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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Lorsque l’enfant paraît

de Françoise Dolto

récension rédigée parCatherine Piraud-RouetJournaliste et auteure spécialisée en puériculture et éducation.

Synopsis

Développement personnel

Entre octobre 1976 et octobre 1978, Françoise Dolto est l’actrice de Lorsque l’enfant paraît, une émission quotidienne de France Inter, devenue mythique. La célèbre pédiatre psychanalyste répond à des lettres de parents en difficulté dans l'éducation de leur enfant. Sans prétendre donner des recettes, elle répond à chaque problème en alliant bon sens maternel et éclairage psychanalytique. Ce livre éponyme est le premier d’une série de trois volumes, publiés respectivement en 1977, 1978 et 1979. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir une pensée fondatrice de l’ensemble du courant éducatif actuel. « Dès les premières heures de leur vie, leurs fils ou leurs filles sont des êtres de communication et de désirs, des êtres qui ont besoin de sécurité, d’amour, de joie et de paroles plus encore que de soins matériels ou d’hygiène alimentaire et physique. » (p.7)

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1. Introduction

Ce livre est divisé en 34 chapitres, chacun touchant à un point de questionnement : la propreté, le sommeil, la mort, le père, la séparation, la nudité, l’agressivité, la jalousie…

Sur toutes ces thématiques, Françoise Dolto répond sans jamais donner de « recettes » toutes faites, mais en évoquant une problématique générale, à partir de cas individuels. Ses réponses, basées sur la théorie psychanalytique, constituent les bases d’une pensée inédite pour l’époque : le bébé, puis l’enfant, est une personne à part entière, qu’il faut aborder avec bienveillance, respecter, préserver et écouter.

À qui, surtout, il faut parler, expliquer les choses : c’est par la parole, toujours salutaire et bienfaisante, que se résoudront la plupart des questionnements mineurs du quotidien, empêchant ainsi ces derniers de devenir plus graves. « Tout ce qui est parlé devient humain », assure la psychanalyste (p. 25).

2. Devenir parents : des choix souvent exigeants, mais toujours, si possible, bienveillants

Être parent, c’est faire des choix et les assumer. Allaiter ou pas ? Dolto conseille d’attendre la venue du bébé pour se décider : « C’est le bébé qui fait la maman », déclare-t-elle (p. 101). À la question de la pertinence de permettre à l’enfant d’assister à l’accouchement d’un petit frère ou sœur, la psychanalyste déconseille. Par contre, elle insiste sur la nécessité de la présence du père. Au fil des années, en effet, le rôle du père s’affirme, mais plus spécifiquement face à des garçons, du fait du phénomène d’identification sexué qui a lieu à partir de trois ans et demi environ. « Un fils doit être élevé par son père beaucoup plus tôt qu’une fille », assure Dolto (p. 164).

Être parent, c’est aussi savoir reconnaître ses contradictions, voire ses erreurs. Ainsi, il ne faut ne pas avoir peur de fixer des limites et de dire à son enfant quand son comportement pose problème. Si l’on a fait des erreurs avec un enfant dans la petite enfance, est-ce irrécupérable ? Ce qui est important, c’est de parler à l’enfant, de lui avouer avoir été maladroit… Et quand les deux parents ont des écarts d’appréciation sur la conduite à adopter vis-à-vis de leur enfant, mieux vaut qu’ils en parlent hors de sa présence. Il est important que les parents se soutiennent mutuellement lorsque l’enfant parle mal de l’un ou de l’autre.

Troisième enseignement de Dolto en matière de parentalité : parler et être bienveillant avec l’enfant, dès les tous premiers jours. Son credo : « Il n’est jamais trop tôt pour dire la vérité à un bébé » (p. 139). Le nouveau-né a besoin de ces paroles pour être introduit dans notre monde. De même, dès les premiers mois, il faut le faire participer à la vie de la famille. Et, surtout, accompagner ses émotions, en s’adressant à lui gentiment, calmement. Ne pas hésiter à le bercer, à le porter, à le prendre contre soi, sans craindre de lui donner « de mauvaises habitudes ». « Il faut absolument que le petit sente qu’il bénéficie d’une sécurité totale » (p. 140). Ne pas, non plus, le laisser crier seul : « Il faut qu’il entende une voix qui le comprend » (p. 141).

3. Accompagner ses apprentissages

Le rôle à la fois ferme, cohérent et bienveillant des parents est essentiel pour accompagner l’enfant dans ses apprentissages. En matière de propreté, Françoise Dolto déconseille de débuter avant deux ans, l’âge où l’enfant est capable de monter ou de descendre une échelle seul. Côté alimentation, elle préconise de le laisser manger ce qu’il veut et sans se tracasser pour ses repas. Pour apprendre au tout-petit à s’endormir, elle déconseille de l’isoler pour ses siestes et préconise de préférer des lits sans barreaux ou faciles à quitter, pour qu’il ne s’y sente pas enfermé. Il est préférable que l’enfant ne dorme pas dans la même pièce que ses parents.

Concernant la parole, la pédiatre se veut rassurante : « Il n’y a pas de « doit parler » (109). Pour un développement du langage à la fois naturel et optimal, il faut, là encore, parler à l’enfant, interagir avec lui, parler de lui en sa présence, le laisser se mêler aux adultes. Les garçons parlent plus tard que les filles, c’est normal. « Les filles ont généralement la langue bien pendue parce qu’elles n’ont pas de zizi », avance-t-elle (p. 110) Elle donne aussi des clés pour développer le sens artistique des enfants, en profitant de la période de dessin ou musicale qu’ils vont tous avoir à un moment ou un autre. Les parents sont invités à favoriser l’expression de leur enfant, à lui offrir un instrument de musique, des cours, à l’emmener au concert, au musée…

Dernier apprentissage, mais de taille : l’école, que Dolto conseille à partir de trois ans seulement dans l’idéal. Afin de ne pas l’angoisser, il ne faut pas lui présenter son entrée à l’école comme la fin de la « bonne vie ». Et s’il survient, ne jamais prendre de front le phénomène de phobie scolaire. Collectivisme, journées à rallonge, séparation d’avec le cocon familial, temps de jeu réduit : l’entrée à l’école constitue une vraie rupture pour l’enfant. Il est ainsi important de lui dire ce qu’il va s’y passer, sans lui faire peur. Dans la même idée, ne pas le gronder s’il ne raconte pas ses journées : l’enfant vit dans le présent.

4. Énervement et « caprices » : comment réagir ?

Pour Dolto, « l’enfant qui a une réaction insolite a toujours une raison de l’avoir » (p.16). Aux parents de comprendre ce qui se passe, la raison sous-jacente à son envie ou à son refus. Exemple : un petit enfant qui ne veut plus marcher dans la rue souhaite peut-être revenir à la poussette, ou alors il a mal aux pieds ? Surtout, ne pas en faire un drame tout de suite. Il refuse tout ? Pour les garçons comme pour les filles, la période du « non », vers deux ans, correspond au début d’individualisation de l’enfant face à sa mère. Une phase très positive, selon elle : « Il dit “non” pour faire “oui” » (p.148).

Souvent, aborder les problèmes sous l’angle de l’humour est la plus sûre manière de les résoudre. Ainsi s’il tape quelqu’un, dire à l’enfant : « Tiens, ta main veut taper ? Et toi, qu’est-ce que tu en penses ? ». L’enfant pouvant avoir des mouvements de main ou de pied qui lui échappent totalement. De manière générale, face à une colère d’enfant, ne pas hurler plus fort que lui et encore moins se moquer, mais dialoguer. Un petit ne peut pas se dominer sans aide affectueuse avant quatre ans et demi, cinq ans.

Que penser de la fessée ? « On ne peut absolument pas dire que cela soit bon ou mauvais », avance Dolto (p.41). Mais elle précise qu’il faut, dans la mesure du possible, éviter toute humiliation pour l’enfant, car celle-ci est destructrice. « À part le fait qu’elle calme l’adulte et parfois l’enfant sur le moment, la fessée a chance d’être nuisible à long terme », prévient-elle (p.41). Dans tous les cas, que cela ne se fasse jamais en public, ni à retardement. Par ailleurs, les parents doivent donner l’exemple à l’enfant en évitant toute agressivité dans les mots et les gestes.

5. La séparation : comment l’aider à la surmonter

Celle avec le père, d’abord, qui est quotidienne. Souvent, à son retour du travail, l’enfant le boude. Le temps passe beaucoup moins vite pour un petit enfant que pour un adulte. Il doit le prévenir en amont et lui dire qu’il pensera à lui. Pendant l’absence, la mère doit parler du père qui est parti.

Au retour, que ce dernier évite de se jeter sur l’enfant pour l’embrasser : les embrassades sont toujours un peu anxiogènes pour un bambin, du fait des faibles frontières avec le « cannibalisme », selon les termes de Dolto, qu’il a en tête jusqu’à trois ans. Si le père part souvent, qu’il explique à l’enfant ce qu’il fait quand il n’est pas là, avec des mots simples. L’enfant comprend que le père reviendra à partir de 12-18 mois. Deuxième type de séparation dans la vie du jeune enfant : l’entrée dans un mode de garde.

Là encore, la parole est le meilleur vecteur. La mère doit lui expliquer cette nouvelle situation. Si l’enfant doit être gardé chez quelqu’un, l’y emmener plusieurs fois au préalable, en lui faisant découvrir les lieux et en lui expliquant les choses. Lui confier des jouets ou objets portant l’odeur de la mère, afin qu’il sente la continuité de sa personne entre les deux lieux. Et le soir, lorsque la maman retrouve son bébé, elle doit se garder de se jeter sur lui pour l’embrasser, mais simplement le prendre doucement contre elle. Ce n’est qu’une fois revenu à la maison, dans son univers familier, qu’il la reconnaîtra pleinement.

En cas de nécessité d’une séparation durable, il faut absolument faire ses adieux à l’enfant, et ne pas s’en aller quand il dort ou sans qu’il voie partir le ou les parents. On peut, ensuite, lui écrire des cartes, lui envoyer des douceurs. En cas d’hospitalisation, que les parents ne soient pas anxieux, mais que la mère demande à rester le plus possible près du lit de l’enfant.

6. Lui donner les clés pour se situer dans la famille

Pour la psychanalyste, l’identification de l’enfant vis-à-vis des autres membres de la famille commence par la sexualité et le genre. Face à leurs questions, Françoise Dolto suggère de toujours dire qu’un enfant naît de l’amour d’une femme et d’un homme, que les « graines d’enfants » se trouvent dans les sexes, autant du garçon que de la fille. Mais cette sexualité se manifeste souvent, pour le petit enfant, en rapport avec les parents, via le complexe d’Œdipe notamment. Il faut s’abstenir de taquiner l’enfant pris d’un sentiment incendiaire pour son parent de l’autre sexe, ainsi que d’attitudes équivoques à son égard (l’embrasser sur la bouche, se montrer nus devant lui, le laisser assister aux relations sexuelles du couple…), sous peine de retarder son développement psychosexuel.

L’enfant doit aussi se positionner au sein de la fratrie. L’arrivée d’une petite sœur ou d’un petit frère entraîne, de manière normale, et même salutaire, un sentiment de jalousie pour l’enfant, entre 18 mois et 5 ans. L’aîné est pris entre deux possibilités : s’identifier au bébé, c’est-à-dire régresser, ou au contraire progresser et s’identifier aux adultes. Il faut lui expliquer qu’un bébé va venir. Et surtout, ne jamais le traiter de « méchant » s’il fait montre d’agressivité. S’il mord le nourrisson, ne pas le gronder brutalement, mais lui faire remarquer à quel point il est fort et l’autre faible. En cas de régression (pipi au lit, nourriture lactée, refus de la marche…), le soutien le plus efficace viendra d’un tiers (père, tante, grand-mère…). Par la suite, la mère doit s’efforcer de valoriser spécifiquement chacun de ses enfants. Un pari encore plus délicat s’il y a des jumeaux. Selon Dolto, ceux-ci doivent être très individualisés et très tôt, sinon ils se collent l’un à l’autre, avec un dominé et un dominant.

Le positionnement se fait aussi au sein de la famille élargie. La grand-mère y joue un rôle très important. Lorsque les parents sont séparés ou la famille recomposée, il est nécessaire que les enfants sachent clairement que ses deux parents se sentent toujours responsables de lui, mais aussi que les rôles respectifs de chacun soient bien définis.

7. Loisirs, croyance et rôle de l’imaginaire chez l’enfant

Plusieurs séquences sont consacrées au rôle du jeu chez l’enfant. L’imaginaire, symbolisé par l’emploi du conditionnel (« On dirait que… ») permet aux enfants de quitter la dépendance qu’ils ont vis-à-vis de leurs parents dans la réalité. « L’imaginaire sert à se défendre du drame de la réalité », estime Dolto (p. 163). De manière générale, un enfant a besoin de gaité, que l’on joue avec lui. Ils ont, surtout, besoin de la compagnie d’autres enfants. Garçons et filles jouent à des jeux différents pour se différencier et s’identifier à l’enfant dominant de leur groupe. Toutefois, Françoise Dolto admet qu’un garçon puisse vouloir jouer à la poupée et une fille aux sports mécaniques.

La psychanalyste aborde aussi les mythes et croyances de l’enfance. Selon elle, il faut laisser les enfants croire au père Noël, car un mythe incarne une dose de poésie, nécessaire aux enfants. Comment parler de Dieu à l’enfant ? Si les parents sont croyants, simplement qu’ils en parlent devant lui, sans le faire à son intention. Mais ne jamais associer Dieu à la punition. Autre question : celle de la mort, qui questionne les enfants, sans angoisse, à partir de trois ans. Il est très important de leur répondre, en leur disant que la mort, comme la vie, fait partie intégrante d’un être vivant. On peut leur dire, par exemple : « Nous mourrons quand nous aurons fini de vivre ». Et d’enchaîner sur la nécessité de vivre à fond tous les moments de la vie.

Si quelqu’un de la famille meurt, ne jamais priver l’enfant de la nouvelle de cette mort. Ne pas lui dire qu’il est parti en voyage ou qu’il est à l’hôpital, mais lui expliquer que son proche est décédé et l’emmener au cimetière. « Lui parler du cœur qui aime et qui, lui, n’est pas mort, tant qu’il y a des gens qui se souviennent de ceux qu’ils ont aimés », recommande Dolto (p. 99). Qui insiste sur le fait que la mort d’un animal peut aussi être très importante pour un enfant.

8. Conclusion

Dans la pure lignée de la psychanalyse, Françoise Dolto s’est penchée en priorité sur l'enfant en souffrance et ses rapports avec sa mère. Elle a surtout ouvert, la première, une autre manière de voir l’enfant, dont elle fut une fervente militante de la « cause ».

Plusieurs idées majeures de la théorie psychanalytique ressortent de ce recueil de conseils, comme de toutes ses œuvres : l'enfant est une personne ; tout est langage (gestes, regards…) ; le « parler vrai » (ne pas mentir à un enfant, l’inconscient connaissant toujours la vérité) ; la nécessité de la prise de conscience de son corps comme étape de la structuration et de l'individuation du sujet. S’y ajoute une dimension résolument bienveillante et ouverte du maternage et de l’éducation : les parents ne doivent pas hésiter à porter, à cajoler leur enfant, et à faire montre de souplesse pour ce qui est de ses choix et de ses apprentissages.

9. Zone critique

Certaines conceptions présentées dans ce livre sont un peu datées aujourd’hui : la place quasi-omniprésente de la mère face au père ; les appréciations touchant à la différence des sexes… Mais Lorsque l’enfant paraît demeure une référence éducative incontestable. Françoise Dolto a en effet ouvert la voie à l’éducation positive, selon laquelle la clé de l’éducation n’est pas l’établissement de règles strictes, mais le dialogue, le respect et la bienveillance.

En cela, Dolto est l’inspiratrice première de penseurs de la relation parents-enfants aussi reconnus qu’Isabelle Filliozat ou Catherine Gueguen en France. Elle partage aussi de nombreux atomes crochus avec les auteurs de référence anglo-saxons, tels que Faber et Mazlich, Marshall Rosenberg ou Thomas Gordon. Ce qui n’empêche pas, ces dernières années, la question de l’autorité de revenir sur le devant de la scène. Certains psychologues, comme Didier Pleux, accusant Dolto d’avoir favorisé l’émergence d’une génération d’« enfants rois ».

10. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Lorsque l’enfant paraît (tome 1), Paris, Points, 2014.

De la même auteure– La cause des enfants, Paris, Pocket, 2007.– Au cœur des émotions de l'enfant, Paris, Marabout, 2019.

Autres pistes– Jane Nelsen, La discipline positive : en famille, à l’école, comment éduquer avec fermeté et bienveillance, Paris, Marabout, 2014.– Didier Pleux, De l’enfant roi à l’enfant tyran, Paris, Odile Jacob, 2006.

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