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Covid : Anatomie d’une crise sanitaire

de Jean-Dominique Michel

récension rédigée parAna PouvreauSpécialiste des questions stratégiques et consultante en géopolitique. Docteur ès lettres (Université Paris IV-Sorbonne) et diplômée de Boston University en relations internationales et études stratégiques. Auditrice de l'IHEDN.

Synopsis

Société

Dans cet ouvrage, que l’auteur envisageait à l’origine d’intituler Anatomie d’un désastre, Jean-Dominique Michel pose un regard extrêmement critique sur la gestion par les dirigeants européens de la crise sanitaire provoquée par la pandémie de coronavirus à compter de mars 2020. La crise du covid-19 a révélé les limites de nos démocraties occidentales et les failles des dispositifs de protection des populations. Dans ce contexte délétère et lourd de menaces, une nouvelle approche pragmatique et intelligente s’avère plus que jamais nécessaire.

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1. Introduction

Auteur d’un article du 18 mars 2020, intitulé « Covid-19 : fin de partie », Jean-Dominique Michel a exprimé, dès le début du confinement imposé en France à l’ensemble du territoire, ses doutes, ses appréhensions et son incompréhension concernant la gestion de la pandémie. Son analyse a rencontré immédiatement un grand succès dans les médias. Sur la base de ces mêmes conclusions, l’auteur a élaboré le présent ouvrage en y développant plusieurs sujets controversés liés à la crise sanitaire.

Entretemps l’auteur a été lui-même malade du Covid-19, expérience qu’il considère particulièrement utile pour ce qu’il nomme « l’observation participante ». Cette situation lui aurait permis de vérifier un certain nombre de ses conclusions, notamment dans le domaine thérapeutique. Il impute notamment sa guérison à l’utilisation de la molécule désormais controversée qu’est l’hydroxychloroquine.

D’une manière générale, l’auteur s’étonne de l’emballement des gouvernements européens face au déclenchement de la crise en mars 2020. Il jette un regard acerbe sur le déni manifeste qui a caractérisé, dans les domaines politique et scientifique, l’attitude de certains décideurs dont il dénonce l’opacité des pratiques.

Il alerte sur les risques de dérive de la gouvernance en Occident. Il préconise la mise sur pied de nouvelles « démocraties sanitaires » plutôt que de « dictatures hygiénistes » et de systèmes de santé publique véritablement axés sur le bien-être des patients et des soignants.

2. La dénonciation de la gestion chaotique de la crise sanitaire

Au fil des pages, Jean-Dominique Michel s’indigne de la gestion, qu’il juge calamiteuse, de la crise du coronavirus par les autorités sanitaires. Estimant que le contexte actuel d’urgence sanitaire étouffe la réflexion et malmène les libertés fondamentales, il revendique « le droit de continuer à penser ».

Le confinement généralisé a constitué une mesure rétrograde face à la progression du virus dès lors qu’on a manqué cruellement des outils de base pour le combattre. L’enfermement des populations – alors que seule une faible minorité de personnes était contaminée – n’a fait que retarder le rebond de la maladie. Le confinement généralisé aurait pu laisser la place à un confinement ciblé si des masques et des tests de dépistage avaient été disponibles. Force est de constater par ailleurs, que la réduction drastique des capacités des services de soins intensifs (lits et matériels de réanimation) dans les hôpitaux au fil de la dernière décennie ont vulnérabilisé les capacités de gestion de crise.

Pour l’auteur, l’épidémie de coronavirus dans les démocraties occidentales aurait pu être jugulée dès le début. Mais la précipitation des gouvernements à agir de manière incohérente tout en s’appuyant sur les médias a rapidement aggravé la situation, provoquant une véritable tragédie. La propagation du Covid-19 aurait pu avoir des conséquences relativement banales, mais elle a pris des proportions terrifiantes en raison du caractère aberrant des décisions prises par les autorités.

La faute des pouvoirs publics est double : dans un premier temps, des erreurs de jugement manifestes ont été commises, comme en a témoigné la croyance erronée selon laquelle la France pouvait faire face à une pandémie tout en dépendant de puissances étrangères pour l’approvisionnement du pays en masques de protection. Dans un deuxième temps, les autorités ont tenté de dissimuler massivement leurs multiples et fatales erreurs plutôt que de les reconnaître et de les corriger. Elles se seraient donc enfoncées dans une sorte de mensonge d’État.

L’auteur impute notamment les raisons de ce mensonge à l’opacité voire à la corruption, qui caractérisent les rapports entre le corps médical et l’industrie pharmaceutique : « Du fait de ces compromissions et confusions, écrit-il, la médecine risque de perdre son âme. Quand on parle avec eux en privé, nombre de médecins l’admettent : ils sont conscients de ne plus pouvoir accorder leur confiance aux études financées par les pharmas, auxquels appartiennent d’ailleurs les grandes revues « scientifiques » qui en constituent en quelque sorte le service marketing » (p.129)

3. La question de l’hydroxychloroquine

Les liens coupables susmentionnés et les multiples conflits d’intérêts apparus en pleine lumière au fil du déroulement de la crise du coronavirus, ont été illustrés par un exemple frappant : celui de l’utilisation de la molécule d’hydroxychloroquine, médicament peu coûteux, administré très tôt dans l'évolution de la maladie.

Alors que l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine (un antibiotique) s’est révélée être le seul remède à avoir démontré son efficacité thérapeutique non seulement sur le virus Covid-19, mais également dans le passé sur d’autres coronavirus tels que le SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère), sa prescription par des médecins généralistes ainsi que sa vente en pharmacie, ont été interdites en France le 27 mai 2020 par le ministère de la Santé. La possibilité de prescrire ce médicament – qui existe pourtant depuis quatre-vingts ans – à l’hôpital, en le réservant aux cas les plus graves, et après accord d’un « collège de médecins », a été considérablement restreinte. Ses risques éventuels et les contre-indications étaient connus.

Après des résultats apparemment très prometteurs sur 4 000 patients du professeur Raoult atteints de Covid-19, il a cependant été testé à fortes doses sur des patients dans le cadre de nouvelles études et essais cliniques, notamment au Royaume-Uni. Cette expérimentation inédite a conduit à la publication d’une étude très controversée dans la prestigieuse revue médicale, The Lancet. Celle-ci annonçait que l’hydroxychloroquine provoquerait 30 % de morts en plus chez les malades du Covid-19. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a par conséquent demandé aux médecins d’arrêter d’utiliser ce médicament. En Belgique, en Suisse et dans d’autres pays, les traitements par hydroxychloroquine ont été largement réduits, voire arrêtés.

Cette étude de The Lancet a été depuis discréditée, jetant le doute et l’opprobre, sur l’ensemble des publications scientifiques, mais également sur les autorités sanitaires et sur le monde de la recherche accusés de favoriser l’infiltration des groupes de pression pharmaceutiques dans les instances décisionnaires de la santé publique. L’interdiction de la molécule d’hydroxychloroquine et les regrettables tentatives d’en discréditer l’utilisation, ont indubitablement contribué à renforcer la méfiance des citoyens face à la promotion d’un autre médicament controversé – le Remdesivir. Face aux perspectives de commercialisation prochaine d’un vaccin contre le Covid-19, ces crispations devraient inciter médecins et vaccinateurs à ériger au plus vite des limites éthiques et des garde-fous afin de s’assurer que dans un tel contexte d’opacité et de pratiques douteuses, les nouveaux vaccins ne seront pas dangereux pour la santé.

4. Ce qu’il aurait fallu faire

Confronté aux taux de létalité-record du Covid-19 enregistrés en France, soit le taux le plus élevé du monde avec près de 20% contre 5% aux USA et moins de 5% au Brésil, Jean-Dominique Michel déplore la pénurie de tests de dépistage, qui a fait basculer le déroulement des événements. L’auteur regrette que les autorités sanitaires ne se soient pas appuyées sur les plans de lutte en cas de pandémie élaborés au fil des années et que les meilleurs experts aux niveaux national et global n’aient pas été immédiatement mobilisés pour tenter de juguler la crise.

À cet égard, le professeur Christian Perronne, spécialiste des maladies infectieuses et auteur de l’ouvrage Y a-t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise ? Covid-19 : l’union sacrée de l’incompétence et l’arrogance, a souligné également, pour sa part, le fait que ce sont des chercheurs engagés dans des recherches de longue haleine de plusieurs mois sur le virus du VIH qui aient été sollicités pour faire face à l’urgence de la situation, et non des virologues spécialistes du sujet.

En Europe, la pénurie de masques et de matériel de protection sanitaire a indubitablement causé la mort de centaines de soignants, médecins et infirmières. Si la France avait disposé de tests, un dépistage systématique des populations aurait pu être organisé à grande échelle à l’instar de l’approche choisie par l’Allemagne. Cette opération aurait pu être suivie par l’isolement des personnes contaminées et par l’utilisation de l’hydroxychloroquine pour tenter de sauver de nombreuses vies dans les services de réanimation.

Alors que la maladie continue de progresser de par le monde avec plus de 900 000 morts (17 septembre 2020) sur une population de 7,8 milliards d’habitants, l’auteur propose de s’engager dès à présent dans une approche préventive globale visant à réduire la vulnérabilité d’une partie de plus en plus importante de la population mondiale.

La fragilité, sur le plan sanitaire, des couches sociales défavorisées est liée à quatre facteurs principaux : la mauvaise alimentation, la pollution, le stress et la sédentarité. Ces « tueurs silencieux » (p.40) sont à l'origine de diverses maladies chroniques (telles que les affections respiratoires ou cardiovasculaires, le diabète de type-2, les maladies digestives, les cancers, les maladies auto-immunes et neurodégénératives, responsables de près de 80% des décès annuels dus à la morbidité. Pour Jean-Dominique Michel, ces pathologies chroniques rendent une infection au Covid-19 potentiellement fatale aux personnes contaminées qui souffrent de ces maladies de société.

Afin de se préparer à la récurrence d’autres pandémies, les gouvernements doivent consentir à faire le choix moral de protéger la santé des populations plutôt que de la sacrifier au profit d'intérêts industriels et d’industries toxiques.

5. Comment préparer l’avenir

Dans un contexte où la béance des failles des dispositifs de soins est apparue au grand jour, les certitudes de tout un chacun ont été durablement ébranlées. L’auteur appelle de ce fait à refonder une démocratie sanitaire, qui réinstaurerait la confiance des citoyens vis-à-vis de leur système de santé et de leurs gouvernants.

Jean-Dominique Michel exhorte avant tout à la transparence. Pour ce faire, une surveillance des conflits d’intérêts existants entre le monde médical, le monde de la recherche et les groupes de pression de l’industrie pharmaceutique s’avère nécessaire. Il déplore l’emprise d’une bureaucratie stérile et sclérosée sur les leviers du processus décisionnel, et l’apparition de pratiques autoritaires testées in situ pendant les longues semaines de confinement généralisé et annonçant l’avènement d’une « dictature hygiéniste ». La lutte contre la mauvaise gouvernance et la corruption lui paraît impérative. Sans cela, la préparation de plans contre de prochaines pandémies sera inutile et vaine.

Il appelle à une conduite pragmatique des politiques de santé et nourrit l’espoir d’un nouvel humanisme. Les systèmes de santé actuels sont caractérisés selon lui par une certaine forme de maltraitance à la fois des patients et des soignants. Pour mettre fin à ces souffrances et à cette indifférence meurtrière, l’auteur s’en remet à l’intelligence humaine et rejette la toute-puissance des mathématiciens et des modélisateurs, comme l’illustre le recours abusif de certains gouvernements aux algorithmes, perçus comme la panacée dans de trop nombreux domaines (on pourrait à cet égard citer les fiascos récents observés en France et au Royaume-Uni lors de l’utilisation des algorithmes dans l’attribution des places d’université aux étudiants).

6. Conclusion

Dans son analyse sans concession, Jean-Dominique Michel se fait l’écho de centaines de millions de citoyens européens jetés dans le plus grand désarroi par l’irruption de la crise du Covid-19 dans leur existence quotidienne. Ces derniers pressentent que cet événement extraordinaire a provoqué un basculement irréversible de nos sociétés occidentales.

Face à l’incrédulité, aux suspicions latentes et au développement d’un sentiment de défiance, cet ouvrage présente l’avantage d’aborder l’un après l’autre, de manière méthodique, les sujets majeurs les plus controversés qui ont été soulevés par la crise du coronavirus. En outre, l’auteur rend accessible à tous une réflexion sur des sujets d’anthropologie sociale et culturelle, grâce à un langage simple et à des considérations de bon sens.

Alors qu’un climat d’incertitude persiste à ce jour et que le spectre d’une reprise de la pandémie continue de hanter les populations à l’échelle planétaire, cet ouvrage permet de clarifier la pensée et d’éloigner le risque de confusion et d’affolement. L’observation méticuleuse par l’auteur des réactions à la crise des différents protagonistes pose les bases d’une réflexion plus approfondie absolument essentielle dans l’approche du monde post-Covid. Cette mise en perspective – même si on ne partage pas toutes les conclusions que l’auteur en a tirées – ne peut être que salutaire sur le plan de l’analyse et de la réflexion.

7. Zone critique

En dépit d’une forte exposition médiatique pendant la crise du coronavirus, Jean-Dominique Michel a été la cible de nombreuses attaques de la part de ses détracteurs. Ses compétences dans le domaine de l’anthropologie médicale ont été remises en question. Il a été accusé de renforcer la défiance et la méfiance des milieux complotistes par la publication de ses analyses, dans le but d’accroître sa popularité.

Son assertion selon laquelle les caractéristiques de l’épidémie de Covid-19 en ce qui concerne sa contagiosité, sa dangerosité et sa létalité, seraient exactement les mêmes, en termes d’ordre de grandeur, que pour les épidémies de grippe saisonnière qui ressurgissent année après année, a fait réagir certains observateurs qui l’ont accusé de banaliser la tragédie causée par le coronavirus de par le monde. De même, ses affirmations sur l’utilisation de l’hydroxychloroquine ont suscité des réactions hostiles.

En tout état de cause, il est certain que l’imprévisibilité de la crise et la complexité des questions qu’elle a soulevées a mis à l’épreuve la capacité de résistance des décideurs politiques et des institutions à l’échelle globale. Dans un tel contexte, il a été plus aisé pour l’auteur de porter un jugement en se tenant en retrait de l’action tandis que les protagonistes de la crise sanitaire se trouvaient en prise directe avec le déroulement tragique des événements. On pourrait ainsi regretter que l’auteur ne témoigne pas plus de sollicitude vis-à-vis des multiples acteurs qui n’ont eu d’autre choix que celui de gérer la crise au jour le jour dans des conditions de plus en plus dégradées.

Enfin, Jean-Dominique Michel aurait pu approfondir la réflexion sur l’origine du virus, ce qui aurait permis de doter l’analyse d’une dimension nouvelle. Il aurait à cet égard été intéressant de connaître le point de vue de l’auteur sur la menace biologique au XXIe siècle.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Jean-Dominique Michel, Covid : Anatomie d’une crise sanitaire, Paris, HumenSciences, 2020.

Du même auteur– Avec Mark Robert Waldman, Neuro-stratégies, comment prendre soin de son cerveau pendant le confinement. Et après !, Paris, HumenSciences, 2020.– Médiums, guérisseurs, chamans - Au-delà de la science, le pouvoir de guérison, Paris, Favre, 2011.Pascal Boniface, Géopolitique du Covid-19 - Ce que nous révèle la crise du Coronavirus, Paris, Eyrolles, 2020.

Autres pistes– Jean-David Haddad, Du COVID à 2030 : s’adapter à ce qui pourrait nous attendre, Paris, Jdh-1001 réponses, 2020.– Richard Horton, The COVID-19 Catastrophe - What's Gone Wrong and How to Stop It Happening Again, Boston, Polity, 2020.– Ivan Krastev, Est-ce déjà demain ? Le monde paradoxal de l’après-Covid 19, Paris, Premier Parallèle, 2020.– Claude Meyer, Dominique Leglu, La menace chimique et bactériologique, Paris, Ellipses, 2003.– Bruno Pozetto, Wang Zhou, Covid 19-101 fiches pratiques pour connaître la maladie et s'en prémunir, Paris, Ma éditions, 2020.– Pr Didier Raoult, Epidémies : vrais dangers et fausses alertes, Paris, Michel Lafon, 2020.

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