propose un essai très riche, quoique court, d'une grande profondeur spirituelle et humaine. Le fil conducteur de cet ouvrage est l'abandon qui mène à la joie. Ne pas lutter contre l'existence, mais se laisser porter. Changer ce que l'on peut changer, et accepter ce sur lequel on n’a aucune prise. Se dépouiller de ce qui nous étouffe, ne pas étiqueter les êtres et les choses – par essence toujours mouvants – être pleins de gratitude envers la vie.

Alexandre Jollien nous invite à vivre intensément dans le présent, à ne pas « chercher à » mais « être », et vivre, tel qu'on est, avec ses forces et surtout ses faiblesses. À la clé, pour le lecteur : l’opportunité de se dégager le plus possible de l'anxiété, de la frustration, de la déception, créées par l'envie, la perte... Accueillir les personnes et les événements de la vie comme ils viennent, dans la joie, la simplicité, le dépouillement, la gratitude ou le rire : tels pourraient être les principes de cette réflexion inspirée par le zen.

7. Zone critique

Tous ceux et celles en recherche d'épanouissement personnel ne peuvent que se passionner pour ce Traité de l’abandon qui, tel un moulin à prières tibétain, invite, chapitre par chapitre, à la réflexion. Un livre positif et intelligent, rédigé par un homme qui sait, dans sa chair, ce que peut être la souffrance quotidienne. Et qui a su en faire une force pour accomplir sa vie, dans l'action et dans l’appréhension sans cesse renouvelée et appréciée de l’instant présent.

Un bémol, toutefois : si son style est accessible, le contenu est complexe, avec de multiples références en matière d’auteurs ou de notions. C’est pourquoi cet ouvrage s'adresse à un lectorat a minima initié à la philosophie, à la méditation et à la spiritualité. Trois matières qui font toutefois l’objet d’un intérêt croissant du grand public.

Ce livre se situe, enfin, dans la lignée des ouvrages des philosophes Frédéric Lenoir et Christophe André, ainsi que du bouddhiste Mathieu Ricard. Deux derniers auteurs avec lesquels Alexandre Jollien a justement signé un ouvrage collectif.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Petit traité de l'abandon. Pensées pour accueillir la vie telle qu’elle se propose, Points, coll. Essais, 2015

Ouvrages d'Alexandre Jollien

– Le Métier d'homme, Paris, Seuil, 2002.– La Construction de soi : un usage de la philosophie, Paris, Points, coll. Essais, 2012.– Le Philosophe nu, Paris, Points, coll. Essais, 2014.– Vivre sans pourquoi : Itinéraire spirituel d’un philosophe en Corée, Paris, Seuil, coll. Sciences humaines, 2015.– La sagesse espiègle, Paris, Gallimard, 2018.– André, Christophe ; Ricard, Mathieu ; Jollien, Alexandre, Trois amis en quête de sagesse, Paris, L’Iconoclaste, Coll. IC Hors Collect, 2016.

Autres pistes

– Frédéric Lenoir, Petit traité de vie intérieure, Paris, Pocket, 2012.– Christophe André, La Vie intérieure, Paris, L'Iconoclaste, 2018.

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