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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Makers

de Chris Anderson

récension rédigée parNicole MassonNormalienne, agrégée et docteure en Lettres Modernes.

Synopsis

Économie et entrepreneuriat

Dans cet ouvrage de prospective, Chris Anderson avance que la prochaine révolution industrielle est déjà en train de se dérouler sous nos yeux et qu’elle détermine un nouveau modèle d’entreprenariat et de croissance économique. L’auteur multiplie les exemples, raconte les aventures d’entrepreneurs hors normes et invite à penser un nouvel espace de développement, une « poche d’espoir et de croissance » comme il la définit lui-même.

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1. Introduction

Fort des succès de ses précédents livres et de sa propre expérience professionnelle de « maker », Chris Anderson partage avec ses lecteurs sa vision prospective.

Dans ses ouvrages précédents, il avait analysé le phénomène de « longue traîne » (long tail en anglais), montrant comment des diffuseurs de produits de niche avec un circuit de diffusion international pouvaient dépasser en valeur les sommes dégagées par la vente d’un petit nombre de best-sellers. Il avait aussi montré que le modèle de l’open source et du free pouvait paradoxalement générer des bénéfices et proposer un nouveau paradigme pour le développement de l’économie. Dans Makers, il combine les deux approches pour imaginer un autre développement industriel possible à côté de la production de masse.

Chris Anderson a déjà vécu plusieurs vies en une et, dans cet ouvrage, il s’appuie particulièrement sur sa propre expérience et sur des anecdotes qui, souvent, le touchent de près. Mais il ne s’agit pas d’extrapolations hasardeuses trop personnelles, car il mène par ailleurs une véritable réflexion sur ce qu’est une « révolution industrielle » à partir de données historiques et examine quels changements récents pourraient correspondre aux signes avant-coureurs d’une nouvelle étape dans l’histoire de la production et de l’économie.

2. L’histoire des révolutions industrielles

Chris Anderson n’hésite pas à se faire parfois professeur d’histoire, retraçant à grands traits les caractéristiques principales de ce qu’il convient d’appeler les « révolutions industrielles ». Il rappelle comment les artisans du XVIIIe siècle, les tisserands par exemple, travaillant à domicile, ont vu leur production changée du tout au tout par l’émergence de « fabriques » préindustrielles et par l’invention de la machine à vapeur. Les machines à filer ou les métiers à tisser mécanisés étaient disséminés dans les foyers autour des centres de production, procurant un travail à domicile assez lucratif, même si les travailleurs restaient à la merci des commandes des gros distributeurs.

La révolution industrielle du XIXe siècle a fait naître des usines qui se sont installées près des sources d’énergie et des ressources premières. Elles ont concentré la fabrication et l’ont rationalisée à travers la production de masse.

Chris Anderson note qu’on est allé au plus loin dans cette démarche qui a abouti, dans les années 1980-1990, à dévaloriser complètement le « fait main », l’artisanat, le bricolage ou la couture, toutes choses présentées comme des activités has been. Plus rien n’était alors réparable par soi-même.

Cependant, dans l’actuelle révolution industrielle que détecte aujourd’hui l’auteur, le numérique et l’économie immatérielle viennent tout bouleverser et revaloriser le DIY (Do It Yourself).

En effet, toute une panoplie d’outils numériques, tant pour la conception que pour la fabrication, se trouve désormais à la portée des particuliers. Même si ce sont surtout et d’abord des passionnés, des ingénieurs ou des « bidouilleurs » qui s’y intéressent, ces outils sont proposés à des prix de plus en plus bas et ils sont de plus en plus accessibles. Chacun peut devenir un maker, c’est-à-dire un concepteur d’objet qui le fait d’abord fabriquer en prototype pour lui, mais peut aussi en proposer le modèle à une communauté d’amateurs qui se l’approprieront.

3. Fab Lab, makerspace et desktop

L’un des points d’observation que propose l’auteur pour son analyse est la cité de Manchester. Il observe comment cette ville, d’abord leader de la première révolution industrielle, après avoir connu ensuite une phase de déclin, se réinvente maintenant autour d’un pôle numérique puissant.

Des laboratoires de fabrication (Fab Lab) abritent des outils nouveaux et les proposent à des adhérents mais aussi, à certaines heures, à des amateurs extérieurs en créant des makerspaces. Ils constituent des pôles de créativité qui fédèrent des communautés de passionnés. Les universités et les écoles d’ingénieurs jouent d’ailleurs parfois un rôle moteur. Le desktop, le bureau, devient un centre de recherche et développement miniature et détermine ce qu’on va appeler de la « production industrielle de bureau ».

En effet, le concepteur utilise des logiciels de plus en plus simples pour imaginer un objet et créer un programme de fabrication. Il lui suffit ensuite d’utiliser une machine qui sait lire son programme pour obtenir la création de la chose concrète. Il obtient bien entendu d’abord un objet unique, conçu sur mesure pour son propre usage, mais cet item peut très vite acquérir le statut de prototype puisqu’il est très facilement reproductible et modifiable par quelque personne que ce soit disposant du même programme.

4. Imprimante 3D, scanner 3D et découpeuse laser

Dans les Fab Lab, on va ainsi trouver différentes équipements mis à disposition des utilisateurs et dont les prix chutent tellement qu’ils pourront bientôt être acquis par tout un chacun. On peut ainsi évoquer la machine emblématique qu’est l’imprimante 3D, mais aussi la découpeuse laser ou encore le scanner 3D. L’imprimante, à la manière d’une imprimante à encre classique, vient déposer de la matière là où le programme l’a prévu.

Cependant, cette fois le travail se fait non pas sur un seul plan mais dans toutes les dimensions. Le laser permet de découper, mais aussi de percer et de graver et ouvre beaucoup de perspectives aux artistes et aux concepteurs. Le scanner 3D, lui, est comme une sorte de photocopieur de la réalité : il est capable de modéliser n’importe quel objet et d’écrire les lignes de code qui permettront de le reproduire.

Pour toutes ces machines, la production d’une pièce ou de milliers de pièces ne change pas le coût unitaire. Un changement de couleur, un élément de personnalisation qu’on ajoute ne modifie pas non plus le prix de revient de fabrication. C’est tout le contraire de la production de masse qui, elle, ne devient rentable qu’avec de gros volumes de production et qui standardise le plus possible la gamme de son catalogue. Les produits de niche ont alors une chance de devenir rentables quelles que soient les variations et les modifications qu’on demande d’une pièce à l’autre. Pour prendre un exemple concret et trivial, c’est ce qu’on observe pour l’impression des T-Shirts : qu’il s’agisse d’une magnifique image très complexe ou d’un gribouillis, le coût d’impression sur le tissu est le même et le prix de revient du T-Shirt personnalisé est identique.

5. Système propriétaire vs système ouvert

Les concepteurs partent souvent d’un problème personnel. Chris Anderson a, par exemple, voulu un jour faire plaisir à ses filles et leur trouver des meubles pour leurs maisons de poupées. Le marché existant lui proposait peu d’articles, tous très semblables, et à des prix très élevés. Il en a donc imaginé, dessiné et customisé. Puis il les a fait fabriquer. Il observe qu’il n’est sans doute pas le seul père confronté à ce type de problème ! Il peut donc essayer d’offrir à d’autres sa solution.

C’est le principe du mouvement des makers : on propose à d’autres les objets qu’on a conçus pour soi. On a alors deux solutions : on peut produire à la demande une petite série qu’on écoulera via une plateforme sur internet comme ETSY ou EBAY, créant une sorte de micro-marque et de micro-boutique. Ou bien on peut proposer à la communauté son travail de desktop publishing pour que tout un chacun puisse se l’approprier et en modifier même la conception. C’est toute la différence entre un système propriétaire, où rien ne peut être modifié, et un système ouvert, qui permet toutes les modifications. Dans un cas, on vend des atomes de matière, dans l’autre on propose les bits informatiques qui déclencheront la production d’atomes.

On voit déjà comment ce mouvement se développe dans le domaine culturel. Les livres numériques, la musique, sont des fichiers (des bits) faciles à reproduire et échanger et qui correspondent de plus en plus à des marchés très rentables qui peuvent rivaliser avec les best-sellers : c’est le phénomène de « longue traîne » déjà analysé par l’auteur. On note d’ailleurs un appétit certain des consommateurs pour les produits de niche, pour les contenus d’amateurs. Il reste à voir apparaître le même phénomène avec les objets concrets (les atomes).

6. DIY et open source

La vogue du DIY (Do It Yourself) aujourd’hui rencontre la cuture du web et de la conception numérique. Ainsi voit-on apparaître quantité de produits physiques conçus sur écran. Les communautés se créent par affinités car chacun expérimente qu’il a des besoins, des compétences et des idées, même si tout le monde n’est pas capable de concevoir des projets complets.

Ces nouveaux produits industriels ne sont finalement que des informations numériques transformées en objets par des appareils robotisés. Dès lors qu’on les partage et qu’on les offre en open source, les modifications sont très faciles et il se crée forcément une communauté autour du projet. Ce sont les consommateurs eux-mêmes qui définissent leurs propres usages, lesquels ne sont pas forcément prévus par le constructeur, un peu à la manière dont les micro-ordinateurs se sont développés et répandus chez tout un chacun sans que le fabricant ait pu prévoir toutes les utilisations des clients. Il ne s’agit plus pour l’entrepreneur de chercher des projets pour faire tourner son usine mais plutôt d’imaginer un mode de production à partir d’une idée de produit.

L’auteur donne de nombreux exemples d’aventures de ce genre dans des domaines assez variés qui vont de l’aquarium spécialement pensé pour accueillir des méduses aux premières automobiles open source que l’acheteur monte lui-même avec l’aide d’un chef mécano dans un atelier mis à sa disposition. Dans la mesure où les chaînes logistiques s’ouvrent aux productions de petites quantités, il suffit de faire se rencontrer une offre latente (des talents inemployés) et une demande latente (des produits nouveaux qui ne sont pas rentables dans le circuit de production de masse), et une success story entrepreneuriale devient possible.

7. L’exemple de 3D-Robotics : communauté et marketing

L’entreprise qu’a montée Chris Anderson, 3D-Robotics, constitue sans doute l’exemple le mieux détaillé dans le livre. Passionné d’aéronautique, il a évidemment été fasciné par l’apparition des drones et a voulu en fabriquer lui-même avec du matériel libre. Puis il a vendu en ligne ses objets à travers le monde. L’entreprise a été rentable dès la première année. Il explique très précisément comment il a déterminé ses marges et celles des revendeurs.

Dès l’origine, une communauté s’est constituée autour de 3D-Robotics : les projets ont été présentés aux passionnés qui ont d’emblée pu proposer des améliorations ou des transformations, avant même le lancement de la production. Chacun a pu collaborer, simplement en donnant un avis, ou bien en s’impliquant bénévolement, y compris dans la chasse aux bugs informatiques !

La société rétribue tous ceux qui s’engagent par des récompenses (goodies, réductions, matériel gratuit, etc.). Non seulement le principe de la communauté a un impact positif sur la recherche et développement sans que ce poste ne coûte très cher et en rendant les processus rapides, mais, de surcroît, le bouche à oreille constitue un excellent moteur de développement pour le marketing.

Encore plus fort : la firme a su intégrer d’éventuels pirates dans les équipes ! En effet, quand tout est open source, pas question de protéger autre chose que le nom de la marque. Tout le reste, programmes, schémas, logiciels sont offerts à la communauté. Les changements opérés par des intervenants extérieurs sont plutôt considérés comme des produits dérivés que comme des contrefaçons.

8. Financement collaboratif

Chris Anderson est optimiste : il pense que cette nouvelle révolution industrielle va permettre de relocaliser des emplois dans la mesure où l’automatisation réduit dans le prix de revient la part des dépenses de main-d’œuvre. Il imagine ainsi qu’à côté de géants qui ne disparaîtront pas, comme le chinois Foxconn qui assemble les iPhones, de petites structures de makers pourront prospérer dans les pays occidentaux en proposant d’autres produits et en s’appuyant sur une « longue traîne » d’objets variés produits en petites quantités.Il reste encore à financer le démarrage de telles entreprises.

Là encore, les outils traditionnels semblent assez désuets et inappropriés. Le prêt bancaire exige des garanties personnelles, le capital-risque et les business angels entravent l’autonomie des projets. Mais on voit de plus en plus de créateurs d’entreprises avoir recours à un financement participatif à travers des plateformes de crowdfounding comme Kickstarter. L’avantage, c’est que la démarche s’apparente à des préventes en ligne et que les projets ne se lancent que s’ils obtiennent un écho favorable, des clients potentiels nombreux et l’attente enthousiaste d’une communauté qui se crée avant même le lancement de la société. L’opération devient une véritable étude de marché.

Les investisseurs ne prennent pas des actions dans une firme solide et connue mais placent leur argent dans une « idée de produit » prometteuse. Chris Anderson montre ainsi que l’audience internationale que procure la plateforme sur le web est l’élément-clef pour cette révolution inédite.

9. Conclusion

Comme dans toute révolution, celle des makers a ses héros, ceux qui ont su partir d’un hobby personnel pour élaborer un projet industriel. Mais elle a aussi sa part d’utopie, voire de science-fiction.

L’auteur pressent que, dans le domaine des biotechnologies, nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements et qu’il suffira que se développent des imprimantes 3D d’un type nouveau, capables de reproduire des cellules vivantes, pour que des projets aujourd’hui inimaginables voient le jour.

10. Zone critique

Makers. La nouvelle révolution industrielle est un livre écrit par une icône de la culture geek. Il en a les qualités, mais aussi les défauts. Facile à lire avec son style journalistique, son enthousiasme, parsemé de phrases chocs et d’exemples inspirants, on peut néanmoins lui reprocher d’être beaucoup moins pertinent dès qu’on sort du champ des gadgets technologiques.

Le livre date de 2012 et on ne peut encore vraiment dire s’il décrivait une belle utopie ou s’il était un visionnaire. Un marché animé par des makers de génie se dessine mais il n’a pas (encore ?) atteint l’ampleur attendue par l’auteur.

11. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Makers. La nouvelle révolution industrielle, Montreuil, Pearson, 2012.

Du même auteur– La Longue Traîne. La nouvelle économie est là, Montreuil, Pearson, 2009.– Free ! Entrez dans l’économie du gratuit, Montreuil, Pearson, 2009.

Autres pistes– Paolo Aliverti et Andrea Maietta, Devenez Maker ! Le guide pratique pas à pas, Paris, Dunod, 2017.– Isabelle Berrebi-Hoffmann, Marie-Christine Bureau et Michel Lallement, Makers. Enquête sur les laboratoires du changement social, Paris, Seuil, 2018.– Massimo Menichinelli, Fab Lab. La révolution est en marche, Paris, Pyramyd, 2015.

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