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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Dépasser le passé

de Francine Shapiro

récension rédigée parAnna Bayard-RichezDocteure en Psychologie Clinique Interculturelle (Université d'Amiens).

Synopsis

Psychologie

Dans cet ouvrage, Francine Shapiro étend l’application de l’EMDR (intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires), non plus seulement aux traumatismes majeurs, mais aussi à des formes traumatiques plus légères, dont le souvenir vient modifier nos comportements présents. À partir d’illustrations de cas, elle nous invite à mieux comprendre certaines de nos réactions, mais aussi comment l’EMDR peut aider à leur résolution. Elle articule ces différents niveaux d’expérience avec des exercices pratiques afin d’aider le lecteur à reprendre le contrôle de sa vie.

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1. Introduction

L’EMDR (intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires) permet le traitement de souvenirs anciens auxquels restent associées des émotions fortes, des sensations et croyances négatives ayant des conséquences sur nos vies quotidiennes.

En identifiant ces souvenirs douloureux, en les analysant, non plus d’une position d’enfant mais d’adulte, la thérapie EMDR permet le changement radical de certains comportements grâce à une prise de conscience et une mise en sens de l’expérience. Certaines réactions irrationnelles aux yeux de nos capacités supérieures de raisonnement prennent tout leur sens à la lumière de réseaux mémoriels et émotionnels issus de notre passé.

En cela, Francine Shapiro distingue les symptômes traumatiques liés à un évènement formel majeur, de ceux issus de souvenirs plus anodins, mal traités et inconscients.

Dans Dépasser le passé, elle nous propose des techniques pour identifier ces causes sous-jacentes, mais aussi pour transformer les pensées, réactions et comportements dysfonctionnants. Elle nous met également en garde quant à la recherche de coupables, qui doit souvent remonter sur plusieurs générations pour avoir du sens, et n’est pas indispensable à l’interruption de ces modèles éducatifs récursifs et sources de souffrance.

2. Les sources de la souffrance

Pour Francine Shapiro, la souffrance vient d’associations automatiques inconscientes issues de notre enfance. Ces associations erronées nous plongent dans l’anxiété, la dépression, la tristesse ou même nourrissent des douleurs somatiques.

L’expérience de l’enfance construit notre monde intérieur et détermine notre interprétation du réel, nos perceptions, nos comportements sans même que nous en soyons conscients, ce qui impacte fortement notre réalité en tant qu’adultes. Pour elle, les éléments du passé influent sur nos comportements tout autant que les évènements du présent. Ces éléments du passé enkystés dans nos réseaux mémoriels peuvent être des évènements répétitifs, comme de la maltraitance, mais aussi un évènement unique mal intégré.

Fort heureusement, l’immense majorité des évènements de notre vie sont encodés par le système de traitement de l’information, et le cerveau n’en garde que les informations utiles à sa survie : on parle d’un niveau de résolution adapté. Cette phase de résolution se fait principalement dans le sommeil paradoxal, grâce au système adaptatif de traitement de l’information.

Malheureusement, dans certains cas, la perturbation émotionnelle est telle qu’elle le bloque, et des réactions épidermiques se reproduiront à chaque fois que le cerveau identifiera à nouveau cette situation. Ces souvenirs non traités restent ainsi douloureusement figés dans le temps en se réactualisant parfois à notre insu, et c’est bien pourquoi le temps ne guérit pas toutes les blessures.

3. La thérapie EMDR

C’est de manière fortuite, en se promenant, que Francine Shapiro découvre les effets apaisants des mouvements oculaires sur ses émotions. Elle publie ses recherches dès 1989, et réalise avec le temps que sa thérapie de retraitement est efficace également avec des tapotements ou des sons alternés. L’efficacité de cette technique n’est toujours pas clairement comprise, et les hypothèses sont nombreuses, depuis le recentrage permanent de l’attention au dédoublement de celle-ci. L’auteur ici ne se prononce pas en faveur de l’une ou l’autre, et fait l’hypothèse que les deux interprétations sont exactes.

La thérapie EMDR ne requiert pas un travail psychologique en dehors du cadre thérapeutique, et le patient n’a même pas besoin de décrire le souvenir traumatique pour que la session soit efficace. Toutefois, le matériel émotionnel peut être extrêmement chargé et c’est pourquoi il est essentiel que la pratique se fasse dans le cadre sécuritaire d’une thérapie et avec un praticien formé et expérimenté.

Celui-ci mettra ainsi en place, en amont, des techniques d’auto-contrôle, pour aider le patient à garder un pied dans le présent lors de la thérapie. Shapiro présente ici plusieurs de ces techniques d’imagerie guidée telles que le lieu sûr : visualisation positive d’un paysage calme et rassurant, le personnage de dessin animé : visualisation de la scène sous forme d’un dessin animé pour se détacher des affects ou encore le pot de peinture, imaginer mélanger les problèmes et les dissoudre dans un pot de peinture.

Pour Shapiro, il n’est jamais trop tard pour avoir recours à l’EMDR, qui dévoile souvent des blocages totalement inconscients et témoigne d’un mode de fonctionnement psychique en pilotage automatique. Dans un tel cas, la prise de décision n’a que peu d’impact sur les comportements. Par exemple, si vous décidiez dorénavant de ne franchir le seuil d’une pièce qu’avec le pied gauche en avant, il est fort probable que la force de l’habitude soit telle que vous échouiez au cours de la journée alors même que vous l’aviez décidé.

4. Ces souvenirs qui nous enferment

L’immense majorité des souvenirs est traitée, enregistrée et source d’apprentissage pour notre vie future, mais une poignée d’entre eux (généralement entre dix et vingt) restent brûlants et sont bien souvent à la source des réactions perturbatrices de notre vie, car ils n’ont pas été assimilés dans la psyché, et n’ont pas été digérés émotionnellement. Ces souvenirs peuvent s’inscrire en plein (« j’ai subi une agression ») ou en creux (« je n’ai pas reçu l’aide dont j’avais besoin »), dans la tendre enfance ou à l’âge adulte, sous forme d’un évènement unique et intense ou de micro traumas répétitifs.

Si ces souvenirs sont si douloureux, c’est qu’ils nous semblent dire quelque chose de nous, et ces idées négatives sur nous-même sont la traduction verbale des émotions et des pensées qui nous traversent alors. L’objectif de la thérapie EMDR sera de désactiver ces cognitions pour les remplacer par une croyance positive.

Elle permet tout à la fois d’identifier les évènements perturbateurs récents, mais aussi de les lier à des souvenirs issus du passé. La thérapie, en ciblant le souvenir le plus ancien, dénoue bien souvent les autres souvenirs douloureux appartenant au même réseau mémoriel, mais il peut être utile parfois de traiter chacun d’entre eux.

5. Les liens d’attachement et l’accordage parent/enfant

Les carences d’attachement résultant de la difficulté du parent à aimer son enfant, du fait de schémas mémoriels non assimilés (naissance difficile, séparation, évènement de vie perturbant pendant la grossesse, modèle parental inadéquat, etc.), vont affecter non seulement l’enfant mais aussi le ton de toutes ses relations aux autres. Ces bébés auront en effet le sentiment de ne pas être aimables et deviendront grognons, anxieux, déprimés, car la communication impacte directement le développement du cerveau et donc par la suite les émotions et les représentations.

Lorsque parents et enfant sont accordés, qu’ils sont sur la même longueur d’onde, le style d’attachement est dit sécure, il permettra à l’enfant de s’adapter positivement aux évènements stressants et d’entrer facilement en contact avec le monde extérieur. Cependant, on estime que 35% des parents ont des accordages défaillants avec leur enfant, entraînant des styles d’attachement insécures. On parle alors d’attachement rejetant, préoccupé ou désorganisé, susceptible d’impacter négativement la vie d’adulte.

Fort heureusement, ces styles d’attachement peuvent être corrigés par d’autres figures parentales, des expériences de vie positives ou encore une thérapie, et c’est dans ce sens que Francine Shapiro nous guide dans son ouvrage en proposant plusieurs exercices pratiques visant, d’une part, à repérer les souvenirs enkystés et, d’autre part, à les comprendre pour les assimiler.

6. La connexion corps/esprit

Nos ressentis corporels sont des alliés importants dans cette démarche ; ce sont eux aussi, qui peuvent jouer le rôle de tirer la sonnette d’alarme face à des souvenirs non traités ; on parle alors de troubles psychosomatiques. Ceux-ci sont facilement traitables par l’EMDR – par exemple, les crises de panique, certaines formes d’asthme infantile, les douleurs d’un membre fantôme suite à une amputation, ou encore les migraines. À l’inverse, le corps peut également se déconnecter de ses sensations, par exemple dans l’absence de libido ou l’impuissance.

Au-delà des douleurs physiques, les souvenirs anciens non traités peuvent avoir pour conséquences de profonds complexes physiques, ou être à la source de troubles alimentaires.

On a constaté également qu’appliquer de l’EMDR à des souvenirs non traités chez des personnes souffrant de handicap amenait souvent une diminution des symptômes, par exemple en ce qui concerne l’hyperactivité ou l’autisme, ou une meilleure acceptation du handicap (tétraplégie, brûlures, etc.)

Les causes de nombre de symptômes physiques peuvent être uniques ou au contraire entremêlées, mais toutes méritent d’être travaillées à l’aide de l’EMDR.

7. Conclusion

Shapiro nous invite à prendre soin de nous-même au quotidien, y compris de notre santé mentale, et à rester attentifs aux variations de celle-ci.

En cela, elle recommande un effort physique régulier et une bonne hygiène de vie.Elle insiste également sur l’importance d’une constante réévaluation de nos affects négatifs ainsi que de la pratique quotidienne des techniques d’autorégulation présentées dans son ouvrage, afin que celles-ci deviennent des outils faciles à utiliser au jour le jour.Elle encourage la visualisation positive, utilisée par l’écrasante majorité des sportifs de haut niveau, et propose un exercice permettant d’aborder plus sereinement des scénarii stressants.

Enfin, elle tisse des liens entre spiritualité, méditation et processus thérapeutique EMDR.

8. Zone critique

Dans cet ouvrage, Francine Shapiro nous guide vers une auto-initiation à l’EMDR, en nous amenant à identifier nos souvenirs-sources perturbateurs, à comprendre leur impact émotionnel, mais également à les traiter. À travers différents tableaux d’identification de ces évènements sous forme de journal de notre vie quotidienne, elle nous propose de mettre en lumière la source de nos réactions émotionnelles négatives, et ainsi de prendre conscience de nous-mêmes.

Bien qu’elle reste très prudente et recommande à plusieurs reprises de faire ce travail sous la supervision d’un thérapeute, les outils qu’elle propose sont susceptibles de venir réactiver des souvenirs traumatiques inconscients et de menacer l’équilibre psychique de certains lecteurs non avertis. Les outils d’auto-apaisement qu’elle met à disposition dans cet ouvrage, quoique reconnus pour leur efficacité, restent bien peu de chose face à la vague de fond émotionnelle que peut être une réminiscence traumatique, et qui nécessite bien souvent une intervention corporelle (toucher, envoyer une balle molle, etc.) afin de réinscrire la personne dans le réel et de stopper le processus de dissociation.

De ce fait, si cet ouvrage est une mine d’or pour les professionnels formés à l’EMDR, il n’est sans doute pas à mettre dans les mains de ceux qui voudraient l’utiliser comme un outil auto-thérapeutique, et ne sauraient vers qui se tourner pour trouver du soutien thérapeutique face à un souvenir trop douloureux.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Francine Shapiro, Dépasser le passé. Se libérer des souvenirs traumatisants avec l’EMDR, Paris, Seuil, 2014.

De la même auteure– Francine Shapiro, Des yeux pour guérir, Paris, Seuil, 2005.– Francine Shapiro, Manuel d’EMDR, Paris, Seuil, 2007.

Autres pistes– Jacques Roques, EMDR. Une révolution thérapeutique, Paris, Desclée De Brouwer, 2004.– Jacques Roques, Guérir avec l’EMDR, Paris, Seuil, 2007.– Bessel Van der Kolk, Le Corps n’oublie rien, Paris, Albin Michel, 2018.

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