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Petit manuel de résistance contemporaine

de Cyril Dion

récension rédigée parKarine ValletProfesseure certifiée de Lettres Modernes.

Synopsis

Société

Notre planète est en grave péril, et nous aussi. C’est de ce constat sans ambiguïté que part Cyril Dion dans son Petit manuel de résistance contemporaine. On épuise nos ressources, nos écosystèmes, et on creuse les inégalités entre les individus. Sommes-nous arrivés au point de non-retour ? En tout cas, cet ouvrage engagé, fruit de plusieurs années de travail, nous invite à l’insurrection pour pouvoir participer à la renaissance de notre planète. Qu’on soit militant écologiste ou pas, ce livre nous concerne tous.

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1. Introduction

Par la force des habitudes adoptées, nous regardons notre planète se faire piller et dévaster avec indifférence. C’est justement pour susciter un sursaut de conscience chez ses concitoyens que Cyril Dion publie en 2018 son Petit manuel de résistance contemporaine. Bien résolu à réveiller les esprits, il donne les clés pour livrer bataille contre les dérives actuelles en matière d’environnement. Car c’est bien une révolution que l’être humain doit engager. Au-delà de la tentative de sauvegarde d’un patrimoine naturel déjà bien dégradé, ce sont nos modes de vie et nos sociétés qui doivent être renouvelés. Sans cela, aucun changement ne pourra avoir lieu et nous courons à notre perte.

Combien de temps nous reste-t-il avant d’assister à l’une des plus grandes catastrophes de tous les temps ? Est-il encore possible d’arrêter la machine à broyer le monde que l’homme a mise en route ? Que mettre en œuvre pour pouvoir espérer rétablir un équilibre salutaire ? En répondant à ces questions fondamentales, Cyril Dion se fixe un objectif : inciter ses lecteurs à participer à la révolution écologique.

2. Un état des lieux peu optimiste

L’espèce humaine est considérée par certains militants écologistes comme la plus nuisible. Depuis plusieurs décennies, ses effets sur la planète sont si dévastateurs que la majorité des territoires en subissent les conséquences. À l’heure actuelle, nous détruisons notre environnement et nos ressources plus vite que nous ne les régénérons. La destruction de notre planète est d’ailleurs si avancée que certains activistes écologistes considèrent que la catastrophe est imminente.

Pour eux, il est trop tard pour enrayer le processus et on ne peut qu’espérer limiter l’ampleur des dégâts. Ce qui est certain, c’est que le réchauffement climatique n’est plus un mythe et qu’il se manifeste à travers des anomalies environnementales ou météorologiques d’envergure. Début 2017, l’Antarctique affichait par exemple des températures excédant de 20 °C les moyennes habituelles. La multiplication des ouragans est aussi un révélateur du dérèglement climatique. Sans compter que les activités humaines ont détérioré nombre d’écosystèmes essentiels à notre survie, comme les océans pollués par le plastique, les forêts ravagées par la déforestation massive, ce qui conduit à la disparition de nombreuses espèces animales.

Cet état des lieux est d’autant plus inquiétant que par ses agissements, l’homme participe à son autodestruction. En poursuivant sa course folle au profit et en maintenant ses activités destructrices, comme l’extraction de ressources fossiles, il ne fait qu’acter sa propre fin. La hausse des températures laisse présager de sérieuses pénuries en eau et en nourriture, la propagation de virus contenus dans les glaces, ainsi que l’accentuation de la pollution. Elle aura aussi une incidence directe sur l’état physique et mental des personnes. Le corps ne peut en effet s’adapter à des températures trop élevées et les capacités cérébrales seront diminuées par l’augmentation du taux de CO2 dans l’air.

La mise en péril de l’espèce humaine concernera également les territoires qu’elle occupe. La pollution des sols par l’agriculture amenuise leurs capacités de rendement. Certaines zones de la planète sont vouées à n’être plus habitables et à devenir inhospitalières. Si les déplacements climatiques ont déjà commencé, on peut facilement imaginer les conflits qu’ils risquent un jour d’engendrer entre les nations.

3. Pourquoi les acteurs du changement sont-ils inefficaces ?

Les gouvernements sont l’un des maillons essentiels de la transition écologique. Or, force est de constater qu’ils ont un impact bien dérisoire, voire inexistant, en matière de préservation de l’environnement. Si des initiatives voient le jour, elles sont rarement suivies de résultats concluants.

Ainsi en va-t-il du Grenelle de l’environnement entériné en 2007 et porté par le gouvernement Sarkozy. Bien que prometteur, il n’a pas permis d’apporter les changements espérés. Au lieu de diminuer, l’usage des pesticides a augmenté de 20 % entre 2009 et 2016, comme le rappelle Cyril Dion. Quant à la croissance, elle est florissante et crée toujours les mêmes effets déplorables sur l’environnement.Comment expliquer ces échecs ? Tout d’abord par le fait que pour se perpétuer et être viables économiquement, les sociétés capitalistes modernes ont besoin de la production et de la consommation de masse, au cœur desquelles le pétrole tient un rôle considérable. S’il est la première source d’énergie indispensable à notre système, il participe aussi grandement au réchauffement climatique.

Par ailleurs, les responsables politiques sont souvent impuissants, car ils ne sont pas les seuls décisionnaires. Les lobbys et les grands groupes qui pèsent des fortunes colossales imposent leurs règles sans aucune considération des répercussions sur la planète. Les gouvernements sont donc écartelés entre des enjeux économiques et écologiques inconciliables. Quant aux écologistes, ils peinent à mobiliser et à convaincre. Cyril Dion pointe l’absence de personnalité d’envergure pour porter les projets.

Mais il note surtout la difficulté des militants à proposer des revendications abouties prenant la forme d’une nouvelle société suffisamment attrayante pour susciter l’adhésion des citoyens. Car voilà bien l’un des obstacles majeurs : comment un modèle social basé sur la sobriété peut-il aujourd’hui donner l’envie de se priver des facilités d’existence et des nombreux plaisirs de nos sociétés contemporaines ? Adversaire redoutable que l’auteur fustige non sans une pointe d’humour : « Que pèse un post de Greenpeace International sur Instagram (628 000 followers) appelant à agir pour le climat, contre un post de Kim Kardashian (105 millions de followers) appelant à acheter son nouveau gloss à paillettes ? » (p. 54). Résultat : des mobilisations numériquement décevantes, comme ce fut le cas lors de la marche mondiale à l’occasion du Sommet mondial sur le climat de 2015 à Paris.

4. Qu’est-ce qui freine l’engagement individuel ?

Si les actions individuelles des gens restent timides, c’est que le discours des écologistes est en règle générale culpabilisant et anxiogène. Or le cerveau humain est ainsi fait qu’il active des mécanismes de protection en présence d’un potentiel danger. Selon le sociologue George Marshall cité par l’auteur, c’est exactement ce qui se passe lorsqu’une personne est confrontée aux constats pessimistes que dressent les militants. L’hémisphère cérébral gauche, dédié à la réflexion, se fait éclipser par l’hémisphère droit entièrement consacré aux émotions. Au lieu de rationaliser et de prendre du recul pour analyser les conséquences environnementales à venir, la personne se replie en quelque sorte sur elle-même et adopte une stratégie d’évitement qui lui permet de refouler une réalité désagréable.

Par ailleurs, nos vies modernes nous ont fait perdre le contact avec la nature qui nous environne, si bien que la prise de conscience peine à se faire un chemin dans l’esprit de certains. On compatit volontiers aux catastrophes écologiques en cours, mais sans vraiment prendre la réelle mesure de ce qui se déroule. D’une part, parce que nous vivons dans une société qui nous garantit le confort et incarne le progrès à tout point de vue (espérance de vie rallongée, paix durable en Occident, développement de technologies sophistiquées pour décupler nos capacités, etc.). D’autre part, parce que nous n’assistons pas directement aux tragédies qui ont lieu, comme la fonte des glaciers, l’exploitation de populations pour l’extraction minière de matériaux pour nos téléphones portables, la famine et les conditions de vie insalubres dans certains pays, la mise à mort des animaux dans les abattoirs… Cette déconnexion de la réalité nous conduit à relativiser les discours alarmistes sur le sort de la planète et les inégalités grandissantes.

Enfin, l’auteur considère que nous sommes formatés tout au long de la vie pour apprécier la vie que nous offre le système capitaliste et pour faire de nous des consommateurs fidèles. Les principes fondateurs de nos sociétés font de l’argent un pilier, en nous obligeant dès l’école à choisir un métier pour gagner de quoi subvenir à nos besoins et plaisirs. L’obsolescence programmée des objets, conçus pour avoir une durée de fonctionnement limitée, les effets de mode éphémères, sont autant de techniques pour nous contraindre à consommer.

Quant à notre addiction à Internet et aux réseaux sociaux, elle est savamment entretenue pour orienter nos achats et même baliser nos discussions en ligne, en nous maintenant « dans des bulles affinitaires, où nous croisons essentiellement ceux qui partagent nos opinions » (p. 71). Cette pratique présente un risque majeur et pourrait à l’avenir aboutir à des dérives totalitaires aux conséquences extrêmement graves concernant la liberté des individus.

5. Quels leviers enclencher pour agir ?

L’auteur s’inspire de l’activiste politique serbe Srdja Popovic qui a écrit un ouvrage sur les méthodes pour bien mener une révolution (cf. Pour aller plus loin). Il souligne l’importance de constituer un mouvement de résistance globale reposant sur la diversité des profils pour mobiliser le plus de personnes possible. Pour certains militants écologistes, il est essentiel d’entraver le fonctionnement des sites impliqués dans le désastre environnemental actuel, comme les raffineries ou les centrales nucléaires. Selon lui, est cependant partisan d’une résistance pacifique qui s’inscrirait dans la lignée de grandes révolutions sociales, comme celle portée par Martin Luther King. Il soutient également l’idée d’une action progressive correspondant à la méthode des petits pas, que les Japonais nomment kaizen. Se fixer des objectifs raisonnables et atteignables permet d’obtenir des résultats plus concluants et solides, même si cela exige plus de temps.

Mais ce n’est pas simplement une action collective qu’il faut entreprendre. Les initiatives individuelles ont aussi un rôle à jouer et ne sont pas à négliger. Comme le suggère la légende amérindienne du colibri qui s’efforce d’éteindre un feu de forêt en transportant de l’eau dans son bec, chacun peut agir à son niveau, à la mesure des moyens qui sont les siens. En cessant d’alimenter une économie qui participe au déclin de notre planète, chaque personne peut contribuer à en réduire les effets néfastes. Parmi les pistes proposées par Cyril Dion : s’approvisionner chez les petits commerçants pour déstabiliser la prédominance des grandes enseignes commerciales qui monopolisent le marché. Plus il y aura d’initiatives de ce type, plus l’impact à grande échelle sera conséquent. Pour preuve, la demande de plus en plus forte de produits bio a contraint les agriculteurs et les grands groupes de l’agroalimentaire à développer ce secteur.

Il faut par ailleurs faire évoluer les mentalités en développant l’altruisme et l’empathie, valeurs indispensables pour contrer l’indifférence à l’égard des êtres vivants qui nous entourent. Cela implique de se reconnecter avec la nature, mais également avec soi-même, et de se détourner des sollicitations incessantes auxquelles la société nous soumet. Pour Cyril Dion, la méditation et les pratiques artistiques constituent le moyen d’y parvenir. Il est d’ailleurs scientifiquement reconnu que le fait de méditer est un outil permettant d’accroître les capacités de compassion d’un individu et de développer les zones cérébrales dédiées aux sentiments positifs.

6. Quelle société mettre en place ?

Pour apporter une réponse satisfaisante aux enjeux environnementaux, la société doit muter en profondeur. Comme le souligne l’auteur, notre système est au cœur de notre dérive écologique, ainsi que de notre difficulté à faire évoluer favorablement les choses. Bien que nous soyons en démocratie, nous participons peu aux choix majeurs effectués par nos dirigeants. Il existe déjà des démarches qui vont dans le sens d’une plus grande ouverture démocratique : l’initiative citoyenne européenne (ICE) permet de proposer un projet de loi au Parlement ; le référendum révocatoire donne la possibilité à la population équatorienne de révoquer des élus qui n’honorent pas leurs promesses ; les citoyens suisses peuvent intervenir dans l’élaboration des textes législatifs grâce à l’initiative populaire…

Autant de solutions indispensables, mais qui restent trop marginales. L’auteur propose donc de renouveler notre système démocratique de façon à ce que de véritables coopérations et concertations s’établissent entre les citoyens et leurs représentants. Pour asseoir ce nouveau modèle social sur des bases solides, il préconise la mise en place d’un revenu universel qui serait versé de la naissance à la mort. Celui-ci abolirait la pauvreté et permettrait à chacun de s’épanouir professionnellement en exerçant une activité par goût et non par attrait financier.

En outre, nos modes de vie doivent être totalement repensés. Sur ce point, les propositions des militants écologistes sont nombreuses. Elles évoquent souvent une société autonome qui respecterait l’animal en tant qu’être vivant et n’aurait plus besoin de prélever les ressources naturelles à sa disposition jusqu’à épuisement. Pour cela, il faudrait qu’un « cercle réellement vertueux » s’installe grâce à la réparation des objets, l’échange et la location des biens entre particuliers, et grâce au principe de l’économie circulaire où les matériaux sont réutilisés à l’infini. L’autarcie de chaque ville serait assurée par une production locale de l’alimentation et des biens matériels. Pour garantir la stabilité économique, chaque territoire disposerait de sa monnaie locale pour résister aux crises.

Ces sociétés idéales ne sont pas simplement des utopies imaginaires. Plusieurs projets expérimentaux ont vu le jour. Le Hameau des Buis, issu du concept de l’écologiste Pierre Rabhi, est un écovillage utilisant les ressources locales pour la construction des habitations. La ferme du Bec Hellouin repose quant à elle sur des techniques manuelles et une connaissance pointue du cycle de la nature qui garantissent des rendements conséquents.

7. Conclusion

Pour Cyril Dion, l’urgence écologique nous impose de reconsidérer nos modes de vie actuels. Mais le changement ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté de chacun. Il doit prendre des dimensions plus générales et même mondiales, pour provoquer une véritable coalition contre les méfaits du réchauffement climatique.

La transition vers un nouveau modèle social doit donc aussi être économique et politique afin d’éviter des actions partiellement efficaces. C’est la seule option qui reste à l’être humain pour faire obstacle à la catastrophe planétaire qui se profile pour les prochaines décennies.

8. Zone critique

Les mouvements écologiques sont nombreux et particulièrement dynamiques, la cause environnementale étant aujourd’hui devenue une priorité majeure. Ils prônent des valeurs similaires, comme l’anticapitalisme, le rejet des pratiques industrielles, la préservation des ressources et le retour à la nature. Leurs modes d’action peuvent néanmoins différer. Des mouvements radicaux comme la Deep Green Resistance tiennent un discours militaire qui prône l’insurrection et la désobéissance civile. Ils envisagent leur engagement comme une guerre qu’ils mènent contre le système.

Même s’il parle de révolution, Cyril Dion se place pour sa part dans le prolongement de tendances écologistes plus pacifiques qui cherchent à établir une coopération entre les citoyens, les représentants politiques et les entrepreneurs, à l’instar de l’économie symbiotique de l’écologiste Isabelle Delannoy. Sous une forme plus spontanée, la jeunesse manifeste aussi son engagement. En 2018, les actions de l’adolescente Greta Thunberg ont été relayées par les médias du monde entier, tout comme celles des jeunes Belges Anuna de Wever et Kyra Gantois qui ont créé le mouvement Youth for Climate.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Petit manuel de résistance contemporaine, Paris, Éditions Actes Sud, 2018,

Pour aller plus loin– Isabelle Delannoy, L’Économie symbiotique – Régénérer la planète, l’économie et la société, Paris, Éditions Actes Sud, coll. « Domaine du possible », 2017.– George Marshall, Le Syndrome de l’autruche, Arles, Éditions Actes Sud, coll. « Domaine du possible », 2017.– Srdja Popovic, Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes, Paris, Éditions Payot, 2015.– Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, Arles, Éditions Actes Sud, 2010.– Nathaniel Rich, Perdre la Terre, Paris, Éditions du Seuil, 2019.

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