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L’Éthologie

de Jean-Luc Renck et Véronique Servais

récension rédigée parEstelle Deniaud BoüetDocteure en pharmacie (Université de Nantes).

Synopsis

Science et environnement

Cet ouvrage dresse le panorama d’une discipline passionnante, l’éthologie, dont l’objectif est de comprendre l’origine, les causes et les fonctions des comportements animaux. Racontant de nombreuses expériences dans le détail, les deux auteurs ont compilé l’ensemble des sources scientifiques qui ont contribué à l’essor de cette discipline, maintes fois controversée au cours de son histoire, tout en approfondissant les questions essentielles de la distinction entre l’homme et l’animal ainsi qu’entre l’éthologie et les autres disciplines biologiques.

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1. Introduction

L’éthologie est une discipline de la biologie, qui consiste à étudier les comportements animaux, leurs origines, leurs mécanismes et leurs fonctions. Toute observation de l’animal, dans son milieu naturel ou dans un environnement différent, s’apparente à une expérience éthologique. Et, pour un certain nombre de spécialistes, les comportements humains répondent aux mêmes principes.

À la croisée des chemins entre différentes disciplines biologiques et fortement influencée par les dernières avancées scientifiques, l’éthologie est une science à part, qui attise la curiosité autant que la défiance, car de nombreuses interprétations semblent empreintes d’une subjectivité importante.

2. Une discipline à l’histoire mouvementée

Rarement une discipline biologique a connu dans son histoire autant de rebondissements et de polémiques que l’éthologie. Elle se définit comme « l’approche naturaliste, biologiste, de toutes les activités qu’un animal peut manifester » (p. 7). Véritable carrefour entre plusieurs disciplines biologiques, elle se révèle d’une extrême diversité, une diversité que les auteurs s’attachent à montrer au travers d’un vaste choix de portraits et de recherches sur l’animal.

L’histoire de l’éthologie remonte aux confins de l’antiquité, dès que l’homme a eu l’idée d’observer les animaux qui l’entourent. Dès lors et jusqu’au milieu du XIXe siècle, les scientifiques ont accumulé de nombreuses observations sur différentes espèces animales, posant ainsi les bases de l’éthologie. Un tournant capital a été la théorie de l’évolution développée par Charles Darwin, qui définit la sélection naturelle comme le principal moteur de l’évolution des espèces. Les comportements animaux sont depuis analysés sous l’angle de leur intérêt évolutif.

Au fil des siècles, les observations et les interprétations se sont succédées et ont bien souvent suscité de vives polémiques. Des valeurs personnelles, morales ou religieuses ont été projetées sur les comportements animaux et ont souvent biaisé l’objectivité des analyses des observateurs. De même, la vision anthropique des modes de vie des animaux a atténué la valeur scientifique des travaux menés. Des siècles ont été nécessaires pour venir à bout d’idées reçues tenaces, en particulier celle d’« une providence à l’œuvre dans la nature et qui avait doté les créatures de conduites parfaites » (p. 41).

Si la paternité de l’éthologie est largement attribuée à Konrad Lorenz, l’origine de cette discipline semble en réalité multiple, issue d’influences très diverses.

Grâce à ses observations ornithologiques, Lorenz a posé les bases de l’éthologie classique. Dans les années 1950, Tinbergen publia le premier ouvrage de référence sur l’éthologie, décrivant ses principaux fondements et objectifs. Après une histoire multiséculaire mouvementée, l’éthologie n’a gagné sa réelle légitimité que le 10 décembre 1973, lorsque Von Frisch, Lorenz et Tinbergen ont reçu le prix Nobel de médecine et de physiologie pour leurs travaux sur les causes et l’organisation des schémas comportementaux.

3. Science véritable ou simple observation ?

L’éthologie est reconnue comme une science indépendante depuis les années 1930. Malgré les vives critiques dont elle fait l’objet encore aujourd’hui, elle recherche au travers des nombreuses observations des animaux à établir des lois, des principes, des mécanismes, capables de décrire les processus biologiques et évolutifs des espèces animales. Par sa finalité, l’éthologie se trouve ainsi au carrefour de différentes disciplines, comme la zoologie, la neurobiologie, l’endocrinologie ou la génétique. Toutes ces disciplines sont déterminantes pour comprendre un comportement animal.

Étudier le mode de vie d’un animal implique de l’observer. Autrefois, les scientifiques collectaient des informations sur le comportement animal, en les observant dans leur milieu naturel, en captivité ou encore en laboratoire. Aujourd’hui, les progrès technologiques facilitent grandement le travail des chercheurs. Ils peuvent suivre les animaux lors de leurs déplacements, y compris sur de longues distances, mais aussi accéder à des informations génétiques permettant d’établir des liens de parenté au sein des populations animales étudiées.L’observation s’est également enrichie. Initialement, les comportements étaient principalement décrits, puis interprétés. Progressivement, les observations ont été reliées aux systèmes physiologiques et anatomiques correspondants.

L’analyse des comportements se fait désormais en lien avec le système nerveux et musculaire, le contrôle hormonal et métabolique et les caractéristiques génétiques de l’individu. Successivement, différents aspects ont été étudiés, en particulier les rythmes biologiques, un processus universel au fondement d’un nombre important de comportements, l’exploration des sens, déterminante pour la perception des stimulations issues de l’environnement, ou encore la sensibilité de certains animaux au champ magnétique terrestre.

La chimie corporelle, et notamment l’influence de l’ensemble des systèmes hormonaux, conditionne une vaste gamme de comportements, à commencer par les différences entre les sexes et les comportements de reproduction. Ceux-ci se révèlent les plus diversifiés des comportements animaux, au point qu’il est pratiquement impossible d’énoncer une loi générale et des principes fondamentaux.

4. Ontogenèse et phylogenèse des comportements animaux

Au-delà de la description d’un comportement, les éthologistes cherchent à en déterminer la fonction. Celle-ci s’entrevoit au travers de ses conséquences immédiates pour l’individu, mais aussi des conséquences à long terme sur la survie et l’adaptation de l’espèce.

Les conséquences à long terme d’un comportement animal entrent dans le champ de la théorie de l’évolution et de la sélection naturelle. Au niveau individuel, l’ontogenèse d’un comportement s’intéresse au développement d’un comportement chez un animal donné, faisant appel à l’inné, à l’apprentissage et au conditionnement. Au niveau de l’espèce, la phylogenèse cherche à replacer les comportements dans la longue histoire de l’évolution animale.

Le développement des comportements implique des facteurs internes (hérédité, physiologie) et des facteurs externes (stimulations de l’environnement). Certains éthologistes des années 1970 y ont ajouté la subjectivité animale, en développant l’éthologie cognitive.

L’apprentissage ne peut suffire à expliquer un comportement, puisqu’il est indissociable de l’histoire évolutive de l’espèce et des adaptations successives à l’environnement. Le comportement après la naissance semble influencé par l’environnement dès la vie fœtale, via l’exposition aux hormones maternelles, mais aussi selon le sexe des autres fœtus de la portée. Inné et acquis s’entremêlent donc étroitement pour expliquer le développement d’un comportement précis. « Soutenir la primauté de l’acquis ou du génétique dans la mise en place des comportements s’apparente à se demander : “quel est, dans un applaudissement, le son produit par une main ?” » (p.146).L’avènement de la génétique a fait croire à une génération d’éthologistes que les comportements étaient prédéterminés par les gènes. Certes, un déterminisme génétique semble primordial, les gènes participant à réguler certaines fonctions physiologiques pour élaborer un comportement. Mais en aucun cas les gènes ne peuvent à eux seuls conditionner un comportement.

Alors que certains auteurs n’ont pas hésité à proclamer la découverte d’un gène de la sociabilité, de l’amour, du temps ou encore de la maternité, tous les éminents spécialistes de l’éthologie s’accordent sur le fait que la génétique n’est pas seule à entrer en jeu. L’influence de l’environnement et la valeur adaptative du comportement jouent des rôles au moins aussi importants, à l’échelle de l’individu comme à celle de l’espèce.

5. La communication animale ou les contradictions de l’éthologie

La communication entre les individus est un aspect essentiel des études éthologiques. Elle se définit comme l’émission de tout signal spécifique et spécialisé, capable d’être réceptionné par un autre animal. Elle ne se limite pas aux sons mais se manifeste aussi par les odeurs, les mouvements, les expressions, les formes, les couleurs, etc. Au-delà des cinq sens, certains poissons communiquent aussi par l’émission de signaux électriques. La forme la plus archaïque de communication correspond aux messages chimiques, qui jouent un rôle essentiel dans la vie sociale et sexuelle de nombreux mammifères, reptiles, poissons et invertébrés. Les phéromones des insectes en sont l’exemple le plus connu.

L’éthologie cognitive considère que les animaux ont une communication élaborée, capable d’influencer le comportement. L’étude de cette communication serait une sorte de porte d’entrée vers l’esprit de l’animal. Pourtant, malgré les nombreuses études sur ce sujet, à ce jour, aucune forme de communication complexe n’a été mise en évidence chez un animal. Alors que la communication humaine repose sur des signes qui rassemblent à la fois un signifiant (support physique du signe) et un signifié (le sens du signe), chez l’animal l’existence du signifié est controversée. La communication animale, passive, serait ainsi fondamentalement différente de la communication humaine, active.

La communication animale est la plupart du temps associée à une circonstance physiologique déterminée. Elle serait le résultat d’adaptations spécifiques au mode de vie des espèces animales. Cependant, un même signal pourrait provoquer plusieurs réponses différentes et ne serait pas déterministe, mais probabiliste.

Même si les communications humaine et animale semblent différentes, la communication animale ne peut se réduire à un simple partage d’informations. Les animaux sont capables de faire preuve de manipulation, c’est-à-dire d’envoyer des informations erronées pour induire en erreur les autres individus ou les autres espèces. Cette notion a fait l’objet de multiples observations, mais elle a ses limites.

Plusieurs théories ont ainsi démontré que l’honnêteté serait plus profitable sur le plan évolutif que la tricherie. « À partir d’une certaine proportion de “tricheurs”, les modèles prédisent que la tricherie devient une stratégie plus risquée, plus coûteuse que l’honnêteté… » (p. 220).

6. De la primatologie à l’étude de l’homme

Un des grands écueils de l’histoire de l’éthologie a été la classification des primates : étaient-ils des animaux, des hommes sauvages ou des intermédiaires entre l’homme et l’animal ? Les premiers éthologistes considéraient qu’une éducation adéquate pouvait élever le singe au rang d’homme et les études sur les primates ont longtemps eu pour unique objectif de comprendre les origines de l’homme et les mécanismes de l’hominisation. Elles sont donc souvent entachées d’une vision anthropique des comportements simiens.

L’organisation sociale des primates suscite depuis longtemps la curiosité des scientifiques. La vie en groupe semble dictée par différentes motivations : la reproduction, mais aussi la sociabilité. Les systèmes sociaux développés par les primates sont des systèmes complexes, en équilibre dynamique, résultant de stratégies individuelles visant à maximiser le succès reproducteur et donc la survie de l’espèce. Quatre hypothèses ont été avancées pour expliquer la coopération entre les singes : la défense en commun des ressources, la protection contre les prédateurs, l’efficacité dans l’exploitation des ressources et les soins collectifs à la progéniture, qui ne concernent que certaines espèces.

Les éthologues doivent rester vigilants en étudiant les primates pour éviter toute forme d’anthropomorphisme, cette vision humanisée du comportement animal qui suppose une motivation à la fois cognitive et émotionnelle. « L’anthropomorphisme est implicitement considéré comme une erreur » (p.261) : plus une espèce semble proche de l’homme (animaux domestiques, singes ou dauphins), plus les interprétations semblent teintées d’anthropomorphisme. Mais il semble presque impossible de s’en affranchir totalement, surtout lorsque les comportements étudiés présentent des points communs avec des aptitudes humaines. Une dose acceptable d’anthropomorphisme semble aujourd’hui admise par la communauté éthologique.

L’intérêt de l’anthropologie pour l’éthologie a fait naître l’éthologie humaine, qui s’intéresse en particulier au développement de l’enfant et à la vie sociale dans les sociétés humaines. Une part d’instinct interviendrait dans les comportements humains, fruit de l’évolution de l’espèce. Mais la question de la valeur adaptative des comportements humains peut conduire à plusieurs dérives, notamment lorsqu’il s’agit d’expliquer la criminalité, les comportements déviants ou les maladies mentales.

7. Conclusion

L’Éthologie. Histoire naturelle du comportement, ouvrage incontournable pour tous ceux qui souhaitent découvrir ou approfondir leurs connaissances sur la discipline, en retrace toute l’histoire, de ses prémices jusqu’aux derniers développements actuels. L’ouvrage met en évidence la complexité de l’observation et de l’interprétation des comportements animaux, et ce malgré les développements récents de nombreuses disciplines biologiques, comme la physiologie, l’endocrinologie ou la génétique.

La vision humaine et humanisée des comportements animaux constitue un biais important, mais impossible à supprimer totalement. Elle contribue aux nombreuses controverses qui ont affecté et qui affectent encore aujourd’hui l’éthologie. Elle n’en reste pas moins une discipline fascinante, dont l’objectif est de comprendre les modes de vie des animaux qui nous entourent.

8. Zone critique

Tout au long de son histoire et encore aujourd’hui, l’éthologie suscite de vives polémiques autour des théories scientifiques, des convictions et des idéologies des chercheurs. L’interprétation et le fondement des comportements animaux sont généralement au cœur du débat, de même que les différences entre l’animal et l’homme.

Les primatologues ont tendance à considérer l’homme comme le stade ultime de l’évolution des primates, tandis que les anthropologues souhaitent profondément démarquer l’homme du reste du règne animal. Ce panorama de l’éthologie de ses origines à nos jours montre bien l’histoire complexe de cette discipline, dont les observations peuvent souvent être interprétées de multiples façons, en fonction de l’œil et des idées des scientifiques.

Malgré les progrès technologiques, certains comportements animaux restent inexpliqués et inexplicables, même s’ils font l’objet de diverses interprétations parfois antagonistes.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– L’Éthologie. Histoire naturelle du comportement, Paris, Seuil, 2002.

Autres pistes– Richard Dawkins, Le Gène égoïste, Paris, Odile Jacob, 2003.– Charles Darwin, L’Origine des espèces. Texte intégral de la première édition de 1859, Paris, Seuil, 2013. – Christian Escribe et Claudette Marine, Histoire de la psychologie générale. Du behaviorisme au cognitivisme, Paris, In Press, 2010. – John G. Fleagle, Primate Adaptation and Evolution, Cambridge, Academic Press Inc., 2013.

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