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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

J'ai tout essayé

de Isabelle Filliozat

récension rédigée parCatherine Piraud-RouetJournaliste et auteure spécialisée en puériculture et éducation.

Synopsis

Développement personnel

Comment beaucoup de parents, vous avez peut-être tendance à interpréter les comportements excessifs ou énervants de vos enfants de 1 à 5 ans comme des manifestations d'opposition, de mauvaise volonté ou d'insolence. Et s'il y avait d'autres causes, et des solutions toutes simples, que vous n’aviez pas envisagées ? Écrit par la psychothérapeute Isabelle Filliozat et par l’illustratrice Anouk Dubois, également formatrice en « communication efficace » et psychomotricienne, J’ai tout essayé ! décrypte, à la lumière des découvertes des neurosciences et de la psychologie expérimentale, les réactions, parfois déconcertantes, des petits.

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1. Introduction

Avoir un enfant en bas âge, ce n’est pas toujours que du bonheur : colères, problèmes d’endormissement, disputes, mensonges, bêtises, refus d’obéir…

Pour accompagner les parents, J’ai tout essayé ! présente des outils simples pour gérer le quotidien, de la première à la cinquième année de l’enfant. Le message central du livre est le suivant : ces manifestations épuisantes, que les adultes ont tendance à qualifier de « caprices », ne sont en réalité que des signaux exprimant les besoins, les carences ou les excès des petits, du fait de capacités cérébrales et motrices encore insuffisamment abouties.

Dans ce livre, partagé par tranches d’âge, les dessins campent une situation du quotidien (« Il ignore les règles », « Il dit des gros mots », « Elle ne veut pas dormir »…) et une réaction parentale classique.

Au final, Isabelle Filliozat propose des mots, des gestes, des attitudes parentales, toujours selon un point de vue positif et bienveillant.

2. 18-24 mois : besoins affectifs et activité motrices débordants

Un bambin de cet âge, c’est d’abord une bombe émotionnelle. Quand son « réservoir d’amour » n’est pas assez rempli, ses circuits cérébraux sont en manque. D’où les crises de rage, les pleurs pour un rien, les comportements excessifs…

Un exemple : l’enfant tombe et regarde maman avant de pleurer ? Petit mammifère, il attend que se manifeste la source d’un amour inconditionnel et de sécurité qu’est la mère. Le même processus se retrouve pour les pleurs de décharge, courants à la maison, après une journée parfaitement sereine à la crèche. Elle hurle quand maman ou papa s’éloigne : la faute à l’anxiété de séparation, une réaction physiologique du système hormonal. Le remède : le « petit morceau de maman » à emporter chez la nounou, un doudou par exemple.

Il ignore règles et limites, et accumule les « bêtises » : à cet âge, l’enfant n’a pas la capacité d’inhiber ses gestes. De plus, il ne peut pas encore conceptualiser. Il ne comprend pas que la règle (« On ne doit pas mordre ou tirer les cheveux », par exemple) s’applique aussi à ce qu’il est en train de faire.

Par ailleurs, il ne peut pas garder les consignes en tête plus de quelques secondes, et seulement une à la fois. Pour le moment, ses priorités sont toutes tournées vers l’exploration de ses nouvelles compétences motrices. Il touche à tout ? Pour l’arrêter, préférer le mot « stop » à « non », et guidez-le physiquement plutôt que verbalement. Par ailleurs, son cerveau ne traitant pas bien la négation, mieux vaut lui indiquer ce qu’il peut faire et non ce que vous ne voulez pas qu’il fasse.

18-24 mois, c’est aussi la phase du développement de sa conscience de lui-même et de son autonomie. S’il dit « non », à tout ce qu’on lui propose, éviter de donner un ordre, ce qui laisse son cerveau frontal inactif. Alternatives : installer des associations (exemple : « On met les bottes quand c’est mouillé »), des routines, mettre l’enfant en position de décider au moins une petite chose (exemple : « Tu veux mettre tes bottes avant ton manteau ou après ? »). Et s’il veut tout, tout de suite, c’est parce qu’un enfant de moins de deux ans ne peut se représenter le futur.

3. 24-30 mois : des routines et des rituels pour le rassurer

Une tranche d’âge marquée par un accroissement de l’affirmation de l’identité de l’enfant, et par la mise en place d’une logique propre au tout-petit… logique parfois déroutante pour les parents. Votre petite fille refuse de manger ou joue avec la nourriture ?

Ce qu’il faut retenir : les bambins se concentrent sur le processus, les parents sur le contenu. Quand l’enfant n’a plus faim, il pense que les aliments sont faits pour jouer. Isabelle Filliozat conseille aux parents de déstresser : un enfant ne se laisse pas mourir de faim.

L’enfant de cet âge est aussi très attaché à certaines routines, qui l’aident à organiser ses perceptions et ses représentations mentales dans un environnement nouveau et complexe. Il peut ainsi éprouver une véritable détresse quand on lui enfile ses vêtements dans un ordre qui n’est pas le sien. En le rassurant, instituer des rituels désamorcera nombre de conflits. Il ne veut pas dormir ? À cet âge, on assiste à un décalage des cycles de sommeil, jusqu’à 22 ou 23 h. Il faut profiter des premiers signes de fatigue pour mettre en place la routine du coucher (« le pyjama, les dents, l’histoire… »).

Cette tranche d’âge est, entre toutes, celle des fameuses « bêtises ». L’enfant n’écoute pas quand on l’appelle ? Obéir à un ordre verbal est un processus assez complexe, qui implique d’entendre l’ordre, de le mémoriser jusqu’à la réalisation et de faire un lien entre la parole et le geste. Il dit des gros mots ? C’est la preuve de l’émergence de l’imitation différée. Il est conseillé de bien lui signifier que ces « mots cailloux » ne doivent pas se dire au quotidien, et, dans tous les cas, ne pas tolérer les insultes. Il a mis le salon en bazar ?

L’astuce d’Isabelle Filliozat : dire ce qu’on voit, sans hausser le ton, et l’inviter à remettre les choses en place. Et, par précaution, ne jamais laisser un moins de quatre ans sans surveillance !

4. 2 ans et demi à trois ans : il veut tout, tout seul !

En accueillant les émotions de l’enfant, nous lui montrons que nous n’ignorons pas sa réalité. Isabelle Filliozat aborde le cas de la crise de rage au supermarché, pour se voir acheter tel bonbon ou tel jouet. Ces manifestations sont en réalité la simple conséquence d’excès de stimulations sensorielles et, pour l’enfant, une manière de se calmer.

Si on lui refuse ce qu’il désire, la frustration provoque en lui une baisse brutale et réellement douloureuse du taux de dopamine et d’enképhalines, les hormones du plaisir et de l’anticipation de la récompense. Il ne s’agit pas de céder au désir de l’enfant, mais de le contenir doucement, mais fermement. Le contact physique déclenchant une sécrétion d’ocytocine, l’hormone du bien-être, qui aidera l’enfant à se calmer.

Cette tranche d’âge correspond à une période de formation intense de synapses (connexion de neurones) dans le centre de la parole et le lobe frontal. L’enfant apprend à prendre des décisions. Du coup, il « veut » tout ce qu’il voit. Or, il utilise le verbe « vouloir » sans forcément désirer l’objet, au même titre que d’autres comme penser, reconnaître, imaginer, croire… Savoir reconnaître son envie, c’est l’essentiel pour lui. Parfois aussi, il ne sait pas ce qu’il veut. Invité à choisir, par exemple, entre deux gâteaux, l’enfant de cet âge garde les deux images dans sa tête, sans compatibilité entre son image (les deux gâteaux) et le réel (la nécessité de n’en choisir qu’un). D’où ses pleurs, parfois, une fois le choix fait !

On constate également, lors de cette phase, une alternance de velléités d’autonomie et de phases « pot de colle ». L’enfant veut s’habiller seul, manger seul… Pour ne pas brider la possibilité de tester ses nouvelles compétences motrices et la joie de réussir, il est important de lui confier des tâches à sa portée : ouvrir la portière, enfiler seul son manteau, porter un plat léger…. Isabelle Filliozat conseille un apprentissage progressif selon les âges : 12 mois, je montre ; à deux ans, j’offre des choix (« tu préfères commencer par ramasser les livres ou les voitures ? ») ; à trois ans : je propose mon aide et à quatre ans : une consigne à la fois et en l’encourageant au fur et à mesure.

5. 3 ans et demi à cinq ans : essor de l’imaginaire et premières difficultés de socialisation

À trois ans, l’enfant découvre les images mentales et à ses yeux, ce qui est dans sa tête est « pour de vrai ». La grande majorité des enfants de trois ans et demi - quatre ans mentent, car fascinés par le pouvoir des mots, ou par peur de notre jugement. Même logique en œuvre face à l’enfant qui fait des dégâts et qui dit « C’est pas moi ».

Il ne distingue pas encore comportements accidentel et intentionnel. On peut l’aider à distinguer les différentes parties de lui-même : « C’est ta main qui coupe le papier, ce serait une bonne idée de la surveiller pour qu’elle découpe seulement le papier. »

À l’inverse, elle ne sait pas tenir sa langue : « La dame est vieille », « Le monsieur est gros »… Elle n’est pas encore capable de penser dans sa tête : ne pas la gronder, mais sourire à la personne et répondre à votre enfant.

Ses émotions prennent la forme d’images : les monstres incarnent la violence dont il a peur, dont il a été l’auteur ou la victime et qu’il projette en-dehors de lui. Pour l’apaiser, on peut lui proposer, le soir, de parler de ce qu’il a vécu de difficile dans la journée, de la dessiner ou de confier ses soucis à une poupée à soucis.

Entre 4 ans et 5 ans, c’est l’ère de la conscience de soi, parfois accompagnée de difficultés de socialisation. À quatre ans, l’enfant devient capable de se représenter ce que les autres peuvent voir et penser : une nouvelle compétence qui le rend hautement sensible au regard d’autrui et donc timide. Il est pudique : nu, il se sent un objet. Elle dit avoir mal au ventre, ne veut pas aller à l’école. Quatre options s’ouvrent au parent : le déni, la surprotection, l’autorité et la responsabilisation, ou la possibilité, si l’enfant le souhaite, d’utiliser son joker, ce joker étant le droit de ne pas aller à l’école une journée ou une matinée, en nombre variable en fonction de l’âge de l’enfant. Puis discuter avec lui pour explorer les causes de l’angoisse.

6. Les disputes : mieux les comprendre, des astuces pour les déjouer

Les disputes entre enfants, fréquentes dans ces âges, peuvent avoir plusieurs causes : jalousies, colère, dispute d’un territoire, mais aussi simples décharges motrices.

À partir de trois ans, chaque conflit est une bonne occasion d’enseigner quelques habiletés relationnelles : écouter l’autre, faire preuve d’empathie, s’excuser et réparer.

Exemple : face à deux petites filles qui se disputent, Isabelle Filliozat propose plusieurs options.

Option 1: dire « stop » et décrire ce que l’on voit : « Je vois deux petites filles qui veulent chacune la même poupée ». Option 2 : leur confier la recherche de solutions. Option 3 : offrir des choix. Option 4 : mener une médiation, en demandant à chaque enfant de reformuler ses griefs, ce qui l’aidera à comprendre le vécu de l’autre.

Ce faisant, il faut prendre en compte qu’attendre son tour constitue un effort énorme pour un moins de quatre ans, car leur cerveau frontal n’est pas encore assez développé pour lui permettre d’anticiper un futur proche. Astuce suggérée par l’auteure : utiliser un minuteur à œuf ou la diffusion d’une chanson pour délimiter le temps imparti à chacun, lui demander ce qu’il peut faire pendant qu’il attend…

En réalité, quand les enfants de moins de cinq ans se disputent un objet, c’est le geste (imiter l’autre dans son action, surtout si c’est l’aîné), plus que l’objet en lui-même, qui les intéresse. Une situation due à leurs systèmes cérébraux d’imitation, particulièrement actifs à cet âge : ce sont les fameux « neurones miroirs », grâce auxquels ils apprennent. Pour apaiser les conflits de territoire entre frères et sœurs, Isabelle Filliozat suggère de délimiter les espaces par des meubles, un trait au sol, des tapis…

7. Poser des limites, sans punitions ni châtiments corporels

« Si les punitions éduquaient, il y a belle lurette que l’espère humaine ne commettrait plus de crimes », estime Isabelle Filiozat (p. 164). Face aux résistances d’un enfant, fessées et punitions ne constituent jamais de bonnes solutions.

D’abord, les punitions n’ont qu’une efficacité de court terme, en soulageant le punisseur. Elles s’adressent aux symptômes, non aux causes des problèmes, avec un risque de récidive, voire d’escalade. De plus, elles évitent à l’enfant de faire face aux conséquences de ses actes et ne lui apprennent rien lorsqu’il n’y a pas de lien entre le comportement incriminé et la punition. En détournant l’attention de l’enfant vers des sentiments négatifs à l’égard du parent, elles empêchent l’émergence (salutaire et fondatrice) du sentiment de culpabilité.

Par ailleurs, les émotions provoquées par la punition stimulent le circuit de stress et empêchent l’enfant de réfléchir à ce qu’il a fait, tandis que la peur et la honte inhibent les fonctions cérébrales supérieures. Enfin, elles signent la perte progressive de l’autorité parentale.

Les coups, gifles et fessées, en particulier, sont inefficaces, pire nocifs. Ils enseignent que frapper est une manière de résoudre les problèmes et figent le développement émotionnel naturel. Même effet néfaste pour les cris, et les dévalorisations de toutes sortes. Les critiques, en particulier, déclenchent une réaction de stress dans l’organisme de l’enfant.

Isabelle Filliozat expose une série de solutions alternatives. Pour donner à l’enfant le sens des limites, on peut, bien sûr, refuser d’obtempérer à sa demande, mais en accueillant l’émotion. Il est recommandé de mettre des mots sur son ressenti. Par ailleurs, les permissions focalisent l’attention de l’enfant sur le comportement désiré, les interdictions sur le comportement à problème : mieux vaut donc donner des consignes qu’interdire.

8. Conclusion

Ce petit livre, très synthétique et facile d’accès, est une mine pour éclairer les parents sur comment réfléchit un bambin de 1 à 5 ans. J’ai tout essayé ! est très utile pour sortir du cercle vicieux « colère égale caprice, égale punition ou cris », et (ré)apprendre à communiquer avec son enfant, dans le respect de chacun.

C’est pourquoi tous les parents devraient le lire, qu'ils rencontrent ou non des difficultés avec leur enfant. Ils auront sous la main un précieux mode d’emploi pour apprendre à gérer les « crises », de façon plus positive, efficace et empathique. Et construire avec leur enfant une relation basée sur l’amour et le respect mutuels.

9. Zone critique

Ce livre est l’une des références en matière de parentalité positive et bienveillante. Les conseils sont de bon sens et simples à appliquer, les illustrations pertinentes et explicites.

Toutefois, il peut vite paraître un peu « léger » pour les lecteurs déjà initiés et désireux d’approfondir les principaux concepts de la parentalité positive, notamment l’écoute active et la communication bienveillante. Pour ce faire, ils gagneront à compulser les ouvrages d’Adèle Faber et Elaine Mazlich, ainsi que de Thomas Gordon.

Et pour les parents désireux de poursuivre sur les meilleures bases dans la communication avec leur enfant, il existe deux suites, du même auteur, dédiées aux plus grands, puis aux adolescents.

10. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– J’ai tout essayé. Opposition, pleurs et crises de rage : comment traverser la période de 1 à 5 ans, Paris, Marabout, 2013.

De la même auteure

– Au cœur des émotions de l’enfant, Paris, Marabout, 2013.– Il me cherche ! Comprendre ce qui se passe dans son cerveau entre 6 et 11 ans, Paris, Marabout, 1999.– On ne se comprend plus : Traverser sans dommage la période des portes qui claquent entre douze et dix-sept ans, J.C. Lattès, Coll. « Psy-Santé », 2017.

Autres pistes

– Adele Faber, Elaine Mazlich, Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, éditions du Phare, 2012.– Thomas Gordon, Éduquer sans punir : apprendre l’autodiscipline aux enfants, Marabout, 2013.

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