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La Guerre d’Indochine

de Ivan Cadeau

récension rédigée parRaluca LestradeDocteure en science politique. ATER en Science Politique à l’IEP de Toulouse.

Synopsis

Histoire

Des origines de la « belle colonie » à la défaite de Diên Biên Phu, Ivan Cadeau retrace ici le long chemin de l’indépendance du Vietnam, à travers le conflit entre le Corps expéditionnaire français d’Extrême Orient (CEFEO) et une organisation politique à la montée fulminante, le Viêt-Minh. En faisant la part belle aux témoignages et en dépouillant des archives nouvellement ouvertes, Cadeau dépeint une Indochine où la jeunesse combattante nationaliste affronte une génération vieillissante, qui, francophone ou francophile, croit encore à la possibilité d’une prééminence française. Le livre est aussi l’évocation d’une zone de guerre à la végétation luxuriante, un environnement physique particulièrement contraignant pour l’armée française.

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1. Introduction

Saigon, 10 avril 1956. Les rues s’animent du spectacle des troupes françaises, qui, après neuf années de guerre se retirent de ce que fut, pendant près d’un siècle, l’Indochine française. Cela sert de point de départ à l’auteur pour remonter le fil d’une « histoire militaire » qui débute en 1940.

Quelles sont raisons qui ont conduit la France à perdre la longue guerre indochinoise, si coûteuse humainement et matériellement ? Après avoir connu l’occupation française, puis la domination japonaise, l’Indochine deviendra le théâtre d’opérations de lourds combats marqués par la faiblesse politique d’une IVe République où les gouvernements se sont succédé.

2. La « belle colonie » convoitée

De l’époque des missionnaires chrétiens qui répandaient l’idée de grandeur française, à la domination japonaise, l’Indochine, comprenant une partie du Vietnam – la Cochinchine, l'Annam et le Tonkin – ainsi que le Laos et le Cambodge, a toujours fait l’objet de convoitise.

Au XVIIIe siècle, le futur empereur Napoléon III, Louis Napoléon Bonaparte, convaincu de l’importance du rayonnement de la flotte française sur la totalité des mers du globe et animé par une certaine idée coloniale existant déjà en métropole, s’empare de cette partie de l’Asie. L’Union indochinoise est fondée en 1887. Cinq territoires seront plus ou moins dirigés par la France, mais la Cochinchine sera la seule colonie. La France y mène une politique de pacification et œuvre au développement économique de ces territoires. Une infrastructure routière et ferroviaire est créée. Mais cette situation profite seulement aux Occidentaux et aux quelques élites locales. Dans cette société, traditionnellement très hiérarchisée, l’esclavagisme moderne est omniprésent dans les mines et les plantations. Malgré quelques initiatives humanitaires, les fondements du système colonial sont profondément inégalitaires.

Français et autochtones cohabitent sans vraiment se connaître. Certaines formes locales de nationalisme se manifestent alors sous la forme de soulèvements locaux, violemment réprimés. La jeunesse vietnamienne se rebelle, séduite par des idées marxistes et le communisme qui apparaissent comme une alternative au système colonial.

3. La domination japonaise

L’Indochine n’intéresse pas seulement la France. Le Japon, connaissant une époque faste de développement militaire, nourrit des rêves expansionnistes vers le Nord et le Sud. Il se façonne sa propre idéologie coloniale, ambitionnant de dicter le nouvel ordre en Extrême Orient. En conséquence, les activités nationalistes vont connaître une recrudescence. Quand le Japon envoie un ultimatum au gouverneur général en Indochine, la colonie s’avère indéfendable par les Français : son armée est faible – 90 000 hommes – tandis que l’armement et l’équipement sont anciens et insuffisants. L’armée impériale entame sa marche vers le sud et les autorités françaises doivent céder aux revendications japonaises. De surcroît, la Thaïlande – l’ancien Siam – menant une politique nationaliste, souhaite, elle aussi, récupérer des territoires du Laos et du Cambodge. La paix signée en 1941 va amputer l’Indochine française de 70 000 km². Le Japon, techniquement et militairement supérieur, neutralise cruellement le commandement français, lors de l’opération « Clair de lune » du 9 mars 1945. On proclame la loi martiale. L’administration coloniale voit sa fin arriver et la France se retrouve humiliée : les symboles de la colonisation et du protectorat français sont bannis, bien que l’on préserve les structures administratives. La tutelle japonaise revêt alors le caractère d’une dictature militaire. La main d’œuvre et les ressources sont réquisitionnées. Commence alors, orchestrée par les Japonais, la revendication d’indépendance des peuples de l’Union indochinoise asservis par les Occidentaux. Le Japon choisit l’empereur d’Annam, Bao Dai, pour diriger le Vietnam « indépendant », proclamé le 11 mars 1945, mais, en réalité, on cherche à limiter son autorité auprès des Vietnamiens. Le 15 août, à la suite du bombardement américain des villes de Hiroshima et Nagasaki, le Japon, mis à genoux, capitule. La Deuxième Guerre mondiale est finie.

4. La montée en puissance du Viêt-Minh

Le général de Gaulle souhaite que la France retrouve son rang en Asie. Tandis que les Français se préparent, le Viêt-Minh profite de ce vide momentané. Le Viêt-Minh est un mouvement de libération créé le 19 mai 1941 par Hô Chi Minh, son leader communiste. Revenu au Vietnam après trente ans d’absence et issu d’une famille mandarinale, Hô Chi Minh s’est intéressé aux thèses marxistes en France. Un autre homme fort de l’équipe sera le général Giap. Au début, le Viêt-Minh coexiste avec d’autres factions nationalistes. Mais, grâce à son leader charismatique qui obtient le soutien des Américains opposés au colonialisme, il parvient à contrôler l’essentiel du territoire du Tonkin. Après la capitulation du Japon, il fait étalage de sa force, coiffant les mouvements nationalistes concurrents et entamant une guerre contre les Européens. Le 2 septembre 1945, Hô Chi Minh proclame la République et l’indépendance de son pays. Pendant ce temps, si la France songe à reprendre ses possessions au plus vite, elle n’y est préparée ni politiquement ni militairement. La position de De Gaulle reste vague : bien qu’une évolution vers l’autonomie soit envisagée, il prône la libération des pays de l’Union, mais dans le cadre de la France et de son empire. Après la capitulation japonaise, le haut-commissaire d’Argenlieu remplace l’ancien gouverneur. Les Français et les Britanniques parviennent le 26 septembre à réoccuper Saigon. Le Corps expéditionnaire, difficilement réuni après la fin de la Guerre, en raison d’une pénurie d’effectifs, débarque en Indochine, sous les ordres du général Leclerc. Le général Salan prend, lui, le commandement des troupes au Tonkin.

À la pénurie des troupes s’ajoute une pénurie budgétaire. Leclerc souhaite étendre au plus vite l’influence française et bouscule les rebelles qui, en réaction, détruisent des ponts et des routes. Le climat humide et la végétation luxuriante sont très contraignants pour les Français – le travail des sapeurs est ici indispensable –, mais favorisent les embuscades du Viêt-Minh. Si la Cochinchine finit par être récupérée par les Français, le Tonkin, lui, bien que sous contrôle Viêt-Minh, est occupé et racketté par les Chinois, chargés du désarmement japonais lors de la conférence de Postdam de 1945.

Après négociations, l’on parvient à faire accepter un maintien de la France au Tonkin. Les unités françaises se réimplantent alors dans les villes, malgré quelques incidents, mais, sur le fond les deux parties restent irréconciliables. Hô Chi Minh souhaite entamer des négociations à Paris alors que d’Argenlieu organise une conférence à Dalat. Et quand une rencontre longuement repoussée finit par avoir lieu à Fontainebleau, les délégations ne s’entendent pas : le Viêt-Minh souhaite l’indépendance, mais la France ne la conçoit que dans le cadre de l’Union. Malgré un compromis trouvé en septembre 1946, le conflit changera rapidement de nature.

5. La guerre et ses mutations

Un conflit va éclater durant lequel les deux corps armés ennemis vont s’adapter et se transformer. La trêve ne dure pas longtemps. Les unités françaises arrivées en Indochine sont souvent victimes de fusillades et ne peuvent circuler librement. Le 19 décembre 1946 les troupes Viêt-Minh font sauter une usine électrique à Hanoï. C’est le début d’une guerre qui va durer neuf ans. Le CEFEO aligne 100 000 hommes tandis que la future armée populaire vietnamienne (APV) en compte environ 60 000, médiocrement armés. On tente en vain des négociations avec le pouvoir impérial et on échoue à capturer Hô Chi Minh. Les conditions physiques, météorologiques et le style de combat du Viêt-Minh qui, à la place d’une guerre « de front », pratique une « guerre de surface », déconcertent et éprouvent physiquement et moralement le Corps expéditionnaire. On tente alors une politique de pacification, espérant un éventuel rapprochement avec la population. Mais, à une mauvaise coordination entre objectifs militaires et buts politiques, s’ajoute une méconnaissance culturelle du pays. Le tissu social vietnamien, traditionnellement très hiérarchisé, absorbe la « mystique » du Viêt-Minh dont l’armée est en passe de devenir une véritable école de formation pour la jeunesse. La tentative française de rapprochement ne peut qu’échouer. À cela s’ajoute un désintérêt de l’opinion publique métropolitaine pour ce conflit lointain. Il faut qu’un convoi de ravitaillement français soit anéanti à Dalat pour faire comprendre à Paris non seulement la faiblesse de ses troupes, mais aussi la montée en puissance du Viêt-Minh, capable désormais d’organiser des embuscades « parfaites ». On réclame des renforts – des unités de parachutistes – et une adaptation du matériel militaire à l’élément aquatique, très présent en Indochine s’avère nécessaire. Durant les deux années qui suivent, les rebelles se structurent en une véritable armée : l’APV. Les compagnies deviennent des bataillons et les bataillons, regroupés, forment des régiments. Leurs forces restent encore inégales et leur artillerie encore inexistante tandis que les Français connaissent une impasse militaire et politique. Le 8 mars 1949, le Parlement français accepte enfin l’indépendance du Vietnam. La Cochinchine sera rattachée à l’État associé du Vietnam. La majeure partie du delta du Tonkin échappe aux Français qui n’ont plus aucune zone de sécurité et de manœuvre. En métropole, le général Revers se voit confier la charge d’une inspection militaire en Indochine. Celui-ci va dresser la liste des insuffisances, mais, proposant comme solution l’arrivée d’un chef militaire autoritaire, il essaie en réalité de « placer » son ami, le général Mast, au poste de haut-commissaire. Cette « affaire des généraux » ternit l’image de la IVe République, déjà affaiblie par les querelles entre la droite et la gauche en métropole et par les changements de gouvernement. De surcroît, la guerre d’Indochine s’internationalise.

6. La Chine communiste entre en jeu

Le conflit indochinois devient un enjeu de la guerre froide. Une collusion sino-viêt-minh est désormais à craindre. En effet, Mao Zedong proclame la naissance de la République Populaire de Chine le 1er octobre 1949. Les communistes chinois sont désormais aux frontières de l’Indochine. Des milliers de réfugiés nationalistes chinois cherchent à fuir vers le Sud.

Le Viêt-Minh décide de supprimer toute présence et influence françaises dans les régions frontalières, s’emparant de postes et attaquant les garnisons. L’étau du Viêt-Minh se resserre sur un CEFEO dont la situation est extrêmement précaire. On dépêche sur place le groupement mobile nord-africain chargé de « nettoyer » le delta du Tonkin. Les attaques sur les postes français se font de plus en plus fréquentes. L’adversaire, insaisissable, dispose désormais d’une bonne artillerie et a considérablement amélioré sa coordination.

Mao, désireux d’asseoir son pouvoir, apporte un soutien considérable à cette armée : des troupes, des automobiles, du matériel, de la nourriture, des conseils tactiques. Les effectifs doublent – les soldats sont désormais des bo doï (des soldats réguliers) – et la puissance de feu augmente. Ils fixent le cap sur la garnison de Cao Bang dont ils vont s’emparer, en laissant les troupes françaises éprouvées.

7. La guerre selon de Lattre

En France, une fois le choc passé, les avis sont divisés : tandis que la gauche et notamment Pierre Mendès-France, souhaite la poursuite des négociations, la droite entend doter l’armée d’un « vrai chef ». S’impose alors la figure du général de Lattre de Tassigny qui réunira entre ses mains pouvoir civil et militaire, s’entourant d’une garde rapprochée et jouissant d’une grande liberté d’action. En 1950 il démarre une nouvelle campagne et lève les restrictions quant à l’utilisation du napalm. Cette arme efficace parviendra à renverser la situation : les troupes Viêt-Minh, perdant beaucoup d’effectifs, sont vite très éprouvées.

À Vin Yen, de Lattre emporte une brillante victoire et, en bon communicant, entretient un lien régulier avec la presse et réorganise ses services d’information pour la mettre en valeur. L’autre mission de De Lattre est de mettre sur pied les armées nationales des États associés. Ainsi le Vietnam, en parallèle de l’APV, sera doté d’une armée nationale, toutefois médiocre, car le meilleur de la jeunesse est pris par le Viêt-Minh. On engage de coûteux travaux de fortification au long du delta du Tonkin, avérés inutiles, car les Viêt-Minh parviennent toujours à passer. Lors d’un voyage aux États-Unis en septembre 1951, de Lattre brandit la menace communiste et demande de l’aide. Très attendues, ces aides seront accompagnées aussi d’une certaine ingérence américaine qui va causer des frictions. Pendant ce temps, le Viêt-Minh s’oriente vers le pays thaï, attaquant Nhia Lo, pivot de la défense française dans la région. La victoire française est difficilement obtenue. L’opération Lotus qui parvient à réoccuper Hoa Binh, devient un nouvel enjeu de communication pour de Lattre. À la tête de l’APV, le général Giap, relève le défi, malgré des pertes très importantes. La végétation de la brousse, regagnant vite les routes détruites, complique la tâche des combattants L’« année de Lattre » pèse lourdement sur le budget national – 3 % du PIB – et quand il meurt, en 1952, malgré ses missions accomplies, aucun succès définitif n’a toutefois été obtenu.

8. La fin de la guerre en pays thaï

Plus le Viêt-Minh se rend capable d’entreprendre une opération d’envergure plus la nouvelle armée vietnamienne montre une faible combativité.

Au Sud, on tente de mener des opérations de nettoyage et de reprise en mains de la population. L’APV, profitant du dense manteau forestier, se retire en pays thaï avec comme objectifs, le Nord Laos et le Mékong. La campagne dans cette région reflète les désaccords existants entre le général Salan et le général Delteil. Une fédération thaïe regroupe des populations qui s’opposent aux Viêt-Minh. Le centre de résistance de Nghia Lo est emporté par les Viêt-Minh le 18 octobre 1952. On ordonne le repli, une marche harassante, ponctuée de violents combats.

Lors du regroupement de l’armée française dans la rizière de Na San, l’on découvre un important stock de matériel, d’armement et des munitions viêt-minh. Salan décide de transformer Na San en base de ravitaillement de la zone, appuyée par voie aérienne. Son opération porte ses fruits et l’offensive viet-minh vers le Laos est stoppée. Cependant Na San n’est rien d’autre qu’un camp retranché.

En métropole, on décide d’en finir avec cette guerre devenue un gouffre financier. Le contexte international semble favorable à cela : profitant de la disparition de Staline en 1953, les Anglais visent une amélioration des rapports entre l’Occident et le bloc communiste. Le général Navarre, désormais à la tête du CEFEO, souhaite une « porte de sortie honorable » du conflit. La métropole laisse à son appréciation la politique à mener. Mais l’APV s’est entre-temps considérablement renforcée en effectifs et en équipements ainsi qu’en qualité du combat.

En face, l’armée compte plus de combattants, mais à valeur inégale. Lorsqu’on informe le général Navarre de l’intérêt de disposer d’une base aéroterrestre dans le Nord-Ouest, à Diên Biên Phu, la seule plaine importante de la région, celui-ci ordonne l’opération Castor qui vise sa reconquête et qui débute le 20 novembre 1953. Mais le général Giap est déterminé à remporter la victoire afin de s’offrir une place à la table des négociations, ouverte avec la conférence de Genève. Le combat de Diên Biên Phu est apocalyptique, les centres de résistance français tombent l’un après l’autre, le sort de la garnison est vite scellé. Beaucoup de combattants y laissent la vie. Le CEFEO compte 1142 mots et 10 000 hommes sont capturés.

Diên Biên Phu représente une défaite psychologique majeure. Malgré le succès de l’opération Auvergne qui évacue la zone Sud du delta, la défaite française en Indochine ne fait plus de doute.

9. Conclusion

Le système politique français de la IVe République a vu se succéder dix-neuf gouvernements. Les dirigeants ont parfois perdu de vue les buts de la guerre d’Indochine, devenue un gouffre financier pour la France.

Le Viêt-Minh, alimenté en effectifs par la jeunesse vietnamienne, a mené une guerre révolutionnaire vouée à rejeter l’élément français, symbole du passé et d’une époque coloniale révolue. Au crépuscule de cet empire, après neuf années de guerre harassante en terre hostile, l’armée française quitte l’Indochine dans l’indifférence la plus totale de la métropole.

10. Zone critique

Ivan Cadeau livre un récit ample, qui alterne technique militaire et explications politiques.

Son ouvrage est amplement documenté et, si certains passages déconcertent le lecteur néophyte par leur technicité, l’auteur se donne pour objectif de réactualiser, grâce aux archives récemment consultées, la vérité historique de certains combats et d’appuyer aussi le rôle du génie français, s’inscrivant ainsi dans une démarche de déconstruction des récits dominants faisant la part belle aux parachutistes ou aux légionnaires.

11. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– La Guerre d’Indochine. De l’Indochine française aux adieux à Saigon 1940-1956. Paris, Éditions Tallandier, 2015.

Autres pistes– Lucien Bodart, La guerre d’Indochine, Paris, Grasset, 1997.– Jacques Dalloz, La guerre d’Indochine 1945-1954, Paris, Seuil, 1987.

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