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La Fabuleuse Aventure des hommes et des animaux

de Boris Cyrulnik

récension rédigée parAnne-Claire DuchossoyDoctorante en littérature française (Universités de Bordeaux Montaigne et Georg-August Göttingen).

Synopsis

Société

Publié en 2010, cet ouvrage, construit à partir de documents anciens et contemporains, se penche sur l’éthologie, autrement dire la biologie des comportements, afin d’éclairer les liens qui unissent les animaux et les hommes depuis toujours.

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1. Introduction

L’histoire de la domestication des animaux est en lien avec l’évolution de l’homme. C’est par l’éthologie – la biologie des comportements – qu’est restituée ici cette évolution. Boris Cyrulnik évoque au fil des pages les grandes étapes de la domestication de certaines espèces d’animaux et le lien qui les unit aux hommes.

Quelles sont les origines de cette complicité ? Il est certain que l’animal est depuis toujours un miroir de l’homme. La question est aussi de comprendre comment la communication, sans paroles, s’effectue entre les deux.

2. L’homme, entre chien et loup

« Il est difficile de dire qui de l’homme ou de l’animal a transformé l’autre, tant ce dernier a participé à la construction de nos civilisations. » L’association avec l’animal a permis aux hommes de survivre face à une nature parfois hostile, leur a permis de devenir plus mobiles et donc de conquérir d’autres territoires. La cohabitation a débuté avec le loup, qui a été apprivoisé puis domestiqué, pour ensuite devenir chien. Les loups et les hommes chasseurs ont longtemps partagé les mêmes territoires.

La domestication est sans doute le résultat de la cohabitation et de l’attirance mutuelle : les loups se sont rapprochés progressivement des campements des hommes et il est également probable que des louveteaux aient été recueillis et nourris par les femmes. Les loups les plus dociles et obéissants sont donc restés auprès des hommes et, petit à petit, se sont transformés en chiens.

À la fin du Paléolithique, les hommes font face à des changements climatiques et aux disparitions de certaines espèces, et doivent donc se nourrir autrement. Le chien, qui est un pisteur né, devient leur assistant idéal pour chasser le gibier. Le chien du Néolithique a permis de protéger les troupeaux contre les loups. Le chien est une sorte de loup immature, de loup resté un éternel adolescent, selon les mots de l’auteur : il joue, attire l’attention sur lui, aboie, gémit et a besoin de ses maîtres pour se nourrir. Infantilisé, le chien est néanmoins sujet à un apprentissage sur le long terme et se montre donc plus performant intellectuellement que les loups restés à l’état sauvage qui ne répondent qu’aux besoins de survie immédiats. Les chiens sont devenus à la fois des guerriers et des compagnons au fil de l’évolution de l’humanité : « Les hommes ont cherché à sélectionner chez eux ce qui était susceptible de leur être utile dans leur vie de tous les jours. Ils les ont donc spécialisés et façonnés afin de répondre à divers usages. »

Certains, dès l’Antiquité gréco-romaine, sont destinés à être des animaux de compagnie, mais cela devient vraiment une mode à la fin du XVe siècle. À force de sélections et de mutations, il existe de nos jours 400 races de chiens qui ont toujours, selon les régions du monde, différents rôles.

3. La complicité des hommes et des animaux

Dès le Néolithique, l’homme a gardé près des villages les ruminants qu’il a domestiqués. Le buffle « est considéré comme celui qui a su délivrer l’homme du poids des fardeaux, aider à l’accomplissement de son œuvre civilisatrice et participer à rendre ses paysage féconds ». Le chasseur-cueilleur devenu agriculteur a dû s’approprier des animaux pour l’épauler dans ses tâches.

Si l’homme a tenté de domestiquer de nombreux animaux, certaines espèces ont résisté : la hyène, l’oryx beisa, la genette, le cerf, etc. Pour ce qui est des taureaux et des vaches, ils « n’ont pas seulement aidé l’homme dans son labeur, ils ont aussi habité son esprit », et cela depuis la Préhistoire. Le taureau est une figure dominante des religions du bassin méditerranéen. La vache, quant à elle, était considérée comme protectrice des femmes.

Boris Cyrulnik cite également les compagnons au long cours comme les rennes : les Tsaatans (peuple de Mongolie) boivent leur lait, mangent leur viande et se déplacent sur leur dos. Il y a aussi les chameaux et les lamas qui ont permis aux hommes de trouver des points d’eau et des pâturages. Il ne faut pas oublier le cheval qui est considéré comme un animal de conquête. Sa domestication s’est faite progressivement depuis 4 500 ans av. J.-C. Il a été utilisé pour le transport, le portage et la traction, puis a été monté (début du premier millénaire avant notre ère). Le mouton, quant à lui, est présent à travers le monde et arpente, avec son berger, la nature en quête de pâturages.

Pour finir, l’éléphant a également été un allié de l’homme dans sa conquête des territoires : certains ont permis de défricher les forêts, d’autres de gravir les montagnes pour triompher lors de guerres (Hannibal). Les hommes ont appris à utiliser la force de l’éléphant. Mais l’auteur note que son dressage est souvent synonyme de soumission et de maltraitance : l’éléphant est « battu et affamé par un homme, puis cajolé et nourri par un autre. Entre eux s’établira une relation reposant sur la confiance et la complicité qui durera toute une vie ».

4. L’animal religieux

Dans les religions présentes en Inde comme le brahmanisme, l’hindouisme et le bouddhisme, Boris Cyrulnik aperçoit l’existence de ce qu’il appelle l’animal religieux. « Selon cette tradition vieille de 7 000 ans, le cycle de naissances et de renaissances de l’âme peut se manifester sous sa forme terrestre, à travers l’homme ou l’animal. »

C’est pourquoi, dans ce pays, il y a un profond respect des animaux et particulièrement des vaches. Symboles de maternité, d’abondance et de fertilité, ces dernières fournissent le lait nourricier et accompagnent les hommes de la naissance à la mort. Le culte panthéiste des hindous est rempli de nombreuses divinités associées à des animaux : l’oiseau avec Garuda, l’éléphant avec Ganesha, le rat avec Karnij, etc. « À travers les régions et les sectes, le calendrier liturgique compte chaque année des centaines de festivités en l’honneur des dieux animaux. »

Dans des régions plus proches de nous, mais à une époque lointaine, les animaux ont également toujours été présents. L’art du Paléolithique, et plus particulièrement les bestiaires, témoignent parfaitement de ce besoin de représentation de la mort. Sur les parois des grottes telles que Chauvet ou Lascaux, les animaux sont peints avec beaucoup de détails. Ce qui est incroyable, c’est qu’il n’y a pas de figures d’hommes détaillées : « Elles n’apparaissent que sous la forme d’être hybrides (mi-homme mi-animal) ou de bonhomme têtard, qui sont curieusement les premières œuvres dessinées par les enfants. » En Namibie, le peuple san a peint une œuvre phénoménale dans laquelle un animal se démarque particulièrement : l’élan du Cap, qui est une antilope africaine. D’après ces légendes, les hommes et les animaux ne formaient autrefois qu’un seul être.

Chez les Égyptiens, « l’animal dieu représente la part divine de nous-mêmes ». En Indonésie, les buffles et les cochons sont sacrifiés pour qu’ils emportent l’âme du défunt avec eux (l’animal est un intermédiaire entre l’homme et les dieux dans de nombreuses cultures). L’ours est « le grand homme » pour les Yukaghir de Sibérie. En France, de nos jours, il existe toujours des bénédictions de chevaux qui ont également toujours fasciné les Russes.

5. L’animal fabuleux

Il y a également les animaux fabuleux, ceux que les hommes ont inventé pour exprimer leur condition. Le cheval, très inspirant, est présent dans de nombreuses mythologies, contes et légendes. Rudyard Kipling s’est inspiré, pour Le Livre de la jungle, de la cité antique de Vijayanagar qui, après sa destruction, a été abandonnée aux singes. « Les légendes racontent que les hommes qui s’y aventurent ont des réminiscences de leur vie antérieure. »

Les singes sont admirés par les Indiens et font donc partie du folklore et des légendes locales. Pour les Tibétains, le singe est considéré comme leur ancêtre ; il est également divinisé dans d’autres cultures, comme la culture grecque et la culture égyptienne. En revanche, le singe est diabolisé par l’Europe chrétienne. Les chrétiens pensaient que Satan avait créé le singe pour imiter Dieu.

Les Égyptiens lisaient l’avenir dans les entrailles des animaux ou dans le chant et le vol des oiseaux. De nos jours, les Baoulés de Côte d’Ivoire pensent que la souris est la messagère des dieux.L’auteur évoque aussi le « bouc émissaire » qui devait expier les péchés des juifs, sans oublier le serpent, incarnation du mal pour l’Église catholique, qui pourtant était autrefois le symbole de la connaissance et de la science (que l’on pense au caducée avec le serpent d’Épidaure pour les professions de la santé). Finalement, chez les chrétiens, de nombreux symboles d’animaux ont été utilisés à la fois pour imposer les interdits et pour asseoir l’autorité divine.

N’oublions pas non plus toutes les histoires de loups-garous. C’est à cause de sa crainte de la puissance du vivant que l’homme a dû finir par humaniser l’animal : au Moyen Âge, une responsabilité était attribuée aux animaux et des procès avaient lieu devant les tribunaux ecclésiastiques.

Évoquons aussi les animaux du zodiaque qui peuplent le ciel des hommes.L’animal fabuleux est également devenu un spectacle : chœurs de tourterelles, pigeons voyageurs, montreurs d’ours, combats d’animaux, zoos…

6. Faire alliance avec le sauvage

L’homme a toujours été fasciné par les dons de certains animaux ; il a donc créé une alliance avec certains d’entre eux pour qu’ils l’aident (à la chasse, notamment). Boris Cyrulnik parle d’alliance avec le sauvage.

L’homme a réussi à dompter les rapaces, dont l’aigle, et à lui enseigner à chasser près de lui. L’art de la chasse date de l’Homo Erectus (il y a 1,5 million d’années) : « Le fait de tuer les animaux a certainement été fondateur de l’humanité, car il exige que le groupe se spécialise et s’ordonne à cette fin ». Le fait de tuer les animaux a certainement donné à l’homme ce sentiment de dominer la vie. Pour ce faire, l’homme a pris d’autres animaux comme alliés : la hyène et le chat en Égypte, les chiens, les furets et les rapaces de nos jours. Certes, la chasse répond dans un premier temps au besoin de se nourrir, mais devient très vite une activité sportive et de loisirs.

Le flair de certains animaux (comme le cochon) sert aussi à la cueillette. Il ne faut pas oublier la collecte du miel, et les singes cueilleurs : en Indonésie, ils servent à monter dans les arbres pour cueillir les noix mûres. Il faut noter que cette aide non rémunérée est une véritable industrie ! Si certaines pratiques sont douteuses quant à la maltraitance des animaux, ce dressage de singes cueilleurs se fait dans un climat de confiance.

7. Un dialogue sans paroles

Les animaux et les hommes, c’est une histoire d’attachement qui n’a pas obligatoirement besoin de la parole. Ce que l’on nomme le système d’imprégnation consiste pour l’homme à prendre le rôle de parent de l’animal, en le nourrissant et en répondant à ses cris et postures. C’est par là que certains animaux peuvent retrouver le chemin de la liberté et de l’état sauvage, lorsqu’il est question de sauver des espèces en voie de disparition. Boris Cyrulnik évoque les deux Français, Christian et Paola Moullec, qui sont devenus des « parents-oie » pour repeupler de nouvelles zones protégées. Ils ont communiqué avec elles par des sons et leur ont appris à voler grâce à leur ULM.

Cette imprégnation laisse des empreintes affectives car l’animal s’attache à ceux qui l’élèvent, mais pour certaines espèces (comme le chameau ou le chien) il ne faut pas séparer trop tôt le petit de sa mère. En outre, un animal trop lié à un homme peut « éprouver de violentes émotions lorsqu’il perd cette figure d’attachement ». C’est ainsi que des animaux vont jusqu’à se laisser mourir de faim si leur maître est absent. Boris Cyrulnik explique que l’imprégnation culturelle peut également avoir des conséquences sur le comportement et le psychisme des animaux : le chien est silencieux en milieu sauvage, et plus bruyant au milieu des hommes.

Mais la communication s’établit aussi par d’autres « passerelles sensorielles qui permettent d’aller l’un vers l’autre pour apprendre à se connaître, à se côtoyer et à se parler » : sons, odeurs, mouvements du corps. C’est tout un langage qui s’établit entre l’homme et l’animal. Les animaux ne sont pas sensibles aux mots mais à l’intonation et à la sonorité, comme en témoigne le cas des charmeurs de serpent.

Dans les années 1950, des chercheurs ont appris aux grands singes le langage des sourds. Cela a complètement remis en question la perception que l’homme avait de l’animal. D’autres expériences de vie auprès des singes ont prouvé qu’ils sont doués de raison. Beaucoup de peuples traditionnels vivent déjà, et depuis longtemps, en harmonie avec les animaux. Quant aux Occidentaux, il leur a fallu du temps pour découvrir cette richesse du monde animal : cela fait seulement 30 ans que l’Occident explore et analyse les mondes mentaux des animaux, car dès l’Antiquité les animaux étaient considérés comme inférieurs à l’homme. Aujourd’hui qu’ils ne sont plus des machines ou des idoles, l’homme ne peut nier le respect de leur vie.

8. Conclusion

Quelle belle histoire que celle des hommes et des animaux, de leur apprentissage mutuel, de leur approche et domestication ! Les animaux font intrinsèquement partie de l’évolution de l’homme, et cela dans toutes les civilisations du monde.

Entre guerre, complicité, divination et rejet, cette histoire est complexe mais fascinante.

9. Zone critique

Cet ouvrage est très agréable à lire et très distrayant. Il se veut également volontairement accessible. Des exemples émaillent le propos et le lecteur peut s’étonner de certaines des anecdotes et faits rapportés. Passionnant !

10. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Boris Cyrulnik, La Fabuleuse Aventure des hommes et des animaux, Paris, Pluriel, 2010.

Du même auteur– La nuit, j’écrirai des soleils, Paris, Odile Jacob, 2019.– Les animaux aussi ont des droits, Paris, Points, 2015.– Sauve-toi, la vie t’appelle, Paris, Odile Jacob, 2014.– Les vilains petits canards, Paris, Odile Jacob, 2004.

Autres pistes– Aurélien Barrau, L’animal est-il un homme comme les autres ? Les droits des animaux en question, Paris, Dunod, 2018.– Franz-Olivier Giesbert (dir.), Manifeste pour les animaux, Éditions Autrement, 2014.– Tom Regan, Les Droits des animaux, Paris, Hermann, 2013.– Peter Singer, La Libération animale, Paris, Grasset, 1993.

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