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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

L’école de la liberté

de Daniel Greenberg

récension rédigée parAnne-Claire DuchossoyDoctorante en littérature française (Universités de Bordeaux Montaigne et Georg-August Göttingen).

Synopsis

Développement personnel

L’école de la liberté, un modèle d’éducation autonome et démocratique a été publié pour la première en 1987 par Daniel Greenberg le fondateur de la Sudbury Valley School. Cette école, créée en 1968, est basée sur l’autonomie et la démocratie. Elle offre un cadre unique aux enfants et adolescents qui sont libres d’occuper leurs journées comme ils le souhaitent.

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1. Introduction

L’École de la liberté ne s’impose pas comme un traité d’éducation, mais seulement comme un document fondateur de l’école de la Sudbury Valley. Daniel Greenberg, y développe la conception de ce lieu unique.

Pour comprendre le fondement et le fonctionnement de la Sudbury Valley, il faut se détacher de tous ses schémas préconçus et se laisser guider à travers les pages pour découvrir ce modèle d’éducation autonome et démocratique. À travers deux parties « Apprendre » et « La vie à l’école », Daniel Greenberg nous expose avec beaucoup de précision la vie quotidienne à la Sudbury Valley School !

2. Qu'est-ce que l’école de la Sudbury Valley ?

• Le lieuFondée en 1968 dans le Massachusetts, la Sudbury Valley School s’est développée progressivement, essaimant avec une cinquantaine d’écoles créées à travers le monde. Ici, « ce ne sont pas les adultes qui contrôlent l’éducation des enfants, les enfants s’éduquent par eux-mêmes » (p.129), chaque individu est responsable de sa propre éducation. Cela favorise l’autonomie et la responsabilité. L’école a pris place dans une vieille propriété bâtie à la fin de la guerre de Sécession. Grâce aux pelouses, aux fleurs sauvages, aux buissons, aux arbres, l’étang, la digue, le moulin, la grange et les écuries, la Sudbury Valley School offre une ambiance champêtre. C’est comme un écrin de verdure protégé non loin d’une ville industrielle et bruyante. L’intérieur de la bâtisse est aménagé comme une maison avec des canapés, des tables, des fauteuils. Il n’y a pas de salle de cours. Le temps est comme suspendu…

• Vivre dehors et jouer « Dès le premier coup d’œil, beaucoup de choses frappent même le plus simple observateur. Il y a des enfants partout. Cela donne cette impression de récréation permanente dont nous entendons parler si souvent. Les enfants sont libres, actifs, bruyants, pleins de vivacité » (p.209). Il peut même y avoir des animaux lorsque certains enfants en font la demande : chevaux, chèvres, lapins… Beaucoup sont passionnés par la pêche. Les activités extérieures occupent une place très importante. Tous les ans, au mois de juin, ceux qui le souhaitent partent camper. Le jeu est au centre de l’école, « ce que l’on apprend ici, c’est la capacité à se concentrer et à focaliser son attention sur une tâche bien précise sans ménager ses efforts et sans se laisser limiter » (p.103). Daniel Greenberg a constaté dès les premières années que les enfants ne s’amusent pas obligatoirement avec des jouets (exceptés les jeux de sociétés), mais qu’ils utilisent ce qu’il y a à disposition (tables, placards, rochers, buissons…) Filles, garçons, enfants, adolescents, tout le monde, de tout âge, peut se retrouver autour d’un jeu, d’un match de sport.

• Le mélange des âges « Le mélange des âges est l’arme secrète de Sudbury Valley. Je n’ai jamais pu comprendre la raison d’être d’une ségrégation en fonction de l’âge. Dans le monde réel, les gens ne vivent pas séparés les uns des autres selon leur âge, année par année. Les enfants ayant le même âge n’ont pas tous les mêmes centres d’intérêt ni les mêmes aptitudes » (p.95). L’avantage de l’hétérogénéité des âges est que les enfants s’entraident. Un lien affectif se crée : les plus âgés jouent aux grands frères, les autres se font materner. Quelquefois ce sont les plus jeunes qui aident leurs aînés. Les enfants apprennent ainsi les uns des autres !

3. Le fonctionnement de l'école

• Les horairesL’école ouvre à 8 h 30 et ferme à 17 h. Mais à l’intérieur de ce créneau, il n’y a pas d’heures, pas de sonnerie. Les élèves peuvent jouer au même jeu de société ou lire un livre sur plusieurs jours, ils peuvent aller se promener plusieurs heures, travailler dans le laboratoire photo toute la journée s’ils le veulent. Ils prennent également leur déjeuner quand ils veulent, quand ils ont faim. « Ici le temps se mesure au rythme de la vie intérieure, dans toute sa complexité. Pour chaque activité, le fil des évènements se déroule à la vitesse appropriée, en prenant le temps qui lui est nécessaire » (p.112). Il est encore une fois question de respecter le rythme de chacun. Par contre, quand il y a un accord passé avec une autre ou plusieurs autres personnes (cours, réunions, sorties extérieures), chacun se doit de respecter les horaires prévus !

• Le budgetLes frais d’inscription ne sont pas très chers. Ils se sont en fait alignés sur les frais de scolarité des écoles publiques pour que la Sudbury soit accessible à tous. La cuisine a toujours eu beaucoup d’importance à la Sudbury Valley. L’école a pu être équipée grâce à de la récupération ou aux dons : livres, matériels divers… Mais tout n’est pas d’occasion ou donné alors le financement peut se faire par la vente de gâteaux à Noël et au long de toute l’année et grâce à d’autres manifestations comme des vide-greniers, des ventes aux enchères. Cela peut développer l’esprit d’entreprise chez les élèves. Un système de banque où chaque élève dispose d’un compte discrétionnaire pour l’aider à acheter du matériel dont il a besoin a également été mis en place.

• Le pouvoir pour tous : le Conseil d’écoleSouvent, c’est le pouvoir qui pose problème et qui inculque, entre autres, la peur. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une école démocratique dans laquelle adultes et enfants ont un pouvoir de décision et sont soumis aux mêmes lois. Pour assurer le fonctionnement de l’établissement, un Conseil d’école a été créé. C’est lui qui met en place les règles et qui règle les questions, les problèmes, qui négocie les contrats pour le personnel et qui décide des dépenses. Les adultes comme les enfants peuvent siéger au Conseil d’école et y ont le droit de vote. « La présence n’est pas obligatoire et il n’y a pas de procurations. Chacun peut voter, du moment qu’il assiste au conseil. Par conséquent, à l’école comme dans toute démocratie libre, il se passe la chose suivante : les gens viennent quand un sujet débattu leur tient à cœur » (p.133). Le président, qui est souvent un élève, est élu pour une année. • Le code d’honneurLes casiers personnels ne sont pas fermés à clé, car un code d’honneur régit l’ensemble de l’école. Si un enfant l’enfreint, alors il est appelé à la barre du comité chargé de la justice. En général, les objets de valeur sont à la vue de tous (portefeuille, objets de valeur…), mais personne n’y touche. Finalement, la confiance, le respect et la dignité règnent en maîtres. Le code d’honneur certifie également que tout le monde peut toucher au matériel (photos, cuisine…) à partir du moment où il a appris à s’en servir.

• Le ménageAprès plusieurs essais infructueux, c’est un système de volontariat qui a été mis en place. Des week-ends de grand nettoyage ont également lieu plusieurs fois dans l’année : les parents viennent même participer.

4. Des élèves libres et heureux

• L’apprentissageLa Sudbury Valley School s’appuie sur le principe que la curiosité et l’envie d’apprendre sont innées et instinctives. Certains préfèrent apprendre par eux-mêmes, d’autres solliciter une aide extérieure. Tous les enfants sont différents et ont des goûts et des envies qui leur sont propres. Ainsi, chacun doit avoir la possibilité d’apprendre à son rythme. Si certains enfants apprennent à lire à 5 ans, d’autres auront besoin de plus de temps. « Nous sentions que le seul apprentissage qui compte vraiment dans la vie a lieu lorsque l’apprenti se plonge de lui-même dans un sujet, sans être cajolé, soudoyé ou mis sous pression » (p.18). À l’intérieur comme à l’extérieur du bâtiment, les élèves jouent, discutent, échangent. Il n’y a pas de programme à suivre ni de matières obligatoires, chacun est libre d’aller et de découvrir ce que bon lui semble. Au quotidien, les enfants et adolescents font l’expérience de la vie, de la responsabilité et de l’autonomie. L’environnement se veut bienveillant et ouvert. Les enfants apprennent des autres enfants, des livres, des adultes, mais ces derniers, qu’ils soient diplômés ou non, tiennent en général un rôle mineur. Finalement, c’est la curiosité le plus bel instrument de ces enfants. « Ils apprennent à voir le monde parce qu’ils l’observent et qu’ils évoluent en son sein. Ils ne sont pas assis, confinés toute la journée dans une salle » (p.117).

• Libres d’apprendreÀ la Sudbury Valley School, l’apprentissage se fait lorsqu’un enfant trouve la réponse à son envie d’apprendre quelque chose dans un livre, un ordinateur ou en regardant les autres. Les cours se mettent en place quand l’enfant n’y arrive pas tout seul. Il peut alors conclure une espèce d’accord avec une tierce personne qui l’aidera. « Ce qui importe pour nous, c’est ce que les élèves veulent prendre, pas ce que les enseignants veulent donner. Pour beaucoup d’enseignants professionnels, c’est là une nuance difficile à saisir » (p.37). Quelquefois sont annoncées des réunions sur tel ou tel sujet, ceux qui sont intéressés peuvent y aller. Ce qui est remarquable, c’est que les élèves désireux par exemple d’apprendre l’algèbre le feront en quelques mois là où à l’école traditionnelle ils le feraient en plusieurs années. Il y a bien entendu la bibliothèque, « une vaste ressource passive, un réservoir de sagesse qui est là, disponible, pour que tout un chacun vienne y puiser lorsqu’il a soif de connaissance » (p.106). Mais aucune pièce fermée, de même que les livres sont disponibles partout et tout le temps. Si les élèves ne trouvent pas ce qu’il cherche à l’école, ils sont libres d’en sortir pour aller par exemple travailler quelques heures chez un artisan.

• Libres de leurs mouvementsMême si les premières années, cela a donné quelques sueurs froides aux adultes, les enfants sont libres d’aller là où ils le souhaitent et quand ils le souhaitent. Les enfants sont responsables d’eux et sont donc libres de se balader où ils le veulent, même à la pizzeria qui se trouve à plus d’un kilomètre. Seul l’étang est strictement interdit. Cette liberté ne freine pas l’apprentissage. Au contraire, les différentes expériences ont montré à quel point les enfants et adolescents trouvaient très vite un ou deux domaines de prédilection qu’ils approfondissaient ensuite avec beaucoup de volonté, de persévérance et d’acharnement.

5. Une place pour tous

• Le personnel La première année, douze personnes ont travaillé à la Sudbury Valley sans salaire. Ensuite, le personnel a été rémunéré avec la marge restante. La somme a augmenté au fil des années. Donner le nom de « personnel » aux gens employés permet d’effacer l’ordre hiérarchique. Il n’y a pas de personnel titulaire alors chaque année, au printemps, a lieu une élection pour choisir le personnel de l’année suivante. Les membres du personnel peuvent être des diplômés de grandes écoles, d’université, des titulaires de doctorats, mais également des professionnels, des artisans, des artistes…

• Les tout jeunes enfantsLes plus jeunes ont les mêmes droits et devoirs que les autres. Ils ont le droit de siéger au Conseil d’école. Ce qui est formidable, c’est que les plus petits ont une influence positive sur les adolescents les plus rebelles, car ils leur transmettent leur vitalité. « Sudbury Valley est, selon moi, le Winnie l’Ourson des écoles, où nous traitons les jeunes enfants comme des adultes. Et l’environnement scolaire nous donne la possibilité, à nous les grands qui nous faisons déjà vieux, de redynamiser chaque jour l’enfant qui est en nous » (p.182).

• Tout le monde trouve sa placeCertains élèves commencent à la Sudbury Valley dès leur plus jeune âge, d’autres arrivent tardivement. Ceux qui ont des problèmes de délinquance voient leur vie changer, car ils y retrouvent la liberté et le contrôle de leur vie. L’auteur s’arrête un instant sur les différents profils. Pour lui, les fauteurs de trouble (rebelles, délinquants…) sont dotés de beaucoup de courage, car ils ont en eux cette force de dire non, de se rebeller… Malheureusement, ils le font souvent à mauvais escient (en étant délinquant, ils se font du mal), mais s’ils arrivent à changer de cap, cette anti-conformisme sera une force ! À contrario, les premiers de la classe (ceux qui sont toujours dans le rang) sont conformistes, se conforment à l’autorité extérieure sans réfléchir et sont donc les véritables victimes de la société. Les premiers auront plus d’armes que les seconds.

• Et après ?Tout d’abord, il n’y a ni hiérarchie ni jugement de valeur sur les voies choisies, il n’en existe pas de plus nobles que d’autres. Des études ont prouvé que les élèves de la Sudbury School s’épanouissaient dans des métiers différents, des professions libérales à l’enseignement en passant par le commerce ou les arts. Malgré l’absence de livret scolaire et de notes, l’Université est ouverte à ceux qui souhaitent y entrer. Cette scolarité peu banale se révèle être un atout, car certaines Universités viennent même les chercher.

6. Conclusion

À travers son livre écrit dans les années 80, Daniel Greenberg explique le fonctionnement de la Sudbury Valley School. C’est une communauté démocratique où les élèves et le personnel ont une voix égale et sont soumis aux mêmes lois. Le Conseil d’école décide de réembaucher ou non le personnel chaque année.

Les élèves décident individuellement de leurs apprentissages et occupations : toute la journée, on voit des enfants et adolescents discuter entre eux, pêcher, grimper aux arbres, jouer au basket, à l’escrime et à toute sorte de jeux. Ils sont libres d’aller où ils veulent ; disposent du temps et d’espace nécessaires pour le jeu et l’exploration. Sont également à leur disposition des livres, des ordinateurs, du matériel que les élèves utilisent à leur guise selon leurs besoins et leurs envies. Les enfants peuvent également solliciter les adultes qui sont toujours à disposition pour partager avec eux leurs compétences dans différents domaines.

Autonomie et responsabilité sont au cœur de la vie de l’école. Les différents témoignages prouvent que ce mode d’éducation n’est absolument pas un frein aux études supérieures et à l’accession au marché du travail.

7. Zone critique

Bien entendu que cela peut enthousiasmer tout parent rêvant pour ses enfants d’une école différente où la liberté, les goûts et les rythmes de chacun sont respectés et où les petits comme les grands s’épanouissent. Mais il y a un bémol… Daniel Greenberg évoque un prix qui s’aligne sur les écoles publiques américaines.

Mais à y regarder de plus près, cela coûte tout de même 7 500 dollars l’année… Les modèles français, n’étant pas en contrat avec l’état, proposent quant à eux des frais autour de 5 000 euros… On l’aura compris, le système de l’école démocratique a malheureusement un prix qui écarte d’emblée nombre de potentiels postulants…

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Daniel Greenberg, L’école de la liberté, Paris, Mamaéditions, 2017.

Autres pistes– Ivan Illich, Une société sans école, Paris, Seuil, 1971.– John Holt, Les apprentissages autonomes : comment les enfants s’instruisent sans enseignement, L’Instant Présent, 2014.– Peter Gray, Libre pour apprendre, Coédition Actes Sud, 2016.– Alexander S. Neill, Libres enfants de Summerhill, Paris, Maspero, 1978.

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