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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Tout se joue avant six ans

de Fitzhugh Dodson

récension rédigée parCatherine Piraud-RouetJournaliste et auteure spécialisée en puériculture et éducation.

Synopsis

Développement personnel

Être parent est un métier qui s'apprend majoritairement « sur le tas ». Toutefois, pour éviter de commettre des erreurs, il est utile de bien connaître le chemin que l’enfant parcourt, entre sa naissance et son sixième anniversaire. Ces premières années, cruciales pour son épanouissement futur, sont donc à mettre à profit pour l’aider à exploiter au mieux ses aptitudes et sa personnalité. Dans ce guide, best-seller mondial depuis les années 1970, sur l’art d’être parent, Fitzhugh Dodson dispense toutes les astuces pour donner à son enfant les clés du meilleur départ dans la vie.

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1. Introduction

Ce livre présente les grandes phases du développement de l’enfant de la naissance à cinq ans, entre phases d’équilibre et de déséquilibre, qui font alterner le bambin de cet âge entre petit ange et mini démon. Âge par âge, Fitzhugh Dodson analyse les grands besoins de l’enfant, tant affectifs que psychomoteurs et intellectuels, et donne des clés aux parents, nombreux exemples concrets à l’appui, pour répondre au mieux à ces besoins.

Il explore les différentes voies pour inculquer la discipline à l’enfant, en insistant sur la technique de la « rétroaction affective », pour l’aider à exprimer verbalement ses sentiments. Il dispense aussi des conseils pour l’accompagner dans sa construction d’une conscience de soi équilibrée et positive, incluant notamment une identité sexuelle claire et un rapport au monde confiant et serein.

2. L’enfant avant six ans : différentes phases de développement, entre équilibre et déséquilibre

La première étape (entre la naissance et 12 mois) est celle du nourrisson. Les quatre commandements du premier âge, selon Fitzhugh Dodson : ne pas laisser bébé pleurer ; ne pas lui enseigner à être propre trop tôt (le contrôle des sphincters étant impossible avant deux ans environ) ; ne pas craindre de le gâter ; ne pas laisser le père ignorer son bébé. Lors de l’étape suivante, celle des premiers pas, ne pas tenter de réfréner toutes ses explorations, sous peine de briser sa confiance en lui. Placer les objets fragiles ou dangereux hors de portée : il doit être libre de se promener dans la maison et d’explorer sans risque. À cet âge, les parents trouvent souvent que leur enfant ne mange pas assez. Or, selon Dodson, leur allié le plus sûr en la matière est la faim naturelle de l’enfant.

À partir de cet âge, l’enfant alterne périodes de déséquilibre, à deux, quatre et six ans, et d’équilibre (à trois ans, puis à cinq. La phase de la « première adolescence » s’étend, en moyenne de 20-24 mois à trois ans. Ce sont les « deux ans terribles », où il développe son individualité. L’enfant de cet âge est généralement têtu, autoritaire et inflexible. Tout écart à sa routine entraîne de violentes crises de colère. L’appropriation du langage lui permet d’avoir prise sur le monde : il peut désormais raisonner, prévoir un futur proche.

À trois ans, l’enfant est habité par un nouvel esprit de collaboration et un désir de s’attirer l’approbation de ses proches. L’enfant de quatre ans entre dans une nouvelle phase de déséquilibre. Il est autoritaire, querelleur, agressif. Débridé en paroles et en gestes. Sa démarcation entre réel et imaginaire reste floue. Le bambin de cet âge doit être traité avec fermeté, et ses parents, rivaliser de ressources pour l’occuper. Nouveau revirement à cinq ans : il se montre désormais raisonnable, stable, équilibré et coopérant. Toujours très proche de sa mère et de sa maison, il est désormais prêt pour une expérience communautaire élargie : l’école.

3. L’enfant d’âge préscolaire : un être caractérisé par plusieurs besoins fondamentaux

L’enfant du premier âge est caractérisé par plusieurs besoins fondamentaux. Le premier : la nourriture. Fitzhugh Dodson réfute la soi-disant suprématie de l’allaitement maternel sur le biberon. Mais il préconise de nourrir l’enfant à la demande, la faim étant pour lui un véritable impératif. Deuxième besoin : la chaleur. Troisième : le sommeil. Autre besoin fondamental du bébé : se débarrasser de ses excréments. Il ne ressent pas de dégout pour les déchets de son corps, et lui communiquer le sien pourrait nuire à sa faculté future d’apprendre la propreté.

Dernier besoin du nourrisson : celui du contact physique. Le psychologue conseille aux parents de se laisser pleinement aller à leur instinct, en le prenant et en le cajolant sitôt qu’eux ou lui en ont envie. À la clé, pour le bébé, la construction d’un sentiment de confiance et d’optimisme, qui le soutiendra à vie.

L’enfant d’âge préscolaire a deux types principaux de besoins.

D’abord, les besoins biologiques. Entre deux et cinq ans, le bambin doit libérer son énergie physique débordante. Il faut l’aider à le faire de façon constructive, sinon il le fera de manière destructive. L’habileté motrice est, par ailleurs, le fondement des aptitudes intellectuelles, car elle développe la coordination latérale et directionnelle. Les jouets sont les éléments de base de ce développement, tout particulièrement ceux avec lesquels l’enfant peut assurer le développement de ses grands muscles, en courant, sautant, grimpant, tirant. Deuxième type de besoins : ceux d’ordre intellectuel. La stimulation de ses cinq sens est fondamentale pour l’aider à se développer.

En la matière, les objets les plus courants de la maison (cartons, tissus, récipients…) peuvent faire l’affaire. Mais surtout, il faut parler à son enfant, en lui disant ce que l’on est en train de faire, par exemple, lorsqu’on le change ou qu’on le promène. Sans pour autant se forcer outre mesure non plus : lorsqu’on en a envie.

4. Comment faire un enfant bien dans sa relation au monde et aux autres

Le sentiment d’hostilité entre un enfant et son petit frère ou sa petite sœur est normal. Pour atténuer celui-ci, l’auteur suggère de le prévenir environ un mois avant la naissance. S’il régresse (propreté, nourriture…), le laisser revenir en arrière : cela ne durera que quelques jours. Et au lieu d’essayer de l’en détourner, le laisser exprimer sa colère ou sa jalousie envers le bébé.

Fitzhugh Dodson consacre un chapitre aux « idylles familiales ». Vers trois ans, l’enfant tombe amoureux du parent du sexe opposé. Une situation à prendre au sérieux, car ce parent est la première femme ou le premier homme de sa vie, qui orientera ses choix amoureux futurs. Ce n’est que vers l’âge de six ou sept ans qu’il s’en dégage, et c’est alors que commence le processus d’identification avec le parent du même sexe. Si les enfants joueront le jeu du « diviser pour mieux régner » entre leurs deux parents, il faut réagir en les repoussant tendrement et en étant très clair sur l’amour conjugal mutuel.

Côté loisirs, l’aptitude au jeu collectif se développe progressivement au fil des âges. Le bébé n’a aucune aptitude à jouer avec les autres. La première adolescence marque la transition entre le jeu solitaire et le jeu parallèle : deux enfants ou plus occupent le même espace, mais jouent chacun de leur côté. Puis c’est le jeu associatif, dans lequel les enfants font tous la même chose, sans vraiment échanger. Le jeu coopératif n’intervient qu’après trois ans.

À l’âge de la première adolescence, l’enfant a besoin de jeux calmes autant que d’action. Les activités créatives l’aident à exprimer les sentiments pour lesquels il ne dispose pas encore des mots. Accroissant leur vocabulaire et leur culture, la télévision peut être bénéfique pour les jeunes enfants, à partir du moment où leurs activités sont variées.

5. La construction de l’image de soi et identité sexuelle

L’enfant réussira dans la vie active s’il possède un concept de soi clair et positif. Ce dernier est favorisé par différents facteurs : un contact personnalisé avec chacun de ses parents ; la possibilité qui lui est donnée d’explorer son milieu et d’assurer son autodiscipline dès que possible, à chaque étape de son développement (ce qui implique de le laisser faire dès qu’il pourra manger, s’habiller, se laver seul) ; traiter ses sentiments différemment de ses actes ; se fier à la force de l’imitation inconsciente : le bon exemple est la meilleure forme d’enseignement que nous puissions leur donner, dans tous ses apprentissages. Dans tous les cas, les punitions sont nuisibles. De même, la mise en place de rites est le plus sûr moyen d’aider l’enfant à aller se coucher sereinement.

La construction de l’image de soi de l’enfant passe aussi par l’identification à un sexe. À partir de trois ans, garçons et filles vont se comporter différemment et avoir une vision différente d’eux-mêmes et du monde. « Les petits garçons provoquent plus de bagarres, font plus de bruit, prennent plus de risques, ont une pensée plus indépendante, sont plus difficiles à éduquer et constituent le plus fragile des deux sexes » (…) Les petites filles sont beaucoup plus robustes et plus mûres, mais plus soumises, passives, obéissantes, conformistes, sédentaires », avance l’auteur (p.199).

Au-delà de ces stéréotypes, Dodson assure aussi que tous les êtres humains ne sont pas entièrement masculins et féminins et préconise de ne pas être rigides : le garçon peut cuisiner et la fille faire du bricolage si cela lui plaît.

Comment lui donner une éducation sexuelle positive ? En répondant à ses questions aussi ouvertement, directement et honnêtement que possible. À la question : « D’où viennent les bébés ? », parler de l’utérus. Si on le surprend à jouer avec ses organes sexuels, l’idéal serait de faire comme si de rien n’était, mais on peut aussi le distraire en lui proposant une activité nouvelle. S’il pratique ces jeux à plusieurs, ne pas le punir ni le gronder et lancer le groupe dans une nouvelle occupation. « Ne cherchez pas à savoir si votre enfant joue au docteur ou non, respectez sa vie privée », conseille le psychologue (p. 213)

6. Des clés pour apprendre la discipline aux enfants

Un excès d’autorité peut pousser l’enfant à devenir craintif et sournois. À l’inverse, tout lui passer, ne pas lui donner de limites, l’expose à se heurter, plus tard, aux règles de la société. Fitzhugh Dodson conseille de laisser aux enfants toute latitude d’exprimer leurs sentiments, les bons comme les mauvais. Il préconise la technique de la « rétroaction affective », ou feed-back, mise au point par le Dr. Carl Rogers. Il s’agit de montrer à l’autre que l’on comprend réellement ce qu’il ressent, en traduisant ses sentiments par ses paroles et en les lui réfléchissant comme si on était son miroir (« Je vois que le fait de perdre à ce jeu t’a beaucoup fâché »).

Dodson prône aussi la « discipline par autorégulation ». Les parents ne doivent pas intervenir pour le protéger des conséquences naturelles de ses actes : c’est néfaste pour son concept de soi et l’empêche d’apprendre à compter sur lui-même. Par exemple, ne pas lui donner autre chose s’il refuse son assiette. Ensuite viennent les « conséquences artificielles », à savoir les punitions. Il avance trois méthodes. Primo, priver l’enfant d’une chose à laquelle il tient. Secundo, l’isoler en l’écartant de son groupe social ou en l’envoyant dans sa chambre (de manière provisoire et en laissant la porte ouverte). Tertio : passer, s’il le faut, par la fessée, qui « bien administrée, est une chose positive. Elle assainit l’atmosphère et se révèle de beaucoup préférable aux sermons moralisateurs et culpabilisants. » (p. 258).

Les « conséquences artificielles » répondent, par ailleurs, à différents critères. D’abord, elles doivent être suffisamment logiques : le même comportement doit entraîner les mêmes conséquences. Elles doivent être immédiates, afin de permettre à l’enfant de bien faire le lien entre son acte et la punition subie. Le temps de privation doit être raisonnable. Ne jamais punir un enfant de quelque chose d’essentiel pour lui, comme sa fête d’anniversaire par exemple. Enfin, les conséquences artificielles désagréables doivent être, autant que possible, en rapport avec leur déclencheur. Exemple : il a crayonné sur les murs, confiscation des crayons.

7. Stimuler, dès l’âge préscolaire, les apprentissages intellectuels de l’enfant

Pour Fitzhugh Dodson, « l’école commence à la maison ». Plus les enfants sont soumis tôt à des stimulations intellectuelles et plus leur QI a des chances d’être élevé. Pour développer la « pensée de la main droite » (la pensée logique, analytique, rationnelle), il faut aider son enfant à prendre conscience du monde sensible, par des activités créatrices et en lui donnant l’occasion de faire le plus possible d’expériences personnelles directes.

Pour développer la « pensée de la main gauche » (son côté intuitif et imaginatif), mettre à sa disposition des matériaux non structurés : feuilles, crayons, cubes, Lego, sable… Cela lui permet de fortifier sa confiance en soi, d’augmenter sa sensibilité, sa conscience des réalités, son originalité et ses facultés d’adaptation.

Afin de stimuler le langage oral et écrit, la base consiste à lui lire des histoires et des livres. On peut aussi commencer à lui apprendre à écrire à partir de trois ans et demi, l’enfant ayant acquis 50% de son développement intellectuel à quatre ans. Commencer par les majuscules d’imprimerie et par les lettres les plus faciles à tracer, et sans le bousculer. Fitzhugh Dodson donne aussi des pistes pour l’éveil aux mathématiques. Dès cet âge, on peut apprendre à compter à l’enfant, en s’appuyant sur des boutons ou des cubes. Vers quatre ans, on peut passer à l’apprentissage des chiffres et des nombres. Dodson se défend toutefois se pousser à toute sur-stimulation.

Quand l’intérêt de l’enfant faiblit, ou s’il bloque sur un exercice, il préconise de stopper immédiatement. Gronderies et punitions sont à proscrire, au profit de l’encouragement et des compliments. Autant d’expériences concrètes et ludiques qui permettront de donner à l’enfant une première image positive des différentes matières qu’il sera amené à croiser à l’école.

8. Conclusion

Plein de bon sens, concret et déculpabilisant, ce livre est une excellente base éducative sur de nombreux comportements des enfants en bas âge. Il apprend aux parents l'intérêt d'être moins directifs et dispense des pistes précieuses pour les aider à accompagner leurs bambins, de manière sereine et bienveillante, sur le chemin de leur construction personnelle. Le tout, en évitant le double écueil de l’enfant-roi et de l’autoritarisme.

L’accent est résolument mis sur le besoin d’une bonne communication parents-enfants, au travers, notamment, de la « rétroaction affective », qui préfigure le concept d’écoute active, laquelle prendra son essor quelques années plus tard, sous la plume de pédagogues comme Thomas Gordon, Faber et Mazlich ou encore Isabelle Filliozat.

9. Zone critique

Il est dommage que le texte de cet ouvrage n’ait guère été toiletté depuis sa première traduction en France, en 1972. Plusieurs passages sont en effet propres à donner de l’urticaire aux lecteurs de 2019 : l’omniprésence de la mère (au foyer) et l’effacement du père, tout dévoué à sa carrière ; le discours sur l’allaitement maternel ; les stéréotypes de genre, avec en sous-main une certaine dévalorisation de la petite fille ; l’apologie (même si très nuancée) de la fessée. Sans parler de l’homosexualité, qualifiée de « déviation », de « névrose sexuelle » (p. 209).

On peut, surtout, déplorer la traduction mensongère, à la formule-choc, du titre originel, qui entraîne encore, pour quantité de parents, l’idée d’un déterminisme absolu lié à ces premières années de l’enfance. Affirmer que « tout se joue avant six ans », c’est nier toutes les découvertes en neurosciences sur la plasticité de notre cerveau, sa capacité à se façonner tout au long de nos expériences. Ainsi que le concept de résilience (faculté à surmonter les traumatismes), développé par Boris Cyrulnik.

10. Pour aller loin

Ouvrage recensé– Tout se joue avant six ans, Paris, Marabout, 2019.

Du même auteur– Le père et son enfant, Paris, Marabout, 2007.

Autres pistes– Catherine Gueguen, « Pour une enfance heureuse : repenser l'éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau », Pocket, 2015.– Isabelle Filliozat, Au cœur des émotions de l'enfant, Marabout, 2019.– Jane Nelsen, La discipline positive : en famille, à l’école, comment éduquer avec fermeté et bienveillance, Marabout, 2014.– Thomas Gordon, Éduquer sans punir : apprendre l’autodiscipline aux enfants, Marabout, 2013.

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