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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Rework, réussir autrement

de Jason Fried et David Heinemeier Hansson

récension rédigée parNicole MassonNormalienne, agrégée et docteure en Lettres Modernes.

Synopsis

Économie et entrepreneuriat

Véritable bestseller, ce livre offre une vision claire et synthétique de l’entrepreneuriat, rompant avec les clichés qui entourent certaines start-up. À travers des chapitres ciselés, les auteurs nous livrent leurs conseils et autres astuces de l'entrepreneur déjà bien établi, en cours d'installation ou qui rêve de se lancer. Impossible de ne pas en sortir enthousiaste !

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1. Introduction

Le titre de cet ouvrage est resté le même dans son édition originale et dans sa traduction : Rework. Mais la punchline en anglais est plus précise et explicite que le sous-titre français : « Change the way you work forever » (Changez votre façon de travailler pour toujours).

Il s'agit bien de travailler autrement, plutôt que de « réussir autrement », comme le propose l’édition française. Le livre se présente sous la forme d’une série de conseils, voire de règles à suivre. Il s'agit de repenser la manière d'appréhender le travail, de modifier les processus, de bouleverser les attitudes, quitte à proposer des méthodes allant à l'encontre de tout ce qui se dit en général sur la conduite d'un projet.

Le verbe rework signifie en anglais remettre sur le métier, retravailler, au sens où on retravaille son texte, où on reprend une première version pour l’améliorer.

2. À contre-courant

Les auteurs adoptent donc une posture assez iconoclaste, battant en brèche beaucoup de préceptes qui peuvent être délivrés par d’autres manuels de management, mais aussi ils s’insurgent contre les lieux communs qui circulent.

Les articles du blog ont été rassemblés selon les thématiques habituellement traitées. Cependant, très rapidement à la lecture, on oublie si on est dans la section sur « La productivité » ou celle sur « L’embauche », dans la mesure où les articles n’ont pas été conçus comme un discours linéaire, construit, articulé. Il s’agit davantage de courts zooms portant sur des questions qu’un entrepreneur est forcément amené à se poser. On trouvera donc un article s’interrogeant : « Pourquoi grossir ? » (p. 28 - chapitre Le déboulonnage) , puis un autre intitulé « Évitez de vous alourdir » (p. 59 - chapitre Le démarrage), un autre « Réduisez vos ambitions » (p. 65 - chapitre La progression), puis « Prenez de petites décisions » (p. 113 - chapitre La productivité) et encore « Faites-en moins que vos concurrents » (p. 123 - chapitre La concurrence).

Bref, quelques principes à contre-courant sont ainsi déclinés en autant de cas pratiques faciles à expliciter dans différentes circonstances. Les titres des sujets se présentent la plupart du temps comme un ordre à l’impératif et parfois comme une fausse question à laquelle on devine déjà la réponse.

3. Le fruit de l’expérience

Le livre se présente comme la restitution d’une expérience personnelle de deux entrepreneurs qui ont rencontré le succès.

À plusieurs reprises, ils alertent sur les préconisations que peuvent délivrer des experts ou des universitaires qui ne s’appuieraient pas comme eux sur une réussite effective. C’est ainsi qu’ils vont souvent puiser des exemples dans la création et le développement de leur société 37signals et des logiciels qu’ils ont développés. Ils ont cependant à cœur d’envisager d’autres secteurs que celui de l’informatique et des sociétés de service en se référant à des produits bien matériels comme des chaussures (p. 118) ou l’élevage de bovins (p.119).

Mais ces références sont plus rares et dans Rework il est principalement question de la nécessité ou non d’ajouter des fonctionnalités à un produit informatique par exemple ou de l’exemple des débuts d’Apple. C’est surtout visible dans le chapitre consacré au démarrage de l’entreprise où les auteurs préconisent de commencer chez soi et sans bureau, ce qui se comprend pour créer des services dématérialisés, mais qui est plus délicat si on se lance dans l’industrie ou l’agroalimentaire...

4. « Moins, c’est mieux »

Un tel slogan résume l’état d’esprit général des auteurs, leur effort pour donner le maximum d’intensité à de courtes plage de travail. Ils racontent également qu’ils ont coupé une bonne partie de leur texte avant de le publier, et ainsi se donnent-ils en exemple de ce précepte minimaliste.

Qu’il s’agisse de passer de l’idée à l’action, de commencer son activité ou d’envisager une progression, ils recommandent toujours de voir petit plutôt que grand. Et même lorsqu’on aborde la possible envie de s’entourer de collaborateurs, l’idéal semble être de tout faire seul, de recruter peu, de ne pas chercher à attirer des pointures dans le domaine. L’employé modèle – si on est obligé d’y recourir – est le salarié complètement autonome, passant peu de temps en réunion ou même en discussion avec l’équipe. Sans doute le fonctionnement même de leur société 37signals, avec des collaborateurs délocalisés, travaillant dans des pays différents avec des forts décalages horaires, a-t-il foncièrement influencé le modèle proposé par les auteurs du livre.

Les auteurs encouragent celui qui a une idée de produit ou de service à proposer au public à rapidement passer à l’acte, à se concentrer sur le cœur de ce qu’il a identifié comme un besoin auquel il veut répondre en créant sa société. Ils recommandent d’ailleurs au futur entrepreneur de partir – une fois de plus – de sa propre expérience : s’il ne trouve pas dans le commerce de quoi satisfaire l’un de ses besoins, il peut être certain que d’autres sont dans le même cas, et en créant l’outil qui correspond à cette demande et, en se prenant lui-même comme cobaye, il pourra ainsi se passer de coûteuses études d’opinion ou de tests du produit.

Le livre recommande aussi de ne pas s’éparpiller, de ne pas vouloir grossir trop vite, ni en termes d’offre de produits (catalogue trop varié, propositions trop complexes) ni en termes de taille de la société (salariés, bureaux). C’est ainsi que l’entrepreneur est poussé à réaliser le plus possible de tâches par lui-même, en particulier dans le domaine de la publicité ou du marketing. C’est aussi ce qui lui permet de garder la main (et accessoirement d’économiser de l’argent).

5. Quel type de réussite ?

Le modèle de développement que proposent les auteurs correspond à un type de réussite assez particulier qui bat en brèche les idées reçues et les clichés concernant l’entreprise. Oubliez les réunions, les équipes motivées par de gros investissements pour créer une « culture d’entreprise », les campagnes de pub coûteuses, y compris celles qui luttent ouvertement contre la concurrence.

Le livre prend le contre-pied par exemple de l’idée qu’on apprend de ses erreurs : on apprend surtout de ses réussites, l échec n’est pas en soi une valeur. L’entrepreneur doit aussi abandonner les business plans sur cinq ans, les projections à long terme sur lesquelles il est difficile de revenir. C’est l’agilité d’une petite structure qui est largement préférée. Plus la peine de travailler 60h par semaine ! Il vaut mieux se concentrer sur des plages de travail courtes, mais intenses sans être dérangé et quitter le bureau à 17h.

Pour les auteurs, prospérer et construire son succès, ce n’est pas réfléchir dès la création de sa société à sa valorisation possible en la revendant plus tard à un gros opérateur du secteur. Cela se mesure davantage par des objectifs de satisfaction et de fidélisation de clients, à l’obtention d’une forte audience dans son domaine.

Au fond, le livre est ici pour montrer comment procéder : en donnant régulièrement des avis assez percutants sur un blog, puis en les rassemblant dans un opuscule, les fondateurs de 37signals ont donné à leur société et à leurs applications informatiques une formidable audience qui va au-delà de la simple clientèle. Le livre, produit dérivé d’une pratique d’entrepreneur, devient lui-même une source de profit et un vecteur pour faire grossir la notoriété de la société.

6. Puiser partout son inspiration

Les auteurs conçoivent leur livre de manière très pratique. Comme pour un blog qu’on suit et qu’on trouve inspirant, on pourrait en lire chaque jour une page et chercher comment l’appliquer. Puis passer le lendemain à un autre sujet. C’est sans doute ce qui explique le choix de slogans simples à retenir et d’illustrations très frappantes qui viennent aérer la mise en page et qu’on imagine photocopiées et affichées au-dessus du bureau.

On peut noter par exemple « Mieux vaut une moitié géniale qu’un tout banal », « Décider, c’est avancer », « Ne confondez pas enthousiasme et priorité » ou encore « Ceux qui délèguent sont des poids morts », avec des petits dessins frappants qui en font presque des posters.

Les auteurs ont su puiser leur inspiration dans toutes sortes de secteurs. On peut prendre deux exemples. Ils évoquent la manière dont procède Gordon Ramsay, le chef britannique dont l’émission a servi de modèle pour la France à Cauchemar en cuisine, pour redresser l’activité de restaurants en perdition : se concentrer sur une carte réduite de quelques plats. Par analogie, les auteurs suggèrent de se concentrer sur ce qu’on sait le mieux faire et de garder une certaine simplicité dans son catalogue de produits.

Autre exemple qui se veut provocateur : il faut savoir s’inspirer des dealers ! Ils n’hésitent pas à offrir des échantillons pour attirer la clientèle ou l’amener vers d’autres produits que leurs clients ne connaissent pas encore. À travers cet exemple, on voit comment les auteurs cherchent à se démarquer et même à choquer (ils ne prennent pas l’exemple des marques de cosmétiques qui ont une pratique « commerciale » similaire).

Ainsi au fil des pages peuvent surgir les exemples de Shakespeare, d’un jeu télé et d’un transporteur aérien ou bien des studios Walt Disney, ou encore de l’aéroport d’Anchorage et d’un ébéniste de luxe, ou enfin des catastrophes écologiques pétrolières. Ces exemples sont assez succincts, mais, par analogie, ils éclairent les situations mises en exergue.

La leçon à en tirer c’est de rester réceptif pour savoir profiter de toutes les expériences, les siennes propres évidemment, celles de ses concurrents directs, mais aussi de celles des autres secteurs auxquelles on ne penserait pas spontanément.

7. Conclusion

Cet ouvrage est un compagnon pour encourager et aiguillonner. Il donne envie de se lancer avec audace et prodigue beaucoup de conseils de bon sens qu’on aurait peut-être pu trouver tout seul, mais qui sont ici rassemblés de manière très pratique et stimulante. On trouve très peu de données chiffrées qui viendraient étayer le propos, les exemples sont plutôt traités comme des anecdotes éclairantes, sans qu’ils soient contextualisés ou détaillés comme un processus complexe. L’essentiel n’est pas là, il est dans l’énergie d’entreprendre.

8. Zone critique

Rework a été globalement très bien accueilli par les critiques et le public. Il fait partie des New York Times Best-sellers, la liste de référence des ventes de livres aux USA établie par le célèbre quotidien. Souvent loué pour sa clarté et la simplicité de son propos, le livre est conçu comme une suite de slogans et se lit très rapidement. Il n’apparaît pas comme un livre profond, incitant à une réflexion complexe, mais plutôt comme une lecture stimulante et percutante qui permet de réagir à quelques questions simples.

Des spécialistes contestent évidemment la pertinence de certaines idées et reprochent une approche beaucoup trop radicale, voire conflictuelle du monde de l’entreprise. C'est le cas de John Vincent dans un article très sévère de Management Today, jugeant l’ouvrage non seulement « mauvais » mais aussi « dangereux », mettant en cause même l’expérience des auteurs qui ont fait entrer au capital de leur entreprise le fondateur d’Amazon, alors qu’ils sont absolument hostiles à ce type de montage dans leur livre.

9. Pour aller plus loin

Des mêmes auteurs (en anglais)

– Remote: Office Not Required, (2013) Crown Publishing Group.– It Doesn't Have to Be Crazy at Work, (2018) HarperBusiness.

Autres pistes

– Timothy Ferriss, La semaine de 4 heures : Travaillez moins, gagnez plus et vivez mieux ! Pearson Education, 2010.– Sébastien Night, Le Secret des Entrepreneurs Libres, Éditions ToutChange, 2016.

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