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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Les Apprentissages autonomes

de John Holt

récension rédigée parCatherine Piraud-RouetJournaliste et auteure spécialisée en puériculture et éducation.

Synopsis

Développement personnel

Ce livre, publié aux États-Unis en 1989 à titre posthume sous le titre Learning All the Time et traduit en France en 2011 seulement, est le dernier de John Holt. Selon ce célèbre pédagogue américain, les enfants s’instruisent d’eux-mêmes, sans enseignement. Arguments et illustrations concrètes à l’appui, il explique comment ces derniers s’approprient les apprentissages, de manière aussi spontanée et naturelle qu’efficace, à partir de la vie courante, sans avoir besoin de la structure qu’est « école ». L’essentiel étant de mettre à la disposition des enfants les ressources nécessaires, dans un environnement de liberté et de plaisir.

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1. Introduction

Ce livre est le fruit de centaines d’heures d’observation fine du comportement des enfants, dans le cadre de son activité d’éducateur, puis de chercheur en éducation. Il y développe la théorie selon laquelle les enfants apprennent de la totalité de leurs expériences quotidiennes, aussi facilement et naturellement qu’ils respirent. Selon John Holt, les apprentissages libres et informels sont les seuls garants d’acquis réels et durables, contrairement aux enseignements classiques, codifiés et contraints, propres notamment à l’institution scolaire.

Il encourage les parents à respecter ce moteur d’apprentissage inné, en évitant un maximum de chercher à structurer ce dernier dans des enseignements cadrés ou répétitifs, tous contre-productifs. Ni même de chercher à s’immiscer dans leurs jeux, sous peine de couper court à leur créativité. Il y détaille aussi, conseils et ressources à l’appui (tableaux, jeux de cartes, problèmes…) les façons d’accompagner ces derniers dans leurs explorations, notamment en matière d’apprentissage des mathématiques, de la lecture et de la musique.

2. L’enfant apprend naturellement, par l’observation, l’intuition et l’expérimentation

Chez les enfants, le besoin d’apprendre est une constante essentielle. Selon John Holt, « les enfants sont des apprenants de nature ». Quels que soient son profil et son milieu familial, l’enfant apprend aussi naturellement qu’il respire. Ils observent, pensent, spéculent, théorisent, testent, au quotidien. Le processus par lequel ils transforment leur expérience en connaissance est exactement le même que celui suivi par les scientifiques pour élaborer les connaissances.

Si l’adulte tente de contrôler, de manipuler ou de dévier ce processus, il le dérange. Un interventionnisme prolongé le stoppe net. Le cheminement d’apprentissage de l’enfant devrait donc simplement suivre l’évolution de ses intérêts et de ses envies. Le rôle de la famille devrait se limiter à un accompagnement de ces découvertes, en fournissant à l’enfant les supports et les ressources nécessaires afin d’alimenter sa curiosité et sa réflexion. Il apprend aussi bien davantage à partir de choses, naturelles ou fabriquées, que par des outils conçus pour l’aider à apprendre.

Par ailleurs, l’enfant apprend là où il se trouve, et pas seulement dans des lieux spécialement prévus à cet effet. Pour John Holt, une structure telle que l’« école », est non seulement inutile, mais néfaste, car allant, justement, à contre-courant de cette aspiration au libre apprentissage. Il déclare : « l’enseignement ne fait pas l’apprentissage » (p. 16). C'est en recevant le moins d'enseignement que les enfants apprennent le plus. Ils aiment donner du sens aux choses, mais il faut qu’ils puissent le faire à leur manière et à leur rythme. Cela vaut pour tous les apprentissages, à commencer par celui de la lecture. « Apprendre à lire est facile et la plupart des enfants le feront mieux, plus rapidement et avec plus de plaisir s’ils peuvent le faire seuls – sans qu’on leur enseigne ni qu’on les teste – et en recevant de l’aide uniquement quand ils en demandent » (p. 127), explique-t-il.

3. Les apprentissages dirigés : un moyen contre-productif

John Holt dénonce plusieurs freins à un apprentissage serein chez les enfants : la pression, qui entretient la peur d'échouer ; la valorisation de la conformité, qui empêche le développement de leurs compétences créatives ; des programmes et des activités calibrés par avance et non adaptées à leurs multiples intérêts et talents ; le manque de sens, voire l’absurdité et les contradictions apparentes, de nombreuses notions abordées en classe, qui embrouillent les élèves. Il s’érige contre la méthode de la répétition (ou apprentissage par cœur).

Ce formatage forcé a, selon lui, des conséquences négatives et rédhibitoires sur la faculté de création et d’expérimentation innée des enfants. Sa conviction : non seulement la leçon non sollicitée ne conduit pas à un apprentissage, mais elle le limite ou le bloque, souvent de manière durable.

Il utilise trois métaphores pour définir l’apprentissage institutionnalisé. Primo : celle d’une chaîne de montage, dans une fabrique de bouteilles ou de mise en conserve, dans lesquelles les machines injecteraient des quantités de diverses matières (maths, lecture, orthographe, histoire, sciences…).

Secundo : celle d’un laboratoire, dans lequel les élèves sont comme des rats de laboratoire enfermés dans une cage, qu’on entraîne à réussir un tour, avec une friandise en récompense (« renforcements positifs »,) ou une décharge électrique en punition (« renforcements négatifs »). Tertio : celle de l’hôpital psychiatrique : si l’enfant échoue, on sous-entend que c’est parce qu’il est paresseux, désorganisé ou perturbé mentalement. On met aussi, souvent, ces échecs sur le compte des « troubles de l’apprentissage ». Or, les handicaps sensoriels sont souvent directement liés au stress.

Pour John Holt, le foyer familial constitue le cadre de prédilection pour l’exploration, l’apprentissage ou encore l’éducation. L’éducateur pointe du doigt un contraste sévère entre l’enseignement – informel et facultatif – reçu à la maison et celui – obligatoire et cadré – de l’institution. L’école à la maison offre l’avantage de l’intimité, de la liberté temporelle et de la capacité d’adaptation aux besoins particuliers de l’enfant. Elle permet également de ralentir ou d’accélérer les stimulations, en fonction du rythme et des envies de celui-ci. Elle est aussi plus propice au suivi de ses états d’âme, du fait de la proximité irremplaçable du lien parents-enfant.

4. Le rôle des adultes : être présent et bienveillants, sans jamais s’imposer

L'autonomie ne signifie pas ne recevoir d’aide. Selon la conception de John Holt, le rôle des adultes est, plus que jamais, prépondérant dans l’évolution de l’enfant. Mais il répond à un subtil équilibre. Ils doivent être attentifs, bienveillants et suffisamment présents pour mettre à disposition de ces derniers des ressources qui pourront les aider, tout en restant vigilants à ne pas chercher à les faire aller là où ils n’ont pas le projet d’aller. Un enfant apprend mieux, en effet, en suivant sa propre curiosité et s’il comprend par lui-même. D’où la nécessité de limiter au minimum les tentatives d’intervention dans leurs apprentissages, et même dans leurs jeux.

Un état de fait illustré ainsi par John Holt : « Si on laisse un enfant avec une pile de livres ou de documents à lire, 90 % de ce qu’il lira entrera dans sa tête et en ressortira plus ou moins aussitôt. Cependant, quand il lit de lui-même, il se produit la même chose que ce qui se passe dans une usine chimique qui extrait du magnésium à partir de l’eau de mer : des milliards de litres se déversent à travers cette grande usine de transformation. (…) Quand nous tentons de décider de tout à sa place, nous ralentissons le processus sans en augmenter l’efficacité » (p. 40). Par ailleurs, les motivations externes (récompenses, punitions, félicitations) tuent la motivation interne. Même les corrections sont inutiles et inefficaces tant que leur schéma mental n’est pas satisfait et approprié pour eux.

Ce que les adultes peuvent faire pour les enfants, c’est leur rendre leur environnement, proche comme lointain, plus accessible et évident. Ils peuvent aussi mettre à leur disposition outils, livres, jouets, enregistrements et autres ressources. Il est également pertinent de se mettre au maximum à la disposition de l’enfant pour répondre à ses questions. Leur rôle consiste aussi à donner l’exemple, moteur essentiel des apprentissages : les parents sont donc invités à les laisser les regarder fabriquer un meuble, peindre un tableau, cuisiner, écrire… Les activités quotidiennes pratiquées par les parents, figures d’attachement par excellence, étant les plus à même de susciter l’intérêt, et l’envie d’imitation, de l’enfant.

5. Un panel de ressources pour instruire ses enfants en toute liberté

Les derniers chapitres du livre apportent de vraies clés pratiques pour aborder les enseignements dits fondamentaux (arithmétique, lecture et écriture), mais aussi la musique, toujours en suivant le strict principe de plaisir et de découverte.

Sur les mathématiques, John Holt apporte une série de conseils et d’astuces visant à initier les enfants aux nombres et aux diverses opérations. Il préconise une approche très concrète pour les premières années, permettant une visualisation des nombres par les enfants, par exemple de petits objets alignés en rang, puis sous une forme géométrique (triangle, carré, polygone…). Pour leur apprendre à maîtriser les additions, il conseille de fabriquer une calculatrice artisanale, avec deux règles ou avec deux bouts de papier gradués.

Pour les multiplications, il propose un système de grille, visant à reconstituer des produits de manière progressive. Il apporte aussi une méthode simple et ludique pour multiplier des grands nombres. Il aborde, encore, l’approche des fractions et de l’infini, de la résolution de problèmes, des pourcentages… Il met à disposition des parents des jeux mathématiques, à base de quadrillages, pour s’initier à la géométrie, à la symétrie et conseille de se baser sur l’économie domestique pour les familiariser avec le maniement de l’argent, et donc des comptes.

Concernant l’apprentissage de la musique, il démonte (partiellement) le « mythe » selon lequel la clé numéro un, pour acquérir un niveau valable sur un instrument, est de débuter le plus tôt possible. Il recommande de s’appuyer sur la méthode Suzuki, une philosophie de l’apprentissage du violon, développée au milieu du XXe siècle par le musicien japonais Shinichi Suzuki en se basant sur l'acquisition universelle du langage.

Principes fondamentaux de cette méthode : commencer dès l’âge de trois-quatre ans, mais surtout en intégrant étroitement les parents, soigner le répertoire et dispenser des cours en groupe.

Quant à la lecture, il suffit de trente heures, soit une semaine d’école, pour en maîtriser les fondamentaux. Pour ce faire, il suggère d’éviter les livres de classe ou les dictionnaires et de placer dans l’environnement des enfants le maximum d’écrits provenant du monde des adultes, et donc attractifs pour eux : calendriers, cartes routières, tickets, lettres, tracts, factures, billets… Il s’agit aussi de leur faire la lecture à voix haute et, encore une fois, de montrer l’exemple, en lisant et en écrivant. Il donne aussi des pistes pour fabriquer des jeux de cartes pour inciter les enfants à former des syllabes, puis des mots cohérents, ainsi que pour améliorer leur orthographe.

6. Conclusion

Cet ouvrage a apporté, à sa parution à la fin des années 1980, un regard critique et extrêmement novateur sur le système éducatif. Il redonne aux parents une place centrale dans l’éducation de leurs enfants, en leur accordant notamment le pouvoir – quasi-exclusif – d’insuffler à ceux-ci le goût d’apprendre.

John Holt a été fondateur de l'instruction en famille (IEF), qui touche aujourd’hui plus de 5% des enfants américains et qui fait un nombre croissant d’adeptes en France, mais aussi des apprentissages informels sur les temps extrascolaires. De manière plus éloignée, les écoles alternatives, de type Montessori, Freinet ou Steiner, rejoignent aussi les théories de John Holt.

Elles assoient en effet leurs apprentissages sur la libre découverte de l’enfant et les expériences sensorielles, basées sur le concret (art, artisanat, expression corporelle, rapport à la nature…). Elles partent du concret pour aller vers l’abstrait.

7. Zone critique

Si John Holt est toujours l’un des penseurs majeurs de la question des apprentissages « différents », même dans ce domaine, il fait partie des marginaux. La pratique dérivée des préconisations des Apprentissages informels, le unschooling, s’oppose en effet à celle mise en œuvre dans 90 % des cas au sein même de l’instruction en famille : le home schooling, avec programmes plus ou moins structurés sur le modèle d’évolution des apprentissages prônés par l’Éducation nationale. Un modèle plus rassurant et plus facile à appliquer pour nombre de parents.

Par ailleurs, si elles ont été (et sont toujours !) révolutionnaires, les théories de John Holt vont de pair avec celles d’autres penseurs des apprentissages autonomes, des contemporains avec lesquels il a d’ailleurs travaillé main dans la main. L’Allemand Ivan Illich (1926-2002), libertaire et théoricien d’une « société sans école », d’une part ; le britannique A.S. Neill (1883-1973), créateur, en 1921, de l’école libre de Summerhill (sans cours ni obligation de présence), et auteur d’un best-seller éponyme en décrivant le fonctionnement, d’autre part.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Les apprentissages autonomes : comment les enfants s’instruisent sans enseignement, Paris, Éditions l’Instant Présent, 2016.

Du même auteur– Apprendre sans école, Paris, Editions L’Instant présent, 2012.– S’évader de l’enfance, les besoins et les droits des enfants, Paris, Éditions l’Instantprésent, 2015.

Autres pistes– Alexander Sutherland Neill, « Libres enfants de Summerhill », Paris, Maspero, 1973.– Catherine Baker, Les cahiers au feu, Paris, Bernard Barrault, 1992.– Ivan Illich, Une société sans école, Paris, Seuil, 2003.

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