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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Quand les parents se séparent

de Françoise Dolto

récension rédigée parAnna Bayard-RichezDocteure en Psychologie Clinique Interculturelle (Université d'Amiens).

Synopsis

Psychologie

À la croisée du guide pratique et du débat, cet ouvrage de Françoise Dolto s’adresse tout à la fois aux parents et à leurs enfants dans le cadre de la perte des repères familiaux lors d’une rupture. Sous la forme d’une longue interview, elle met en avant l’urgence du dialogue familial, révélant les dangers du non-dit et du mensonge par omission. Elle interroge les souffrances inconscientes, les silences imposés dans l’épreuve de la séparation, et l’impact de ces expériences dans la vie d’adulte, d’amoureux et de parents. Elle préconise ainsi de remettre au cœur la parole de l’enfant.

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1. Introduction : La triangulation parents - enfant

La notion de duo mère-enfant s’impose comme une évidence dans les premiers mois de vie du nourrisson, mais on oublie souvent comment cette dyade est en réalité une triangulation à condition que la mère ne se laisse pas piéger par son besoin de possessivité. En effet, le fœtus entend toujours bien plus distinctement la voix du père que celle de la mère, mais pour que ce tiers prenne sens dans le réel, il doit être soutenu et matérialisé à la naissance. Cela ne peut se faire que grâce aux liens que la mère fait avec le père en parlant de lui à l’enfant. C’est particulièrement vrai quand il s’agit d’un petit garçon qui n’aura pas d’intérêt naturel pour le masculin qui lui ressemble, contrairement à la petite fille intriguée par la différence.

Lorsqu’une séparation se produit, elle vient donc bousculer un équilibre triangulaire, et briser le continuum de la vie de l’enfant, en termes d’espace et de corps d’une part, puisque l’enfant risque d’être amené à changer de lieu de vie et en termes d’affectivité au travers d’une dissociation des sentiments entre sa loyauté pour sa mère et son père d’une part, mais également entre la valence positive (soulagement) et négative (tristesse, colère) de ses sentiments.

C’est pourquoi il est important de préparer et parler du divorce en amont, notamment avec l’aide d’un tiers qui permet pour les parents de mûrir leur décision, et de présenter le divorce comme un moindre mal plutôt qu’une catastrophe. Si le divorce n’est pas mis en mot, il devient tabou, et constitue une honte pour les enfants, qui se refusent alors à en parler en dehors de la structure familiale, allant même parfois jusqu’à « préférer » qu’un de leur parent soit mort, comme si la mort valait mieux que de ne pa assumer sa parentalité.

2. Couple amoureux et couple parental

Il est essentiel au moment du divorce de marquer une séparation nette entre la vie en tant que couple conjugal et la vie en tant que couple parental. En effet, dans l’annihilation du couple d’amoureux l’enfant entend souvent l’annulation de sa propre raison d’être, comme si le divorce remettait en cause sa propre existence, en tant que fruit de cet amour, et que l’amour qu’on lui portait serait lui aussi amené à disparaitre. Il est donc primordial que les parents réaffirment l’enfant désiré ensemble, et ne dénient pas leur amour passé. Pour Dolto, si l’enfant est le fruit d’un accident, il s’agit alors de réaffirmer cette prise de vie dans un couple qui certes ne s’y attendait pas, mais lui a laissé cette place.

La naissance de l’enfant peut être aussi à la source des difficultés du couple conjugal, mais, malgré tout, par sa présence même, l’enfant est le symbole de la réussite a minima d’un couple en tant que parent. C’est cela qu’il a besoin d’entendre.

Le couple amoureux est susceptible de se recréer en dehors du couple parental avec un autre conjoint, et c’est un enjeu majeur de la vie familiale. Chacun des parents se doit de donner à ce nouvel acteur une place symbolique et confirmer son rôle éducatif. Sa crédibilité auprès de l’enfant est la condition sine qua non pour que la famille puisse se restructurer.

3. Organisation post-séparation

Les modulations géographiques du divorce sont une donnée importante pour la continuité de la construction identitaire de l’enfant. Dolto préconise de préserver au maximum l’environnement spatial de l’enfant, son lieu de scolarisation, et même sa maison dans laquelle les ex-conjoints peuvent alternativement venir tenir leur rôle de parent.

Elle souligne que l’organisation du temps de garde n’a pas forcément la symbolique que l’on croit. Ainsi, si la garde s’attribue en fonction des temps scolaires et des temps de vacances afin de privilégier la réalité de l’école, cela ne signifie pas que le temps principal, le temps continu, qui s’organise beaucoup autour de la soumission au scolaire, soit plus éducatif que le temps des vacances ou discontinu. Au contraire l’influence éducative en termes de culture, de profondeur de la relation est souvent majorée pour le parent ayant la garde pendant les vacances et les week-ends.

Dolto envisage l’idée d’un forfait de temps flexible, à aménager en fonction des contraintes géographiques, professionnelles et scolaires. Elle préconise également que même dans les cas où le parent discontinu ne se présenterait pas pour son droit de garde, l’enfant ne reste pas avec son parent continu, mais avec une personne extérieure au couple parental afin de préserver l’autonomie et l’indépendance du parent continu. Elle recommande également d’inciter l’enfant à exprimer son ressenti par un dessin ou une lettre afin d’essayer de communiquer au parent absent que l’enfant a besoin de le voir.

Les contacts téléphoniques sur une base régulière dès le plus jeune âge sont extrêmement importants pour l’enfant qui depuis qu’il est bébé possède « l’entendement des paroles », même s’il lui est difficile de s’exprimer. C’est le rôle également du courrier et d’autres objets transitionnels divers qu’il faut préserver, car ils permettent à l’enfant de mieux tolérer la séparation.

4. La névrose familiale

Il s’agit de la répétition génération après génération des mêmes schémas familiaux, Maurois, parle du « cercle de famille ». Pour couper ce pattern, alors que le petit enfant introjecte inconsciemment les comportements parentaux, leur parole et leur névrose, l’adolescent se doit de porter un regard critique sur ses parents. Il doit ainsi se détacher de leurs modes de fonctionnement, se dégager de l’identification au père et à la mère pour construire son propre espace, ses propres expériences et un chemin de vie différent du schéma parental.

Pour Dolto, garder au cœur l’intérêt de l’enfant dans un divorce, c’est avant tout prendre les meilleures décisions pour le mener à son autonomie responsable. L’important est de le préserver, au-delà des modèles parentaux et/ou amoureux défectueux, de le protéger d’un potentiel rôle symbolique de nouveau conjoint pour l’un de ses parents.

Parfois, c’est l’inverse qui s’opère avec des parents qui s’identifient à leurs enfants utilisant les mots « papa » et « maman » pour parler de leur conjoint, parlant d’eux même à la troisième personne ou encore parlant de l’autre parent comme ayant abandonné la famille alors que celui-ci continue d’avoir un contact régulier avec les enfants.

5. Conclusion

Dolto met en exergue le poids des mots dans l’univers de l’enfant et critique notamment des termes juridiques qui viennent obscurcir la compréhension des phénomènes.

Ainsi elle considère que le terme « d’autorité parentale » ne correspond plus à la réalité de la parentalité actuelle. Beaucoup de parents n’ont en effet malheureusement plus d’autorité et les enfants ne sont pas dupes de ces carences en autorité, la notion « d’autorité parentale » lui semble dès lors désuète.

A contrario, elle estime que le terme de « responsabilité parentale » serait beaucoup plus approprié et ouvrirait la porte à des groupes d’entraide pour les parents dépassés ou souffrant de burn-out parental. Ce changement de terminologie permettrait également la démystification d’un prestige qui s’attachait symboliquement à l’idée d’autorité parentale, et instaurait la notion d’un « devoir de visite » plus que d’un « droit de visite ».

Pour Dolto, la visite du parent à son enfant est un devoir de responsabilité qui engage également l’enfant, quel que soit son âge. Elle considère qu’en venant au monde, il choisit déjà ses parents et s’affirme ainsi pleinement comme un sujet actif dans la relation familiale.

6. Zone critique

La pensée de Dolto est remarquable par bien des aspects, prônant des changements drastiques en matière d’enseignement, notamment par la mise en avant des cas particuliers concernant les schémas familiaux au sein de l’école afin de désamorcer le sentiment d’opprobre d’être différent. Elle considère en effet que c’est en prenant de la distance et en donnant du sens aux challenges de sa vie affective (divorce, famille homoparentale, famille mixte) qu’un sujet peut assumer ses particularités et contenir les répercussions susceptibles d’entacher son narcissisme voire à l’inverse de les sublimer.

Si l’enfant est au centre de ses préoccupations, elle soutient qu’il a avant tout besoin d’un interlocuteur qui ne le prenne pas immédiatement au sérieux et qui intègre son discours dans le climat affectif dont émanent ses dires et son « agir » afin de leur restituer leur sens réel. Ainsi elle dédramatise les symptômes somatiques souvent rapportés par les parents en instance de divorce, et considère qu’ils sont rarement un mauvais signe, mais plutôt un langage à décrypter face à une situation (bien plus que face à une personne). Toutefois au-delà de ses positionnements courageux et contemporains on peut regretter dans cet ouvrage un certain nombre de poncifs psychanalytiques visant les femmes (mais également les couples homosexuels) qui, une fois encore, seraient largement responsables des comportements addictifs, immatures et/ou irresponsables de leurs conjoints. Il nous semble bien plus nécessaire ici que chacun prenne ses responsabilités tout en se déchargeant d’un sentiment de culpabilité que bien souvent la société aime à faire porter aux femmes.

7. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Quand les parents se séparent, Paris, Seuil, 1998.

De la même auteure

– Au jeu du désir, Paris, Seuil, 1981.– L’image inconsciente du corps, Paris, Seuil, 1984.– L’enfant du miroir, Paris, Rivages, 1987.

Autres pistes

– Guy Corneau, N’y a-t-il pas d’amour heureux ? , Paris, Robert Laffont, 1997. – Mélanie Klein et Joan Rivière, L’amour et la haine, le besoin de réparation, Paris, Payot, 1937.– Gérard Poussin et Élisabeth Martin-Lebrun, Les enfants du divorce : psychologie de la séparation parentale, Paris, Dunod, 1997.

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