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Comment gérer les personnalités difficiles

de Christophe André et François Lelord

récension rédigée parStéphane PartiotEnseignant et agrégé de Lettres Modernes.

Synopsis

Psychologie

Dans cet ouvrage, publié en 2000, les psychiatres Christophe André et François Lelord livrent une typologie des troubles de la personnalité afin que leur lecteur puisse mieux les comprendre et, partant, mieux les gérer. Prenant appui sur la classification de l’Association américaine de psychiatrie, ce panorama des traits de caractère témoigne d’un souci de pédagogie et de vulgarisation, accompagné d’exemples empruntés à leur pratique clinique.

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1. Introduction

Contrairement à l’émotion, qui est passagère, la personnalité désigne un élément évoluant lentement au cours du temps. André et Lelord évoquent à ce sujet diverses typologies telles que la théorie des humeurs du médecin grec antique Hippocrate, ainsi que la classification de Kretschmer qui, en 1925, lia de manière caricaturale traits physiques et personnalité. Mais la liste qu’ils retiennent, et qui ne prétend pas à l’exhaustivité, repose en partie sur le DSM, manuel de référence édité par l’Association de psychiatrie américaine. Elle vise à répertorier les onze formes de personnalités dites « difficiles » les plus fréquentes. Les auteurs proposent à chaque fois des conseils, s’appuyant sur les acquis des thérapies dites cognitives et comportementales (TCC).

Comprendre ces personnalités difficiles apparaît en effet comme une étape importante pour les amener à modifier leurs actions ou, à défaut, pour savoir anticiper leurs réactions et prendre du recul lorsque l’on est contraint de les fréquenter. Ces personnalités peuvent être classées en trois catégories suivant le DSM : les personnalités impulsives, distantes, et enfin effacées. D’autres formes s’y ajoutent telles que les personnalités anxieuse et dépressive, dont l’importance clinique invite à leur réserver une catégorie spécifique.

2. Les personnalités impulsives, entre dramatisation et attitude erratique

Quatre personnalités paraissent marquées par une forme d’impulsivité : les personnalités histrionique, narcissique, passive-agressive et de type A. La première, du latin histrio (« acteur de théâtre »), consiste à vouloir attirer l’attention des autres, en ne tolérant pas de n’être pas au centre de l’attention. L’histrionique « dramatise » (p. 94) l’expression de ses émotions de façon à faire réagir les autres. Pour gérer une telle personnalité, il faut se préparer à des réactions excessives, fixer les limites à ne pas franchir, quitte à laisser ponctuellement passer une scène. Sans pour autant lui opposer la raillerie ou l’ironie, il convient de « ne pas trop se laisser émouvoir par ses tentatives de séduction, qui sont souvent factices » (p. 107).

La personnalité narcissique a, quant à elle, le sentiment d’être exceptionnelle. Comme elle est soucieuse de ses succès et souvent de son apparence, montrez-vous poli, et complimentez-la lorsque vous pouvez le faire de façon sincère. Si elle se met en colère face à ce qu’elle perçoit comme un manque d’attention, expliquez-lui votre réaction ou celle des autres. Mais elle peut utiliser son « pouvoir de séduction » (p. 147) et de fascination pour vous manipuler : « ne lui accordez jamais une fois des faveurs que vous ne voulez pas renouveler » (p. 151), car elle ne se sentira nullement obligée à la réciprocité.

Sachez enfin vous montrer discret sur vos propres réussites qui risqueraient d’éveiller de la jalousie.Il est une personnalité qui résiste aux exigences des autres : la personnalité passive-agressive. Celle-ci discute exagérément les ordres, ou plus souvent agit « de manière détournée, [en faisant] traîner les choses » (p. 254), en boudant ou en oubliant plus ou moins consciemment ses engagements. Ne faites pas semblant de ne pas remarquer son opposition : rappelez-lui très clairement les règles du jeu et pourquoi elles n’ont pas été respectées. Mais ne la critiquez pas comme le ferait un parent, afin de ne pas entrer dans un interminable jeu de représailles réciproques. Veillez à demeurer aimable, mais ferme, et demandez-lui son avis chaque fois que cela s’avère possible.

Fondamentalement impatiente, la personnalité de type A mène en permanence une « lutte contre le temps » (p. 174). Engagée dans l’action, elle cherche à rentabiliser chaque activité. Son goût de la compétition se manifeste même dans les situations les plus anodines. Faites-lui, si possible, découvrir les joies de la détente. Si son dynamisme et son souci d’efficacité peuvent être des forces dans le monde professionnel, cette personnalité peut aussi éprouver des difficultés à travailler en équipe car elle ne tolère pas la lenteur. Montrez-vous réactif, mais affirmez-vous dès qu’elle tente de vous contrôler, sans toutefois chercher à négocier sur le vif.

Enfin, d’autres formes de personnalités impulsives sont brièvement évoquées : la « personnalité antisociale » (p. 299), rejetant les règles de vie en société, la « personnalité sadique » (p. 308), recherchant la souffrance d’autrui, et la « personnalité borderline » (p. 305), marquée par une grande instabilité. Face à de telles attitudes, la prise de distance est souvent de mise.

3. Détachement du réel et personnalités distantes

Deux principales personnalités distantes — paranoïaque et schizoïde — sont ensuite évoquées. La personnalité paranoïaque se distingue par sa « rigidité » et sa « méfiance » (p. 56) : froide et rationnelle, elle résiste aux arguments des autres et éprouve de la difficulté à faire preuve de tendresse. Suspicieuse, elle est prête aux représailles si elle se sent offensée. Mais ne renoncez pas à éclaircir les malentendus qui surviennent : exprimez-lui poliment et clairement vos raisons, et faites référence aux lois et règlements plutôt qu’à vos sentiments.

Maintenez un contact régulier avec elle, n’attaquez pas son estime de soi et ne médisez pas d’elle. Laissez-lui quelques petites victoires, mais choisissez lesquelles. Attention à ne pas trop discuter de politique si vous sentez que cela fait monter la tension. La personnalité paranoïaque peut enfin se montrer jalouse. Veillez bien à nouer d’autres relations, afin de « ne [pas devenir] paranoïaque vous-même » (p. 85).

La personnalité schizoïde a, pour sa part, quelque chose de mystérieux et d’impénétrable : son attitude détachée ne laisse rien paraître aux autres de ce qu’elle pense. Elle se révèle indifférente aux compliments comme aux critiques. Sans la brusquer par de longs discours qui pourraient l’assommer, montrez-vous « à l’écoute de son monde intérieur » (p. 166). Mais n’attendez pas pour autant qu’elle exprime avec force ses émotions. Souvent isolée et repliée sur la sphère familiale, la personnalité schizoïde n’a que peu d’amis intimes. Il convient donc de « respecter son besoin de solitude » (p. 162). Vous apprendrez alors à apprécier progressivement ses qualités discrètes et silencieuses au quotidien.

On parle également de « personnalité schizotypique » (p. 306) pour désigner celui qui possède des représentations qui paraissent étranges aux yeux d’un groupe social donné. Il peut s’agir de croyances ésotériques ou portant sur des phénomènes paranormaux. Certains psychiatres n’y voient toutefois qu’une forme mineure de schizophrénie, c’est pourquoi ce type de personnalité n’est traité que de manière incidente dans cet ouvrage.

En réalité, il existe grand nombre de personnalités difficiles, certaines d’entre elles consistant en la combinaison de traits empruntés à plusieurs types, comme la forme mixte narcissique-histrionique. Sur ce point, la psychologie s’apparente aux sciences de la nature (p. 23) : une catégorie donnée n’interdit pas la diversité des individus. Il convient donc de rappeler l’intérêt des évaluations « dimensionnelles » de la personnalité, telles que celles de Catell, d’Eysenck et de Cloninger qui envisagent, plutôt qu’une catégorisation figée, une forme de continuum, une échelle progressive entre différents pôles de personnalité (pp. 15-21).

4. Les personnalités effacées, ou le règne de la crainte

Trois personnalités sont concernées par la posture d’effacement : les personnalités dépendante, évitante, et obsessionnelle. La première éprouve le besoin d’être rassurée par les autres. « Réticente à prendre des décisions » (p. 227) sans certitude ferme, elle laisse souvent d’autres personnes faire les choix importants. Œuvrez à renforcer ses initiatives et aidez-la à relativiser ses échecs. Si elle vous demande conseil, interrogez-la en retour sur son point de vue personnel. Confiez-lui doutes et faiblesses, et n’hésitez pas à lui demander conseil. La personnalité dépendante craint la solitude et les ruptures : faites-lui comprendre que votre distance n’est pas synonyme de rejet. Encouragez-la à agir, en veillant à ce qu’elle n’accepte pas des besognes peu gratifiantes afin de se rendre agréable aux autres.

La personnalité évitante fait elle aussi preuve d’hypersensibilité, mais, au lieu de s’attacher, elle fuit « les situations où elle craint d’être blessée ou embarrassée » (p. 275). Montrez-lui que son avis vous importe : avant de critiquer son comportement, commencez par un éloge plus général. Si vous venez de la rencontrer, apprenez à la connaître étape par étape : elle ne se livrera pas avant d’être assurée de votre bienveillance inconditionnelle.

Aussi, évitez l’ironie à son propos et ne vous énervez pas. Par peur de l’échec, la personnalité évitante « se maintient souvent dans un rôle effacé, ou à des postes inférieurs à ses capacités » (p. 275) : ne la laissez pas se dévouer pour toutes les corvées. Et si sa faible estime de soi conduit à une trop forte dévalorisation, incitez-la à consulter. Lorsqu’une telle vision négative conduit à saboter sa propre existence, certains parlent de « personnalité à conduite d’échec » (p. 310). Mais cette formulation négative ne fait pas l’unanimité et n’a d’ailleurs pas été retenue par la typologie du DSM.

Enfin, la personnalité obsessionnelle montre une extrême attention aux détails. Sachez donc apprécier son sens de la rigueur tout en pointant les limites du perfectionnisme. Convaincue de disposer de la bonne méthode et par crainte de la nouveauté, elle s’enferme dans des procédures au détriment du résultat, comme dans le cas extrême du TOC, « trouble obsessionnel compulsif » (p. 115). La personnalité légèrement obsessionnelle peut aisément exercer une profession technique, juridique ou comptable. Son scrupule fait sa probité, mais la conduit aussi vers l’hésitation ou vers la froideur relationnelle. Montrez-vous fiable avec elle, sans toutefois vous laisser entraîner dans son système. Amenez-la à se détendre, mais ne l’embarrassez pas par trop d’affection ou de cadeaux, en raison de son vif « souci de symétrie et de réciprocité » (p. 126).

5. Les personnalités anxieuse et dépressive : vers la résilience

La personnalité anxieuse éprouve des préoccupations « trop fréquentes ou trop intenses » (p. 30), pour soi-même ou pour ses proches. Aidez-la donc à relativiser, éventuellement avec un peu d’humour ou bien par la pratique de la relaxation. Évitez si possible les sujets de conversation pénibles et ne partagez pas inutilement vos propres sujets d’inquiétude.

N’agissez pas de façon imprévisible sans pour autant tomber sous son joug. Invitez ce type de personnalité à consulter : l’association d’une psychothérapie et de médicaments s’avère souvent efficace. Des anxiolytiques sont souvent prescrits initialement, mais, pour les troubles plus sévères, l’ajout d’un traitement antidépresseur de fond permet souvent de réduire les doses d’anxiolytique. Un cas particulier, le « trouble anxieux généralisé » (p. 33), désigne une grande tension physique : hyperactivité du système nerveux végétatif (palpitations, sueurs, difficultés à respirer), tension musculaire (contractures, tressautements) et hypervigilance (troubles du sommeil, irritabilité).

La personnalité dépressive se caractérise par un pessimisme qui « surévalue l’aspect négatif des situations et en minimise l’aspect positif » (p. 202). Sans vous opposer frontalement à cette tendance, présentez les choses sous la forme de questions telles que : « Ça va être plus stressant au début, mais est-ce que ça ne va pas être aussi plus intéressant ? » (p. 216) Une humeur triste peut se manifester en l’absence de tout événement défavorable.

Toutefois, ne faites pas la morale à une personnalité dépressive en lui disant de se prendre en main, de ne pas se plaindre. Cherchez plutôt des activités agréables à la mesure de son humeur, même si elle risque de n’éprouver que peu de plaisir dans des situations joyeuses, ce qui s’appelle l’« anhédonie » (p. 201). Montrez-lui votre considération et conseillez-lui éventuellement de consulter. D’ailleurs, la personne qui vit au quotidien auprès d’une personnalité dépressive peut aussi bénéficier des conseils d’un professionnel pour mieux gérer cette situation.

6. Conclusion

Pour une personnalité difficile, les voies du changement apparaissent ardues, « rocailleuses » (p. 364), mais pas impraticables. Il faut accepter qu’un changement, s’il a lieu, soit progressif et souvent incomplet. L’important pour qui doit gérer cela serait de tenir bon sur l’essentiel, et de savoir passer l’éponge sur ce qui l’est moins.

Des moyens peuvent être mobilisés, tels que les jeux de rôle amenant à modifier son style relationnel, ou encore l’aide au changement. Si le psychothérapeute ne peut agir à la place du patient, les thérapies comportementales et cognitives (TCC) visent à modifier les croyances et règles implicites qui accompagnent nos traits de personnalités. Leur identification ainsi que celle des multiples « situations-gâchettes » (p. 331) qui les éveillent au quotidien sont les conditions d’une prise de recul.

À la suite de ces réflexions, Lelord et André concluent leur propos en reconnaissant les limites de ces TCC, mais en affirmant également leur confiance dans leur développement futur afin qu’elles gagnent en pertinence et en efficience.

7. Zone critique

La structure de l’ouvrage aurait sans doute mérité une meilleure organisation puisqu’en l’état la liste de personnalités successives ne témoigne pas d’une progression réflexive. Par ailleurs, même si ce n’est pas systématique, la notion de « difficulté » tend à réduire une personnalité à ses défauts. Ainsi, quoique les auteurs s’en défendent dès l’introduction, la classification s’avère réductrice et pêche par un schématisme par moments caricatural. Le sens de la nuance, pourtant allégué çà et là, n’apparaît pas suffisamment mis en pratique. La variété des exemples cliniques est appréciable, mais certains aspects ne sont qu’abordés brièvement, telle la personnalité sadique. Le style vulgarisateur tend souvent vers une forme d’économie, si bien que la réflexion perd en densité et en rigueur.

Les exemples cinématographiques qui émaillent l’ouvrage ont tout leur intérêt, mais pourraient s’accompagner d’autres illustrations, par exemple des mythes qui structurent la personnalité humaine, tel que celui de Narcisse, inscrit dans la tradition psychanalytique. Un commentaire des Passions de l’âme de Descartes ou du livre V de L’Éthique de Spinoza, ou encore une réflexion sur des types littéraires, puisés par exemple chez un Laclos, un Balzac, ou un Dostoïevski, auraient ainsi conféré à cet ouvrage davantage de relief.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Comment gérer les personnalités difficiles, Paris, Odile Jacob, 2000.

Des mêmes auteurs– L’estime de soi : s’aimer pour mieux vivre avec les autres, Paris, Odile Jacob, 1999 (2007).

Ouvrages de Christophe André – Vivre heureux : psychologie du bonheur, Paris, Odile Jacob, 2003.– Imparfaits, libres et heureux, Paris, Odile Jacob, 2006.– Méditer jour après jour, Paris, L'Iconoclaste-Allary, 2011.– Avec Alexandre Jollien et Mathieu Ricard, Trois amis en quête de sagesse, Paris, L'Iconoclaste-Allary, 2016.– La Vie intérieure, Paris, L'Iconoclaste, 2018.

Autres pistes– Robert B. Cialdini, Influence et manipulation, traduit par Marie-Christine Guyon, Paris, Pocket, 2014.– Marie-France Hirigoyen, Le Harcèlement moral – La violence perverse au quotidien, Paris, Pocket, 2010.

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