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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

La Puissance de la joie

de Frédéric Lenoir

récension rédigée parAnne-Claire DuchossoyDoctorante en littérature française (Universités de Bordeaux Montaigne et Georg-August Göttingen).

Synopsis

Développement personnel

Cet ouvrage du philosophe Frédéric Lenoir offre au lecteur la possibilité de comprendre ce qu’est la joie afin de l’apprivoiser pour vivre des jours plus heureux et plus sereins. À travers un propos clair et des exemples précis, et sur les pas de grands philosophes comme Spinoza et Nietzsche, l’auteur explore la voie de l’accomplissement de soi…

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1. Introduction

Philosophe, sociologue et historien des religions, Frédéric Lenoir a publié La Puissance de la joie en 2015. Son dessein est de proposer une voie de l’accomplissement de soi, fondée sur la puissance de la joie.

Loin du bonheur factice proposé par notre société consumériste et narcissique, il expose la nécessité de privilégier dans notre vie l’épanouissement personnel et l’amour, sans pour autant nier les troubles et les maux de l’existence. Sa sagesse n’est pas synonyme d’ataraxie (absence de souffrance), mais bien au contraire décide d’embrasser toutes les facettes de la vie et d’en assumer tous les chagrins. Il explique quelles sont les trois grandes voies d’accès à la joie : les attitudes à adopter, la reconnexion avec soi-même, et la reliaison avec les autres et le monde.

2. Histoire et définition

• Plaisir, bonheur et joie Le plaisir est l’assouvissement d’un besoin ou d’un désir : cela peut relever des besoins communs (boire, manger) ou toucher à des choses plus profondes (rencontrer un ami, admirer un paysage…). Mais cette notion de plaisir n’induit pas de durée, puisqu’il est donc nécessaire de les renouveler sans cesse. Le plaisir se définit ainsi par son caractère éphémère. Mais en existe-t-il une forme plus durable ? Voilà la question que se posent tous les philosophes, et ce depuis toujours !

Dans nos sociétés modernes, l’idée du bonheur est souvent liée au succès, à la possession, à la consommation. Il y a finalement une confusion entre le plaisir et le bonheur. Mais pour les philosophes, le bonheur n’est pas aussi futile, « c’est un état durable, l’aboutissement d’un travail, d’une volonté, d’un effort » (p. 27). C’est ainsi que Frédéric Lenoir distingue la joie du plaisir et la considère comme la source d’un bonheur véritable.

• Les philosophes de la joie dans la tradition occidentaleDu Moyen-Âge à la Renaissance, la chrétienté domine la pensée, et la question du bonheur n’est pas centrale. C’est à la Renaissance que la pensée a pu s’extraire du carcan imposé par la religion chrétienne.

Au XVIe siècle, Montaigne, considéré comme le premier philosophe moderne du bonheur, évoque un bonheur basé sur des plaisirs simples comme le fait de manger, de se balader, d’apprendre, d’aimer… Il fuit les complications de la vie quotidienne pour se réfugier vers une tranquillité et une sérénité de l’esprit. Pour cela, il propose un cheminement vers la compréhension de ce qui nous rend heureux et malheureux.

Au XVIIe siècle, l’Éthique de Spinoza est une véritable ode à la joie basée sur la nature humaine, loin des valeurs religieuses. Il invite à grandir, à progresser et à s’accomplir selon sa propre nature. Pour le philosophe, une fois libérés des passions, nous pouvons alors atteindre la béatitude, le bonheur véritable.

Au XIXe siècle, Nietzsche place également la joie au cœur de sa philosophie. Tout comme chez Spinoza, « la joie est la puissance de vie sur laquelle il faut s’appuyer » (p. 45). A contrario la tristesse a tendance à diminuer la vie. Il se fait le critique des religions qu’il considère comme des théologies de la tristesse.

Grâce à un travail sur soi, à une introspection, à une écoute de nos instincts, l’homme peut cultiver la joie. « On aboutit, selon lui, à la Lust, la joie parfaite, lorsqu’on est dans le consentement total à la vie » (p. 47). Henri Bergson (1859-1941) se positionne dans la continuité des deux précédents et fait de la joie la puissance vitale. Pour lui, la vie est créatrice, et la joie constitue l’aboutissement d’une vie réussie. Si l’on mène la vie que l’on souhaite et que l’on réalise ce que l’on veut, alors obligatoirement la joie en découle.

3. Attitudes favorisant l'émergence de la joie

« Il existe un état d’esprit, un certain nombre d’attitudes, de manières d’être, qui nous permettent de créer ce terreau propice à la venue de la joie. » (p. 56) L’auteur s’arrête en particulier sur :

• L’attentionLes individus ne sont souvent pas attentifs à ce qu’ils vivent. L’esprit est régulièrement accaparé par des choses différentes : « Si nous admirons un paysage en pensant à la feuille de Sécurité sociale que nous n’avons pas encore remplie, il y a très peu de chances que la joie advienne en nous ! » (p. 57). Pour vivre pleinement une expérience, il faut y être attentif, et ne pas se laisser polluer par des choses extérieures.

• La présenceDe l’attention découle la présence. Être présent pour soi et pour les autres !

• La méditationLa méditation laïque, dite de « pleine conscience », consiste à s’asseoir dans un endroit calme, respirer et prendre conscience de son corps. Certes, les pensées viennent, mais il suffit de les observer et de ne pas s’y attarder. C’est une bonne aide pour développer attention et présence.

• La confiance et l’ouverture du cœur« Ouvrir son cœur, c’est accepter de vivre dans une certaine vulnérabilité, accepter la possibilité de tout accueillir, y compris celle d’être blessé. C’est prendre le risque de vivre pleinement » (p. 67). L’ouverture de notre cœur est possible à condition que l’on ait confiance en la vie, c’est-à-dire de ne pas se méfier d’elle et du monde. Développer notre intuition pour ne pas retomber dans certains pièges est essentiel, mais il ne sert à rien de se méfier en permanence de tout et de tous !

• La bienveillancePour ressentir de la joie, il est important d’être bienveillant envers les autres : il faut se réjouir pour les autres au lieu de les envier !

• La gratuitéÀ l’inverse de la société qui nous impose de ne faire que des choses utiles et performantes, Frédéric Lenoir nous invite à faire les choses gratuitement, sans but matériel ni intérêt.

• La gratitudePour être reconnaissant envers ce que nous offrent la vie et les autres, l’auteur conseille de suivre un tireur particulier avant de s’endormir : « Se remémorer et ressentir de la gratitude pour cinq événements positifs – même minimes – qui se sont déroulés au cours de la journée : une bonne nouvelle, une rencontre agréable, une lecture, quelques moments de plaisir » (p. 78).

• La persévérance dans l’effortL’effort, que ce soit dans un travail ou une activité, a de réels effets positifs sur les individus. C’est une fois encore source de joie !

• Le lâcher-prise et le consentementLâcher-prise signifie arrêter d’essayer d’avoir le contrôle sur notre vie. Cela consiste « lorsqu’on se rend compte que l’on ne peut modifier le cours d’un événement, à accepter celui-ci plutôt que d’y réagir avec colère, de ressasser des regrets, de nous laisser envahir par des émotions négatives » (p. 82). Consentir à ce que l’existence soit déstabilisante permet d’avancer avec sérénité.

• La jouissance du corpsLa jouissance du corps par les activités physiques et par la sexualité est une chose qu’il faut préserver grâce à une vie saine et équilibrée. Vivre en harmonie avec son esprit et son corps est source de plénitude et de joie.

4. Chemin n°1 : la libération intérieure pour devenir nous-mêmes

Frédéric Lenoir évoque le processus d’individuation pour désigner l’accomplissement de soi-même. Pour cela, il suffit de s’introspecter c’est-à-dire de comprendre ce qui nous définit ou non. Il faut alors se libérer de ce qui nous a été imposé par l’éducation ou la culture et qui n’est pas nous. Il est essentiel de se délier de ce qui nous pollue. Quelle est notre nature véritable ? Voilà la question qu’il faut se poser pour avancer vers soi. Le « Connais-toi toi-même » socratique résume bien ce processus. Nous devons devenir qui nous sommes ! Pour accéder à ce discernement, il est essentiel de se regarder avec objectivité et lucidité.

De surcroît, l’auteur explique qu’« il est impossible de vivre dans la joie si l’on est en permanence dépendant de la critique ou du jugement des autres » (p. 106). Bien entendu, il est indispensable de se libérer des chaines extérieures, mais il est aussi important de prendre conscience que « bien souvent, nous sommes d’abord esclaves de nous-mêmes, et savoir cela est un antidote à la victimisation » (p. 107). Pour Spinoza, on ne naît pas libre, on le devient ! Si l’homme est un être de désir, le philosophe nous invite à réorienter ces désirs, c’est-à-dire à savoir ce qui est bon et mauvais pour nous, à « dévoiler les faux biens qui nous illusionnent et à révéler l’authenticité des biens désirables. » (p. 110)

Ainsi, la liberté prend la place de la servitude, et la joie active celle de la tristesse. Pour être libre, nous devons nous connaître, et ne pas être enchainés à nos passions. Cette liberté permet d’avoir des rapports sains avec les autres.

5. Chemin n°2 : s’accorder aux autres et au monde

Après être allé à la rencontre de soi, il faut aller à la rencontre des autres. L’auteur parle de reliaison. L’amour et l’amitié sont bien entendu primordiaux. Il doit y avoir réciprocité et inconditionnalité pour qu’elles ne soient pas bancales. L’amour-passion est souvent éphémère et porteur de désillusions.

L’amour véritable, lui, peut bien entendu être aussi porté par la passion et les illusions, mais il suppose surtout un amour aussi entier qu’authentique. Il n’y pas de conditions et pas de dépendance, « dans sa forme la plus authentique, l’amour relie deux être autonomes, indépendants, libres de leurs désirs et de leurs engagements » (p. 131). La force et la sécurité intérieures permettent d’aimer les autres sans désir de possession. S’accorder au monde signifie vivre en harmonie avec la nature, la contempler, la respecter.

6. La joie parfaite

Selon la philosophie hindoue, deux éléments construisent la personnalité d’un individu : l’ego et le mental. Le premier structure notre personnalité, car il définit ce que nous aimons et n’aimons pas. L’éducation permet de dresser cet ego pour lui faire comprendre que ce qui est agréable n’est pas toujours bon pour nous et inversement. De plus, l’ego « est le support de nos émotions qui contribuent de manière déterminante à la construction de notre personnalité, en modifiant nos comportements, nos pensées, nos croyances, nos appétences, nos répulsions » (p. 146). Il construit notre « moi ». Le mental, quant à lui, est nécessaire à notre survie. Il rationalise, explique et justifie ce qui se passe.

Pour Frédéric Lenoir, un filtre entre nous et le réel est créé par l’ego et le mental, ce qui nous empêche donc de savourer le monde tel qu’il est. L’auteur nous invite à lâcher ce mental et à ne plus nous identifier à l’ego. Grâce à ce cheminement, notre « Soi » sera révélé : « Plus je descends en profondeur et en vérité en moi-même, plus je me libère de la fausse identité de l’ego, édifié par mon mental et mes émotions depuis ma plus tendre enfance » (p. 153). Bouddha parle d’éveil. Après l’opinion et la raison, arrive ainsi la connaissance intuitive. Certains parlent de phénomène mystique pour évoquer le sentiment d’unité avec la Nature, source d’une joie pure et parfaite. Ce cheminement doit se faire progressivement. Petit à petit, nous apprenons à écouter notre conscience qui s’accorde au monde. Mais attention, il ne s’agit pas de tuer l’ego, mais plutôt de le lâcher, de le restructurer.

Ce travail peut sembler long et fastidieux, mais en faisant appel à la joie de vivre – cette joie qui est innée, mais malheureusement étouffée au fil du temps – notre vie peut être portée par la joie parfaite. En effet, on peut remarquer qu’il existe une joie spontanée chez les enfants qui ne sont pas emprisonnés par leur image. Au fur et à mesure des années, cette joie pure s’efface pour laisser place aux peurs et tristesses. Finalement, Frédéric Lenoir nous incite à faire pleinement l’expérience d’une vie simple, à libérer cette source de joie qui est naturellement en nous grâce à l’amour, l’esprit, la nature…

7. Conclusion

Frédéric Lenoir propose une réflexion et des outils simples pour faire entrer la joie dans notre quotidien. Tout en suivant le chemin historique des plus grands philosophes et penseurs de la joie, il n’hésite pas non plus à se mettre à nu en retraçant son parcours personnel de façon vivante et spontanée.

8. Zone critique

Frédéric Lenoir mélange ici philosophie et développement personnel pour donner à ses lecteurs les clés de la vie en pleine conscience, de la joie et du bonheur véritable.

Le propos est clair et l’écriture agréable. De quoi philosopher en toute simplicité ! L’auteur s’inscrit dans la lignée d’auteurs comme Christophe André (Et n’oublie pas d’être heureux ; De l’art du bonheur) et Fabrice Midal (Foutez-vous la paix et commencez à vivre).

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– La Puissance de la joie, Paris, Le Livre de poche, 2017.

Du même auteur– Petit traité de vie intérieure, Paris, Pocket, 2012.– Méditer à cœur ouvert, Paris, Flammarion 2018.– La Sagesse expliquée à ceux qui la cherchent, Paris, Seuil, 2018.

Autres pistes– Christophe André, Vivre heureux, psychologie du bonheur, Paris, Odile Jacob, Coll. Psycho, 2004.– Fabrice Midal, Foutez-vous la paix ! Commencez à vivre, Paris, Flammarion/Versilio, 2017.

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