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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Imparfaits, libres et heureux

de Christophe André

récension rédigée parFrédéric BaquetRédacteur et éditeur indépendant. DEA histoire et civilisations (EHESS).

Synopsis

Développement personnel

Mise à mal par la société du paraître et de la compétition, l’estime de soi se construit jour après jour. À partir d’exemples pratiques et d’exercices tirés de son expérience de praticien, ainsi que des recherches en psychologie cognitive, Christophe André décortique nos émotions et nous apprend à être bienveillant avec soi-même. Le but avoué est tout simplement l’apprentissage du bonheur, ou du moins, l’apprentissage du refus de la souffrance inutile. Le chemin ? S’accepter imparfaits, se libérer des conditionnements émotionnels du passé et s’autoriser à être heureux pour enfin trouver sa place au milieu des autres.

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1. Introduction

Dire ce que l’on pense, ne pas avoir honte de renoncer ou d’échouer, savoir dire « non », suivre son chemin, se donner le droit d’être heureux, se sentir digne d’être aimé. Parmi tant d’autres, voilà quelques capacités que nous permet d’acquérir une bonne estime de soi. Elle est la résultante du regard que nous portons sur nous-même et de la manière dont nous percevons nos émotions intérieures. En ce sens, elle est indissociable de la conscience de soi. Elle permet de prendre du recul sur soi et ses expériences, de s’analyser avec calme et lucidité et de s’adapter à notre environnement social. Mais, dans le cas de dysfonctionnements, elle peut aussi servir à se détester, se mépriser, voire se maltraiter. Disposer d’une bonne estime de soi est donc important pour le bien-être intérieur de tout individu.

Toutefois, nourrir son estime de soi est un exercice qui doit être constamment répété. Par bonheur, les recherches et la pratique de la psychologie cognitive – notamment dans la lutte contre la dépression – ont permis de développer des exercices pratiques et des mises en situation qui permettent à chacun de se construire une estime de soi équilibrée et résiliente.

2. L’estime de soi, un concept de mieux en mieux connu

L’estime de soi s’évalue à travers six dimensions essentielles : hauteur (haute ou basse), stabilité (constance du comportement), harmonie (équilibre des différents aspects : apparence, intelligence, compétences, popularité et acceptation sociale, conformité aux normes sociales), autonomie (par rapport aux pressions sociales), coût (gestion du stress et de la critique, impact émotionnel des événements quotidiens) et importance dans la vie de la personne (surinvestissement ou équilibre émotionnel face aux blessures d’amour-propre).

Un bon équilibre entre ses aspects permet aux individus de profiter pleinement de leurs succès et de relativiser leurs échecs. Une bonne estime de soi ne supprime pas la souffrance, mais permet d’éviter qu’elle ne se propage à toute la personne, et semble faciliter par nature l’intelligence émotionnelle.

En revanche, les personnes souffrant de problèmes d’estime de soi sont submergées par les émotions négatives et peuvent voir leur humeur se dérégler rapidement sous l’effet des stresseurs quotidiens. Les symptômes sont nombreux : obsession de soi, tension intérieure, sentiment de solitude, d’imposture, de honte, complexes, difficulté à demander de l’aide, dépendance envers les normes, difficultés à se remettre en question, tendance au pessimisme, conduites d’échec, etc. Une estime de soi trop basse pousse à la dévalorisation et à la personnalisation des jugements (c’est ma faute !, je suis nul !), favorisant ainsi la dépression, l’isolement et les risques sociaux, voire le suicide. Une estime de soi trop haute, fragile car reposant sur la dilatation de l’ego, peut quant à elle rendre les personnes agressives et violentes.

Dans les cas les plus sérieux, ces dysfonctionnements débouchent sur de la maltraitance à soi-même : doutes et insatisfaction chroniques, envie et jalousie, autoagressivité par l’insulte ou sur le corps (tête contre les murs, scarification).Les états d’âme négatifs jouent sur les capacités d’agir, de créer, de résoudre les problèmes. Le travail sur l’humeur et l’estime de soi apparaît donc comme un enjeu important.

Un des enjeux de la psychologie cognitive est ainsi de faire prendre conscience au patient de l’existence de distorsions automatiques de la pensée, d’un dysfonctionnement du regard sur soi, débouchant sur un sentiment d’insuffisance de soi.

3. S’observer, s’accepter, s’affirmer

Imparfaits, libres et heureux propose une grille d’analyse au lecteur pour corriger les mauvais réflexes d’une estime de soi déficiente. Dans un premier temps, il convient de s’observer au-delà des émotions, afin de prendre conscience de ses réactions face aux situations de la vie, à la manière des stoïciens de l’Antiquité, comme Marc Aurèle, souvent cité.

La plupart du temps, les personnes à mauvaise estime de soi confondent leur ressenti émotionnel avec les faits. Ils surévaluent leurs défauts. Or, les imperfections sont naturelles, la vie étant par essence inégalitaire, les différences existent. Avant tout, il convient de créer un climat de tolérance envers soi-même, d’observer les autres, et leurs propres défauts, qui ne semblent pas les gêner, d’écouter leur avis, de se confronter aux situations génératrices de honte, progressivement, afin d’atténuer peu à peu la réponse émotionnelle, d’élargir son regard sur soi et arrêter de se réduire à ses faiblesses et ses limites.

Pour y parvenir, une solution peut être de se fixer des rendez-vous quotidiens d’observation intérieure. Le processus consiste à accepter de laisser venir à sa conscience les éléments de sa vie du moment, à s’apaiser et à observer les pensées et émotions qui nous traversent, puis à penser aux actions que l’on souhaite entreprendre, sans oublier de se remercier. Accepter l’instant présent, et non le traverser les yeux et l’esprit fermés. S’observer et s’entraîner à repérer les marqueurs somatiques de la mauvaise estime de soi est aussi essentiel. Les petits signes physiques révélateurs de tension et d’inconfort, les situations dans lesquelles ils se présentent, sont autant de signes révélateurs de mauvais réflexes. Les sujets à bonne estime de soi sont eux capables de tolérer et d’accepter leurs imperfections et ainsi prendre de la distance sur eux-mêmes.

S’observer, se comparer (sans jugement) avec les autres ouvre la voie à l’acceptation de soi, c’est-à-dire au lâcher-prise. L’erreur est de se focaliser sur ses problèmes ou sur ce qui ne marche pas. Il est préférable de regarder ses qualités, d’identifier ce qui fonctionne, d’accepter d’avoir des défauts et des limites.

Ce principe est au cœur des philosophies orientales. Accepter le monde tel qu’il est (et non comme on voudrait qu’il soit) aide à s’accepter soi-même. L’acceptation ouvre la voie à l’affirmation de soi, à l’expression de ses besoins, de ses pensées et émotions, en un mot permet de ne pas s’inhiber dans un contexte social. Pour cela, il est nécessaire d’accepter la contrariété des autres et de s’écouter pour entendre ses aspirations et besoins personnels.

4. Méditer pour agir

Il est possible d’apprendre à s’observer, d’essayer de le faire puis d’en prendre l’habitude. La correction des réflexes et pensées inadéquats requiert toutefois un engagement régulier et répété. Comme la musique, prendre soin de soi nécessite un apprentissage.

Christophe André propose ainsi à travers des exercices pratiques de mettre en place une « écologie psychologique » pouvant contribuer à apaiser son ambiance intérieure. L’observation et l’acception n’ont de sens que si elles débouchent sur l’action, car agir implique de se confronter à la réalité. L’action et la confrontation sont les véritables révélateurs de l’estime de soi alors que l’évitement n’enseigne rien.

La première action à entreprendre est de porter un regard amical et bienveillant sur sa personne. Se parler comme on parlerait à un ami contribue largement à apaiser les tensions internes. Sans porter de jugement, il est important de comprendre l’origine de ses complexes ou de ses réactions émotionnelles, de son sentiment de honte. Il faut parfois pour cela remonter dans le passé (messages humiliants et complexes des parents, carences affectives), tout en restant dans le présent pour identifier les situations qui déclenchent les pensées ou les comportements négatifs.

Dans cet esprit, plusieurs pistes sont à travailler régulièrement : prendre conscience de ce qui se passe en nous dans les situations qui créent de l’anxiété, de la colère ou des émotions négatives ; accueillir favorablement ce qui se présente a priori ; demeurer dans la situation présente, ne pas s’imposer de double peine avec des ruminations et des interprétations permanentes ; accepter que le pire peut arriver et qu’il est hors de notre maîtrise ; accepter le passé qui a mis en place nos pratiques de peur et d’évitement ; renoncer à juger ce passé, l’accepter pour recommencer à vivre.

Pour arrêter de se juger, il faut juguler le « critique intérieur », trompeur, qui transforme l’information en auto-intoxication, mélangeant les faits et notre interprétation. Ainsi, il devient possible de tirer des enseignements de ses expériences (feed-back) et d’écouter lucidement et consciemment ce que l’on pense de nous, tout en gardant à l’esprit que, comme l’entretien d’un jardin, écarter les ruminations sur soi est un travail à toujours recommencer.

Pour cela, la méditation et la non-violence sont de précieux outils favorisant le calme intérieur et l’acceptation du moment présent. La méditation permet de devenir un observateur attentif de ses phénomènes mentaux intérieurs, corporels et émotionnels, sans chercher à peser sur leur déroulement. Renoncer à la violence est vecteur de changement.

Christophe André s’appuie sur Gandhi et Martin Luther King pour s’inscrire dans la continuité des figures historiques de cette forme d’action sociale, politique, spirituelle. Guidés par la joie et par la foi, leur humilité, énergie et confiance leur ont permis de changer le monde autour d’eux. La spiritualité, notamment le bouddhisme, est ici présentée comme un vecteur d’harmonie et de paix, un chemin vers la pleine conscience (mindfulness) de soi et de la vie.

5. Le paradis, c’est les autres

Pour Christophe André, ce chemin guide le lecteur vers la reconnaissance sociale, nourriture essentielle de l’estime de soi. L’humain est un animal social, il a besoin des autres pour survivre et se développer. Le rejet social ou son sentiment crée de la souffrance et peut provoquer un comportement agressif, favoriser l’isolement ou entraîner des troubles de l’alimentation. La peur du rejet social est à l’origine de nombreux problèmes d’estime de soi. Elle est souvent nourrie par la crainte du jugement d’autrui et les émotions négatives, comme la honte, ou la dévalorisation. La personne se sent mal à l’aise, et en conclut qu’elle l’est réellement, et que tout le monde le voit. Ce dysfonctionnement peut engendrer de la « paranoïa relationnelle » (p. 221).

Or, les personnes à mauvaise estime de soi surévaluent le risque de rejet social.

Pour lutter contre cette tendance mortifère, Christophe André propose de s’adonner à de petites expériences sociales comme se rendre dans un magasin et se faire expliquer le fonctionnement d’une chaîne hi-fi, puis dire que l’on n’a pas compris et demander une nouvelle explication. Pour la honte, émotion redoutable souvent à l’origine de problèmes d’estime de soi et générateur de graves complexes, il préconise de sortir dans la rue et de se promener en portant un vêtement ridicule (par exemple un pyjama), afin de se rendre compte qu’on se sent bien plus mal à l’aise avant qu’après l’expérience et que les gens nous prêtent en fait bien peu d’attention. Si l’expérience est prolongée, la honte diminue et s’affaisse. Elle permet également de s’habituer au sentiment de honte, l’objectif étant de pouvoir le reconnaître dans des contextes plus anxiogènes pour pouvoir le repousser.

Enfin, il est nécessaire d’accepter de se plier aux règles de l’interaction sociale. L’affirmation de soi parmi les autres ne peut se passer d’une capacité d’écoute active, et non tournée vers ses ruminations intérieures. La gratitude, la politesse, la gentillesse sont des atouts pour cultiver les liens et l’acceptation des autres, aussi différents et imparfaits que nous. La peur du rejet social et l’isolement doivent être combattus sans relâche, car un humain doit trouver sa place dans son environnement social pour être en bonne santé, physique et mentale. Il est même impossible de s’estimer sans être en règle avec les autres. Et s’il est heureux d’avoir des amis proches à qui se confier, en qui on a toute confiance, rien n’interdit de cultiver des relations sociales moins intimes, car la plus grande richesse d’une personne, ce sont ses relations.

Par ailleurs, créer des liens avec l’objectif de percevoir son identité à travers eux modifie en profondeur le rapport à soi-même et nous porte vers l’humilité et l’oubli de soi, ultime étape d’une estime de soi harmonieuse.

6. Conclusion

L’estime de soi ne se nourrit pas de l’angélisme, mais de l’action sereine. La nourrir et l’enrichir impose la mise en place d’une psychologie positive envers soi et envers autrui, dont les petits actes quotidiens sont l’équivalent des pratiques écologiques à l’échelle de la planète.

Toutefois, cette recherche d’équilibre ne doit pas être confondue avec le culte de l’ego. Au contraire, il s’agit avant tout d’être bienveillant avec soi, afin de pouvoir l’être avec les autres. De même, elle ne doit pas être vécue comme un absolu, mais comme une clé pour cultiver son bien-être et trouver, sereinement, sa place parmi les autres.

Une estime de soi équilibrée et harmonieuse est un outil de développement personnel adapté pour vivre à l’instant présent, ici et maintenant, sans craindre des jugements malveillants ni les accidents de la vie.

7. Zone critique

Le développement personnel est un domaine commercialement porteur et justifie parfois des livres inutiles. Force est de constater qu’Imparfaits, libres et heureux, porté par l’expérience clinique de son auteur, s’inscrit dans la lignée des ouvrages sérieux et documentés. Bon outil d’analyse des comportements et des émotions intérieures, il offre à tout à chacun des clés de développement et des lignes directrices pour sa vie. Accessible, il a pour but essentiel de vulgariser des pratiques médicales et psychologiques, mais ne peut se substituer à un praticien ou à une psychothérapie pour les cas les plus sérieux.

À l’instar d’autres ouvrages de psychologie cognitive et comportementale, on pourrait regretter que l’auteur ne fasse que survoler la notion d’inconscient et d’autres découvertes de la psychanalyse, comme les relations entre Moi, Surmoi et Soi, ou les questions de transferts entre patient et psychothérapeute. Mais sa quête est celle de l’harmonie, et il parvient à associer son intérêt pour le bouddhisme et la méditation à sa pratique de médecin hospitalier, montrant ainsi qu’il ne se limite pas à une doctrine, mais cherche à conjuguer les approches de domaines d’apparence éloignés.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Imparfaits, libres et heureux, Paris, Éd. Odile Jacob, 2006.

Du même auteur– Vivre heureux : psychologie du bonheur, Paris, Éd. Odile Jacob, 2003.– Trois amis en quête de sagesse avec Matthieu Ricard et Alexandre Jollien, Paris, L'Iconoclaste-Allary Éditions, 2016.– La Vie intérieure, Paris, L'Iconoclaste, 2018.

Autre piste– Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, Paris, J’ai lu, 2017.– Daniel Goleman, L’Intelligence émotionnelle, Paris, Robert Laffont, 1997.– Eckart Tolle, Le Pouvoir du moment présent, Paris, J’ai lu, 2010.– Glenn R. Schiraldi, Estime de soi : guide et exercices pratiques, Paris, Béliveau, 2018

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