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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Enquête sur l’entendement humain

de David Hume

récension rédigée parMarion AlphonseÉlève de l’ENS de Lyon. Diplômée en histoire de la philosophie et en Études internationales – Amérique Latine.

Synopsis

Philosophie

L’Enquête sur l’entendement humain, d’abord publié en 1746 sous le titre de Recherches sur l’entendement humain comporte XII sections dont le projet est de proposer une nouvelle philosophie affranchie de « l’obscure métaphysique » et de la religion. Cette philosophie est celle de l’empirisme : nous ne pouvons connaître que ce qui est fait de matière. Hume entreprend une critique des mécanismes de la connaissance et démontre que tout ce que nous savons provient de l’expérience, et que nous ne pouvons connaître au-delà des sens.

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1. Introduction

L’Enquête est écrite dans le contexte foisonnant des Lumières qui, dans toute l’Europe, questionnent les bases de la religion, de la métaphysique, de la morale, de la politique et de la science. Le christianisme est mis à mal et l’on voue un culte à la Raison. Outre-Manche, les Lumières adoptent une forme tout à fait spécifique et se créent autour de l’empirisme de Hume, Locke et Berkeley.

L’Enquête constitue l’ouvrage phare de l’empirisme de David Hume dans lequel il propose de développer une philosophie sceptique après avoir étudié en profondeur les mécanismes de la connaissance humaine. Que connaît-on et que peut-on connaître ? Comment peut-on le connaître ? Telles sont les questions centrales auxquelles Hume s’attache à répondre dans cet ouvrage, tout en prenant soin de préciser les conséquences de ses découvertes sur la philosophie.Il propose en effet une philosophie nouvelle, la philosophie sceptique. Elle-même s’appuie sur un ensemble de critiques adressées à la religion et à la métaphysique. Par ailleurs, sa conception empiriste de la réalité qu’adopte Hume oriente et fonde son étude des mécanismes de la connaissance.

2. Une philosophie sceptique

L’ouverture et la conclusion de L’Enquête installent les fondements de la nouvelle philosophie que propose David Hume, la philosophie sceptique – qui se différencie de la philosophie sceptique de l’Antiquité. Qu’est-ce que le scepticisme ? Pour Hume, il est toujours nécessaire de douter de la science, c’est-à-dire des liens de cause à effet, des connexions nécessaires, etc. Le doute de Hume n’est pas celui de Descartes, il s’y oppose, même. Pour Descartes, en effet, le fait de douter, c’est ce qui m’assure que j’existe, de façon tout à fait abstraite, et tout ce qui est concret et sensible est soumis au doute. Au contraire, pour Hume, je dois douter de tout ce qui est abstrait, ma seule certitude, ce sont les sens.

La philosophie sceptique que propose David Hume se base sur le doute et se place en opposition à la religion. L’être humain, en effet, ne peut avoir aucune certitude. En d’autres termes, il ne peut être certain de l’existence du Dieu chrétien, en tout cas, pas au sens que la religion lui attribue habituellement. Par ailleurs, beaucoup de critiques ont été faites au scepticisme et c’est pour cette raison que Hume propose dans l’ouvrage différentes règles pour un scepticisme mesuré. Il s’agit en effet de « limiter ses recherches à des sujets qui conviennent à l’entendement », à notre esprit, mais aussi de mesurer son degré de doute.

La philosophie que propose David Hume, par ailleurs, se veut être une philosophie de l’action et non de la spéculation. En effet, au début de l’œuvre, Hume distingue deux types d’hommes : les hommes nés pour l’action et les hommes nés pour la raison. Il faut trouver le juste milieu, explique Hume, entre ces deux types d’homme afin de pouvoir pratiquer une philosophie qui reste proche de la réalité. Ainsi, « soyez philosophe, mais au milieu de toute votre philosophie, soyez toujours un homme » (p. 43), nous conseille-t-il.

3. Une philosophie des sciences

Que peut-on connaître ? Telle est la question centrale de L’Enquête : il s’agit d’analyser les mécanismes de l’entendement humain, c’est-à-dire de son pouvoir de connaître.

Tout d’abord, l’être humain peut percevoir la réalité de deux manières : soit il imagine, il se souvient, il utilise son esprit ; soit, il interagit directement avec le monde et son corps ressent une sensation.

La seconde manière de percevoir, l’impression, telle qu’il la nomme, est la perception la plus vive de la réalité. D’autre part, lorsque l’être humain pense, ou imagine, il ne fait que reproduire cette perception qu’il a eue. Cette reproduction est moins vive, plus terne. En effet, notre esprit ne peut s’imaginer que des objets que nous avons déjà perçus dans la réalité. En d’autres termes, notre esprit reproduit seulement des images moins intenses de la réalité, et il ne peut en être autrement. On objectera que l’on peut s’imaginer une montagne d’or, dit Hume. Et pourtant, la montagne d’or, si elle n’existe pas dans le monde réel, n’est dans l’esprit que l’association de deux idées : celle de la montagne et celle de l’or. On ne pourra jamais imaginer quelque chose qui soit hors du cadre de ce que nous avons déjà perçu.

Il existe trois types d’association d’idées : la ressemblance, la contiguïté dans l’espace et dans le temps, et la relation de cause à effet.

À ce stade, Hume s’intéresse plus précisément à la relation de cause à effet pour comprendre ce qu’est la science : elle est constituée d’inférences. Qu’est-ce qu’une inférence ? Quand je suppose que le soleil se lèvera demain, je m’appuie sur mon expérience passée. « Tous les jours, je vois le soleil se lever, donc il se lèvera demain ». Ceci est une inférence : je déduis à partir de ce que je connais déjà. En réalité, dit Hume, qu’est-ce qui nous garantit que le soleil se lèvera demain ? Et s’il ne se levait pas ? Si nous pensons qu’il va se lever, c’est simplement par habitude, ou « accoutumance ». Rien ne nous prouve que le soleil se lèvera demain, c’est seulement une probabilité. Nous y avons toujours été habitués, mais pourquoi l’ordre des choses ne changerait-il pas ?

4. Critiques à la religion et à la métaphysique

Une des facettes importantes de L’Enquête est la critique à la religion qui y est développée. Pour des raisons politiques, Hume ne s’attaque pas explicitement à la religion, mais dénonce avant tout la métaphysique qui peut en réalité être associée à la religion dans ce texte.

La première critique faite à la métaphysique est d’être obscure, d’utiliser des concepts qui ne renvoie à aucune réalité, et de se baser sur des raisonnements illogiques et superstitieux. La métaphysique s’attaque en effet à un domaine auquel n’ont pas accès les sens, c’est-à-dire le domaine de l’abstrait, ou bien, en ce qui concerne la religion, le monde inaccessible des Dieux (Hume se réfère ici à la mythologie grecque, encore une fois, pour ne pas attaquer frontalement le christianisme). En d’autres termes, nous ne pouvons pas percevoir la métaphysique, nous ne pouvons ni la voir, ni la toucher, ni la sentir. En ce sens, notre esprit n’est pas apte à appréhender une telle métaphysique. Si nous parlons de ce que nous n’avons pas perçu, nous spéculons, et nous nous risquons à produire des discours infondés et dénués de sens, et c’est ce que fait la métaphysique, ou encore la religion, d’après Hume.

Les sections X et XI sont plus particulièrement consacrées à l’étude de la religion. La section X démontre qu’il est peu probable que se produisent des miracles. Un miracle n’est pas croyable, d’après Hume, sauf si sa fausseté serait encore plus miraculeuse que le fait décrit. En effet, la croyance est produite par la répétition d’une même expérience. Or, la religion est basée sur un miracle. La religion est donc difficilement crédible pour Hume. Par ailleurs, précise-t-il, « on ne peut jamais nous accorder de remonter de l’univers comme effet à Jupiter comme cause » (p. 152). Si les causes doivent être proportionnelles à leurs effets, alors utiliser la religion pour expliquer l’univers n’est pas logique, car les deux ne se situent pas sur le même plan.

5. L’empirisme

L’empirisme est un courant philosophique de grande ampleur, notamment en Angleterre et en Écosse. Il consiste dans une appréhension très particulière de la réalité : tout ce dont on peut assurer l’existence est ce qui est matériel, et ce qui est matériel est ce que l’on peut percevoir à travers nos sens. Le reste, l’abstrait, l’immatériel et le spirituel ne peuvent pas faire partie du domaine de la connaissance, car notre entendement n’est pas capable de les aborder.

C’est en ce sens très précis que Hume s’attaque frontalement au philosophe français du XVIIe siècle René Descartes. Pour Descartes en effet, les sens sont trompeurs : lorsque je perçois la bougie éteinte, elle n’a pas la même forme que la bougie fondue. Nos sens peuvent donc nous tromper : alors que je ne perçois pas la même forme, j’ai pourtant le même objet. Au contraire, pour Hume, seuls nos sens peuvent nous donner une certitude.

Les lois de la nature, les « pouvoirs cachés des objets » et tout ce qui n’est pas accessible aux sens ne peuvent être découverts par notre entendement.

6. Conclusion

L’Enquête sur l’entendement humain est en réalité un traité politique. Situé dans la période révolutionnaire des Lumières, cet ouvrage est un argumentaire contre la métaphysique obscure de la religion chrétienne, qui prépare les fondements du déisme, que défendront les penseurs de l’époque. Le déisme, c’est la religion naturelle, la croyance dans le Dieu des philosophes : c’est une religion scientifiquement acceptée.

Cette œuvre est aussi un manifeste pour une nouvelle philosophie empiriste et qui se veut par conséquent sceptique : Hume a montré que nous ne pouvons connaître que ce qui est accessible à nos sens, nous ne pourrons jamais découvrir ce qui se cache réellement derrière les objets sensibles. À partir de ce constat, Hume décline la philosophie des sciences qui correspond.

7. Zone critique

Le travail de David Hume inspirera très largement le titan allemand des Lumières Emmanuel Kant. Se basant sur la conclusion de Hume selon laquelle nous ne pouvons nous fier qu’à nos perceptions sensibles et nous ne pouvons pas connaître les pouvoirs cachés des objets, Kant entreprend de détailler cette idée. Au cours de son travail, il découvre pourtant que nous pouvons saisir autre chose que des qualités sensibles : nous pouvons aussi connaître une partie de ce qui est transcendantal. Ce qui est transcendantal pour Kant, ce sont les conditions a priori, c’est-à-dire avant la rencontre avec l’expérience, dans lesquelles se situe notre entendement.

En d’autres termes, ce que nous pouvons découvrir, ce sont les conditions préliminaires de notre esprit lorsqu’il s’apprête à connaître quelque chose de sensible. Kant, à partir du constat de Hume, montre donc qu’il n’est pas suffisant d’être empiriste. Il se définit alors comme « réaliste empiriste et idéaliste transcendantal ». Dans ses trois Critiques (Critique de la raison pure ; Critique de la raison pratique ; Critique de la faculté de juger), Kant développe les conditions de connaissance. De l’œuvre de Hume, il garde l’idée selon laquelle nous ne pouvons pas connaître les pouvoirs cachés des objets sensibles (c’est ce que Kant appellera les noumènes), nous ne pouvons connaître que leur manifestation sensible (phénomène). Par ailleurs, si Kant confère ce domaine de connaissance à l’entendement, il attribue à la Raison une capacité à penser « à vide » à des idées abstraites, comme, par exemple, Dieu, l’âme ou la liberté, et se sépare, en ce point, de la pensée humienne.

8. Pour aller plus loin…

Ouvrages de David Hume

– Essais moraux, politiques et littéraires, Paris, J. Vrin, 1999.– Traité de la nature humaine. Paris, GF Flammarion, 1991.– Discours politiques. Chicoutimi, Bibliothèque Paul-Emile Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi, 2010.

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