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Éloi Laurent

Sortir de la croissance

La croissance économique ne permet pas de régler les trois crises majeures du XXIe siècle : celle des inégalités, de la démocratie, et la crise écologique. Au contraire. Elle accentue les injustices et menace la planète. La transition écologique et sociale suppose de sortir de cette impasse. Et d'utiliser des indicateurs alternatifs aux fameux produit intérieur brut (PIB), afin qu'aux niveaux local, national et européen, de nouvelles politiques publiques orientent l'économie vers le développement soutenable et le bien-être. C'est une question de volonté politique, pas d'ingénierie économique. Comme l'indiquent les 17 « objectifs de développement durable » (ODD) des Nations Unies, de tels indicateurs existent déjà.

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Robert Guégan

Sortir de la croissance
Sortir de la croissance

book.chapter Introduction

Le produit intérieur brut (PIB) mesure la production de biens et services échangés sur les marchés et monétarisés au cours d'une période donnée, en comptabilisant les flux de revenus, de dépenses ou de valeur ajoutée » (p. 19). Socle des politiques européennes , cet indicateur a des répercussions concrètes sur la vie de milliards de personnes. Car les économies nationales se focalisent sur l'augmentation du PIB à prix constants (la croissance) et le PIB par habitant, mesure d'un niveau de vie devenu référence universelle. L'exemple américain confirme pourtant les propos que tenait Simon Kuznets quand il a fondé son indicateur, en 1934 : « Le bien-être d'une nation ne peut être déduit d'une mesure du revenu national ». Alors que le PIB par habitant a doublé, le revenu médian par habitant (qui sépare la population en deux moitiés) n'a progressé que de 17 %. Une richesse considérable a donc été créée dans l'économie américaine, mais la plupart n'en ont pas bénéficié. Entre 1999 et 2016, le revenu médian des ménages est même resté pratiquement stable. La productivité du travail permet de comprendre une telle dynamique. De 1950 à 1980, le PIB par habitant, la productivité du travail et le revenu médian des ménages se sont alignés. Mais à partir de 1980, ce dernier a commencé à stagner alors que les deux autres facteurs ont progressé fortement. La hausse des niveaux de vie est donc une illusion : la croissance masque des inégalités, à la fois fortes et croissantes. En un demi-siècle, le pouvoir d'achat des salaires horaires n'a d'ailleurs progressé que de 2,38 dollars… alors que le PIB par habitant a été multiplié par 16. La même régression sociale s'observe en France, où le pouvoir d'achat a baissé de 1,1 % entre 2012 et 2014, alors que le PIB augmentait de 1,1 %. Comme le soulignent des économistes tels que Thomas Piketty, les inégalités se sont creusées partout dans le monde au cours des trois dernières décennies. La croissance participe de cette évolution. L'économiste Finis Welch ajoute même que les inégalités sont source d'efficacité, prolongeant ainsi l'approche théorique de Arthur Okun qui, dans les années 1970, assimilait l'équité à une perte d'efficacité, dans la lignée des auteurs néoclassiques (Walras, Pareto…). Pour l'auteur, il s'agit là d'une « erreur magistrale ». Car la justice n'est pas une option : « C'est la demande fondamentale des humains partout sur la planète » (p. 73). Les inégalités menacent la coopération sociale, clé des pratiques durables. Elles ne sont pas simplement injustes : inefficaces et insoutenables, elles sont depuis deux décennies une entrave au dynamisme économique. Les rentes qu'elles génèrent sapent l'innovation et le développement économique.

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