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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Le Personal MBA

de Josh Kaufman

récension rédigée parYann HarlautDocteur en histoire (Université de Reim).

Synopsis

Économie et entrepreneuriat

Est-il nécessaire de passer par une école de commerce et de valider le sésame MBA pour occuper un poste managérial ou réussir dans l’entrepreneuriat ? Iconoclaste, Josh Kaufman pense que non, que de solides références et une bibliothèque d’ouvrages clés peuvent suffire à une autoformation. Fruit de son expérience chez Procter & Gamble, de ses convictions et lectures, cet auteur publie en 2012 aux États-Unis The Personal MBA présentant son ouvrage comme « La bible du business pour faire décoller votre carrière sans passer par la case MBA ». Pour 27 euros, en 477 pages, cet ouvrage est-il capable de concurrencer des formations chronophages et financièrement contraignantes ? Simple mirage ou nouveau concept ? Découvrons ce panorama synthétique des concepts-clés du business contemporain.

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1. Introduction

Dès ses premières pages, l’auteur explique les motivations de rédaction et de publication de son ouvrage. Le MBA (Master of Business Administration) est une formation internationale de haut niveau en matière de gestion d’entreprise : management, comptabilité, fiscalité, droit, finance…

Dans de nombreuses entreprises, c’est le sésame pour accéder à des postes de direction. Or ces formations coûtent cher, entre 40 000 € et 100 000 €, endettant les contractants de 1 200 euros par mois pendant 10 ans sans être assurés de décrocher un poste éminent. Josh Kaufman propose une alternative en se formant soi-même via la priorisation de ses besoins. Son ouvrage recense 226 concepts essentiels au fonctionnement optimal d’une entreprise. Les sujets sont regroupés en 11 chapitres synthétiques, complétés par une liste de conseils de lecture.

Josh Kaufman entend libérer le futur manager et entrepreneur de ses doutes en présentant de manière simple des concepts jugés compliqués.

2. Construire et piloter son MBA

Kaufman lance sa diatribe contre les écoles de commerce citant Matt Damon dans « Will Hunting » : « Tu as gaspillé 150 000 dollars pour un enseignement que tu aurais pu avoir pour 1 dollar 50 d’amende de retard à la bibliothèque municipale » (p. 33). Pour l’auteur, elles sont inutilement coûteuses avec souvent un mauvais retour sur investissement. Citant l’étude américaine de Jeffrey Pfeffer et Christina Fong sur quarante années de données, l’auteur insiste sur le fait n’y a plus de rapport de cause à effet entre l’obtention d’un diplôme ou MBA et la réussite professionnelle à court, moyen ou long terme.

De plus, leurs enseignements seraient parfois périmés, déconnectés de la réalité économique et du terrain. Par exemple, les écoles de commerce invitent leurs élèves à intégrer les grandes entreprises alors qu’aux États-Unis, 99,7% des employeurs sont des petites entreprises générant plus de 50% du PIB non agricole.

Selon l’auteur, les clés pour construire et piloter son MBA résident dans les rencontres auprès de professionnels de son secteur ou futur secteur d’activité. Puis, il convient de parcourir Internet, les blogs traitant du business et d’aller dans les bibliothèques. L’offre est pléthorique : 11 000 ouvrages paraissent annuellement sur les thématiques du business, soit un corpus de 650 000 titres uniquement sur Amazon.

À cela se rajoutent des ouvrages de sociologie et psychologie. La veille doit être permanente afin d’actualiser les données et références. Il faut questionner, soi et les autres, afin de cibler son futur apprentissage. Cette autoformation ouverte sur l’extérieur permet de limiter les doutes sur l’utilité des contenus, de développer l’esprit de synthèse et sa capacité d’adaptation. Il s’agit de maximiser son temps et de minimiser les risques d’échec puisque le contenu délimité répondra à nos aspirations, soit essentiellement trois points : créer de la valeur, travailler sur la nature humaine et assurer la pérennité de son système.

3. Créer de la valeur

La réussite entrepreneuriale débute par la création de valeurs. Toute croissance durable passe par cinq fondamentaux : créer un produit ou un service novateur, susciter l’intérêt et l’enthousiasme, amener le public à payer sans hésiter, donner satisfaction, dégager et entretenir sa trésorerie. Il convient d’être particulièrement attentif à tout ce qui facilite la vie. L’entrepreneur doit savoir être à l’écoute des besoins du moment, mais également anticiper les besoins à venir.

Pour cela il faut exercer une veille constante sur les évolutions sociales, sociétales, techniques et technologiques. La valeur ajoutée passe par l’affirmation d’une singularité d’offres ou de services et ainsi doit se démarquer de la concurrence.

« Fondamentalement, toutes les entreprises à succès vendent une combinaison de pouvoir, d’argent, de statut, d’amour, de savoir, de protection, de plaisir et de l’excitation dans des proportions variables. Plus vous aurez une idée claire de la manière dont votre produit peut satisfaire un ou plusieurs de ces besoins, plus votre offre deviendra attractive » (p. 59) Kaufman présente la théorie des besoins humains fondamentaux de Paul Lawrence et Nitin Nohria. Quatre besoins influencent profondément nos décisions et actes : les besoins d’acquérir, de se relier, d’apprendre et de se défendre. L’auteur complète ce propos par le besoin de ressentir, plaisir et stimulation. Mais avant de devenir un produit, il faut concevoir un prototype, que ce soit un bien ou un service. La mission prioritaire d’un entrepreneur est de faire fonctionner son idée et de le montrer.

Réaliser secrètement un prototype accentue les risques, car vous êtes dès lors seul juge. Au contraire, il faut montrer le projet à des clients potentiels et les tenir informés des avancées. L’itération permet d’améliorer l’offre si on respecte ces six étapes majeures : observer, réfléchir, décider, agir et évaluer. Obtenir un feedback pertinent des clients potentiels aide à comprendre dans quelle mesure l’offre répond aux besoins.

Un produit ne génère de valeur que lorsqu’il est vendu. La fixation du prix adéquat du produit répond à l’équilibre financier présent et futur de l’entreprise. Il faut également organiser le marketing du produit tout en maintenant la confiance et des avis positifs. Il faut veiller à rester précis et honnête afin de fidéliser sa clientèle. La meilleure stratégie à adopter doit viser la satisfaction de vos premiers clients. L’indicateur essentiel d’une entreprise est sa trésorerie. Les ventes favorisent la constitution et le renouvellement de la trésorerie. Mais il faut également surveiller les dépenses et les coûts de structure. La vision est essentielle aussi bien pour les retombées positives ou négatives que pour les contraintes et défis à relever.

4. Travailler sur la nature humaine

« Les entreprises sont créées par des individus et pour des individus » (p. 231). Comprendre la nature humaine est donc essentiel. Il convient de cerner l’humain par des lectures en psychologie. Le premier point passe par un travail sur soi, objet même de l’ouvrage. L’auteur conseille par exemple d’être en cohérence avec ses aspirations afin d’éviter toute insatisfaction personnelle. Il faut également apprendre à penser et à agir prudemment et patiemment. L’auteur insiste sur une bonne hygiène physique et mentale. Il présente un certain nombre de concepts et de mécanismes psychologiques dont la motivation lui semble être le point essentiel à toute action d’entreprise.

Cet état émotionnel relie les parties de notre cerveau responsables du ressenti et celles garantes de l’action. Face à un risque, nous avons naturellement tendance à reculer. Pour travailler efficacement sur soi, Kaufman lance ce conseil : « Supprimez les conflits intérieurs qui vous obligent à fuir les menaces potentielles et vous serez motivé pour vous rapprocher de ce que vous voulez vraiment » (p. 258).

Il est possible que vous soyez votre propre et unique salarié ; travailler efficacement avec soi-même devient primordial. Tout d’abord, il convient de se concentrer sur une seule chose à la fois. La « tâche la plus importante » doit être identifiée en fonction des résultats escomptés. Puis il faut mobiliser son temps et son énergie afin de finaliser le projet en cours, avant de passer à un autre. Tout repose sur la prise de décision et donc sur l’information. Une décision est dite éclairée lorsque 50 à 60 % de l’information est réunie. Vous pouvez alors évaluer sereinement les options, décider et vous lancer. L’objectif est de juguler les blocages et les peurs, éléments contreproductifs.

Dans n’importe quel business, travailler avec les autres est inéluctable : clients, employés, fournisseurs, collègues et partenaires. Chacun possède ses motivations et désirs. Il convient de gagner respect et confiance, de reconnaître les limites et les pièges des échanges collectifs, de mieux diriger ou gérer une équipe. Loin de vouloir manipuler les autres, il faut montrer sa reconnaissance (exprimer sa gratitude à l’égard des autres et de ce qu’ils font pour vous), sa courtoisie (politesse) et son respect (honorer le statut de l’autre). C’est le tiercé gagnant de Josh Kaufman qu’il faut appliquer à toutes les relations interpersonnelles, pas seulement dans un état d’esprit intéressé.

5. Assurer la pérennité des systèmes et organisations

Les entreprises sont des systèmes complexes évoluant dans des systèmes encore plus complexes : marchés, secteur d’activité et états. Tout ce qui vous entoure influence votre business, favorisant ou freinant votre activité. Il faut décomposer les systèmes complexes pour les comprendre. Selon la loi de Gall « tous les systèmes complexes qui fonctionnent sont issus de systèmes plus simples qui fonctionnaient » (p. 378). La première étape de l’analyse est donc la déconstruction, séparer les composants d’un système complexes en sous-parties simples. Les éléments universels de tout système sont l’interaction avec l’environnement, l’incertitude et le changement. Ainsi pour assurer sa survie, le système doit rester adapté aux changements inévitables de l’environnement.

Pour créer un système fonctionnel, il faut donc mettre au point un système simple répondant à des tests, puis l’améliorer au fil du temps. Un système est caractérisé par des ressources injectées dans le système (capital ou savoir-faire) et des ressources produites par le système (produits, services ou profits). L’ensemble est soumis à un flux, mouvement d’entrée et de sortie. L’efficacité du système passe par cette bonne gestion des flux et donc la collecte des données pendant que le système fonctionne. Tout repose sur les indicateurs mis en place et l’analyse des données collectées. Le manager-entrepreneur doit avoir le courage de regarder les choses de manière objective : « Efforcez-vous toujours d’être honnête avec vous-même et d’accepter de voir en face ce que les données vous révèlent sur les domaines à améliorer » (p. 407).

Afin de développer un business à succès, Kaufman invite à améliorer et optimiser son système, en maximisant les flux en sortie et en minimisant les flux en entrée. Dans tout système complexe, une minorité d’entrées produit la majorité des sorties. Il faut donc se focaliser sur les quelques facteurs qui produisent l’essentiel des résultats, les quelques clients qui font l’essentiel du chiffre d’affaires. Les autres affaires doivent être gérées en mode automatique ou semi-automatique. Avec l’automatisation, un système ou un processus peut fonctionner sans guère d’intervention humaine. C’est la clé de l’efficacité.

Toutefois, l’automatisation appliquée à une opération efficace augmente l’efficacité, mais l’automatisation appliquée à une opération inefficace amplifie l’inefficacité. D’où l’importance de procédures, tests et scénarios.

6. Conclusion

Josh Kaufman conclut son livre par le module « Un processus sans fin ». Il est suivi par deux annexes : une sélection de 98 livres (dont 35 traduits en français) et un questionnaire introspectif pour améliorer ses résultats. Ces 49 questions doivent permettre de cerner les axes d’amélioration dans sa vie personnelle et professionnelle, jugulant les interrogations et doutes. Cette rapide conclusion est à l’image du livre, concis et concret. Il peut se lire de manière linéaire ou transverse, l’ouvrir et le fermer, le rouvrir et le refermer. Conclure serait fermer et c’est justement ce que l’auteur veut éviter.

L’autoformation prônée par Kaufman est un voyage perpétuel pour tout esprit ouvert, il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre. Dans les mouvances de l’économie mondialisée, face aux changements, aux ajustements et incertitudes, cette souplesse devient un atout pour les entreprises. En développant son propre MBA, Josh Kaufman nous rappelle l’art d’apprendre, ouvrir une porte pour en découvrir une autre et ainsi de suite… avec un seul credo (certainement perçu plus sérieusement dans sa version originale anglaise) : « Amusez-vous ! » (Have fun!)

7. Zone critique

Kaufman démontre un excellent esprit de synthèse avec des chapitres courts. Il note avoir voulu cette construction pour reprendre Les 12 lois du cerveau de John Medina. Chaque module se lit en 10 minutes, commence par une accroche (histoire ou anecdote) et une courte explication du concept-clé. L’auteur se révèle ainsi un excellent pédagogue, illustrant les concepts au moyen d’exemples vécus ou relatés. Sa démarche favorise l’autonomisation, la souplesse, l’efficacité et l’adaptabilité. C’est une boite à outils qu’il convient d’ouvrir régulièrement, de compléter pour les lectures référencées ou via les liens Internet enrichissant certains concepts.

L’objectif est concret : donner corps aux idées et les traduire en plans d’action. Mais quelle est la cible ? L’étudiant, l’entrepreneur, le consultant ou les cadres supérieurs et dirigeants ? Ceux qui envisagent de suivre des EMBA (Executive MBA) ou des AMP (Advanced Management Program) et assimilés ? Ceux qui y ont renoncé ?

Ce livre est une invitation à ouvrir son esprit sur l’univers business et à approfondir ses éventuelles lacunes. Lire plutôt que suivre un cursus. Ce débat n’est pas nouveau, et la lecture a toujours été un passage obligé de toute formation. Par exemple, le jeune Elon Musk lisait deux livres par jour sur des disciplines variées. Confiant aux étudiants de l’université du Nebraska ce qu’il désirerait comme superpouvoir, le milliardaire Warren Buffet répond : « Être capable de lire plus vite » (p. 450).

Finalement, la question soulevée par cet ouvrage est celle de la rentabilité d’un MBA. L’auteur n’explique pas par exemple que suivre une telle formation permet de se poser, de se consacrer totalement et de nouer des contacts avec de futurs clients, associés, prestataires… Le MBA n’est pas seulement une histoire de contenu, mais permet d’accès à de nouveaux réseaux. Ce n’est pas le savoir dispensé ou la praticité des acquis qui déterminent la différence en France entre grandes écoles et universités. C’est une histoire de sélection, de posture, de réseaux et de réputation.

Finalement le pari de Josh Kaufman ne sera gagné que lorsque la référence de sa lecture dans un curriculum vitæ permettra à lui seul de décrocher un entretien d’embauche en lieu et place d’un MBA prestigieux. Le pari est lancé, mais loin d’être gagné…

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Le Personal MBA, Paris, Éditions Leduc.s, 2013.

Du même auteur

– The First 20 Hours: How to Learn Anything... Fast, Worldly Wisdom Ventures LLC, 2014.– How to Fight a Hydra: Face Your Fears, Pursue Your Ambitions, and Become the Hero You Are Destined to Be, Worldly Wisdom Ventures LLC, 2018.

Autres pistes

– Collectif, MBA. L'essentiel du management par les meilleurs professeurs, Paris, Eyrolles, 3e édition, 2014.– Collectif, MBA Finance. Tout ce qu'il faut savoir sur la finance par les meilleurs professeurs et praticiens, Paris, Eyrolles, 2017.

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