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La Vie quotidienne au Moyen Âge

de Jean Verdon

récension rédigée parBruno Morgant TolaïniEnseignant à l'université de Nîmes et docteur de l’EHESS en histoire moderne.

Synopsis

Histoire

Des invasions barbares jusqu’à la Renaissance, cet ouvrage décrit l’existence des hommes et des femmes durant tout le Moyen Âge, qui couvre dix siècles de notre histoire (fin Ve siècle à fin XVe siècle). Tous les thèmes du quotidien y sont abordés et l’on découvre ainsi, entre autres choses, que l’on ne se mariait pas par amour et que les futurs époux n’avaient guère leur mot à dire, sans pour autant que la sexualité ne soit absente de la vie de couple. Jean Verdon décrit également une société dans laquelle on savait s’amuser, profiter d’instants de loisir plus fréquents qu’on ne l’imagine, et où les déplacements, qui pouvaient durer jusqu’à des mois voire des années, étaient très nombreux. Un panorama sans équivalent, qui corrige de nombreuses idées reçues sur une période mal connue

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1. Introduction

Le Moyen Âge constitue un temps que l’historiographie française découpe généralement en trois parties : le haut Moyen Âge (Ve-Xe siècle), le Moyen Âge central (XIe-XIIIe siècle) et le Moyen Âge tardif (XIVe-XVe siècles). En vingt-deux-chapitres, Jean Verdon nous éclaire sur le quotidien des hommes et des femmes de l’ensemble de ces périodes. De la naissance à la mort, tous les aspects de la vie sont abordés, au sein d’une société où la perception du temps et de l’espace était très éloignée de la nôtre.

C’est d’ailleurs sur cet aspect que s’ouvre l’ouvrage : la terre était plate, la vie était courte, les déplacements conduisaient à partir de chez soi durant de longs moments, le temps de travail était dicté par la lumière du jour et les heures avaient donc des durées différentes en fonction de la période de l’année. De même, les poids et les monnaies étaient différents d’une région à l’autre et les nouvelles se transmettaient de manière orale, en raison d’un illettrisme très important.

S’appuyant sur des sources historiques qui couvrent toute la période, Jean Verdon entend livrer une description exhaustive de la façon dont nos ancêtres ont vécu et évolué au cours d’un millénaire, et met en lumière une période qui ne fut pas aussi obscurantiste qu’on a bien voulu la dépeindre. L’entreprise n’est pas simple, car la vie d’un contemporain de Clovis n’avait que peu de rapport avec celle d’un contemporain de Louis XI.

2. Les premiers âges de la vie

La femme enceinte du Moyen-Âge était animée de deux sentiments apparemment contradictoires : son état lui semblait naturel – l’enfant est un don de Dieu –, mais une angoisse l’étreignait, car elle redoutait une issue fatale. Lorsque la sortie de l’enfant s’avérait difficile, on plaçait des reliques sur son ventre et l’on priait différents saints. La césarienne, connue dès l’Antiquité, mais absente des textes du haut Moyen Âge, fut finalement recommandée à partir de la fin du XIIe siècle. D’une manière générale, ce sont les infections liées à une hygiène insuffisante qui entraînaient la mort de la mère ou de l’enfant. Jean Verdon précise également que la naissance d’une fille était souvent ressentie comme un échec, au point que le duc de Bourgogne Philippe le Bon, apprenant que sa bru venait de mettre au monde un enfant de sexe féminin au début du XVe siècle, refusa d’assister au baptême.

Le lait maternel avait une valeur particulière, constituant, comme le sang, l’un des éléments de transmission des qualités familiales. Au Moyen Âge, la majorité des femmes allaitait et l’amour des mères pour leurs enfants se manifestait pleinement. Les images d’une mère et de son enfant se caressant ou s’embrassant étaient ainsi fréquentes ; de nombreuses sources signalent également l’angoisse de celle-ci en cas de maladie et la peine en cas de décès.

L’éducation passait principalement par la parole et l’exemple. De même, les punitions corporelles n’étaient pas absentes en cas de faille. L’enfant de paysans ne disposait généralement que d’un enseignement oral reçu du prêtre et de ses parents ; au moins jusqu’au XIIe-XIIIe siècles, ils étaient pour la plupart analphabètes. Dans l’aristocratie, les choses étaient différentes, et, depuis Charlemagne, les enfants étaient initiés aux arts libéraux (enseignement concernant à la fois les lettres et les sciences).

Considéré comme le début de la vie d’adulte, Jean Verdon analyse également le mariage médiéval. Il ne s’agissait pas d’un acte d’amour, car il s’inscrivait dans des stratégies matrimoniales qui devaient servir les intérêts de la famille. La femme apportait une dot, ce qui l’excluait généralement de la succession de son père : le patrimoine devait rester dans le lignage et les filles étaient faites pour entrer dans une famille étrangère. La sexualité conjugale était encadrée par l’Église, qui exigeait l’abstinence le dimanche et avant de nombreuses célébrations religieuses, notamment Noël ou Pâques. Il en était de même durant les règles de l’épouse, durant ses grossesses, et quelque temps après l’accouchement. Le non-respect de ces prescriptions risquait de provoquer, croyait-on, divers handicaps pour les enfants à naître.

3. L’individu en son foyer

Jean Verdon estime qu’au Moyen Âge, 90 % des individus vivaient à la campagne et explique que les forêts étaient présentes sur tout le territoire du royaume au point que dans la région parisienne, les souverains mérovingiens, puis carolingiens disposaient de très vastes espaces boisés pour chasser.

Au moins durant les trois derniers siècles de la période, les paysans vivaient dans des maisons qui se présentaient le plus souvent de la même manière : deux pièces d’habitation, l’une comportant le foyer, l’autre servant de chambre, auxquelles s’ajoutent les bâtiments pour le bétail. Les bâtiments étaient simples, avec des fenêtres étroites et des toits de chaume ; le mobilier était souvent réduit à un lit et un coffre. En ville, les surfaces habitables étaient généralement restreintes et l’organisation des logis se rapprochait de celle des maisons rurales, du moins pour les plus humbles. Les bourgeois, eux, disposaient de pièces affectées à un usage précis, principalement parce que leur demeure était plus vaste. Les fenêtres, en raison du coût très élevé du verre, étaient rares ; on utilisait alors des chandelles et des lampes à huile.

La pollution causait de nombreux soucis aux gens du Moyen Âge. Les lieux d’aisance faisaient souvent défaut : seules les demeures les plus riches en possédaient, et ils étaient rudimentaires ; il était donc habituel de vider par les fenêtres des pots remplis d’urine ou des eaux sales. Il n’était pas rare de croiser le cadavre d’une personne victime d’un meurtre ou d’apercevoir des pendus restés au gibet pour servir d’exemple. De même, bouchers et charcutiers qui travaillaient au centre de la cité égorgeaient et dépeçaient des animaux dont le sang coulait dans la rue. Quant à la pollution chimique, elle était le fait des ateliers de teinture, mais également des fabricants et utilisateurs de pots en plomb, qui causaient le saturnisme. Tous ces éléments s’aggravèrent lors de la guerre de Cent Ans, en raison de la construction de remparts qui resserrèrent les espaces urbains.

En ce qui concerne la nourriture, plus on monte dans l’échelle sociale, plus elle était constituée de viande. Le pain demeurait la base de l’alimentation des plus pauvres. Globalement légère, la cuisine médiévale était principalement faite de saveur « acide-épicée » et ne cherchait à conserver ni le gout ni l’aspect des produits naturels. Les boissons étaient principalement l’eau – boisson peu appréciée –, la bière et le cidre dans le nord de la France, et le vin, blanc ou « clairet », c’est-à-dire issu de raisins noirs dont la macération était très courte. La consommation de vin, très importante, variait en moyenne de 1,5 litre à 2 litres par jour et par personne !

4. Une fonction dans la société

Au Moyen Âge, il était habituel de distinguer trois catégories sociales : ceux qui priaient, ceux qui combattaient, ceux qui travaillaient. Les travailleurs étaient principalement des paysans : cultivateurs, vignerons, éleveurs. Jean Verdon démontre qu’il existait une véritable solidarité entre ces individus qui constituaient des communautés villageoises afin de mieux faire valoir leurs droits et dont les rapports avec les seigneurs varièrent en fonction des lieux et des époques. Au cours du bas Moyen Âge, apparurent les principales difficultés de la communauté paysanne. Ils subirent d’abord la crise agricole de 1315 : de mauvaises récoltes entraînèrent disette et mortalité. La peste noire, entre 1347 et 1350, causa de terribles ravages et la population d’Ile-de-France fut réduite de moitié entre 1348 et le milieu du XVe siècle.

La seconde catégorie était constituée des hommes dont le rôle était de se battre. Ceux-ci étaient liés par la cérémonie de l’hommage : un vassal jurait fidélité et s’engageait à servir un autre homme, le seigneur, qui en retour lui accordait sa protection et lui donnait une source de revenus, le fief. Si les armes offensives étaient diverses, l’épée était très souvent utilisée dans la mêlée, et la lance permettait de procéder à une première charge avant le combat rapproché. Du point de vue défensif, les combattants se protégeaient, à partir du XIIIe siècle, avec de la cotte de mailles, ayant l’avantage d’être souple et relativement légère, de 12 à 15 kg. Enfin, l’historien précise que les guerres médiévales étaient de natures variées : guerres privées, entre États ou guerres civiles, autant de variantes qui rendaient la violence omniprésente.

La troisième catégorie était celle des clercs, qui disposaient d’importants privilèges et ne relevaient que des tribunaux d’Église, étaient exemptés du service militaire et de nombreux impôts, étaient protégés dans leur personne et leurs biens, et pouvaient recevoir des bénéfices ecclésiastiques. Il existait le clergé séculier, c’est-à-dire qui vivait dans le monde, et le clergé régulier, qui se retirait généralement dans un monastère pour se consacrer pleinement à Dieu. Les femmes, à qui le sacerdoce était refusé, pouvaient toutefois devenir religieuses.

5. Les distractions médiévales

Parmi les éléments de vie quotidienne évoqués par Jean Verdon, une grande place est faite aux loisirs dont l’historien est un spécialiste. Les hommes et les femmes du Moyen Âge aimaient être en contact avec la nature : l’arrivée du printemps était toujours fêtée avec allégresse et lorsque la belle saison revenait, seigneurs, bourgeois et vilains aimaient se promener. Ainsi, le peuple de Paris se rendait souvent à Saint-Germain, où se trouvaient de nombreuses tavernes. Le jardinage était également une activité prisée, comme en attestent les miniatures du temps, dans lesquelles les haies sont taillées avec soin et comportent des pelouses garnies de nombreuses fleurs. La chasse était un plaisir ordinairement réservé à la noblesse.

Les jeux de boules étaient très appréciés des paysans. Avec des règles proches de celles de la pétanque actuelle, l’enjeu était généralement fait de quelques chopines de vin ou de cidre. La soule, ancêtre du football, était probablement le jeu le plus populaire. Les parties se déroulaient tantôt village contre village, tantôt entre habitants du même village et, dans ce cas, célibataires contre gens mariés. Les bourgeois préféraient le jeu de paume, très populaire à Paris.

Autre manière de se distraire à la maison, surtout l’hiver : la veillée. Les femmes à la campagne aimaient se retrouver le soir pour bavarder tout en se livrant à quelques menues besognes domestiques. Les autorités ecclésiastiques craignaient toutefois les risques d’indécences au cours de ces veillées, car souvent de jeunes hommes à marier venaient y rencontrer des jeunes filles et des femmes.

Les fêtes, qui correspondaient surtout au calendrier religieux, rythmaient le quotidien des individus. Si le 1er janvier ne faisait pas débuter l’année au Moyen Âge, de nombreuses réjouissances héritées de l’Antiquité y étaient associées, notamment des étrennes, des déguisements et des festins. De la même manière, avant le jeûne du carême, le carnaval constituait une sorte de défoulement. Les fêtes pouvaient également être liées aux événements familiaux importants (principalement les baptêmes et les mariages), auxquels pouvaient participer tout le village ou tout le voisinage. Il existait enfin des fêtes publiques, qui se déroulaient lors de grands événements comme des victoires militaires ou des naissances princières.

6. La santé et l’hygiène

Parmi les maladies répandues et redoutées au Moyen Âge, il existait la lèpre, la variole dont le roi Hugues Capet serait mort en 996, ainsi que la peste. La peste noire, originaire d’Asie, surgit au milieu du XIVe siècle et provoqua une terrible épidémie. Étonnamment, la médecine était surtout exercée par les moines, les médecins et les barbiers ne recevant qu’une formation très sommaire. L’intervention des femmes n’était acceptée que dans le domaine de l’obstétrique et celles qui se risquaient à pratiquer la médecine étaient poursuivies, à l’instar de Jacqueline de Almania en 1322. Jean Verdon explique également que pour les individus du Moyen Âge, le port de certains objets éloignait les maladies : ainsi le roi René, à la cour de Provence, disposait de nombreuses « pierres contre les épidémies » ; les reliques possédaient des pouvoirs similaires.

En dépit de ces maladies, l’hygiène était loin d’être inconnue. À l’époque carolingienne, les palais possèdent généralement des bains froids et chauds ; les monastères, tels Saint-Denis ou Corbie, en sont également équipés. Sous Saint-Louis, un traité de médecine recommandait de se laver tous les matins les yeux, les mains et les dents, et de prendre régulièrement des bains chauds. Certes, les salles réservées à cet effet étaient rares dans les demeures particulières, mais il était possible de se rendre aux bains publics : il en existait par exemple 26 à Paris en 1292.

Si les hommes du Moyen Âge vivaient moins longtemps que de nos jours, il faut prendre en compte la forte mortalité infantile dans les calculs. Lorsque l’âge adulte était atteint, il était habituel de mourir après 60 ans. L’état de vieillesse était mis à profit pour la rédaction des dernières volontés et servait à se préparer à quitter le monde avec le secours de la religion. Dans les testaments, pour les gens qui en avaient les moyens, des messes étaient commandées afin de réduire le temps d’attente au purgatoire.

Après le décès, les défunts étaient toujours inhumés pour attendre le jugement dernier, l’incinération n’étant pas pratiquée au Moyen Âge. Par humilité, le chrétien était la plupart du temps enterré en pleine terre, nu dans un linceul. Le deuil qui suivait la mort était très suivi, notamment par les veuves, qui se devaient de se vêtir en noir.

7. Conclusion

L’ouvrage proposé par Jean Verdon est une synthèse de la vie quotidienne au Moyen Âge. Il couvre l’ensemble des activités humaines du temps : l’éducation, le mariage et la sexualité, les repas, la mort, etc. L’historien aborde également toutes les strates de la population : le clergé, les seigneurs, mais également les paysans qui tiennent une place importante dans cette étude. À partir d’exemples concrets, il livre une analyse stimulante sur des thèmes divers, comme l’emprise de la religion sur chacun ou la place accordée aux divertissements dans la société médiévale.

La démonstration qui est faite, loin de correspondre à l’image véhiculée par le cinéma ou la télévision sur la période, permet de remettre en cause de nombreuses idées reçues notamment à propos de l’hygiène ou de l’éducation.

8. Zone critique

Comme à son habitude, Jean Verdon livre un travail fait à la fois d’érudition et de pédagogie. Chacun des thèmes traités dans l’ouvrage est appuyé par des cas qui viennent illustrer ses propos et rendent le discours de l’historien limpide. Spécialiste des aspects concrets de l’existence médiévale, il en propose ici une synthèse, assurément réussie.

Un ouvrage simple, agréable à lire, qui permet d’avoir une vue d’ensemble de la vie quotidienne des individus du Moyen Âge. Il s’inscrit dans la lignée des travaux de Régine Pernoud et autres historiens médiévistes pour réhabiliter la période.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– La vie quotidienne au Moyen Âge, Paris, Perrin, 2015.

Du même auteur– Les Françaises pendant la guerre de Cent Ans, Paris, Perrin, 1991.– Boire au moyen-âge, Paris, Perrin, 2002.

Autres pistes– Philippe Contamine, La guerre au Moyen Âge, Paris, PUF, 1986.– Nicole Gonthier, Éducation et culture dans l’Europe occidentale chrétienne du XIIe au milieu du Xve siècle, Paris, Ellipses, 2010.– Jean-Michel Melh, Les jeux dans le royaume de France du XIIIe au début du XVIe siècle, Paris, Fayard, 1990.– Jacques Rossiaud, Amours vénales. La prostitution en Occident, XIIe-XVIe siècle, Paris, Aubier, 2010.

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