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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

La Quatrième Révolution industrielle

de Klaus Schwab

récension rédigée parMarie Tétart

Synopsis

Économie et entrepreneuriat

Intelligence artificielle, robotisation des modes de production et des services, impression 3D, stockage d’énergie, biotechnologie… autant d’éléments marquants qui ont bouleversé les modes de vie en s’imposant dans le quotidien en seulement quelques années. Nous ne vivons plus en 2019 comme nous vivions en 2000. La quatrième révolution industrielle a déployé ses premiers effets et nous n’en sommes certainement qu’aux prémices. Klaus Schwab revient dans cet ouvrage sur ce phénomène majeur qui constituera sans doute un tournant décisif de l’histoire humaine.

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1. Introduction

L’histoire de l’humanité a franchi une étape dans son développement : nous en sommes désormais à sa quatrième révolution industrielle. Partant de l’histoire de l’homme depuis qu’il a apprivoisé l’animal et conquis la terre, Klaus Schwab contextualise cette révolution, ce qui lui permet d’en démontrer les spécificités.

Il expose les éléments moteurs sur lesquels elle s’appuie et qui ont nom robotique de pointe, Internet des objets, biologie de synthèse… Les innovations technologiques, numériques et biologiques constituent des faits marquants qui ouvrent à un champ des possibles extraordinaire : l’humanité pourrait en ressortir grandie, plus égalitaire, plus juste et plus respectueuse de son environnement.

Elle pourrait aussi mener à une explosion de la violence et à des niveaux d’inégalités accrus si les parties en présence (entreprises, États, société civile) ne parviennent pas à accompagner et à diriger les changements qui s’annoncent. En tout état de cause, la quatrième révolution industrielle va transformer la société et surtout l’humanité – on ne peut qu’imaginer quels seront l’homme et la femme de demain dans ces nouvelles conjonctures.

2. Cinq révolutions en 10 000 ans d’histoire

On ne saurait mesurer l’ampleur de cette quatrième révolution industrielle sans évoquer celles qui l’ont précédée. Quatre révolutions de nature technologique ont progressivement modifié les sociétés humaines. La première d’entre elles s’est étalée sur des siècles : la mutation du chasseur-cueilleur en éleveur-agriculteur a façonné le monde pour des milliers d’années. Puis, en dépit des secousses historiques et des progrès technologiques divers signalés çà et là jusqu’au XVIIIe siècle, les sociétés humaines ont connu peu de changements socio-économiques d’envergure.

Il a fallu attendre la seconde moitié du XVIIIe siècle pour que s’accélèrent les mutations. Celles-ci se sont manifestées sous la forme des trois premières révolutions industrielles. Des controverses d’experts entourent les définitions de celles-ci, mais on peut retenir que tout commença avec l’avènement de la machine à vapeur. Alliée à d’autres phénomènes sociologiques complexes, cette première révolution industrielle lança les débuts de la mécanisation de la production. Cent ans plus tard, à la fin du XIXe siècle, la découverte et la maîtrise des principes de l’électricité permirent la création des chaînes de montage. La production mécanisée devint aussi une production de masse. Second acte, deuxième révolution industrielle.

La troisième révolution industrielle est apparue dans les années 1960 avec le développement des ordinateurs. Elle est aussi appelée révolution informatique ou numérique. La Troisième Révolution Industrielle voit naître les équipements informatiques, les logiciels et les réseaux. C’est en cela qu’elle est à la base de la quatrième révolution industrielle, qui intègre ces derniers au quotidien des hommes et des femmes, leur donne un rôle croissant dans les sociétés humaines et dans l’économie mondiale, et représente en outre un âge d’« innovations simultanées dans toutes sortes de domaines, du séquençage génétique aux nanotechnologies, des énergies renouvelables à l’information quantique » (p.19). Elle ouvre donc la voie à un monde complètement nouveau.

3. Les éléments moteurs de la quatrième révolution industrielle

La quatrième révolution industrielle va changer le monde – elle l’a déjà changé – de la même façon que l’ont fait les révolutions précédentes.

Certains faits cependant la distinguent et rendent ces changements beaucoup plus amples que tous ceux qui les ont précédés. La rapidité des bouleversements notamment est sidérante. Il a fallu des siècles, voire des millénaires à l’adoption de l’agriculture, à la sédentarisation des hommes, à l’édification des villes qui en a résulté. L’iPhone n’a été lancé sur le marché qu’en 2007 ; de nos jours, une grande partie de la population n’envisage plus de vivre sans smartphone. Quels sont les éléments moteurs de cette révolution industrielle ? Sur quelles innovations s’appuie-t-elle ? Elles ont toutes en commun de tirer leur force du numérique et des technologies de l’information. Klaus Schwab les classe en trois catégories : les innovations d’ordre matériel, les innovations d’ordre numérique et les innovations d’ordre biologique.

Les technologies de type matériel sont particulièrement remarquables, car elles laissent une empreinte physique dans le quotidien. Parmi celles-ci, l’auteur range la robotique de pointe, l’impression 3D, les véhicules autonomes (comme les drones) et les matériaux nouveaux tels que les plastiques thermodurcissables, qui pourraient rendre réutilisables des matériaux impossibles à recycler.

Plus diffuses, les innovations d’ordre numérique impactent tout autant la vie quotidienne, sinon davantage encore, que les technologies matérielles. Nous parlons ici de l’Internet des objets (IdO), qui consiste en un « réseau de relations entre des objets (produits, services, lieux, etc.) et des personnes reposant sur des technologies interconnectées et diverses plateformes » (p.31). Klaus Schwab cite en exemple Uber, Facebook et Airbnb.

Enfin, les innovations d’ordre biologique promettent des avancées spectaculaires dans le domaine médical, tout en soulevant des questions éthiques fondamentales. Le séquençage génétique est devenu beaucoup plus facile et moins cher, ce qui permet d’envisager à terme la capacité à réécrire l’ADN ou à créer des organismes sur mesure.

4. « Le Meilleur des mondes » ?

Les avancées technologiques améliorent les conditions de vie humaines. Selon Klaus Schwab, c’est une caractéristique constante de l’histoire. Les innovations ont vaincu en grande partie les disettes des époques passées et ont fait disparaître des maladies endémiques.

Elles ont rendu le quotidien plus confortable (par exemple, grâce à l’électroménager) et ont atténué la pénibilité physique des tâches par la mécanisation. La quatrième révolution industrielle promet les mêmes bienfaits avec peut-être plus d’ampleur. Ainsi, les progrès d’ordre biologique vont plus que jamais allonger l’espérance de vie humaine : « Plus d’un quart des enfants nés aujourd’hui dans les économies avancées devraient atteindre l’âge de 100 ans » (p. 45).

Les effets de cette révolution jouent aussi sur l’environnement. Selon Klaus Schwab, les progrès constatés dans la production et le stockage des énergies renouvelables vont freiner les conséquences du changement climatique.

D’autre part, les nouveaux matériaux rendent les objets plus résilients et, grâce aux capteurs, nous pouvons être connectés en permanence à ces objets et anticiper sur leur maintenance, ce qui permet d’augmenter encore plus leur durabilité. L’ère du gaspillage incontrôlé ne sera plus d’actualité dans les années à venir. Cet aspect devrait être renforcé par le recours de plus en plus massif des consommateurs aux plateformes. Le transport par le biais d’Uber ou la lecture audio sur Spotify nous font glisser d’une société de propriété à une société de partage, avec toutes les conséquences écologiques que cela suppose.

En dehors de ces conséquences matérielles et « chiffrables », la quatrième révolution industrielle induit une foule de changements plus subtils et moins aisément quantifiables, mais qui participent tous à l’élaboration d’une société plus transparente et interactive. Il en est ainsi de la relation entre les entreprises et les consommateurs. Grâce à Internet, ces derniers peuvent instantanément comparer les offres, s’informer des réputations, les défaire s’ils sont insatisfaits. Il devient plus difficile d’escroquer les consommateurs avertis, surtout ceux de la génération dite Y, la génération du Millénaire, qui ne se déconnectent pour ainsi dire jamais.

5. Des dangers à anticiper

Klaus Schwab ne mésestime pas les dangers qui sont inscrits en germe dans la quatrième révolution industrielle, dont il faut prendre la mesure afin de garder la main dans cette étape décisive de l’évolution de l’humanité.

L’une des principales menaces reconnues par l’auteur est celle qui pèse sur le marché du travail. Il est certain que de nombreux emplois seront supprimés. Plus encore : des professions entières disparaîtront. La robotisation va éradiquer les métiers basés sur des tâches répétitives ou qui nécessitent des compétences fondées sur la logique (aussi bien les conseillers fiscaux que les serveurs de restaurants). Les professions créatives ou nécessitant de prendre des décisions dans un contexte incertain devraient survivre plus longtemps.

or ce fait pourrait creuser les inégalités entre hommes et femmes. En effet, les domaines les plus touchés seront ceux dans lesquels les femmes occupent la majorité des emplois, par exemple les centres d’appels des marchés émergents et les postes commerciaux et administratifs des pays développés. Par ailleurs, les nouveaux métiers appelés à apparaître seront liés à l’informatique, aux mathématiques et à l’ingénierie, des secteurs plus majoritairement dominés par les hommes. Ce phénomène sera en partie contrebalancé par la hausse des métiers dit du care (métiers de la santé et toute activité fondée sur l’empathie) dans lesquels on retrouve plus souvent des femmes que des hommes. En tout état de cause, il est de la responsabilité des États d’infléchir les modes d’éducation afin de préparer les générations à assurer les besoins de demain.

D’autres effets négatifs pourraient résulter de la quatrième révolution industrielle. On pense notamment aux pays émergents qui ont fondé leur croissance sur le développement d’une main-d’œuvre bon marché dans laquelle puisent les entreprises des autres pays. La robotisation pourrait amener à une relocalisation de la production. Dès lors, les pays concernés devront « repenser leur modèle et leur stratégie d’industrialisation » (p.61). Globalement, le chômage et les inégalités économiques sont un vecteur de violence sociale. Ils servent de prétexte aux mouvements extrémistes et idéologiques, auxquels le cadre de la quatrième révolution industrielle donne des opportunités, comme l’a montré l’organisation État islamique : les nouvelles technologies se mêlent à des procédés militaires traditionnels et effacent les limites entre civil et combattant (p.103).

6. La modélisation d’une nouvelle humanité

Klaus Schwab esquisse le portrait d’une humanité qui va se transformer pendant la quatrième révolution industrielle. Il avoue son ignorance quant à l’ampleur et la nature exactes des changements ; mais ces derniers seront, c’est une certitude. « La quatrième révolution industrielle ne change pas seulement ce que nous faisons, mais aussi qui nous sommes. » (p.119)

On ne peut que donner des pistes quant à ce que sera demain. Quels seront l’homme et la femme lorsqu’ils auront vu s’allonger leur espérance de vie au-delà de toute espérance grâce aux progrès de la médecine ? Quelle sera leur vision du monde et d’eux-mêmes lorsque leurs capacités cognitives auront été développées, aussi bien par la réécriture de l’ADN que par les technologies diverses qui peuvent s’implémenter jusque dans le corps humain et faire de celui-ci un corps augmenté ? La possibilité de faire des « bébés sur mesure » sera-t-elle une réponse aux risques de maladies génétiques ou deviendra-t-elle une façon de « consommer » la parentalité ? La frontière est ténue entre le souci de guérir les maladies, les blessures et les handicaps, et le désir d’améliorer l’espèce humaine. D’ailleurs, selon quelles normes celle-ci pourrait-elle être améliorée ? Comment préserver la diversité et la richesse humaines qui naissent du hasard de chaque rencontre ?

Nous avons déjà changé. Une étude faite par des chercheurs de l’université du Michigan en 2010 a mis en évidence un recul de 40% de l’empathie chez les jeunes gens par rapport à la génération précédente (d’il y a 20 à 30 ans) (p.123). La cause est à rechercher dans la connectivité croissante avec la technologie et dans une moindre habitude à communiquer avec autrui en face à face et à lire les signaux visuels présents sur le visage et dans les gestes. La question éthique est importante et mérite des débats. Klaus Schwab invite fortement à la réflexion individuelle et collective sur ce sujet.

7. Conclusion

10 000 ans après la révolution de l’agriculture, l’humanité continue son évolution. Celle-ci a même subi une accélération stupéfiante en amorçant la quatrième révolution industrielle telle que définie par Klaus Schwab. Les nouvelles technologies (robotique, Internet des objets, bio-technologie, etc.) ont pénétré la société et ont commencé à la transformer en profondeur. Optimiste pragmatique, Klaus Schwab y voit d’extraordinaires opportunités qui pourraient libérer l’homme et instaurer une société plus juste et plus respectueuse de l’environnement.

Il en entrevoit aussi les menaces immenses, contre lesquelles il met en garde en encourageant à une coopération forte entre tous les acteurs (entreprises, États, universitaires et société civile). L’humanité de demain sera de toute façon transformée : il faut dès à présent « trouver l’occasion de [la] faire accéder […] à une nouvelle conscience collective et morale basée sur le sentiment d’un destin commun » (p. 138).

8. Zone critique

Klaus Schwab se veut optimiste. Cet ingénieur de formation se dit aussi volontiers technophile. Il envisage donc avec enthousiasme les effets de la quatrième révolution industrielle sur la société humaine. Son propos reste cependant mesuré et il insiste aussi sur les dangers qui guettent l’avenir de l’humanité. Il représente en cela la position du World Economic Forum, qui veut alerter les leaders d’aujourd’hui (du privé et du public) sur les coopérations à instaurer dès à présent. L’association est cependant considérée par une partie des médias et de l’opinion publique comme une tribune pour le monde des affaires.

Ainsi contextualisé, le propos de Klaus Schwab pose question, notamment sur la question des inégalités sociales. En exemple, il note que « permettre aux seniors de continuer à travailler [en reculant fortement l’âge de la retraite] présente de multiples bienfaits économiques » (p.44). Il n’aborde pas non plus la question de la réduction du temps de travail, alors que la thématique de la robotisation en est un corollaire évident pour certains sociologues et économistes tels que David Graeber.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– La Quatrième Révolution industrielle, Paris, Dunod, 2017.

Autres pistes– Jean-Jacques Servan-Schreiber, Le Défi américain, Paris, Denoël, 1967.– Erik Brynjolfsson et Andrew Mc Afee, Le Deuxième Âge de la machine. Travail et prospérité à l’heure de la révolution technologique, Paris, Odile Jacob, 2015.– John Maynard Keynes, La Pauvreté dans l’abondance, Paris, Gallimard, 2002.– Jeremy Rifkin, La Troisième Révolution industrielle, Arles, Actes Sud, 2013.

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