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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Le bébé est une personne

de Bernard Martino

récension rédigée parCatherine Piraud-RouetJournaliste et auteure spécialisée en puériculture et éducation.

Synopsis

Développement personnel

Le bébé a longtemps été considéré comme un simple tube digestif, une petite chose aveugle et insensible. Ce livre, qui enrichit et prolonge le documentaire éponyme en trois volets diffusé à la télévision française à l’automne 1984, nous démontre que non seulement il n’en est rien, mais que, dès sa naissance, le nouveau-né est une personne, qui a déjà un passé. À travers une enquête passionnante, Bernard Martino nous apprend à créer un lien intense avec l'enfant afin de lui donner le meilleur départ dans la vie.

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1. Introduction

Dans le ventre maternel, le fœtus ne fait pas que bouger : il voit, il entend, il réagit. Cet ouvrage invite à communiquer avec le nourrisson dès avant sa naissance et à continuer après. En ce début des années 1980, Bernard Martino déroule l’ensemble des pistes, alors encore largement inexplorées, qui permettent de mieux comprendre l’univers, déjà riche et complexe, du nourrisson. Il nous fait découvrir ses multiples compétences et notamment son incroyable faculté de communication, pour qui sait décrypter son langage et y répondre.

Des enseignements qui s’appuient sur des rencontres avec divers spécialistes, notamment des psychanalystes dans la mouvance de Françoise Dolto, ou des spécialistes du « toucher affectif », tels que Frans Veldman, le créateur de l’haptonomie. Il nous emmène jusqu’en Hongrie, au sein d’une pouponnière respectueuse des besoins du tout-petit. Son propos se trouve donc à mille lieues de l’« hospitalisme » froid et impersonnel, dont il dénonce les méfaits sur le développement psychique de celui-ci.

2. Le fœtus est capable de ressentis, mais aussi de mémoire

Au début des années 1980, le bébé faisait encore l’objet de préjugés tenaces : il ne voit pas, n’entend pas, ne comprend pas… Le fœtus étant encore moins considéré comme une personne. Des croyances erronées remises en question de manière spectaculaire par Bernard Martino.

L’auteur énumère les épisodes où les réactions du bébé à naître montrent que ses organes sensoriels fonctionnent déjà à merveille. Un fœtus qui lève les mains pour se protéger les yeux de la lumière trop vive braquée sur le ventre maternel lors d’une échographie ; un autre dont le rythme cardiaque s’affole lorsqu’on diffuse un son strident via un haut-parleur ; un, encore, qui s’agite à la diffusion de la Cinquième Symphonie de Beethoven. Et, plus troublant encore, cet autre qui se dérobe devant une aiguille de prélèvement de sang introduite dans l’utérus, semblant signifier qu’il ressent de la peur… Par ailleurs, avant même sa naissance, le bébé est capable de sentir l’humeur de sa mère et y réagit. Dans les trois derniers mois de grossesse, il réagit au cycle de veille et de sommeil de celle-ci.

Le bébé naît ainsi avec une somme assez considérable de compétences. Des expérimentations ont montré qu’il peut y avoir une sorte de souvenir prénatal. Un nouveau-né est capable de reconnaître la voix de sa mère entre celles de plusieurs femmes. Lorsque celle-ci dit son nom, il tourne la tête dans sa direction et son corps s’agite. Le bébé se manifeste aussi en entendant la voix de son père. Face à deux phrases prononcées par la mère, dont l’une avec des mots non prononcés pendant la grossesse, les bébés manifestent aussi une préférence pour les paroles qui leur sont déjà familières. D’autres expériences ont montré que le bébé avait non seulement la mémoire des événements (par exemple, une marionnette déjà montrée à l’enfant une semaine auparavant), mais aussi des émotions (peur, tristesse, joie…).

Plus loin, les travaux de deux psychanalystes français, Olivier et Varenka Marc, ont montré qu’il semblerait que le bébé n’oublie jamais rien. Son corps emmagasine tout ce qu’il a vécu, jusqu’au stade cellulaire. Bernard Martino cite le cas d’Alexandre, un enfant de quatre ans, qui n’arrivait pas à dormir, était très angoissé. Et dont il s’est révélé, après discussion avec lui, que son jumeau était mort à ses côtés dans le ventre maternel.

3. L’haptonomie, ou science du toucher affectif

Le terme « haptonomie » vient du grec hapsis (toucher, ressenti, sentiment) et de nomos (la règle, la loi). L’haptonomie est, selon la définition de son inventeur, Frans Veldman, la « science de l’affectivité ». Loin du toucher médical, cette science du toucher du fœtus s’appuie sur un toucher affectif, par le simple positionnement des mains sur le ventre maternel. Par le toucher, le praticien se « prolonge » vers le bébé. L’utérus se détend, le bébé réagit et bouge, se déplace dans son habitacle. Avec, à la clé, pour les parents, une forme de communication inédite et bouleversante avec leur enfant à naître. Et, pour le bébé, un sentiment de profonde sécurité affective. Ce qui permet à la relation d’attachement, prônée par le psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby pour son bon développement, de se mettre en place avant même la naissance.

L’haptonomie peut aussi faire office de réelle aide médicale à la naissance. En cas de difficultés obstétricales, le praticien peut parvenir à modifier la position du bébé dans le bassin, par exemple à le faire se retourner s’il se présentant par le siège ou descendre s’il est placé trop haut. La technique est également un mode d’accompagnement à la naissance. Le jour J, en se livrant à un exercice psychique visant à la « prolongation », par la pensée, de son corps dans celui de son conjoint, la mère peut réussir à ne plus se recroqueviller sur elle-même, elle reste avec son bébé. En coupant court au « pouvoir » du médecin accoucheur, la pratique s’inscrit dans la mouvance d’une moindre médicalisation de l’accouchement.

L’haptonomie intervient encore après la naissance, pour aider au sentiment de sécurisation du bébé en enseignant aux parents la bonne manière de le porter. Il ne faut jamais toucher la tête, geste qui symbolise une soumission psychique ni saisir le bébé sous les bras, ce qui le rend manipulé, dépendant. Mais le soutenir au niveau de sa base, ou encore le caler contre sa hanche, en veillant toujours à n’emprisonner ni ses jambes ni ses bras. En clair, le détacher de soi pour l’ouvrir au monde. Selon Frans Veldman, les nourrissons ainsi guidés sont en avance sur l’ensemble du domaine psychomoteur. Ils sont plus autonomes, plus libres, avec une personnalité plus affirmée.

4. Accoucher dans des conditions plus respectueuses

Bernard Martino nous emmène à la maternité de Pithiviers, à la découverte de l’obstétricien Michel Odent, disciple de Frédérick Leboyer et praticien, notamment, de la naissance dans l’eau. Pour Michel Odent, la piscine n’est qu’un accessoire parmi d’autres : ce qui est important, c’est la redécouverte de positions ancestrales, choisies par les femmes et non par des médecins hommes, pour mieux maîtriser la douleur : par exemple, jambes fléchies, soutenues sous les bras. Mais jamais sur le dos, ce qui réduit la femme à un « champ opératoire passif », accuse Bernard Martino (p. 112).

Selon Michel Odent, les premiers instants post-naissance, où mère et enfant secrètent chacun un puissant flux d’hormones, susceptible de constituer la base physiologique de l’attachement, sont à préserver absolument. Or, l’obstétrique médicale a un peu « confisqué » tout ce qui tourne autour du vécu de la naissance. De fait, presque vingt ans après les travaux de Frédérick Leboyer, nombre de salles de naissance demeuraient impersonnelles, vivement éclairées et bruyantes. Et le bébé, immédiatement retiré à sa mère, pour une série de soins (aspiré, baigné, pesé, mesuré…), sans aucune urgence dans la plupart des cas.

Socle numéro un de cette « saine planification des accouchements », selon Bernard Martino : l’anesthésie péridurale, désormais pratiquée de manière quasi automatique et qui, sous couvert de supprimer la douleur des contractions, risque de rendre les femmes non plus actrices, mais simples spectatrices de leur accouchement. Un état de fait qu’il déplore d’autant plus que la naissance rimait avec transmission d’un savoir proprement féminin, avec rituel initiatique. L’auteur prône une troisième voie, qui obligerait le médecin à s’impliquer davantage dans l’écoute de la femme pendant la grossesse, pour l’aider à concevoir un autre rapport à la douleur, à son corps et à celui de l’enfant.

5. La relation mère-enfant, enjeu suprême du développement de ce dernier

Hypothèse de certains psychanalystes : en naissant, le bébé vivrait des « angoisses inimaginables », selon l’expression de Winnicott. Ayant ressenti toutes les composantes du milieu utérin (cordon ombilical, placenta, liquide amniotique…) comme faisant partie intégrante de lui-même, il ressentirait la naissance comme un véritable démantèlement. D’où un besoin vital de l’enveloppe, du continuum procuré par la mère après sa naissance.

Une théorie confirmée par diverses expériences menées par des chercheurs sur les interactions non verbales mutuelles entre la mère et son bébé, outil vidéo avec ralenti à l’appui. Le visionnage de ces séquences permet de mesurer le degré d’empathie et de communication mutuelle, dans des situations normales et d’autres jugées « anormales ». Parmi elles, celle du « still face », où le visage de la mère apparaît fermé, impassible, sans plus aucune interaction avec l’enfant. Celui-ci, décontenancé, essaie d’abord de la faire revenir vers lui, en gazouillant et en lui tendant les bras. Puis il tombe dans un état de détresse profonde, dont sa mère mettra plusieurs minutes à le sortir.

Serge Leibovici, psychanalyste, estime que la plupart des troubles que peuvent présenter les nourrissons trouvent leur origine plus dans un défaut de l’interaction mère-enfant que dans de réelles difficultés organiques. Et, plus profondément, dans un contexte familial, social, économique et culturel. Les spécialistes peuvent apporter un soutien rapide aux mères, pour les aider à modifier leur attitude envers le bébé en cas de fonctionnements/interactions jugés anormaux.

À ce stade de son histoire, le corps du bébé n’est pas encore tout à fait différencié de celui de sa mère. C’est pourquoi, quand on traite l’un, on traite l’autre. Ainsi, parfois, il suffit d’apprendre à la mère comment tenir son bébé de manière différente, par exemple dans ses bras et non pas sur son épaule, afin qu’il puisse la voir en train de le regarder, que ses troubles (par exemple, refus de s’alimenter ou de dormir) cessent très rapidement.

6. Soigner la relation parent-enfant par la parole

Pour la psychanalyse, ou science du langage, c’est le bébé qui a la clé de tout, c’est lui qui a le pouvoir de nous dire si quelque chose ne va pas. Même tout petit, il est étonnant de voir comme l’enfant suit le sens de ce que l’on dit, via ses mimiques et son comportement. Cette conscience précoce de l’enfant se révèle souvent par la somatisation, les troubles étant pour le bébé une méthode langagière pour exprimer son malaise.

Ainsi, un bébé qui vomit après la tétée peut simplement vouloir prolonger ce moment de bien-être en rendant à sa mère ce qu’elle lui a donné. C’est Françoise Dolto qui, la première, a dit que tout enfant qui naissait devait un jour être adopté par ses propres parents. Le psychiatre peut jouer un rôle de poids pendant la période de séjour à la maternité pour faire réussir le mariage entre l’enfant rêvé et l’enfant réel. L’écart parfois important entre le bébé rêvé, ses propres réactions et celles de l’entourage, peuvent parfois mener à la dépression. D’où l’importance de savoir accueillir, sans juger, les sentiments et questionnements des parents. Notamment face à l’arrivée d’un enfant handicapé, ou encore lors d’interventions dans des milieux sociaux difficiles, où les mauvaises interactions relationnelles sont souvent dues à des conditions socio-économiques difficiles.

Souvent, les symptômes du nourrisson sont reliés à des problèmes des parents eux-mêmes, remontant parfois loin dans les générations. Bernard Martino cite le cas d’un enfant qui ne veut pas téter. Il s’avère que sa mère est triste et angoissée du fait de la perte, récente, de sa propre mère. Dans tous les cas, lui expliquer clairement et précisément les choses peut suffire à remettre les choses en ordre. Objectif : sortir les parents des mots et des gestes dont ils sont prisonniers par habitude, pour en adopter d’autres qui font « sens », pour eux comme pour le bébé.

7. De la pouponnière déshumanisée et toxique à la crèche idéale, Loczy

Certes, des progrès ont été accomplis depuis les années 1950, où les parents étaient interdits de crèches, chasses gardées des puéricultrices, sur fond d’hygiénisme forcené. Les relations avec les enfants étaient aseptisées et impersonnelles. On ne leur parlait pas et on s’étonnait qu’ils aient des retards de langage. Bernard Martino déplore toutefois que dans de nombreux établissements d’accueil du jeune enfant, l’on norme encore farouchement les soins aux tout-petits : il faut laisser pleurer le bébé, sous peine de le rendre capricieux ; le langer ou le baigner avec telle ou telle technique… Le tout, sans tenir compte du caractère essentiel de la relation mère-enfant.

Les effets profondément délétères de cet « hospitalisme » ont été mis en lumière, vidéos à l’appui, par différents experts. Le témoignage le plus bouleversant est un film anglais, réalisé en 1969 par un couple de psychiatres, Jaimes et Joyce Robertson. Ceux-ci ont suivi pendant neuf jours la détresse croissante de John, 17 mois, placé en pouponnière et pris en charge de manière mécanique par une succession de puéricultrices. On suit, jour après jour, l’escalade de l’enfant dans la frustration, l’agressivité et la violence.

Mais un autre modèle est possible. Bernard Martino nous fait visiter la pouponnière hongroise de Loczy. Fondé par la pédiatre Emmi Pickler, l’établissement a mis en place une stratégie globale pour s’opposer aux effets de la privation des soins maternels, via des méthodes de soins personnalisés et bienveillants. Il faut surtout donner deux choses au tout-petit : une grande possibilité d’autonomie et la sécurité procurée par une relation intime et continue avec un nombre restreint de personnes. À Loczy, on parle doucement au bébé, on le manipule suivant les règles de l’haptonomie, après l’avoir prévenu, et on lui explique tous les gestes que l’on fait sur lui.

On cherche en permanence à capter son regard, à interagir avec lui. Les résultats sont probants : une enquête de l’OMS de 1970 a montré qu’à de rares exceptions près, les anciens de Loczy ne souffraient d’aucun des troubles des adultes élevés en institution (délinquance, échec scolaire…).

8. Conclusion

Non seulement le bébé est une personne, depuis un stade très précoce de la grossesse, mais c’est un individu passionnant, bourré de capacités étonnantes et qui a énormément à nous dire. Non seulement sur lui-même, mais aussi sur nous-mêmes.

En apprenant à décoder les signaux qu’envoie le tout-petit, en développant des interactions avec lui, l’on met au jour les enjeux et les dessous – parfois compliqués – de la relation parent-enfant. Le bébé renvoie les parents, à leurs propres failles, parfois profondément enfouies dans leur passé ou dans leur inconscient. Le rôle de la psychanalyse est crucial à cet effet, tant pour aider les deux parties à surmonter d’éventuels blocages que pour rassurer en profondeur les parents sur les capacités de leur bébé. Et, par ricochet, sur les leurs.

9. Zone critique

Le film de Bernard Martino, puis ce livre qui le suit quelques mois plus tard, a inauguré l’arrivée du bébé sur la scène médiatique et scientifique nationale, quelques années après les travaux de Françoise Dolto.

On doit à Bernard Martino d’avoir ouvert une brèche aussi salutaire qu’importante sur le regard porté sur le tout jeune enfant, ainsi que sur les excès de la médicalisation de la naissance. Près de trente-cinq ans après sa parution, les informations que cet ouvrage dispense sur les compétences du nourrisson sont aujourd’hui bien connues, et ont été largement prolongées, notamment par les neurosciences. Une discipline qui compléterait d’ailleurs utilement le fondement d’analyse de ce livre, à 100 % psychanalytique. La prépondérance du poids de la relation mère-enfant sur l’ensemble du développement de l’enfant, et notamment sur certaines pathologies, étant de plus en plus battue en brèche par les découvertes les plus récentes sur le cerveau de l’enfant.

10. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Le bébé est une personne, Paris, J’ai Lu, 1999 [1985].

Du même auteur– Le bébé est un combat, Paris, J’ai Lu, 1999.– Les enfants de la colline des roses : Loczy, une maison pour grandir, Paris, JC Lattès, 2001.

Autres pistes – Marie Thirion, Les compétences du nouveau-né, Paris, Albin Michel, 2002.– Frédérick Leboyer, Pour une naissance sans violence, Paris, Seuil, 1974.– Michel Odent, Le bébé est un mammifère, Paris, L’Instant Présent, 2014.

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