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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Repenser le colonialisme

de Ann Laura Stoler & Frederick Cooper

récension rédigée parÉmilien LegendreDiplômé du master d’Études moyen-orientales de l’ENS de Lyon et étudiant en Sécurité internationale à Sciences Po Paris.

Synopsis

Histoire

À travers une perspective globale intégrant à la fois les colonies antillaises, africaines et asiatiques des pays européens, les deux auteurs se proposent de renouveler l’histoire du « nouveau colonialisme » bourgeois et post-esclavagiste de la deuxième moitié du XIXe siècle en lui rendant toute sa complexité et sa contingence. Ils entreprennent ainsi l’observation des interactions multiples entre les groupes sociaux des sociétés coloniales, de l’hybridation de leurs identités et de la construction mutuelle de la colonie et de sa métropole à l’aune de cette expérience historique.

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1. Introduction

Cet ouvrage est constitué de l’introduction d’un projet éditorial collectif plus vaste, Tensions of Empire. Colonial Cultures in a Bourgeois World, dirigé par Ann Laura Stoler et Frederick Cooper alors professeurs à l’université du Michigan, et publié en 1997, au moment où les sciences sociales américaines prenaient un tournant interdisciplinaire. Il vise à renouveler le champ épistémologique des études coloniales, en proposant d’étudier dans le même temps l’espace colonial et l’espace métropolitain comme participant d’un unique champ analytique, l’espace impérial.

Faisant la synthèse des travaux effectués jusqu’alors, les deux auteurs montrent les limites des études dites « postcoloniales », auxquelles ils reprochent un manque d’empirisme et des catégories globales figées comme celles du « colonisateur » et du « colonisé », qui négligent la complexité de la rencontre coloniale, du positionnement idéologique des acteurs coloniaux et de la fabrique des identités. Prônant plutôt un travail de recherche complémentaire qui s’intéresse à la fois aux traits culturels du colonialisme et à l’économie politique du système colonial, ils s’efforcent de mettre en lumière des « tensions d’empire » qui émergent au sein des discours et des catégories produites par les Européens, des relations de pouvoir, de l’intime et de la sexualité des habitants de la colonie.

Ces tensions montrent qu’une « dialectique de l’inclusion et de l’exclusion » est à l’œuvre dans ce nouveau colonialisme du XIXe siècle, porté par des classes bourgeoises pourtant connues en métropole pour leur réformisme social et politique. L’influence du philosophe Michel Foucault est manifeste dans l’étude de ces thèmes, en particulier dans les relations entre savoir et pouvoir colonial.

2. Étudier ensemble la colonie et sa métropole

Au cours du XXe siècle, la société coloniale a été étudiée successivement comme un espace productif aux règles économiques distinctes de celles de la métropole, bénéficiant de matières premières et d’une main-d’œuvre bon marché ; comme un laboratoire de la modernité dans lequel médecins, missionnaires et éducateurs avaient le champ libre ; ou encore comme un lieu d’opportunités sexuelles et économiques débridées, loin des inhibitions de la société bourgeoise métropolitaine.

Ces images véhiculaient une vision trompeuse de la colonie, celle d’un terrain vierge se prêtant aux expérimentations et projets des colonisateurs. Or la réalité était bien différente, car la débauche sexuelle était bridée par les instructions de non-mixité, et les populations indigènes se montraient capables de contourner et de saper par divers moyens les pratiques de domination européennes.

Il est désormais impératif de considérer que les régimes coloniaux n’étaient « ni monolithiques ni omnipotents » (p. 20), et que la période de la colonisation ne se réduit pas à la projection dans les outre-mer d’États européens autonomes et déjà constitués. Au contraire, les études coloniales se doivent aujourd’hui d’identifier les influences politiques et sociales réciproques de la colonie et de sa métropole européenne, en sachant que ces deux espaces se sont construits de manière parallèle.

Au sein même de la colonie, l’exercice du pouvoir était compliqué par des programmes concurrents, qui mettaient en avant des stratégies variées de contrôle colonial, alors même que le positionnement de la population métropolitaine et des agents impériaux (planteurs, petits blancs, soldats) sur place, ainsi que leur implication dans la colonisation, reflètent une réalité très diverse. Il est important de réinsérer de la contingence dans l’étude de ce moment colonial et de la diversité dans chaque camp en présence.

S’inscrivant dans le sillage de l’ethnologue Georges Balandier, les auteurs insistent donc sur la nécessité d’« intégrer la métropole et la colonie, le colonisateur et le colonisé, au sein d’un même champ analytique » (p. 42). Considérer que l’initiative, qu’elle soit culturelle, économique ou politique, est toujours prise par la métropole reviendrait à nier les processus d’identification et de distinction portés par les populations indigènes et les agents de la colonie.

3. Repenser les catégories utilisées pour décrire les sociétés coloniales

En mettant en avant la collusion entre savoir et pouvoir à l’ère du colonialisme, selon une grille de lecture empruntée à Michel Foucault, Stoler et Cooper montrent comment le savoir colonial a permis de classer des individus, dans le but de les contrôler et de les surveiller : recensements, enquêtes ethnographiques, consignation de l’espace, des échanges, normalisation des pratiques, etc.

L’État colonial définissait les composantes de la société coloniale qu’il dominait, d’où la fixation des castes et des tribus, l’usage de concepts géographiques globaux comme l’Inde et l’Afrique, et ainsi l’homogénéisation et l’essentialisation de liens sociaux et politiques qui étaient auparavant « fluides et déroutants ».

Les élites des populations colonisées se prêtaient d’ailleurs souvent à l’élaboration de ces catégories, qui servaient l’intérêt des administrateurs. Ce savoir lui-même a occasionné des luttes entre les forces politiques de la métropole et de la colonie, portant sur des visions différenciées de la société coloniale en cours d’édification. Alors que l’avènement politique des classes bourgeoises au XIXe siècle reposait sur des principes politiques universalistes, l’extension de la représentativité politique et une nouvelle conception de la citoyenneté, les dirigeants européens durent à la fois incorporer une partie des classes populaires tout en distinguant d’elles les populations colonisées. La création de différentes catégories de travailleurs et de citoyens, l’établissement de distinctions raciales permirent de justifier un « exceptionnalisme colonial » et l’inégalité de traitement entre les habitants d’un même empire. Les projets coloniaux reposaient à la fois sur des dynamiques d’incorporation et de différenciation. Maintenir un tel équilibre était d’autant plus difficile qu’il fallait remplir une « mission civilisatrice » d’éducation et de formation des populations indigènes, conserver les colonies dans le giron politique impérial, tout en empêchant que ce processus de civilisation n’aille trop loin, et rende caduques les distinctions en place.

Dans les faits, la perméabilité des frontières culturelles et raciales était plutôt la règle, avec une part importante de groupes interstitiels comme les « sang-mêlé » (favorisés paradoxalement par les comportements transgressifs des colons) ou les « petits blancs », une réévaluation constante de ces frontières par les administrateurs coloniaux, et une contestation progressive de la supériorité des Européens par des populations indigènes de plus en plus éduquées.

Il n’y a donc pas eu un moment colonial marqué par des oppositions binaires auquel aurait succédé une période postcoloniale définie par la complexité culturelle et identitaire, mais bien une situation d’hybridité dès le départ.

4. Déconstruire les archives coloniales

La dépendance du savoir colonial vis-à-vis du pouvoir métropolitain conditionne les archives de cette époque, ainsi que les disciplines scientifiques dont les méthodes ont dû être réexaminées.

L’archive ne retranscrit qu’une sélection de discours dominants sur le colonialisme, elle est structurée par le récit officiel des événements et par le langage politique d’une époque : en cela, elle est un « artefact culturel » qu’il s’agit de déconstruire. Le chercheur spécialisé dans les études coloniales part ainsi avec un handicap, et les auteurs soulignent que pour effectuer une étude anthropologique de l’empire, il faut désormais « construire nos propres archives » (p.46).

Cela passe tout d’abord par la mise en lumière des différences d’appréciation des Européens vis-à-vis du régime colonial. Le terme de « colonialisme » masque en effet le fait que ceux qui permettent aux États conquérants de gouverner, de contrôler et de classer la population indigène sont issus de classes sociales différentes et conçoivent différemment leur participation. Ce sont les soldats, qui exercent le pouvoir de coercition, mais sont distincts de l’élite des administrateurs ; les commerçants, qui conduisent leurs affaires dans une certaine proximité avec les populations locales ; les hommes politiques et agents coloniaux, qui imposent des prescriptions qu’eux-mêmes ne respectent pas forcément dans leurs arrangements domestiques et sexuels.

Plusieurs récits montrent les hésitations et doutes des administrateurs coloniaux par rapport à l’étendue et la portée de leurs réformes sociales, au développement de la colonie, et à ses différences vis-à-vis de la métropole. D’après les auteurs, les « rumeurs, potins, et fantasmes » tiennent une place importante dans ces archives, montrant à la fois les angoisses des élites coloniales, la complexité des processus de production et de transmission de connaissances, et mettant à mal l’idée d’un appareil colonial omniscient.

Le nouveau programme, pour ces études coloniales, serait de rechercher les voix dissonantes, d’écrire une « histoire à parts égales » pour reprendre les mots de Romain Bertrand, c’est-à-dire une histoire qui laisse toute sa place aux discours et pratiques des populations dominées, qui participent de la transformation de la société européenne. Il faut décortiquer les structures de domination et de pouvoir, observer les « subtils changements du terrain idéologique » et étudier les intersections de programmes coloniaux concurrents. Il s’agit aussi de nuancer l’idée de « postcolonialité », qui renvoie systématiquement l’histoire des populations anciennement colonisées à la période et à la culture coloniales, et semble mélanger dans une seule identité « postcoloniale » des sociétés aux parcours extrêmement divers.

5. Identifier les « tensions d’empire »

Afin de montrer les contradictions du régime colonial et sa dynamique constitutive d’inclusion/exclusion, les auteurs s’efforcent de révéler les points de tensions de l’empire. L’une des plus visibles est celle de la reproduction de la main d’œuvre dans les colonies, ainsi que celle des populations sur place. La question de la sexualité, étudiée en particulier par Stoler, est un point d’observation essentiel des relations de pouvoir, concernant également le contrôle des corps et les questions d’identité.

Au XVIIIe siècle, les plantations esclavagistes des Antilles reconstituaient leur main d’œuvre à l’aide de la traite négrière. Mais cette forme de reproduction finit par créer un malaise au sein de la société métropolitaine, et le mouvement antiesclavagiste gagna de plus en plus de poids. L’esclavage fut donc aboli par les nouvelles sociétés bourgeoises, qui s’interrogèrent également sur les conditions et la moralité du travail forcé et du rapport des travailleurs de la colonie à la discipline industrielle, aux conceptions européennes d’hygiène et de nutrition, etc.

Alors que la « race » permettait de créer de nouvelles distinctions entre habitants des colonies et de la métropole, le problème de la dégénérescence raciale a été rapidement soulevé par les élites redoutant une contamination culturelle et morale, et des risques de contagion sanitaires liés à la fréquentation par les agents coloniaux des femmes indigènes.

Les femmes européennes ont pu jouer le rôle de garantes de la respectabilité bourgeoise et de la « normalité » sexuelle, renforçant l’idée d’une domination raciale blanche dans les colonies. Mais cette contamination était aussi crainte par les indigènes, qui se refusaient à une trop forte européanisation. Les déplacements des hommes entre leur lieu de travail, les hôtels pour hommes seuls et les villages étaient contrôlés, les arrangements domestiques repensés, et l’idéologie familiale a été mise en avant par les administrateurs de la colonie, tandis que les hommes envoyés depuis la métropole furent choisis selon un profil particulier. Tout échange affectif entre les groupes de population pouvait créer une forme de subversion politique, incarnée en particulier par les enfants de couples mixtes.

S’il est aujourd’hui admis que les catégories raciales ont été construites et continuellement réévaluées, la circulation des personnels dans l’empire a aussi offert des voies alternatives à la mobilité sociale, alors que plusieurs colonisés ont été intégrés aux armées impériales. Au XXe siècle, il était plus difficile pour les administrateurs coloniaux de cantonner les populations indigènes à des rôles politiques subalternes ou locaux : l’assimilationnisme français et le système anglais du gouvernement indirect finirent par permettre aux colonisés de jouer un rôle au niveau national.

6. Renouer avec l’étude de l’économie coloniale

Les auteurs regrettent que les études coloniales aient majoritairement pris un tournant culturel, étudiant les discours et les représentations plutôt que l’économie politique du colonialisme. La question économique aurait ainsi été réduite au modèle schématique de l’accumulation de ressources par les classes capitalistes métropolitaines, tandis que les groupes sociaux vivant dans les colonies ne seraient qu’un calque des classes sociales métropolitaines.

La colonisation a certes eu des motivations économiques, et profité à des intérêts particuliers (industries, banques, colons propriétaires), mais elle ne s’est pas, selon les auteurs, traduite par une accumulation substantielle de richesses en France ou en Grande-Bretagne. Les firmes coloniales étaient aidées par l’État afin d’extraire des communautés indigènes une main-d’œuvre bon marché ou des matières premières à bas coût, ce qui a empêché un accroissement de la productivité, le développement d’innovations et la construction d’une économie régionale intégrée, d’où la notion de « sclérose coloniale » mise en avant par une partie de l’élite politique dans les années 1920.

L’État colonial avait à gérer une constellation d’intérêts (administrateurs, industriels coloniaux, commerçants de la métropole et de l’empire) qui n’étaient pas toujours compatibles avec sa gestion politique, car il devait également se concilier les élites indigènes et éviter tous remous sociaux pouvant menacer l’intégrité impériale. Les couches sociales de la colonie n’étaient en outre pas perçues de la même manière par les colons d’une même nationalité, entre l’élite politique britannique qui rangeait tous les colonisés africains dans la classe des « résidus », correspondant à la plus basse catégorie de la société victorienne, alors que les missionnaires avaient une perception plus avantageuse du statut des travailleurs africains. Thème privilégié de Frederick Cooper, l’empire colonial ne pouvait être jugé comme une simple extension de la nation, encore en train de se construire à la fin du XIXe siècle. La domination française a pu donner le slogan « la France de cent millions de Français », mais la plupart ne se voyaient pas reconnaître de citoyenneté réelle et étaient bien distingués des nationaux par différents critères. L’établissement d’un État providence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale exacerba ces contradictions. La comparaison des systèmes impériaux pourrait permettre selon les auteurs de mettre en lumière une même grammaire de la domination, et d’observer s’il existe une forme générique du colonialisme, se déclinant selon les espaces et les traditions étatiques.

7. Éclairer l’histoire du temps présent

S’il est nécessaire d’étudier le moment colonial dans toute sa complexité, c’est parce que son héritage marque encore nos sociétés actuelles. La diversité des positionnements et des modes d’identification des habitants de la colonie (colonisateurs comme colonisés) et la richesse des échanges entre les différents espaces de l’empire fait voler en éclat l’opposition entre un monde colonial binaire, confiné culturellement et spatialement, et le monde d’aujourd’hui, marqué par des mouvements globaux, des liens sociaux rompus et des identités multiples.

De la même manière, on a tendance à opposer un racisme moderne, « culturel », au racisme du XIXe siècle qui était scientifique et systématisé dans les colonies.

Si les distinctions raciales formalisées étaient utiles à la métropole afin d’éloigner les populations colonisées et de restreindre leurs droits, les auteurs montrent qu’en réalité ces frontières étaient mouvantes et sans cesse accommodées par les colons, et que la notion de « race » n’était pas autant mise en avant dans le débat public. Depuis le XVIIIe siècle, le racisme n’a jamais reposé seulement sur des traits physiques ou biologiques propres à un groupe d’hommes particuliers : déjà à l’époque, il était fondé sur des « hiérarchies de civilité », des différences culturelles en matière d’éducation, de tempéraments et de dispositions psychologiques.

Quant à la notion de « mission civilisatrice », elle a laissé place après 1945 à celle de « développement », dernière forme sous laquelle transparaît les prétentions hégémoniques du colonialisme (p.96). L’histoire douloureuse des colonies se trouve gommée, tandis que les agences de développement expliquent la pauvreté par des causes secondaires, qui auraient freiné la croissance de ces pays et auraient retardé leur accès à la « modernité ». Interprétation déresponsabilisante et complaisante vis-à-vis des anciennes nations colonialistes, qui érigent ainsi leur propre vision du développement en normes universelles.

8. Conclusion

Cet ouvrage a considérablement renouvelé le cadre épistémologique et les pistes de recherche des études coloniales. Il met en lumière les contradictions du régime colonial et la dynamique impériale d’inclusion/exclusion des populations indigènes des colonies, selon une lecture attentive aux structures de domination et à leurs ramifications jusque dans l’intimité des espaces domestiques, aux interstices existant entre les catégories élaborées par les administrateurs coloniaux et à leur évolution, enfin aux programmes idéologiques et politiques concurrents qui empêchent de considérer les colonisateurs comme un groupe social monolithique.

De même, à travers une étude critique des archives et un élargissement de la focale scientifique permettant d’appréhender l’empire dans son ensemble, il apparaît que ce régime colonial n’était ni omniscient ni omnipotent, et que la métropole a aussi été largement influencée dans ses interactions avec les colonies.

Stoler et Cooper nous montrent en même temps que les études coloniales appartiennent à l’histoire du temps présent, et que les luttes et systèmes de distinction qu’ils observent ont des répercussions sur l’organisation de notre société actuelle, sur les discours politiques et sur nos conceptions de la nation ou de l’Europe.

9. Zone critique

L’ouvrage faisant la synthèse des travaux anglo-saxons réalisés depuis la fin de la période coloniale, il reste très utile afin de saisir les débats structuraux des études coloniales, et de comprendre quels ont pu être les excès du courant des postcolonial studies – même si plusieurs des chercheurs y appartenant, comme Homi Bhabha, ont su montrer l’ambivalence du rapport des colonisés à la culture impériale et l’hybridation des identités.

On peut regretter une traduction trop littérale par endroits, qui obscurcit certains points du texte. Celui-ci étant initialement destiné à être l’introduction d’une vaste somme sur le colonialisme et les « tensions d’empire », il se caractérise également par un haut niveau d’abstraction et une faible quantité d’exemples géographiquement situés. Cet intérêt pour les questions épistémologiques se rapportant aux sociétés coloniales, Ann Laura Stoler et Frederick Cooper l’ont approfondi dans des travaux ultérieurs, comme Along the archival grain dans lequel l’anthropologue détaille les enjeux et difficultés inhérentes au traitement des archives coloniales, ou Le colonialisme en question pour Cooper, qui l’a amené à réinterroger divers concepts (identité, modernité, globalisation, rationalité) liés de près ou de loin au colonialisme et à la domination européenne, façonnant notre compréhension du présent.

L’idée qu’il faille décentrer l’étude des sociétés coloniales en abordant des sources locales et propres aux populations indigènes afin de s’abstraire des catégories impériales, et considérer l’influence qu’a eu la colonie sur la métropole, est également un leitmotiv du travail de l’historien français Romain Bertrand, auteur de L’Histoire à parts égales.

10. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Ann Laura Stoler & Frederick Cooper, Repenser le colonialisme, Paris, Petite Biblio Payot, 2020 [1997].

Des mêmes auteurs– Frederick Cooper, Le colonialisme en question. Théorie, connaissance, histoire, Paris, Payot, 2010. – Frederick Cooper & Ann Laura Stoler, Tensions of Empire: Colonial Cultures in a Bourgeois World, Berkeley, University of California Press, 1997. – Frederick Cooper & Jane Burbank, Empires. De la Chine ancienne à nos jours, Paris, Payot, 2011. – Ann Laura Stoler, Along the Archival Grain – Epistemic Anxieties and Colonial Common Sense, Princeton University Press, 2010. – Ann Laura Stoler, La chair de l'empire. Savoirs intimes et pouvoirs raciaux en régime colonial, Paris, La Découverte – Genre et Sexualité, 2013.

Autres pistes– Arjun Appadurai, Après le colonialisme, les conséquences culturelles de la globalisation, Paris, Payot, 1996. – Emmanuel Blanchard, « A propos de : A. L. Stoler & F. Cooper, ‘‘Repenser le colonialisme’’ », Contretemps.eu, mai 2013.

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