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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

La planète au pillage

de Fairfield Osborn

récension rédigée parCatherine Lomenech

Synopsis

Société

La planète au pillage est la publication la plus connue de Fairfield Osborn. Sorti en 1948, son livre est un appel à la conscience des hommes pour changer leur comportement vis-à-vis de la nature. En analysant les pratiques et les inventions de l’être humain, il démontre comment l’humanité risque de détruire la terre qui la nourrit par son aveuglement et son manque d’anticipation et de protection. Ce réquisitoire contre la violence des hommes envers la nature présente des projections alarmistes pourtant encore inférieures, pour certaines à la réalité actuelle.

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1. Introduction

Pierre Rabhi a rédigé la préface de La planète au pillage à l’occasion de sa réédition en 2008. Cet éminent paysan et philosophe souligne que le livre avait connu un grand succès au moment de sa première parution. Parmi les grands esprits qui en avaient salué le message se trouvait Albert Einstein, mais aussi le romancier et brillant intellectuel, Aldous Huxley. Ils soulignaient l’importance de ce texte pour les temps futurs. Car Fairfield Osborn y met l’humanité en garde contre les risques qu’elle prend pour sa propre survie, en se servant sans discernement de ce que la nature lui offre.

Jusqu’en 1900, les conséquences du pillage de la terre par les hommes n’étaient pas encore trop préoccupantes selon Fairfield Osborn. Avec l’avènement de l’ère industrielle et la récente explosion démographique, l’accélération du phénomène de dégradation de la nature lui est apparue, soudain, comme une urgence.

Les seuls critères d’analyse dont il dispose, à l’époque, sont l’étude de l’état des terres, leur perte de fertilité, leur disparition au profit de l’urbanisme et l’étude de la démographie. La crise du pétrole n’a pas encore eu lieu, ni le réchauffement climatique. Et pourtant, la seule évocation de deux risques suffit déjà à donner une idée de l’importance du risque.

2. Un lanceur d’alerte

« Si rien n’est fait pour y porter remède (…) son résultat final ne saurait manquer de se traduire par une misère générale comme jamais encore l’humanité n’en a connue, avec menace finale pour son existence même » (p.14). Voilà comment Faifield Osborn introduit en 1948, La planète au pillage, enjoignant les hommes de protéger la nature, au moment où l’humanité panse les plaies encore à vif de la Seconde Guerre mondiale. Avec les progrès techniques fulgurants de la première partie du XXe siècle, l’homme semble avoir découvert tous les secrets de l’Univers. Alors, à quoi bon s’astreindre à en respecter les principes élémentaires ?

Et pourtant, rappelle l’auteur, l’homme doit se souvenir qu’il est né de la terre, et qu’il survit grâce à elle . Ce ne sont pas les ressources de son cerveau qui assureront sa pérennité. Il explique que l’homme est une espèce généraliste qui sait faire un peu de tout grâce aux particularités de son œil, de son pied et de son cerveau qui le distinguent de ses cousins les grands singes. En revanche il ne semble « exceller en rien » ce qui revient à dire qu’il a vécu la première partie de son existence sur terre à craindre ses prédateurs et à vivre dans la peur. Alors quand des moyens techniques lui ont apporté une nouvelle puissance, il s’en est servi sans compter dans l’illusion d’être passé maître de son environnement.

C’est tout le sujet de la seconde partie : le pillage systématique. Continent par continent, l’auteur énumère les exemples de destructions et de ravages dont certains sont déjà irréversibles. Les projections alarmistes qu’il fait pour les 70 à 100 prochaines années — en d’autres termes notre présent — sont remarquables d’acuité intellectuelle. Souvent elles sont encore inférieures à ce qui se passe sur notre planète d’aujourd’hui.

Si le mot de mondialisation n’est pas écrit, Fairfield Osborn évoque la montée en puissance des relations commerciales et l’interdépendance nouvelle des relations entre les pays. Il dénonce aussi un nouveau phénomène : jadis une surface servait à nourrir la population qui y habitait. Cela représentait un équilibre rationnel. Mais l’apparition d’une culture à grande échelle en vue de son exportation fait subir à une surface limitée la charge d’une production disproportionnée qui affaiblit la terre.

3. Dès l’antiquité

Toujours très centré sur la terre comme source de survie de l’humanité, il constate que, pour la première fois depuis l’apparition de l’homme, tous les territoires disponibles pour la culture ont été découverts. Ce qui le préoccupe dans ce constat, c’est l’impossibilité dorénavant d’aller chercher de la nourriture ailleurs quand un peuple a fini de vider les réserves naturelles d’un territoire.

Car cette forme de pillage remontant à l’époque antique laisse des traces encore aujourd’hui. Par exemple la Syrie, jadis terre d’une grande richesse de forêts et de rivières en abondance, a vu arriver de nombreuses populations venues de l’est vers la Méditerranée. Elles ont bâti des villes superbes et développé une culture rayonnante entre les IIIe et VIIe siècles. Mais les luttes successives pour les territoires entre les peuples nomades et les sédentaires ainsi que l’exploitation à outrance des ressources d’une terre fertile, ont fini par assécher ce territoire. Après avoir pillé un territoire jusqu’à l’extinction d’une civilisation, les peuples ont dû aller s’installer plus loin et recommencer. Selon lui, cela n’est plus possible, tous les terrains cultivables sont habités il va falloir faire avec l’existant. D’où l’impérieuse nécessité de préserver ce qui reste de la nature.

Fairfield Osborn cite d’autres exemples du passé. Les conditions climatiques ne sont pas les premières causes des transformations de territoires en zones stériles et inexploitables. On peut comprendre, dit-il, comment la Chine ou l’Inde ont pu surexploiter la terre pour nourrir leur énorme quantité d’habitants. Pressé par les besoins immédiats, personne n’a pu s’interroger sur la préservation des terres pour les générations futures.

La Grèce Antique comportait des montagnes boisées, des eaux abondantes et des terres fertiles. Malheureusement après des siècles d’exploitation des forêts, et de pâturages mal organisés les terrains ravagés se sont détériorés. Ils ont laissé derrière eux des terres infertiles où les cultures se sont appauvries ou ont même disparu. Il évoque la chute de l’Empire maya comme consécutive à une agriculture dévastatrice particulièrement basée sur la destruction des forêts. La destruction d’un écosystème a donc entraîné la perte de toute une civilisation. Ces exemples cités apparaissent comme autant de miroirs destinés à alerter sur la situation environnementale de l’époque, à éveiller les consciences.

4. Érosion

Fairfield Osborn a beaucoup étudié l’érosion. Il ne parle pas de l’érosion normale des terres désertiques, mais de celle qui survient à la suite de l’intervention humaine. Il évoque ainsi les zones où l’homme a ôté l’herbe, éradiqué les arbres et mis en danger la terre. Cette « terre du dessus » se trouve directement emportée par le vent ou ravinée par l’eau.

À l’époque de l’écriture du livre, la science estime qu’il faut « entre trois et dix siècles pour produire un pouce (2 cm 54) d’épaisseur de terre fertile ». L’auteur évoque ainsi ce que l’on a appelé le « Dust Bowl » et qui a ravagé plusieurs États des États-Unis en 1934. Cet ouragan « chargé de poussière au point d’en obscurcir le soleil » a contribué à mettre au jour le fait que les belles terres fertiles des cinq États de l’Ouest, Kansas, Oklahoma, Colorado, Nouveau-Mexique et Texas, s’étaient transformées en « dust bowl » (Bols à poussière) stériles. Dans ces pays la mise en culture massive des terres et l’élevage intensif avec ses immenses pâturages se sont faits sur des terrains qu’il aurait fallu respecter. Fairfield Osborn s’alarme de la disparition de l’ancienne et précieuse « terre du dessus » perdue, là aussi, à cause de l’érosion. Évoquant l’apparition de nouvelles maladies ainsi que de carences constatées sur la population, pourtant nourrie des États-Unis, il émet l’hypothèse que cela puisse avoir un lien avec la qualité de la nourriture. Cette dernière se trouvant remise en cause par la fertilité déclinante des sols.

S’intéressant à la nature des sols et à ses divers éléments (calcium, magnésium, phosphore, fer, cuivre, manganèse, etc.) dont les réactions chimiques contribuent à la vie, Fairfield Osborn insiste sur le lien entre la terre et l’homme. La conclusion qu’il en tire est qu’une bonne terre fertile et saine est nécessaire à la bonne santé de l’être humain.

Or l’utilisation d’engrais chimiques est déjà très répandue pour compenser les dégradations des sols dues aux mauvais comportements des hommes. Il dénonce dans son livre le risque de vouloir « forcer » la nature à produire davantage et ainsi lui nuire en ne respectant pas ses cycles originels. Il s’insurge contre l’usage des pesticides. Déjà, il explique que la survie de l’homme dépend, entre autres, de sa capacité à préserver ses insectes. L’érosion due à l’homme entraine chaque jour de bonnes terres fertiles vers les océans.

Pour compenser ce phénomène, des chimistes inventent des procédés destinés à favoriser le rendement des terres restantes. Mais Fairfield Osborn alerte : la chimie peut-elle se substituer à la nature ?

5. Déforestation

Fairfield Osborn dénonce dans son ouvrage « la dévastation inconsidérée des forêts ».

Elle constitue l’une des causes principales d’érosion sur la planète. Dans les zones montagneuses où les pluies sont abondantes, la terre n’est plus retenue par les arbres et se ravine de plus en plus à chaque précipitation. Cela finit par déclencher des inondations dans les vallées qui reçoivent ce surplus d’eau sous forme de torrents.

Ces derniers entraînent avec eux les riches éléments que contenait la terre de sorte que ce qu’il en reste est moins fertile que prévu. Les sources qui se formaient par l’infiltration douce des eaux dans les terres des forêts n’alimentent plus les ruisseaux qui contribuaient à enrichir la terre pour les besoins de la végétation. Cela engendre un appauvrissement des nappes souterraines. Et en période plus sèche, les terres se mettent à manquer d’eau. Le préjudice est double: une alternance d’inondations et de sécheresse. Fairfield Osborn dénonce ce phénomène partout dans le monde.

Dans la Russie d’avant 1917, les forêts du bassin supérieur de la Volga ont été détruites à tel point que la terre ne pouvait retenir l’eau de la fonte des neiges qui se précipitait vers la mer engendrant des inondations au moment de la fonte et sécheresse le reste du temps. Ce territoire peu arrosé par les pluies venues du lointain atlantique a pourtant grand besoin de l’eau de la fonte des neiges.

Pire encore, en Australie où les forêts ne couvraient pas originellement plus de 5% du territoire, leur destruction par l’homme les a réduites à 2% obligeant le continent australien à importer massivement le bois de construction.

Aux États-Unis, par exemple, alors que des forêts interminables s’étendaient depuis la côte jusqu’aux grandes prairies du Middle West les populations se sont livrées à une déforestation massive pour étendre les terres cultivables. En 1830, le pays comptait déjà environ treize millions d’habitants qui occupaient de plus en plus les terres fertiles allant jusqu’au Mississippi. La culture intensive du coton vendu à la Grande-Bretagne ainsi que du tabac, vendu partout dans le monde, ont achevé d’abîmer durablement les terres du sud des États-Unis.

L’auteur explique que les forêts qui occupaient 40% du territoire en 1909 se sont réduites à 7% en 1945 ! Et tant d’autres exemples auraient pu être mobilisés.

6. Surpopulation

Plus pessimiste que le Thomas Malthus qui mit en parallèle les dynamiques de croissance de la population et celles de la production, Fairfield Osborn souligne que ce dernier n’avait pas pu imaginer le développement des moyens de transport (le moteur à explosion) et son impact sur l’exploitation des ressources mondiales. Il cite le début du dix-septième siècle comme date de la première estimation du nombre d’humains sur la Terre. Ce « recensement » donnait un résultat d’environ 400 millions d’individus en 1640. Ce nombre a doublé au cours des deux siècles suivants. Puis, parlant de « cataclysme » dans le sens d’une augmentation brusque et violente, l’auteur dénombre la population humaine à un milliard six cents millions de personnes en 1900. En 1940, les deux milliards étaient largement dépassés. Il faisait alors une projection sur les soixante-dix années suivantes à partir d’un taux d’un pour cent par an. Il en concluait que nous serions quatre milliards en 2010. À noter qu’en réalité, nous étions déjà six milliards neuf en 2010… En faisant cette démonstration dans son essai, Fairfield Osborn souhaitait déjà sensibiliser ses lecteurs sur la préoccupante manière de parvenir à nourrir une telle population.

Selon lui, il faut un hectare par être vivant pour garantir l’alimentation de tous. Or, évaluant à 1/3 d’hectare la moyenne atteinte au moment de la rédaction de son essai, il parle déjà d’un déficit mondial perpétuel, et écrit : « Encore un siècle comme celui qui vient de s’écouler et la civilisation se trouvera en face de la crise finale ».

Reprenant son raisonnement continent par continent, il prend l’exemple de l’Australie. À partir d’un rapport mettant en équation la surface cultivable utile, les progrès de l’agriculture et les avancées techniques, deux écoles s’opposaient sur le nombre idéal d’habitants pour l’Australie. Fairfield Osborn considérait que les sept millions et demie d’Australiens en 1948 représentaient la population idéale en raison des nombreuses terres inexploitables (déserts, climat…).

D’autres scientifiques plus optimistes évaluaient à cent millions le nombre d’habitants possibles en Australie ! Cet étonnant écart dans les projections des analystes de l’époque montre en tout cas l’inquiétude de Fairfield Osborn concernant les ressources alimentaires de notre planète. La population actuelle de vingt-cinq millions, c’est-à-dire, trois fois plus qu’à son époque montre le même taux d’augmentation que dans le reste du monde.

7. Conclusion

Après avoir étudié toutes les régions du monde, sa conclusion dresse un bilan pessimiste du monde de son époque. Il considère que les guerres sont liées au rapport entre l’accroissement des populations et la diminution des capacités des nations à les nourrir. De même, il s’inquiète de la surpopulation tandis que baisse proportionnellement le réservoir des ressources naturelles. Tant qu’une population exploite sa terre de façon raisonnée et pour son usage local, une agriculture réfléchie respecte l’environnement.

En revanche, partout où les pays se sont mis à cultiver de manière intensive en vue d’exporter, leurs terres se sont appauvries rapidement. Sachant que c’est pourtant bien dans cette direction que va le monde, il conjure les hommes de chercher le plus rapidement possible des solutions pour préserver la planète. C’est une question de vie ou de mort pour l’humanité.

8. Zone critique

Dès les premières lignes de son ouvrage, Fairfield Osborn sonne l’alarme : l’homme mène une guerre silencieuse, mais meurtrière contre la nature. L’utilisation du mot « guerre » peut surprendre le lecteur d’aujourd’hui. Si de nombreux écrits traitent des risques écologiques, on y trouve rarement les mots « guerre » ou « pillage » pour décrire notre comportement à l’égard de la nature.

Sans doute était-ce volontaire, et destiné à frapper les consciences, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Fairfield Osborn était un visionnaire, aujourd’hui on dirait un lanceur d’alerte. Comme ces derniers, il a osé aller à l’encontre de la tendance de ses contemporains sans doute plus occupés à la reconstruction qu’à la préservation de la nature. C’est peut-être la raison pour laquelle il a fini par être un peu oublié.

Pourtant même si certaines affirmations scientifiques sont caduques, cet ouvrage apparaît étonnamment moderne. Tellement en avance même que l’on peut penser que ses conseils, s’il avaient été appliqués, auraient évité certaines dérives. Il était peut-être trop en avance…

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– La planète au pillage, Arles, Actes Sud, coll. «Babel », 2008 [1949].

Autres pistes– Olivier De Schutter, Pablo Servigne, Perrine Hervé-Gruyer, Yves Cochet, Nourrir l’Europe en temps de crise : vers des systèmes alimentaires résilients, Arles, Actes Sud, « coll. Babel », 2017.– Jared Diamond, Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Paris, Gallimard, 2006.– Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, Arles, Actes Sud, « coll. Babel », 2013.– Pierre Rabhi, Manifeste pour la terre et l’humanisme : pour une insurrection des consciences, Arles, Actes Sud, « coll. Babel », 2011.– William Vogt, Road to survival, Ed. William Sloane Associates, 1948, traduction française: La faim du monde, Paris, Hachette, 1950.

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