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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

On tue une femme

de Collectif

récension rédigée parNatacha Giafferi-DombreDocteure en anthropologie et chercheuse indépendante, membre de l’ANR PIND (Université de Tours).

Synopsis

Société

L’ouvrage se présente comme « le livre noir de la "condition" féminine » (p.64). En 2014, en France, à la suite des requêtes d’associations féministes auprès de la Délégation aux droits des femmes d’introduire la notion de féminicide dans le Code pénal français, s’est tenue une série de colloques, à l’université de Poitiers et de Paris-Diderot, ainsi qu’à l’Assemblée nationale. Ce livre en restitue les actes. Présenté comme « un fléau universel et le défi majeur des sociétés au XXIe siècle » (p.62), le féminicide y est abordé sous tous ses aspects : culturels, juridiques, psychanalytiques. Décrit comme l’ultime aboutissement des violences faites aux femmes, il ne relèverait pas de conduites hors-normes mais serait, bien au contraire, inscrit au cœur même de la culture. De l’Amérique, où est née la notion dans les années 1990, à l’Europe, et dans une moindre mesure le sous-continent indien et le monde arabe, le meurtre des femmes est ici l’objet d’une enquête transdisciplinaire. Ne relevant ni de la passion, ni de l’amour, mais de facteurs politiques, anthropologiques, sociologiques, historiques, démographiques, économiques, enfin psychanalytiques, le féminicide et les violences qui le précèdent croisent la race, le colonialisme, la production capitaliste, le libre-échange, ou la religion. La domination des femmes jouit, sous toutes les latitudes, d’une impunité qui ne peut que s’expliquer par la perpétuation d’un système de genre au fondement inégalitaire. Seule la violence masculine y est légitime, explique l’anthropologue Françoise Héritier, tandis que celle des femmes serait « hors normes ». L’enjeu en serait l’appropriation du corps des femmes et de leur reproduction, que les motifs invoqués soient culturels, religieux ou affectifs.

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1. Introduction

La plupart des sociétés, à la plupart des époques, traitent les femmes dans un rapport d’infériorité. Les violences à leur endroit vont de l’infanticide des petites filles ou des avortements sexués, au mariage forcé, aux maltraitances jusqu’au suicide forcé, meurtre ou assassinat (selon que la préméditation est ou non retenue). Si le problème n’est pas nouveau, on assiste depuis peu à une plus grande visibilisation des violences extrêmes, notamment grâce à l’emploi du terme féminicide, dont l’emploi est consacré, en France, par le dictionnaire Le Robert depuis 2015.

Ce terme est apparu tout d’abord en anglais sous la forme de femicide, lequel désigne le meurtre d’une femme parce qu’elle est femme, sous la plume des Américaines Jill Radford et Diana Russell, autrices de la toute première anthologie consacrée à cette question.

L’Amérique latine, confrontée au fémigénocides ou féminicide de masse, s’en est saisit et proposa la variante de feminicidio afin d’éviter qu’il soit le simple équivalent de l’homicide – ce qui reviendrait à nier l’inscription inégalitaire des femmes dans la plupart des sociétés –, mais aussi pour préciser un aspect jugé central de ces meurtres : l’inaction ou la complicité d’un État. De la critique féministe décoloniale des mouvements indigènes latino-américains aux combats européens, le problème est enfin pris en considération au niveau mondial et fait l’objet de militances et de recherches universitaires. « Le féminicide est un combat à la fois intime et international » (Lydie Bodiou et Frédéric Chauvaud, p.63).

De la violence verbale ou psychologique au meurtre définitif, il s’agit de comprendre la « haine du féminin » qui autorise le passage à l’acte violent.

2. Un concept venu d’Amérique

Ce n’est pas un hasard si le mot féminicide vient d’Amérique latine. Dans la ville frontalière de Ciudad Juárez, ville « symbole du féminicide » pour le journaliste Jean-Christophe Rampal, chaque jour sept femmes sont tuées. Des « féminicides sexuels systémiques », caractérisés par leur répétition et leur ultraviolence qu’il faut replacer, plutôt que dans une culture mexicaine supposée violente par essence, dans le contexte de la guerre contre la drogue et celui du système néolibéral des maquiladoras, zones franches où des multinationales exploitent de jeunes ouvrières autochtones.

Pour Cathy Fourez, spécialiste des littératures mexicaines, le « contexte géopolitique de contrebande et de libre-échange à outrance » (p.295) accentuerait les inégalités de genre déjà existantes dans la société mexicaine. La question coloniale et le féminisme matérialiste sont également invoqués par Jules Falquet, sociologue, « loin de tout psychologisme et plus loin encore d’un regard culturaliste sur un quelconque "machisme latino" » (p.131). « Instrumentale », la violence des hommes contre les femmes serait à la fois un outil et le résultat d’une domination ancrée dans l’économique, le politique et l’histoire.

L’Amérique latine dans son ensemble est touchée par deux formes principales de violence : le meurtre systémique et les violences dites intimes, perpétrées par un compagnon. Au Guatemala, les assassinats d’Indiennes par l’armée et les groupes paramilitaires, durant la guerre civile puis dans le contexte de la prédation extractiviste, a déclenché un intéressant « féminisme communautaire » qui s’en prend à la « matrice coloniale des violences » (p.148). Mais bien trop souvent, comme au Chili, la loi ne reconnaît que les violences privées et dépolitise le concept en ne l’inscrivant pas dans les rapports de genre en général.

De même, pour l’anthropologue Adelina Miranda observant le contexte italien, où le « délit d’honneur » et le « mariage réparateur » (Sicile) après un viol ne furent abolis qu’en 1981, la lecture culturaliste ou évolutionniste (hommes « arriérés » de l’Italie du Sud ou Méditerranéens) masquerait la réalité plus large de la domination symbolique et économique des femmes, et de la famille comme lieu des violences.

En Asie, 65 millions de femmes sont aujourd’hui jugées manquantes du fait de l’avortement ou du meurtre sélectif des bébés filles, entraînant une spirale de nouvelles violences (prostitution, enlèvement d’épouses, trafics, viols). Hélas, « la loi et la répression n’ont que peu de poids face à un phénomène complexe […] dont les racines sont ancrées dans des normes sociales ancestrales insérées dans un climat de violence patriarcale extrême » (p.20-21), en Inde singulièrement.

Le Canada, qui a connu deux massacres masculinistes – une tuerie de masse de femmes à l’École polytechnique de Montréal en 1989, et en 2018 une camionnette folle conduite par un incel (« célibataire involontaire ») revendiqué – est aussi une ancienne colonie dans laquelle disparaissent ou sont assassinées des jeunes femmes pauvres, Amérindiennes, Inuit ou métis, souvent prostituées et fuyant les pensionnats où les jeunes autochtones sont internés. En cause, « un dispositif systémique qui mêle racisme, indifférence et apathie politique » (p. 37). Pour la réalisatrice Emmanuelle Walter, ce cycle de violences s’enracine dans le colonialisme canadien et la Loi sur les Indiens de 1876, prédatrice et déculturatrice.

3. Reconnaissance du « féminicide » : enjeux juridico-politiques

La reconnaissance juridique d’un concept nouveau implique des enjeux juridiques, scientifiques et politiques nombreux. L’inscription du meurtre des femmes dans un système organisé de « valence différentielle des sexes » (Françoise Héritier), souligne, au-delà du « simple » homicide, une dimension genrée à l’origine même du crime.

La juriste Bernadette Aubert distingue deux situations types en termes d’orientation juridique des États : le féminicide comme infraction autonome (Guatemala, Salavador, Mexique, Nicaragua, Costa Rica) ou comme circonstance aggravante (Pérou, Chili, Brésil, pays européens). Ni l’Espagne ni la France n’ont incorporé le terme de féminicide à leur Code pénal pour des raisons d’universalité, mais ils reconnaissent et encouragent l’emploi du terme. La juriste Laurence Leturmy note qu’en 2017, l’identité de genre devient circonstance aggravante des crimes et des délits.

Cette construction a été progressive : discrimination fondée sur le sexe en 1975, sur l’orientation sexuelle en 2003, enfin sur l’identité sexuelle en 2012. Mais ce sont surtout les violences domestiques qui sont visées par une série de lois depuis 2006, et le féminin n’y est pas nommé comme tel : victimes et perpétrateurs sont sans sexe, répondant au principe de neutralité issue de celui d’égalité, à la base de notre loi (même si la loi « Égalité et Citoyenneté » de 2017 reconnaît le caractère sexiste d’un meurtre).

Amélie Bescont et Taiana Marcon rappellent l’existence du concept d’uxoricide, ou meurtre de l’épouse, disparu du Code pénal en 1810, et notent que ce n’est qu’en 1992 que l’existence entre victime et perpétrateur d’un lien affectif redevient une circonstance aggravante. Lequel de ces « régimes de pénalisation des homicides sexistes » (p.209) serait donc le plus efficace pour lutter contre les violences conjugales et sexistes : neutre ou sexo-spécifique ? « Car si le principe de neutralité occulte bien une réalité sociale profondément genrée, que dire des effets sociaux que pourraient avoir cette qualification juridique socio-spécifique » (p.222), plaçant les femmes comme victimes, les hommes comme agresseurs, avec le risque d’une « (re)production des normes de genres […] par le biais de la norme juridique » (p.225) ?

Ceux qui défendent l’usage du terme redoutent, de leur côté, la tolérance au sexisme partagée par l’ensemble de la société, y compris les juges et les membres du jury. Il y aurait intérêt à employer le terme de féminicide pour rendre compte non seulement des meurtres conjugaux mais aussi des crimes d’honneur, des assassinats sexistes et des meurtres de masse. Défendant cette idée, l’association « Osez le féminisme » organise depuis 2009 des campagnes d’affichage de rue et sur les réseaux sociaux, deux types d’espace public.

Du côté du monde arabe, le démographe Sofiane Bouhdiba revient sur l’institution préislamique du waad, ou infanticide des filles, auquel l’Islam a tenté de mettre en fin en légiférant, tout en héritant de la dépréciation des filles et la survalorisation des garçons. Les règles successorales inégalitaires sont encore d’actualité dans tous les pays musulmans, de même que la lapidation des femmes sur le modèle prophétique.

Pour la France de l’entre-deux-guerres, l’historien Nicolas Picard, analysant le traitement policier et judiciaire des meurtres, note que l’histoire du corps a remis les victimes, jusque-là oubliées, au centre des débats. Pourtant la justice du XXe siècle reste genrée, les femmes représentant une faible part de la population criminelle et étant essentiellement victimes. Leur moralité reste toutefois scrutée, la circonstance atténuante de l’adultère en cas de meurtre (mythe du « crime passionnel ») ayant prévalu jusqu’en 1975.

4. Dimensions subjectives et collectives de la mise à mort du féminin

La troisième partie de l’ouvrage est largement consacrée à la psychanalyse et la psychologie. Notant l’apparition tardive du mot féminicide, Laurie Laufer pointe la difficulté de nommer le phénomène sans heurter l’universalisme républicain français. Pourtant, rappelle Thamy Ayouch, c’est précisément dans sa capacité à nommer avec justesse que le droit tient son efficacité symbolique. Nommer permet aussi aux femmes de se réapproprier la parole, dont les historiens montrent bien qu’elles en ont été jusqu’ici privées.

L’exposition spécifique des femmes à la vulnérabilité relèverait d’un emboîtement de normes, de dispositifs de production et de reproduction genrés, produisant à leur tour un véritable système de domination, un enchaînement « production de travail, reproduction sexuelle et destruction des corps » (p.323).

L’historienne des religions Aurore Schwab étudiant le « crime d’honneur » montre combien, dans les sociétés traditionnelles, le lien entre individu, famille et communauté permet d’éclairer le rôle joué par la réputation, où « l’estime de soi dépend de l’estime des autres » (p.343). Impuni, le meurtrier se voit encore honoré par la communauté, et la famille, participante active à l’assassinat, ainsi que par la communauté tout entière. S’emboîtent ici les dimensions publique et privée.

La psychanalyste Houria Abdelouahed, analysant les crimes d’honneur dans les pays musulmans qui punissent de mort toute activité sexuelle hors mariage, y compris le viol, souligne en outre que le modèle de référence de la lapidation est religieux, et donc indépassable. 91% des crimes d’honneur dans le monde sont le fait de musulmans et 5 000 femmes meurent ainsi chaque année, dont 1 000 au seul Pakistan. Ces « crimes d’amour-propre » (p.351) mêlent ainsi le pulsionnel aux codes social et religieux. La domination masculine est si ancienne qu’elle en paraît naturelle et prive les femmes depuis des millénaires de devenir agentes de l’histoire. Pour l’Arabie Saoudite aujourd’hui comme pour le XIXe siècle français, la femme n’est qu’un « mammifère », en tout point inférieur à l’homme.

5. Anatomie d'un fantasme

D’où provient cette haine ? De la capacité des femmes à engendrer l’identique et le différent, comme le défendait Françoise Héritier ? De la peur de l’ouverture, de la béance que symboliserait le sexe féminin ?

Alexia Delbreil, psychiatre et médecin légiste, rappelle que « le geste fatal est souvent l’apogée d’une violence exercée de façon régulière » (p.361), soulignant la continuité entre « la mainmise qu’il a de la relation conjugale et la mort de sa victime » (p.361). « Toutes cultures confondues, l’homicide conjugal est un acte avant tout masculin » (p.365) (en France, 75% des victimes de violences conjugales sont des femmes), déclenché par l’éventualité d’une séparation vécue comme dépossession.

À l’inverse, témoigne Amélie Gallois, quand les femmes tuent leur partenaire, c’est presque toujours par autodéfense. Pour cette psychologue, « il faut investiguer les ressorts inconscients à l’œuvre dans ces passages à l’acte masculins » (p.381), situer le problème dans la « problématique identitaire masculine » (p.389). Jean-Baptiste Marchand, également psychologue, place au cœur du féminicide une différence vécue comme menaçante. « Les violences de genre questionnent le rapport du sujet à son genre, à l’autre genre et au genre de l’autre » (p.399). Ces passages à l’acte violents seraient « autant une violence contre le genre, que contre les femmes » (p.406).

De son côté, Marie-José Grihom, souligne « des résistances nombreuses […] au niveau social comme individuel » (p.407), parmi lesquelles l’intériorisation par les femmes de ces représentations genrées, à l’origine de conduites de mise en danger de soi-même de la part des victimes en raison d’« un défaut d’investissement par la mère du féminin de son enfant » (p.426).

Le fantasme « on tue une femme », soit la mise à mort du féminin à travers la femme qui le représente, est alors partagé. Pour le meurtrier, cela revient à tuer la femme séductrice, confondue avec la mauvaise mère archaïque. En quelque sorte un matricide confondant la mère et la femme.

Pour Thamy Ayouch, psychanalyste, « les féminicides […] prennent sens dans […] une hiérarchisation des rapports sociaux de sexe, sur lesquels ils s’appuient et qu’ils renforcent en retour » (p.432). Reprenant les travaux de l’anthropologue argentine Rita Segato sur le viol, Ayouch note l’existence d’un « système de statut » doté, en plus d’un axe vertical de domination du violeur sur sa victime, d’un axe horizontal qui le relie à ses pairs.

À travers leur viol ou leur meurtre, les femmes seraient « les signes de leur langage » adressés à leurs pairs et faisant la preuve de leur capacité à la cruauté. S’inspirant du principe théorisé par Claude Lévi-Strauss de la « circulation des femmes » (au cœur de sa « théorie de l’alliance », les femmes à marier sont la valeur d’échange entre des groupes sociaux), il propose celui d’une « circulation d’une violence contre les femmes » (p.439). Les féminicides seraient « non point des crimes sexuels, mais des actes qui visent plutôt à maintenir le pouvoir et en reproduire l’efficace » (p.439).

6. Conclusion

Le principe de l’égalité des sexes est à la base des réflexions tenues depuis 1945 avec la Charte des Nations Unies. Le féminicide comme concept et comme outil est encore en construction, mais son irruption dans l’espace médiatique, comme dans celui de la recherche, a permis une prise de conscience et une accélération de l’action publique.

Si l’Assemblée générale de l’ONU a, en 1999, adopté la journée du 25 novembre, jusqu’alors célébrée dans la seule Amérique latine à la mémoire des sœurs Mirabal, résistantes à la dictature du dominicain Rafael Trujillo qui les fit battre à mort, la fille de Minerva Mirabal rappelle que « la violence faite aux femmes est sans doute une des plus grandes menaces pour la démocratie » (p.454).

La domination masculine et sa transformation de la différence en hiérarchie qu’analysa toute sa vie durant Françoise Héritier sous le concept de « valence différentielle des sexes », prend des formes diverses dont l’impunité assure, du Guatemala au Pakistan en passant par l’Inde, le Mexique ou le Soudan, la perpétuation. Il y a donc, et c’est la perspective de ce livre, nécessité de les distinguer en tant que violences de genre, faute de quoi elles s’invisibilisent. Mais faire le lien entre ces morts violentes et l’organisation patriarcale de nos sociétés reste difficile à entendre pour beaucoup, tant que l’on opposera le féminicide à la famille comme lieu ressource supposé. Le violeur reste alors l’étranger, l’étrange, l’anormal, et le féminicide un homme que la passion a aveuglé.

Bien au contraire, « le féminicide désigne le résultat d’un continuum de terreur anti-féminine » (p.435), d’une dévalorisation naturalisée de la sphère privée, construite comme féminine, par rapport à la sphère publique, considérée comme masculine. La nécessité d’observer la perpétuation de la structuration en termes genrés des sphères privée et publique est donc un préalable à toute action.

7. Conclusion

Pour la psychologue Marie-José Grihom, comprendre ces violences est un « devoir éthique ». Psychologie et psychanalyse offrent de ce point de vue d’importantes pistes, comme le montre la lecture du viol par le psychanalyste Thamy Ayouch : celui-ci découlerait d’un « mandat » donné à l’homme par les autres hommes afin de reproduire la verticalité du système de genre qu’est le patriarcat, « institution fondée sur le contrôle du corps des femmes et la capacité de les punir » (p.435).

Le viol serait alors un rappel à l’ordre des statuts, distinguant hommes et femmes, et sa seule potentialité, une menace dissuasive de fréquenter, par exemple, des lieux publics ou réservés aux hommes, ou de circuler à certaines heures, ou encore de s’arrêter dans l’espace public. De même, l’apport de la sociologie permet d’apercevoir les dimensions sociales d’un geste au-delà d’une analyse culturaliste du machisme ou de la misogynie. Mais la misogynie ne peut-elle pas être lue dans sa dimension historique et sociale, comme une lente construction masculine aux dépens du féminin ? Les anthropologues enfin, ouvrent une perspective indispensable sur les fondements de l’inégalité des sexes, tandis que les historiens la situent dans le temps, dévoilant changements et permanences.

Ce compte-rendu ne pouvant exprimer toute la richesse de cet ouvrage collectif, on ne saurait trop en recommander la lecture, tout comme celle de l’ouvrage qui le précède : Le corps en lambeaux. Violences sexuelles et sexuées faites aux femmes, paru en 2016.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– L. Bodiou, F. Chauvaud, L. Gaussot, M.-J. Grihom, L. Laufer, B. Santos (dir.), On tue une femme. Le féminicide. Histoire et actualités, Paris, Hermann, 2019.

Autres pistes– Lydie Bodiou, Frédéric Chavaud, Ludovic Gaussot, Marie-José Grihom et Myriam Soria (dir.), Le corps en lambeaux. Violences sexuelles et sexuées faites aux femmes, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016.– Pierre Bourdieu, La domination masculine, Paris, Seuil, 1998.– Erving Goffman, L’arrangement des sexes, Paris, La Dispute, 2002 (1977).– Françoise Héritier, Masculin/Féminin I. La pensée de la différence, Paris, Odile Jacob, 1996.– Françoise Héritier, Masculin/Féminin II. Dissoudre la différence, Paris, Odile Jacob, 2002.– Jill Radford et Diana E. H. Russel, Femicide: The Politics of Woman Killing, Open University Press, Buckingham, 1992.

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