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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Pour une enfance heureuse

de Dr Catherine Gueguen

récension rédigée parAnne-Claire DuchossoyDoctorante en littérature française (Universités de Bordeaux Montaigne et Georg-August Göttingen).

Synopsis

Développement personnel

Publié en 2014, cet ouvrage est un plaidoyer en faveur d’une éducation bienveillante. La pédiatre Catherine Gueguen y dévoile les dernières découvertes scientifiques sur le développement et le fonctionnement du cerveau. Ces dernières éclairent la compréhension des besoins de l’enfant. Tout en partageant ses recherches, l’auteure propose des conseils éducatifs aux parents et professionnels.

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1. Introduction

Pour une enfance heureuse, repenser l’éducation à la lumière des derniers découvertes sur le cerveau est un ouvrage d’éducation positive publié en 2014. La Dr. Catherine Gueguen y dévoile un mode éducatif basé entre autres sur les dernières découvertes sur le cerveau. Ici, les neurosciences et l’éducation sont profondément liées pour enfin sortir de l’incompréhension des uns et des autres, de « l’analphabétisme émotionnel » (p. 10).

2. Adultes, parents, enfants : le bilan

• L’arrivée d’un bébéDès sa naissance, l’enfant babille, cafouille, gazouille, bref exprime ce qu’il veut. Faisant preuve de beaucoup d’empathie affective, il perçoit ce que les autres ressentent. Cette empathie apparaît vers 15 mois selon des chercheurs, vers 2 et 4 ans selon d’autres. Dès 6 mois, l’enfant est attiré par les personnes chaleureuses. Vers 1 an, il est altruiste. À 14 mois, il réconforte et à 15 mois, il a le sens de l’équité. La conscience de soi apparaît vers 15 mois et se développe à 2 ans. C’est à trois ans que l’enfant débute véritablement son intégration des règles sociales. L’enfant est alors « un être en construction fragile, vulnérable, malléable » .

• Le lienL’auteure souligne que le congé parental est mal rémunéré et que cela empêche certains parents d’en profiter. Le père ne partage pas encore assez le temps consacré aux enfants, mais les nouvelles générations tendent à changer le processus. Le stress dû au travail a des conséquences néfastes sur la relation parent-enfant. Le manque de temps qui lui est consacré entraîne une distension du lien affectif.

En rentrant du travail, les parents gèrent les tâches ménagères et les enfants restent devant les écrans : en 2012, les enfants de 4 à 10 ans passent 2 h 12 par jour devant la télévision. Les femmes consacrent malgré tout plus de temps aux enfants que les hommes : en moyenne 58 minutes par jour aux soins contre 20 minutes pour les hommes ; 19 minutes aux déplacements contre 10 minutes ; 13 minutes à la sociabilité contre 11, et 7 minutes au travail scolaire contre 3.

La pédiatre est claire : « ce peu d’échange entre l’adulte et l’enfant est incompatible avec une véritable relation de qualité, empathique » .

• La violence éducative ordinaire (VEO)L’auteure s’insurge contre la violence qui subsiste encore envers les enfants. 85 % à 95 % des adultes pratiquent cette VEO : souffrances physiques (gifles, fessées, tirer les oreilles et les cheveux, ceinture et martinet, eau froide) et souffrances morales (mots vexants et humiliants). L’une des violences éducatives les plus courantes est de faire peur à l’enfant (je vais appeler la police, on va te mettre en prison…).

Les conséquences de cette VEO peuvent être dramatiques. À être violent avec un enfant, l’adulte ne montre pas la bonne voie. Il en résulte une confusion des sentiments face à cet adulte qui est censé le protéger et l’aimer. La violence entraîne la violence.

Dans de telles situations, l’enfant s’enferme dans le déni et se coupe de ses propres émotions : il ne ressent d’empathie ni pour lui-même ni pour les autres. Il accepte la violence de l’adulte qui est en position dominante et plus tard, il justifie l’éducation de ses parents et reproduit alors le même schéma.

Malheureusement, si les adultes connaissent les étapes du développement moteur et du développement cognitif, ils méconnaissent souvent les étapes de la maturation émotionnelle. Les neurosciences expliquent parfaitement l’ensemble de ce processus.

3. Comprendre le fonctionnement du cerveau

• Le développement du cerveauNous possédons trois cerveaux : le cerveau archaïque qui gère les fonctions primaires (respiration, rythme cardiaque, sommeil…) ; le cerveau émotionnel (émotions, régule aussi les instincts primitifs de survie venant du cerveau archaïque) ; le néocortex ou cerveau supérieur (fonctions cognitives : langage, apprentissage, perceptions sensorielles…)

Le cerveau se développe dès la vie intra-utérine ; une grande partie se forme ensuite lors des cinq premières années et finit sa maturation jusqu’à la fin de l’adolescence voire plus tard. La dernière étape de développement du cerveau permet la régulation des comportements émotionnels et sociaux.

• Zones cérébrales et vie relationnelleCertaines zones sont directement liées à la vie relationnelle. C’est le cas, entre autres, du COF (cortex orbito-frontal) qui n’arrive pas à maturation avant l’âge de 5 ou 6 ans. Si les adultes attendent des petits enfants des réactions raisonnables, ils induisent l’effet inverse et retardent la maturation du COF. Le cortex cingulaire antérieur (CCA) situé sur la face interne des hémisphères « joue comme le COF un rôle important d’interface entre émotion et cognition, plus précisément dans la transformation de nos sentiments en intentions et actions.

Il est impliqué dans des fonctions supérieures comme le contrôle de soi sur nos émotions, la faculté de concentration pour résoudre un problème, la reconnaissance de nos erreurs, la capacité à trouver des réponses s’adaptant à des conditions changeantes » . Il participe à l’empathie, à l’auto-empathie, au maternage, à l’amour, la confiance, mais également à la déception, au ressentiment, à la culpabilité et à l’embarras. En cas de douleur physique ou de rejet social, le CCA s’active.

• Un cerveau encore immatureUne chose est à comprendre : les enfants contrôlent mal leurs émotions parce que le cortex préfrontal et les circuits le reliant au système limbique sont immatures. Ces neurones (COF, CCA, cortex ventro-médian) arrivent à maturité au début de l’âge adulte. Les enfants sont donc vite submergés par leurs émotions : joie, envie, colère… Tout ce qui peut être désigné par les adultes comme des crises, des caprices ne sont en réalité que la conséquence de l’immaturité du cortex préfrontal. Si les adultes leur expliquent les situations, ils peuvent, bien entendu, les comprendre. Dans le cas contraire, ils ajoutent de l’agressivité. L’auteure explique que les enfants aiment beaucoup que la scène soit rejouée avec des marionnettes, ça les fait rire et ça les aide à comprendre les situations. De la même façon, consoler un enfant aide à la maturation de son cerveau.

Les premières années de la vie sont déterminantes et certaines privations et maltraitances ont des répercussions irréversibles sur l’équilibre affectif à l’âge adulte.

4. Conséquences du stress et de la violence sur le cerveau

• Conséquences des violencesLa violence a des conséquences physiques et psychiques sur le fonctionnement des enfants qui perdurent à l’âge adulte. La fessée peut avoir comme conséquences l’agressivité, l’anxiété, la dépression, la délinquance, les conduites anti-sociales, l’insensibilité, la dureté, le cynisme, la tendance au mensonge, la dépendance aux drogues et alcools. Les corrections plus fortes, comme la ceinture, provoquent une réduction du volume de la substance grise dans la région préfrontale, zone « impliquée dans la connaissance de soi, la capacité de sentir et de comprendre les autres, de réfléchir sur ses actes » .

Chez les enfants maltraités, le volume de l’hippocampe (lieu majeur de l’apprentissage et de la mémoire) est diminué. Quant aux paroles blessantes et humiliantes, leurs répercussions ne sont pas moindres : il y a plus de troubles psychiatriques chez eux que chez ceux qui ont subi des violences physiques.

Ces mauvais traitements émotionnels provoquent également une altération du « fonctionnement de circuits neuronaux et de zones participant à la compréhension du langage » à l’origine de l’anxiété et de la dépression. Délinquance, agressivité, troubles de la personnalité (paranoïa, narcissisme, borderline, compulsion) sont d’autres conséquences des paroles humiliantes proférées par des adultes ou par d’autres enfants.

• Conséquences du stress et de la peurLe stress in utero ou lors de la petite enfance peut entraîner des conséquences sur le développement du cerveau : diminution ou destruction de la production de nouveaux neurones, diminution du volume du cortex préfrontal, création des pathologies comme les pertes de mémoire, les crises d’angoisse et de panique, les troubles dissociatifs (troubles de l’identité, dépersonnalisation).

Le stress peut également altérer le fonctionnement des neurotransmetteurs dans l’amygdale et ainsi engendrer des accès de violence incontrôlés. La peur empêche de penser et d’apprendre. L’envie d’apprendre, de découvrir et de comprendre est essentielle chez les enfants et « plus l’apprentissage baigne dans une atmosphère soutenante et encourageante pour l’enfant, meilleures seront sa mémorisation et sa compréhension… »

De plus, le stress détruit les neurones dans l’hippocampe, ce qui encore une fois défavorise un bon apprentissage. Il faut savoir également que lors d’un événement traumatique, l’enfant ne se souvient pas de l’épisode car son hippocampe n’était alors pas suffisamment mature, mais son amygdale, elle déjà mature, a enregistré le traumatisme. C’est ainsi qu’un événement dont quelqu’un ne se souvient plus continue à agir sous différentes formes (des angoisses inexpliquées, endormissement difficile…)

• RésilienceLes maltraitances physiques, morales, sexuelles et l’abandon ont des conséquences lourdes. Pour exemple, les enfants placés en orphelinat présentent très souvent des altérations cérébrales et des troubles psychologiques et cognitifs.

Pourtant si une adoption a lieu avant 2 ans, les troubles seront plus facilement réversibles. Les enfants qui ont vécu des expériences difficiles ont moins de facilité avec les contacts humains. Mais, alors que certains ne s’en sortiront pas, d’autres réussiront quand même à mener une vie normale : c’est ce que l’on appelle le phénomène de résilience.

Cette dernière fonctionne grâce à la rencontre de personnes aimantes et bienveillantes, mais également grâce au tempérament de l’enfant et à certains gènes qui favorisent ou non les réactions au traumatisme et la résistance.

5. Solution : le goût de vivre et la parentalité positive

• La théorie de l’attachementLes liens affectueux sont nécessaires et perdurent toute la vie. Un tout petit ne pleure jamais sans raison, il signale ses émotions, ses besoins, ses souffrances et appelle à l’aide pour être réconforté. En cas de stress, d’angoisse, de peur, il a besoin d’un adulte pour comprendre ses émotions et le protéger. Oublier les croyances et écouter son ressenti de parent est nécessaire.

Par exemple, il est faux de penser qu’il faut laisser pleurer un bébé. Si les parents ne répondent plus à ses appels, le bébé « apprend à ne plus se connecter avec ce qu’il ressent » et il devient « sage comme une image ». La pédiatre est catégorique : il n’est pas normal qu’un enfant de moins de 5 ans soit sage comme une image et n’exprime rien… Il est important de materner un enfant, de l’entourer de tendresse et de sécurité affective.

• Le goût de vivreLe goût de vivre est essentiel pour l’épanouissement. Il ne faut pas freiner l’enfant dans son élan de vie, mais plutôt l’encourager et l’aider à réaliser ses envies. Lui demander de jouer ailleurs, d’arrêter de courir, de faire moins de bruit, éviter le dialogue, le laisser devant la télé pendant des heures, ou a contrario remplir son agenda de multiples activités sans lui laisser de moments « sans rien faire », ne pas s’intéresser à ses activités, voilà autant d’exemples qui ralentissent l’élan et le système de motivation de l’enfant. Jouer, rire et s’amuser sont particulièrement bénéfiques pour le cerveau.

À travers les jeux, l’enfant apprend à se connaître et à connaître les autres. Les jeux de contact (jouer à la bagarre, se rouler par terre) ont des effets anti-anxiogènes naturels ; la dépense physique libère les pulsions motrices ; et jouer dehors apporte l’espace et la liberté dont ils ont besoin. L’adulte doit partager avec ses enfants ce qui l’intéresse, ce qu’il aime, mais ils doivent leur laisser la possibilité de rire, jouer, se disputer sans intervenir, sans être intrusif.

• Être parents : guider son enfantÊtre parent n’est pas chose facile et il ne faut jamais être isolé. Famille, amis, voisins, la maison doit être ouverte et il est essentiel de savoir confier ses enfants et échanger avec des personnes fiables ou des professionnels. L’autonomie, l’espace et la liberté leur donnent confiance en eux, mais par contre exiger qu’ils soient autonomes à certains âges est impossible. Savoir poser des mots sur les émotions, pouvoir exprimer ce qu’on ressent les aide à se connaître. Il faut encourager l’enfant dans sa singularité.

Pour grandir harmonieusement, l’enfant a besoin d’un amour inconditionnel : être aimé pour ce qu’il est. Au lieu d’être un chef, l’adulte se doit d’être un guide, celui qui montre le chemin sans l’imposer, mais en fixant des limites. En effet, il ne s’agit pas de céder à tous ses caprices, mais se sentir compris leur donne une sécurité affective. Dire à un enfant qu’il est méchant parce qu’il a fait quelque chose de mal lui colle une étiquette (l’adulte doit faire attention aux mots qu’il emploie), de la même façon envoyer un enfant se calmer dans sa chambre n’est pas une bonne chose. Il est préférable de lui expliquer que l’on comprend sa colère. Il ne faut surtout pas empêcher l’expression des émotions négatives. L’adulte doit être disponible pour l’écouter avec bienveillance, le laisser s’exprimer sur tout ce qu’il ressent. Cette relation idéale est une condition primordiale pour que le cerveau évolue favorablement.

Pour rassurer les lecteurs, la pédiatre explique qu’il est possible de corriger certaines erreurs si ces dernières n’ont pas duré trop longtemps. « Tu vois, j’ai réfléchi, ma façon d’être avec toi ne me plait pas. J’ai décidé maintenant qu’avec toi je ne ferai plus telle ou telle chose, je ferai… » Il est humain de faire des erreurs, il est primordial de savoir s’excuser.

6. Conclusion

À travers son ouvrage, Catherine Gueguen repense l’éducation à la lumière des neurosciences. La connaissance de l’immaturité du cerveau (donc de la fragilité et de la vulnérabilité) permet de comprendre qu’un enfant ne peut pas gérer l’ensemble de ses émotions, et qu’un environnement bienveillant, ouvert, chaleureux est propice à un bon développement de ce même cerveau. Les violences, les mots, le stress, la peur, le manque de lien et d’amour peuvent avoir de lourdes conséquences sur le développement du cerveau.

Les neurosciences donnent raison à l’éducation bienveillante. Le propos et les informations sont denses, mais c’est un livre à mettre entre les mains de tous les parents, professeurs, éducateurs…

7. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Pour une enfance heureuse, repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau, Paris, Pocket, 2015.

De la même auteure

– Vivre heureux avec son enfant, Paris, Pocket, 2015.– Heureux d’apprendre à l’école, Paris, Les Arènes, 2018.

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