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La Symphonie du vivant

de Joël de Rosnay

récension rédigée parRomain AllaisÉditeur et correcteur indépendant. Titulaire d'un DEA en histoire des sciences (Université de Nantes).

Synopsis

Science et environnement

L’idée que tout être humain dépend d’un programme génétique est largement répandue. Ainsi, à chaque individu est associé un code génétique unique qui détermine son existence jusqu’à sa mort… Eh bien c’est faux ! Ou seulement en partie vrai. Dans cet ouvrage, Joël de Rosnay rappelle que ce déterminisme génétique est battu en brèche depuis déjà de nombreuses décennies par une discipline scientifique encore méconnue : l’épigénétique. Comment l’épigénétique permet à l’homme de reprendre les commandes de son propre corps, mais aussi le devenir de notre société, c’est tout l’objet de ce livre.

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1. Introduction

À travers La Symphonie du vivant, Joël de Rosnay nous propose de découvrir une science assez méconnue : l’épigénétique. Pendant longtemps, nous pensions que notre code génétique déterminait tous nos traits de caractères (physiques et mentaux) sans que nous ne pouvions rien changer. Mais l’épigénétique remet en cause cette approche. En effet, notre environnement, notre comportement, nos interactions sont en mesure de changer l’expression de nos gènes de manière durable. Une bonne alimentation pourrait par exemple inhiber un gène porteur de maladie de telle sorte que son porteur ne voit jamais cette maladie se déclarer.

Joël de Rosnay passe donc en revue quelques conseils simples et judicieux pour optimiser en quelque sorte l’expression du code génétique. Bien manger et pratiquer le sport en sont les plus évidents. Puis, il démontre qu’une approche épigénétique de notre société est également possible. Elle permet ainsi à l’homme de se reprendre pleinement en main, à la fois à titre individuel, mais aussi au sein d’une société en bonne santé.

2. Révolution de l’épigénétique

L’ADN, ou acide désoxyribonucléique, est le support de l’information génétique. Cette longue molécule niche dans le noyau de toutes les cellules d’un organisme vivant. Elle est composée de quatre nucléotides, ou bases : l’adénine, la guanine, la thymine et la cytosine. Ces quatre composés sont en quelque sorte les quatre lettres de l’alphabet génétique. Ensemble, elles forment des mots, ce qu’on appelle des gènes. Ce qu’il y a de remarquable, dans l’ADN, c’est qu’il est universel. Tous les êtres vivants, de la bactérie à l’espèce humaine en passant par les plantes, partagent cette molécule.

Mais l’ADN confère aussi à tout être vivant un caractère unique par la succession de ses lettres qui diffère d’un individu à l’autre.Pendant longtemps, les scientifiques ont pensé qu’un organisme était entièrement programmé par son code génétique. À sa naissance, chaque être humain héritait d’un patrimoine génétique unique et définitif. Son comportement ou l’environnement dans lequel il évoluait ne changeaient pas son ADN. Ainsi, les aptitudes acquises lors de son existence n’étaient pas transmises à sa descendance.

Cependant, depuis quelques années déjà, cette conception d’un ADN qui dicte sa loi est remise en question. Non seulement notre mode de vie est susceptible d’inhiber ou de favoriser l’expression de certains gènes, mais encore ces changements peuvent se transmettre d’une génération à l’autre. C’est la révolution de l’épigénétique et la revanche de l’hérédité des caractères acquis chère à Lamarck sur la sélection naturelle de Darwin.

3. Les théories de l’évolution

Le naturaliste français, Jean-Baptiste de Monet de Lamarck (1744-1829), a été l’un des premiers à proposer une théorie cohérente de l’évolution. Selon lui, l’usage ou le non-usage d’un organe d’un individu, en fonction des contraintes de l’environnement, détermine son développement ou sa disparition.

Et ce changement se transmet à la descendance. L’exemple couramment donné pour illustrer son propos est celui de la girafe. Dans un milieu où la girafe est amenée à toujours plus tendre le cou pour atteindre les feuilles des arbres, celui-ci s’allonge petit à petit, et chaque centimètre gagné se transmet à la génération suivante. Il y a là l’idée d’un perfectionnement de la nature et une hiérarchie des êtres vivants au sommet de laquelle trône évidemment l’espèce humaine. À ce titre, la conception de Lamarck est finaliste.

Quelques années plus tard, l’Anglais, Charles Darwin (1809-1882), propose une nouvelle théorie de l’évolution. En fin observateur, il a remarqué qu’au sein d’une même espèce existait une certaine variation entre les individus. Les contraintes de l’environnement opéraient alors une sélection naturelle des plus aptes à survivre.

À travers le prisme de la théorie de Darwin, l’évolution de la girafe prend une nouvelle dimension. Au sein d’une population initiale de girafes, certaines ont des cous longs et d’autres des cous courts. Lorsque les feuilles que mangent ces animaux se sont trouvées plus élevées dans les arbres, seules les girafes au long cou ont pu se nourrir, et donc survivre assez longtemps pour se reproduire. Les autres sont mortes de faim avant d’avoir eu une descendance. Dans la vision de Darwin, il n’y a pas de finalité. Si les contraintes du milieu avaient été différentes, la girafe au cou court aurait très bien pu s’imposer. L’évolution darwinienne est un processus hasardeux.

Darwin n’avait pas connaissance de l’existence des gènes, mais, dans cet exemple, on voit bien comment le gène « cou long » s’est imposé par rapport au gène « cou court ». Les girafes ayant le gène « cou long » ont donc survécu, mais encore fallait-il qu’il s’exprime.

4. L’exemple des abeilles

Car il ne suffit pas d’avoir tel ou tel gène pour que celui-ci s’exprime. Les abeilles en offrent une parfaite illustration. En effet, dans une ruche il y a une reine, des ouvrières, des nourricières, des butineuses.

On pourrait penser que ces différentes catégories d’abeilles sont déterminées par leur code génétique. Les butineuses aurait par exemple le gène « butineur » que ne posséderait pas la nourricière. Mais ce n’est pas le cas. Une expérience qui consistait à enlever la population des butineuses dans une ruche a abouti à la transformation des nourricières en butineuses. Et ce changement est réversible. Cela signifie que les butineuses et les nourricières partagent les mêmes gènes, mais que ces derniers s’expriment dans certaines conditions et sont inhibés dans d’autres.

De même, il n’existe pas de gène « reine ». Ce qui permet à une reine de le devenir n’est pas inscrit dans son ADN, mais dépend ce qu’elle mange. Seule une larve qui a été nourrie avec de la gelée royale devient reine. Des expériences ont montré que, plus le temps pendant lequel une larve ingurgite de la gelée royale est long, plus la probabilité qu’elle devienne reine est haute. Au bout de cinq jours à un régime de gelée royale, elle est de 100 %.

Ainsi le contexte dans lequel les abeilles évoluent et/ou la nature de la nourriture qu’elles ingèrent influencent l’expression de leurs gènes. Mais ce qui est vrai pour ces insectes est-il vrai pour d’autres espèces, en particulier la nôtre ?

5. Les cinq clés de l’épigénétique

À cette question Joël de Rosnay répond « oui » sans hésitation. Bien sûr, il ne suffit pas de manger de la gelée royale pour devenir président de la République, mais la qualité des aliments que nous mangeons a un réel impact sur l’expression de notre code génétique personnel, et pas seulement.

En effet, c’est toute notre manière de fonctionner qui entre en jeu. Notre code génétique ne nous condamne pas à suivre un chemin tout tracé. L’épigénétique nous dit que notre comportement au quotidien nous permet de dévier de notre trajectoire afin d’emprunter une voie plus favorable. « Une nutrition équilibrée, de l’exercice physique, une réduction du stress, la recherche du plaisir et l’harmonie du réseau humain, social et familial : voilà donc les cinq “clés” interdépendantes de la longévité et de l’équilibre physique et mental, dont les effets cumulatifs sont déterminants pour notre santé. » (p. 55) Tous ces éléments sont connectés. La pratique d’un sport collectif, par exemple, procure du plaisir et renforce le lien social.

Par conséquent, elle réduit le stress. Mais une activité physique nécessite également une alimentation équilibrée pour que ses effets bénéfiques soient optimaux. Joël de Rosnay revient également sur la pratique de la méditation, dont les effets antidouleur, entre autres, sont reconnus par la communauté scientifique, et insiste sur la nécessité d’une bonne alimentation parce qu’elle flatte notre organisme, mais aussi notre « super-organisme » (p. 72).

6. Microbiome et métagénome

C’est un aspect méconnu : notre organisme abrite « plus de 100 000 milliards de cellules bactériennes ! » (p. 71.), qui constitue notre microbiome. Avec lui nous formons donc un super-organisme. Il ne faut pas croire qu’une bactérie est systématiquement un vecteur de maladie. Au contraire, de très nombreuses bactéries sont non seulement bénéfiques, mais encore indispensables à notre fonctionnement.

L’ensemble de nos gènes, c’est-à-dire notre génome, est donc étroitement associé aux génomes de chaque microbe de notre microbiome. Ils forment en quelque sorte un métagénome fonctionnant en symbiose. Tous ces micro-organismes qui vivent en nous se nourrissent de ce que nous mangeons. L’expression ou la non-expression de leurs gènes dépendent donc, tout comme les nôtres, des aliments que nous leur proposons. Quand on sait que ces micro-organismes sont capables de produire des molécules essentielles à notre bien-être, par exemple des substances antidépresseurs, on comprend mieux l’intérêt que nous pouvons avoir à les choyer. Au contraire, si nous mangeons mal (trop de sel, trop de sucre, trop d’alcool), alors ce microbiome devient malade, et, partant, nous le sommes aussi.

Cette étroite association entre nous et les bactéries qui logent dans notre corps donne matière à réflexion. L’épigénétique semble non seulement avoir une influence sur un unique organisme, mais aussi sur une communauté d’organismes. Dans ce cas, l’épigénétique ne pourrait-elle pas s’appliquer aux sociétés humaines ?

7. Mème, mémétique, épimémétique

À la fin des années 1970, le biologiste britannique Richard Dawkins publie Le Gène égoïste, livre dans lequel il introduit la notion de mème, qu’il définit comme étant une sorte de gène sociologique. Le mème est « un élément culturel identifiable (croyances, pratiques sociétales, mots/langage, rituels, modes…) susceptible d’être transmis par mimétisme » (p. 129).

À l’instar de la génétique, qui étudie les gènes, la mémétique est une nouvelle science qui étudie les mèmes. Et ces derniers évoluent comme les espèces vivantes évoluent au cours du temps. Un mème peut être une tenue vestimentaire, une veste par exemple, qui devient à la mode. Cette mode se répand de telle sorte que de nombreuses personnes la portent. Un jour, quelqu’un apporte à sa veste une modification, qui ne se répand pas. Le jour d’après, une autre personne apporte une autre modification, qui cette fois lance une nouvelle mode. Une sélection s’est effectuée. Au lieu qu’elle soit naturelle, elle est culturelle.

Autre exemple de mème : une information. Si celle-ci est vraie, elle est généralement bénéfique à la société. Si elle est fausse (une fake news), elle peut nuire à la société ; et, si elle se répand, la rendre malade. Est-il possible d’agir pour éviter qu’une fake news se répande ? Autrement dit, existe-t-il une épimémétique capable d’inhiber un mème nuisible et favoriser l’expression d’un mème qui bénéficie au plus grand nombre ? Cela dépend en fait des choix que nous faisons. Notre comportement n’est pas seulement en mesure d’améliorer notre bien-être personnel, il influe également sur l’ensemble de notre société.

8. Conclusion

Les êtres vivants ne se résument pas à l’exécution d’un strict programme génétique. L’existence d’un être humain n’est pas entièrement déterminée dès sa naissance par son ADN. Ce constat est rassurant car il redonne à l’homme le contrôle de sa destinée. Il est ainsi possible, non pas d’échapper à ce que nous sommes, mais d’orienter l’expression de nos gènes afin d’éviter des maladies, de ralentir les effets du vieillissement, de vivre mieux tout simplement.

C’est là tout l’enseignement de cette science nouvelle qu’est l’épigénétique. L’environnement dans lequel nous évoluons et le comportement que nous adoptons favorisent ou inhibent certains gènes, et modifient par conséquence nos vies positivement ou négativement. Mais cette prise directe que chaque individu a sur son existence peut aussi être élargie à l’ensemble de la société. En effet, chaque acte individuel n’est pas sans conséquence sur notre entourage immédiat et au-delà.

De la même manière que l’expression d’un gène bénéfique pour notre organisme est déclenchée par une alimentation saine, la bonne santé d’une société est dictée par des choix individuels soucieux du bien-être commun. Hélas, l’inverse est vrai aussi. Le recours à l’épigénétique permet ainsi de chercher l’équilibre dans notre corps tant biologique que social.

9. Zone critique

Étrange ouvrage que cette Symphonie du vivant qui débute comme un livre de biologie pour lecteurs habitués aux sciences, et qui dévie ensuite vers un genre très en vogue : le livre de coaching. En fait, Joël de Rosnay, en vulgarisateur aguerri, navigue constamment entre les deux tendances. Mais la démarche est périlleuse car, à vouloir séduire deux types de lecteurs aux attentes différentes, il risque de lasser les uns et de perdre les autres.

Passé cette réserve, La Symphonie du vivant est un texte agréable sur l’épigénétique. Il faut ajouter qu’il est fondamentalement optimiste, ce qui, dans le contexte actuel, est plutôt le bienvenu. Qu’il est rassurant, en effet, de se dire que nous ne sommes pas posés sur des rails dès notre naissance ; que nos actes et nos choix sont plus déterminants pour notre existence que ce code génétique enfoui dans chacune de nos cellules.

Dans la grande ruche humaine au sein de laquelle nous vivons, il est bon de savoir que n’importe quelle abeille peut s’extraire de sa condition pour devenir, qui sait ? la reine. À condition de bien se comporter…

10. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– La Symphonie du vivant, Paris, Les Liens qui libèrent, 2019.

Du même auteur– Je cherche à comprendre : Les codes cachés de la nature, Paris, Les Liens qui libèrent, 2016.– Surfer la vie : comment sur-vivre dans la société fluide, Les Liens qui libèrent, 2012.– Et l’homme créa la vie ; la folle aventure des architectes et des bricoleurs du vivant, Les Liens qui libèrent, 2010.

Autres pistes– Rutger Bregman, Utopies réalistes, Paris, Seuil, 2017.– Giulia Enders, Le Charme discret de l’intestin, Arles, Actes Sud, 2015.– Mathieu Ricard, Wolf Singer, Cerveau et méditation : dialogue entre le bouddhisme et les neurosciences, Paris, Allary Éditions, 2017.– Laurent Schwartz, Cancer, un traitement simple et non toxique, Vergèze, Thierry Souccar Éditions, 2016.– Peter Wohlleben, La Vie secrètes des arbres, Paris, Les Arènes, 2017.

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