dygest_logo

Téléchargez l'application pour avoir accès à des centaines de résumés de livres.

google_play_download_badgeapple_store_download_badge

Bienvenue sur Dygest

Dygest vous propose des résumés selectionnés et vulgarisés par la communauté universitaire.
Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué

de Jeanne Siaud-Facchin

récension rédigée parMarie Bernard

Synopsis

Psychologie

La surdouance de l’adulte est souvent une découverte fortuite. Paradoxalement, être surdoué n’est synonyme ni de réussite ni de bonheur. La plupart du temps, le « diagnostic » est établi par le psychologue tandis qu’il cherche la cause d’une dépression ou d’un mal-être persistant. Pour vivre mieux, le surdoué doit découvrir les particularités de sa personnalité, comprendre en quoi il est différent des autres, pourquoi il va mal et quelles sont les ressources inestimables dont il dispose. Cet ouvrage sera pour certains la première étape vers un diagnostic et une prise en charge adaptée. Alors il pourra aller mieux !

google_play_download_badge

1. Introduction

L’extrême intelligence fascine, elle est pourtant un don paradoxal pour qui en est doté. Comprendre davantage, plus vite et mieux, c’est aussi souffrir plus. Souffrir de ne pas vivre au même rythme que les autres, souffrir d’intimider lorsqu’on est une femme, souffrir de ne pouvoir ralentir le flux des pensées, souffrir de ressentir trop de choses tout le temps… Mieux comprendre les particularités du fonctionnement des surdoués permet de transformer une source de souffrances en trésor de ressources inestimable.

2. Un mode de pensée singulier

Première caractéristique du cerveau des surdoués, le bouillonnement cérébral permanent. D’un côté cette suractivité élargit la capacité de penser. De l’autre, il est envahissant et difficile à canaliser.

Ce bouillonnement cérébral tient en premier lieu à la vitesse des connexions établies dans le cerveau des surdoués. Dans un laps de temps défini, un plus grand nombre d’informations sont analysées et intégrées en comparaison avec une personne non surdouée. Cette puissance est associée à une rapidité de pensée hors norme et à un traitement simultané des informations venant de l’intérieur et de l’extérieur. « Chez le surdoué, toutes ces informations sont prises dans des réseaux de neurones qui circulent et se répartissent dans plusieurs parties du cerveau. Les connexions ne sont pas localisées dans une zone cérébrale distincte(...). De plus le traitement est simultané, ce qui signifie que tout est traité en même temps et au même niveau d’importance. Le nombre de neurones est démultiplié. Ils en ont effectivement… plein la tête. » (p. 31) Dans ce labyrinthe de pensées, sélectionner l’information pertinente est un défi.

Seconde caractéristique du cerveau des surdoués, une pensée en arborescence. Une idée est le point de départ de nombreuses autres idées qui elles-mêmes donnent lieu à d’autres pensées. Le processus se décline à l’infini si le surdoué n’y met pas un terme. La pensée du surdoué évolue tel un arbre aux multiples ramifications. Cette caractéristique est liée à une activation du cerveau droit privilégiée chez le surdoué.

Notre cerveau est constitué de deux hémisphères, chacun contient des zones spécifiques associées à des compétences. Le mode de traitement de l’information diffère selon que l’un ou l’autre hémisphère est privilégié. L’hémisphère gauche permet le traitement séquentiel de l’information grâce auquel il nous est possible de parvenir à une conclusion justifiable à la suite d’un raisonnement logique et argumenté. Lorsque le cerveau droit est privilégié, comme cela est le cas chez les surdoués, le mode de traitement des données est totalement différent. Toutes sont traitées de manière simultanée et sur un même plan. Un réseau associatif de pensée se déploie à vitesse grand V et les idées s'entrelacent sans lien logique apparent. Par contre, lorsque le cerveau droit domine, certaines tâches deviennent compliquées, c’est le cas des apprentissages scolaires. L’enfant peut donner la réponse sans être capable de dire comment il y est arrivé.

Troisième caractéristique essentielle de la pensée des surdoués, l’ingérence émotionnelle. C’est en effet du côté du fonctionnement de leurs émotions et de leur affectivité que se révèle leur principale singularité. « D’une certaine façon, on pourrait dire, avec peu de risques de se tromper, qu’un surdoué pense d’abord avec son cœur, bien avant de penser avec sa tête ». (p. 45)

Son hyperréceptivité émotionnelle lui confère une sensibilité hors normes. Il perçoit les moindres particules d’émotion émanant des autres. C’est ce qu’on appelle l’empathie, et elle perturbe souvent les relations humaines. « Il ne peut parvenir à être uniquement avec quelqu’un dans une attitude simplement réceptive à l’autre. Il est toujours obligé de vivre, en même temps que l’autre, tout ce que celui-ci ressent et vit émotionnellement.” (p. 46) Famille, amis, couple, collègues… si les relations sont parfois source de souffrances, elles peuvent aussi être une force inestimable. Elle permet de nouer des amitiés fortes, confère une grande capacité d’adaptation et un fort capital de sympathie.

3. Une manière différente de percevoir le monde

Le surdoué est doté d’hypersensibilité. Sa capacité sensorielle est très supérieure à la moyenne : vue, ouïe, odorat, goût, toucher. Il perçoit tout de manière plus forte. Sa vue est plus perçante, plus aiguisée. « Les reliefs sont plus nets, les contrastes plus marqués. Qu’il soit ébloui par la lumière ou caché dans l’ombre, rien n’échappe à la sagacité visuelle du surdoué. » (p. 46)

Bien qu’étant moins valorisé que l'ouïe et la vie, l’odorat des surdoués leur permet de se servir des odeurs pour obtenir des informations sur leur environnement. On compte chez les surdoués un grand nombre de synesthètes. La synesthésie consiste à associer involontairement plusieurs sens et provoque une superposition des perceptions. Pour certains, les sons sont associés à des odeurs. Pour d’autres le toucher au goût ou les lettres à des couleurs…

Trois profils de surdoués se dégagent lorsqu’on étudie leur rapport au cadre établi : ceux qui l’acceptent, ceux qui l’affrontent, ou ceux qui l’ignorent et vivent à la marge. Par cadre, l’auteure entend « le cadre général de la vie avec ses limites, ses contraintes, mais aussi ses ouvertures, ses possibilités ». (p. 142) Certains surdoués acceptent cette norme et adoptent une stratégie d’adaptation. Ce sont les « sages ». « Ils vivent sans grands espoirs, sans grands idéaux, sans projets fous. » (p. 142) Le risque ? Des moments de dépression au sens littéral. Les « rebelles » se confrontent au cadre.

Au-delà de leur côté sympathique, l’insatisfaction permanente, la colère et le découragement guettent. Les « rebelles soft » se retrouvent généralement en conflit avec ce cadre. Ils organisent leur vie en dehors, le critiquent, mais l’utilisent lorsqu’ils estiment y avoir intérêt. D’autres évoluent tout simplement sans. Ils connaissent vaguement son existence, mais vivent dans une certaine forme d'errance. Ils ne savent où poser l’ancre. Leur pensée, leur vie ne sont jamais au repos. Ils se sentent mal tout le temps et partout.

Ces personnalités sont souvent désabusées, cyniques et vulnérables aux troubles psychologiques. Parmi toutes les typologies de surdoués, ce sont probablement ceux qui souffrent le plus.

4. Difficultés propres au mode de fonctionnement du surdoué

Les surdoués sont dotés d’une lucidité étourdissante, d’une conscience aiguë de tout.

Leur esprit fonctionne tel un rayon laser qui détecte la moindre information. Leur cerveau est alimenté par une intelligence qui analyse tout et une réceptivité émotionnelle qui lui permet de capter les moindres particules d’émotion ambiante. Cette lumière envahit leur existence. Chaque information est analysée. Le surdoué dissèque le monde en permanence. Il est le premier sujet de son esprit d’analyse. Il perçoit ses fragilités et ne se voit jamais comme supérieur aux autres. S’ils donnent parfois l’impression de se croire au-dessus de la masse, leur attitude tend plutôt à camoufler leurs doutes et fragilités.

Le surdoué souffre donc d’une solitude intérieure immense. « Ce sentiment de solitude naît de cette distance toujours ressentie entre soi et le monde, entre soi et les autres ». (p. 202) Ce sentiment de décalage est universellement rapporté par les surdoués. Il est ancien et se trouve accentué lorsqu’il peine à se faire des amis.

L’ennui fait partie intégrante de la vie du surdoué. Lui qui comprend, apprend, mémorise plus vite doit souvent attendre pour se caler sur le rythme des autres. À l’école, le temps semble long. Au travail, les réunions lui semblent interminables. En présence de personnes ennuyeuses, le surdoué déploie une énergie importante pour simuler d’être présent mentalement. En réalité, il décroche et laisse libre cours à ses pensées. Pour éviter d’être entraînés par leur flux incessant, certains tentent de s’occuper autrement : bavardage, agitation, mouvements répétitifs… Cet ennui existentiel peut s’exprimer à travers une lassitude permanente ou une incapacité à s’intéresser aux choses. Il devient alors un ennui de vivre.

5. Parcours du surdoué adulte

Se découvrir « surdoué » est le fruit d’une démarche difficile à l’âge adulte. Nombre de ceux qui l’entreprennent pâtissent d’une image dégradée d’eux-mêmes. Loin d’eux l’idée qu’ils seraient plus intelligents que les autres. Ils cherchent le plus souvent à déceler la cause d’un mal-être ou d’un état dépressif. C’est parfois lors d’une consultation pour un de leurs enfants qu’un père ou une mère revit à travers son enfant sa propre histoire. Il existe en effet un facteur génétique. C’est donc via des sentiers détournés que le « diagnostic » est posé chez le surdoué adulte.

Rencontrer un psychologue et passer des tests est une démarche difficile pour l’adulte. La peur de découvrir son identité profonde ou la peur de l’échec aux tests doit être surmontée.

Plusieurs types de tests permettent d’établir un profil de surdoué. Les tests de quotient intellectuel (QI) permettent de mesurer le degré d’intelligence. Le WAIS est le plus utilisé. Il permet de comparer le quotient intellectuel de la personne testée au QI moyen de sa classe d’âge à travers 11 épreuves regroupées en deux grandes catégories : l’échelle verbale et l’échelle de performance. Si le QI moyen d’une classe d’âge est de 100, le surdoué est doté d’un QI supérieur ou égal à 130. La mesure de l’intelligence via les tests est sujette à caution. Le résultat peut être faussé par le facteur stress, un trouble d’apprentissage tel la dyslexie ou par la dépression.

Ce résultat doit nécessairement est associé à un test de personnalité tel le Rorschach (la personne testée est invitée à faire part de ce qu’évoque pour elle une série de tâches d’encre).

Pour aller mieux, l’adulte surdoué doit faire émerger les points forts, et il n’en manque pas ! Il est doté d’une capacité importante à rebondir ou de résilience. « Le surdoué, le personnage de tous les extrêmes, a en lui un véritable “trésor de guerre” pour affronter et faire avec le monde. Pour activer sa résilience. » (p. 268) Le premier travail d’un thérapeute consiste généralement à faire émerger toutes ces ressources enfouies : grande intelligence, hypersensibilité, empathie, créativité. La véritable créativité est la capacité à créer des idées nouvelles.

Cette capacité associée à une perception exacerbée du monde est une association gagnante. Tout devient possible. La pensée en arborescence permet de tisser des associations fortuites et de produire des idées créatives, voire géniales.

6. Conclusion

Les mythes entourant la surdouance ont la vie dure. On l’associe à la réussite et au bonheur. Tout le contraire de ce que semblent vivre les adultes diagnostiqués « surdoués » : sentiment de décalage, de culpabilité, d’insatisfaction permanente, de solitude, d’ennui existentiel…

Comprendre le fonctionnement de ces cerveaux « hors norme » leur permet de prendre conscience de leur potentiel et de trouver des pistes pour l’exprimer. Rapidité de pensée, pensée en arborescence, rôle central de l’affectivité, richesse de perception de monde qui les entoure sont quelques-unes des qualités qui font d’eux des êtres hors norme.

Si la précocité chez l’enfant est largement détectée et prise en charge, cet ouvrage a marqué la psychologie en ce qu’il est le premier à s’intéresser exclusivement à l’adulte surdoué. Malgré d’autres ouvrages sortis sur le même thème, il reste la référence en la matière.

7. Zone critique

Comme dit avant, le diagnostic de la surdouance est principalement établi sur la base du test WAIS. Ce test est particulièrement sensible au stress, à certaines formes de handicap ou au milieu socioculturel . Les tests ne tiennent pas compte de l’inné ou de l’acquis.

Ainsi, une personne évoluant dans un milieu culturel favorisé obtiendra une note plus élevée dans la catégorie de l’échelle verbale. Autre source de critique, le QI augmente régulièrement au fil des générations. Nombre des personnes ont passé les tests sur la base d’un étalonnage ancien. La frontière des 130 points de QI, seuil de la surdouance, frontière avec « l’intelligence élevée », est déterminée de manière arbitraire.

Enfin, parler de « diagnostic » de la surdouance place le sujet dans la situation de malade. Il s’agit pourtant d’une particularité du caractère, d’une couleur propre de la personnalité qui est avant tout une capacité exceptionnelle, tout le contraire d’une maladie.

L’auteure présente la grande intelligence comme une source de souffrance, approche logique de la part d’un psychologue qui rencontre exclusivement, lors de ses consultations, des personnes en souffrance. Pourtant, tant d’autres savent développer une personnalité épanouie en intégrant les nombreuses qualités que l’on connaît aux surdoués.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué, Paris, Odile Jacob, 2008.

De la même auteure– L’enfant surdoué, l’aider à grandir, l’aider à réussir, Paris, Odile Jacob, 2002.– Aider l’enfant en difficulté scolaire, Paris, Odile Jacob, 2006.– Comment la méditation a changé ma vie…et pourrait bien changer la vôtre !, Paris, Odile Jacob, 2012.– Tout est là, Juste là, Méditation de Pleine Conscience pour les enfants et les ados aussi, Paris, Odile Jacob, 2014.– S'il te plaît, aide-moi à vivre, Paris, Odile Jacob, 2018.

Autres pistes– Monique de Kermadec, L’adulte surdoué à la conquête du bonheur, Paris, Albin Michel, 2016. – Christel Petitcollin, Je pense trop, comment canaliser ce mental envahissant, Paris, Guy Trédaniel Éditeur, 2010.– Cécile Bost, Surdoués : s’intégrer et s’épanouir dans le monde du travail, Paris, Vuibert, 2016. – Elaine N. Aron, Hypersensibles – Mieux se comprendre pour s’accepter. Transformer l’hypersensibilité en atout, coll. « Psychologies », Marabout, 2017.

© 2020, Dygest