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Au bon plaisir d’apprendre

de Bruno Hourst

récension rédigée parFabienne Matuszynski-CamposRédactrice, correctrice, chargée de projets communication et édition.

Synopsis

Développement personnel

De son expérience auprès d’élèves en échec scolaire, Bruno Hourst a tiré de nombreux questionnements sur l’éducation et la pédagogie telle qu’elle est appliquée dans les écoles, depuis la maternelle jusqu’à l’âge adulte et, plus tard, en formation professionnelle. Comment fonctionne l’apprentissage ? Comment mieux apprendre ? Il se base sur les récentes et nombreuses découvertes des neurosciences pour proposer une approche révolutionnaire de la pédagogie. Son but : retrouver le plaisir d’apprendre, et, par là même, redonner du sens à l’existence de l’être humain moderne.

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1. Introduction

Apprendre est majoritairement perçu comme une démarche difficile, demandant beaucoup d’efforts pour des résultats parfois décevants.

Bruno Hourst propose avec cet ouvrage une approche différente de l’apprentissage, basée notamment sur les neurosciences. Il ne s’agit pas de remettre en cause tout un système, mais d’y apporter de petites modifications pour amorcer un changement plus important : adapter la pédagogie au contexte de notre époque et réinjecter de l’humain dans cet acte naturel et épanouissant qui nous accompagne tout au long de notre vie.

Enrichissant son propos par l’ouverture à de nombreuses disciplines (biologie, musique, méthodes de communication…) il propose au lecteur de « retrouver les fondements de ce qui fait que l’on apprend bien » (p. 17).

2. Éléments de contexte : qu’est-ce qu’apprendre aujourd’hui ?

Dans les sociétés occidentales, l’idée d’apprendre est considérée comme quelque chose de très sérieux, qui ne peut se faire que dans l’effort voire la souffrance.

Tout le système éducatif s’est historiquement basé sur ce postulat, qui selon Bruno Hourst n’est pas en accord avec la nature humaine : rester immobile durant des heures, absorber des notions présentées de manière linéaire, uniforme, sans vue globale et sans retour immédiat, en dissociant notre intellect du reste de notre personnalité, sans droit à l’erreur, en considérant l’intelligence et la mémoire comme des données figées. Mais, grâce aux évolutions du monde moderne, l’apprentissage lui aussi tend vers une évolution.

Face aux enfants agités, zappeurs, en difficulté ou en échec scolaire, aux adultes désengagés, aux adolescents désintéressés et stressés, nombreux sont les formateurs qui remettent en cause leurs méthodes. Est-il possible de faire autrement, et comment ? Le besoin d’approches pédagogiques novatrices ne cesse de se développer et des approches existent, mais elles manquent encore de cohérence entre elles, et la profusion d’informations disponibles depuis l’avènement des nouvelles technologies ne peut qu’alimenter la confusion. Car Internet a profondément modifié notre rapport au savoir.

Même s’il est difficile d’en saisir les impacts réels, il apparaît déjà comme impossible pour les jeunes d’aujourd’hui d’apprendre comme leurs aînés l’ont fait avant eux. De plus, le modèle basé sur la compétition et la recherche de résultats a conduit à une augmentation drastique des maladies chroniques liées au stress.

Par ailleurs, les neurosciences nous permettent d’en savoir toujours plus sur cet organe mystérieux et extraordinairement complexe qu’est le cerveau. Son fonctionnement nous apparaît plus clairement, mais nous ne savons pas encore comment l’utiliser à son plein potentiel pour bien faire ce pour quoi il est programmé : apprendre. Pourtant, nous avons un modèle parfait sous les yeux chaque jour : le petit enfant. De sa naissance à sa prise en main par le système éducatif, il sait naturellement comment apprendre avec facilité, plaisir et efficacité, comment cultiver sa curiosité, écouter ses besoins et donner du sens à ce qu’il apprend.

3. Le fonctionnement du cerveau dans l’apprentissage

Bruno Hourst présente trois théories concernant le fonctionnement du cerveau, sur lesquelles il fonde son approche du « mieux-apprendre ». La première est la théorie de Roger Sperry, Prix Nobel en 1981, sur le fonctionnement des deux hémisphères cérébraux. Selon lui, chaque hémisphère a une fonction et un mode de fonctionnement très différent, et le cerveau fonctionne mieux lorsque les deux hémisphères travaillent en harmonie. Le cerveau gauche est impliqué dans tout ce qui touche au langage et la logique. Il fonctionne de manière linéaire et analytique.

Le cerveau droit est spécialiste des images visuelles, de la représentation en trois dimensions et de la mémorisation ; il fonctionne de manière globale. Notre société encourage essentiellement les fonctions de l’hémisphère gauche, alors que des résultats spectaculaires peuvent être atteints lorsqu’une liaison entre les deux hémisphères est réalisée.

La seconde théorie a été élaborée par Paul MacLean dans les années 1960 : il s’agit de la théorie du cerveau « trine » ou « triunique » selon laquelle le cerveau s’est développé en couches successives suivant l’évolution de l’Homme. Chaque couche a une fonction propre qui s’active dans des situations particulières. La première couche est le cerveau reptilien, qui gère des fonctionnements automatiques (respiration…) et génère des comportements instinctifs incontrôlables (fuite…). La seconde couche est le système limbique, siège des émotions et de la mémoire. La troisième couche est le néocortex, il contrôle les mouvements volontaires et les processus intellectuels. Une dernière couche est parfois ajoutée en complément, les lobes frontaux que l’on considère comme le siège de l’empathie et de la connaissance de soi. Ces différents cerveaux sont faits pour collaborer : en effet, donner la prééminence à l’un ne peut se faire qu’au détriment des autres, ce qui peut générer des conflits (craintes irraisonnées, blocages, agressivité, comportements contradictoires…).

La troisième théorie fondatrice du travail de Bruno Hourst est la théorie des intelligences multiples d’Howard Gardner. Allant à l’encontre des habituels tests de QI pour déterminer les capacités intellectuelles d’une personne, Howard Gardner a mis en avant huit formes d’intelligence cohabitant à des degrés différents selon chaque personne. Il s’agit des intelligences linguistique (langage), musicale (rythme), interpersonnelle (relations avec les autres), kinesthésique (interaction du corps avec des objets), spatiale (images mentales et perception en trois dimensions), logique (raisonner, ordonner, compter), intrapersonnelle (connaissance de soi) et naturaliste (reconnaissance et classement des structures naturelles).

Après Gardner, le concept d’intelligence a évolué : d’un potentiel global donné à la naissance, elle devient une capacité aux multiples facettes, unique selon chaque personnalité et capable d’évoluer au cours de la vie. Or le schéma d’enseignement met en place un apprentissage commun, ne tenant compte que des intelligences linguistique et logique. Il est néanmoins possible d’analyser pour chaque personne ses zones de forces et de faiblesses pour pouvoir ensuite, au moyen d’activités sollicitant plusieurs intelligences à la fois, faire progresser les zones plus faibles.

4. Comment apprenons-nous ?

Le cerveau apprend en créant une connexion entre les neurones ; et plus on utilise un neurone, mieux il fonctionne. C’est pourquoi, contrairement aux idées reçues, on peut bien apprendre durant toute sa vie – et ce même si le nombre de neurones diminue avec l’âge. Selon ses activités, le cerveau produit également quatre sortes d’ondes, qui correspondent à quatre fréquences électriques différentes.

Les ondes cérébrales sont les suivantes : Bêta (acte automatique ou résolution de problème, par exemple lors d’un freinage d’urgence en voiture), Alpha (vigilance détendue, par exemple pendant une lecture), Thêta (détente profonde, par exemple lors d’un rêve) et Delta (sommeil profond, sans rêves). En faisant trop d’effort ou en étant soumis au stress lors d’un apprentissage, le mode Bêta s’active, ce qui bloque biologiquement l’absorption d’informations, et advient alors ce moment où « plus rien ne rentre ».

Le cerveau est une « Incroyable Machine » (p. 108). Apprendre est un processus continu qui se réalise en trois phases imbriquées entre elles : la réception de l’information, son traitement, et son utilisation. D’abord, la réception de l’information est influencée par notre environnement, notre manière de recevoir l’information, les filtres personnels liés à notre histoire et le système limbique, qui joue le rôle de disjoncteur en cas de menace.

Cet ensemble est relié à la mémoire à long terme et à l’inconscient. Ensuite, le traitement de l’information se décompose ainsi : assimilation (compréhension, appropriation), activation (mise en œuvre immédiate, lien avec la mémoire à court terme et action des émotions), et contrôle (vérification de la bonne intégration), pour lequel le retour immédiat du formateur joue un rôle crucial sous peine de devoir détruire et reconstruire le réseau neuronal pour le corriger. Enfin, l’utilisation de l’information se décompose en deux paliers en relation avec la mémoire à long terme : les filtres personnels de sortie (décision de la mémorisation ou de l’oubli, d’agir ou non) et l’état personnel d’utilisation (choix de l’utilisation à faire de l’information).

Pour bien fonctionner, l’Incroyable Machine a besoin de plusieurs éléments indispensables : des informations correctes, précises et détaillées, dont le formateur aura la responsabilité ; un carburant de qualité (oxygène, eau, nutriments et émotions) ; un réglage adapté (orchestration de la transmission du savoir). C’est ce savant dosage qui contribue au plaisir d’apprendre.

5. Mieux apprendre grâce à un environnement propice

Le cadre de vie est important pour le bien-être, pourtant le cadre de l’apprentissage est négligé, apparaissant comme accessoire. Mais qu’est-ce qui crée un environnement, qu’est-ce qui fait que l’on s’y sent bien ou mal ? C’est une notion complexe et subtile, dans laquelle entre en œuvre la personnalité de chacun. Plusieurs aspects peuvent l’améliorer aisément : l’ambiance (couleurs, lumière, confort…), la sociabilité orientée (accueil, vivre-ensemble, coopération, écoute et médiation…), la sécurité émotionnelle (écoute, humour, respect…) et la stimulation mentale (curiosité, participation, approches multiples…).

La Communication Non violente (CNV) peut être utilisée non seulement pour résoudre d’éventuels conflits, mais aussi pour faciliter le quotidien et améliorer les qualités d’écoute de chacun. Cette technique, mise au point par Marshall Rosenberg, s’attache au langage comme porteur et solution des conflits. Marshall Rosenberg utilise deux marionnettes : le chacal et la girafe. Le chacal hurle, critique et interprète ; la girafe observe sans juger, exprime des sentiments sans charger l’autre.

Par exemple, le chacal dira : « Je n’y comprends rien, je n’y arriverai jamais » ; la girafe dira : « J’ai du mal avec cette leçon, j’aimerais que quelqu’un m’aide à la comprendre. » Passer du langage chacal au langage girafe permet de résoudre simplement un conflit, en suivant quatre étapes simples : observation, expression du ressenti, expression des besoins, recherche d’un compromis. Modifier la tournure des phrases permet de modifier son état d’esprit et d’améliorer la communication.

Un autre élément à prendre en compte est l’inconscient, aussi surprenant que cela puisse paraître – car on considère souvent que pour apprendre il faut être attentif et concentré. Pourtant, le subconscient (pensées en arrière-plan) et l’inconscient entrent en jeu constamment, y compris dans le processus d’apprentissage. On peut par exemple utiliser de manière éthique les possibilités offertes par la suggestion en éliminant les barrières mentales de l’élève, exploiter les ressources du langage non verbal, utiliser des métaphores, des récits, des petits rites, pour des résultats parfois spectaculaires.

L’environnement au sens large peut donc aider à renforcer sa confiance en soi, mieux écouter les autres, et, en créant un cadre sécurisant, aider à sortir plus facilement de sa zone de confort, donc à progresser davantage.

6. Des outils inusités pour mieux apprendre

Bruno Hourst propose tout au long de l’ouvrage des outils et des pistes pour mettre en place des aménagements et améliorer l’apprentissage. Il s’attarde en particulier sur le topogramme, ou MindMapping. Cet outil créé par Tony Buzan a la capacité de favoriser la liaison entre le cerveau gauche (conceptualisation) et le cerveau droit (globalisation). Cette technique de prise de notes et de mise en forme des idées allie construction en arborescence, mots percutants, utilisation de couleurs et d’images pour mimer le fonctionnement du cerveau. Le topogramme favorise ainsi la compréhension, l’organisation et le développement des idées, ainsi que la mémorisation. L’auteur met également en avant la puissance du jeu et de l’humour pour lutter contre l’ennui, aborder les notions sous d’autres angles, favoriser la participation active et réveiller la curiosité des apprenants.

Augmenter sa capacité à être détendu physiquement et mentalement, c’est augmenter son aptitude à assimiler un savoir. Bruno Hourst propose de combiner relaxation et visualisation pour remplacer les traditionnels efforts supplémentaires demandés aux élèves en difficulté, sources de tensions inutiles et dont les résultats sont souvent décevants. La relaxation est une démarche active et volontaire destinée à détendre à la fois le mental et le corps.

Des exercices simples et rapides (mouvements, respiration, postures…) peuvent modifier drastiquement la qualité d’écoute et de mémorisation même chez les plus jeunes. La visualisation consiste à créer consciemment des images mentales destinées à influencer positivement notre état général en utilisant l’incapacité du cerveau à différencier clairement imagination et réalité. Le corps et le mental réagiront à la visualisation comme s’il s’agissait d’images réelles – une technique bien connue des sportifs voulant remporter une compétition.

Enfin, Bruno Hourst propose des pistes de réflexion concernant la mise en place du mouvement, de la musique et de la création artistique comme soutien à l’apprentissage. Le mouvement est en général exclu de toute activité d’enseignement. Pourtant, nous trouvons normal que le petit enfant, qui apprend si naturellement et si bien, ne puisse le faire sans bouger. Paul Dennison a développé la Brain Gym dans les années 1970 : ces exercices simples mobilisant l’intelligence kinesthésique permettent d’obtenir des résultats spectaculaires (diminution de la dyslexie, baisse de l’échec scolaire, amélioration du comportement…).

Quant à la musique, l’idée qu’elle peut améliorer la relaxation, la mémorisation ou l’apprentissage date de l’aube de l’humanité (textes sacrés, récits…). La musique et les arts plastiques sont le plus souvent inexistants ou réduits à leur plus simple expression dans le cadre de la formation scolaire ou en entreprise. Bien que ce champ de recherche soit encore peu exploré, il apparaît que ces deux activités permettent d’améliorer la connexion entre les deux hémisphères cérébraux, de modifier l’état d’esprit, de stimuler la réflexion et l’imagination, de favoriser la concentration et d’augmenter la créativité.

7. Conclusion

Les neurosciences ont fait et feront sans doute encore beaucoup pour l’éducation et l’apprentissage. Connaître le fonctionnement du cerveau de manière de plus en plus détaillée (mémorisation par le cerveau droit plutôt que le gauche, rôle des ondes, réflexe défensif du cerveau reptilien qui inhibe l’apprentissage en cas de stress…) aide à repenser des systèmes ancrés en nous et à prendre conscience de leurs failles et de leurs manques.

Le courant de pensée pédagogique qu’est le « mieux-apprendre » utilise le meilleur de la science, dans de nombreux domaines, pour proposer un enseignement qui réponde non seulement au mode de fonctionnement du cerveau humain, mais aussi aux particularités de chacun, pour replacer le plaisir au centre de l’apprentissage – et lui redonner un sens.

8. Zone critique

L’approche de Bruno Hourst est fondée sur un questionnement bienveillant et une remise en question constructive, qui ne laisse aucune idée figée. Le contenu de cet ouvrage est extrêmement riche : il ne se contente pas d’énoncer et de défendre une thèse, il s’ancre à la fois dans une réflexion historique, dans de nombreuses disciplines et dans des valeurs éthiques très fortes. Il s’agit d’un ouvrage militant, mais profondément bienveillant et respectueux.

Certains points restent malgré tout délicats : comment assurer que les connaissances acquises sur le fonctionnement du cerveau soient utilisées de manière éthique, et non pas à des fins de manipulation ? La part de suggestion présente dans l’apprentissage pose notamment question : s’il est possible de « programmer » ou de « déprogrammer » des opinions, comment se protéger des abus ? Il est vrai que l’humain possède des protections naturelles à la suggestion : les barrières logique, affective et morale bloquent une grande partie des suggestions, qu’elles soient contraires à la logique, menaçantes vis-à-vis de la sécurité émotionnelle ou en contradiction avec le sens du bien et du mal. Toutefois l’auteur a conscience de ces limites et appelle à se recentrer sur les valeurs, l’humain et les objectifs constructifs de l’apprentissage.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Au bon plaisir d’apprendre, Éditions du mieux-apprendre, 4e édition, 2015.

Du même auteur– Former sans ennuyer, Paris, Eyrolles, Coll. Livres-outils / Formation, 4e édition, 2014.

Autres pistes– Isabelle Fillliozat, L’intelligence du cœur – Rudiments de grammaire émotionnelle, Éditions Marabout, 2019.– Philippe Meirieu, Apprendre oui mais comment, Paris, ESF Éditeur, Coll. Pédagogies Références, 25e édition, 2017.– Mildred Masheder, Jeux coopératifs pour bâtir la paix, Université de Paix de Namur, Chronique sociale, Coll. Savoir communiquer, 2004.– Hélène Trocmé-Fabre, J’apprends donc je suis : introduction à la neuropédagogie, Paris, Les Éditions d’Organisation, 1993.

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