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Petit traité de lucidité sur soi-même et les autres

de Laurie Hawkes

récension rédigée parKarine ValletProfesseure certifiée de Lettres Modernes.

Synopsis

Psychologie

Et si la lucidité était la clé d’une vie meilleure et de relations plus harmonieuses avec les autres ? Laurie Hawkes propose d’explorer la façon dont nos aspirations et nos rêves peuvent nous compliquer l’existence et nous conduire de déconvenue en déconvenue. Il suffit pourtant d’un peu de clairvoyance et de bienveillance à l’égard de soi-même pour changer la donne et voir la vie autrement.

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1. Introduction

Nos attentes à l’égard de la vie sont déterminées depuis l’enfance par notre vécu familial, nos expériences affectives et relationnelles, ainsi que les valeurs qui nous ont été transmises.

Si l’existence nous offre son lot de difficultés et de déceptions, celles-ci ne sont donc pas seulement le fait de nos insuffisances, de nos erreurs ou du hasard. En en prenant conscience, il nous est possible de changer les choses pour mieux appréhender la vie et optimiser nos relations avec les autres. L’objectif n’est pas d’être moins exigeant, mais plus réaliste et lucide sur ce qui est à notre portée. Cela exige d’accomplir un vrai travail sur soi, dont Laurie Hawkes pose les jalons au fil de son livre.

Comment se façonnent les différents traits de personnalité d’un individu ? En quoi nos attentes à l’égard de la vie sont-elles influencées par cette structure psychique ? De quelle manière est-il possible de s’en libérer pour modifier son rapport au monde et à soi-même ? Exploitant les outils de l’analyse transactionnelle fondée par Eric Berne, l’auteure nous aide à reprendre les commandes de notre existence grâce aux vertus de la lucidité.

2. Quelles sont les différentes facettes de notre personnalité ?

L’analyse transactionnelle considère que la personnalité d’un individu comporte trois dimensions distinctes, qui interagissent en permanence pour établir un équilibre satisfaisant. La partie Adulte se caractérise par la capacité à analyser les situations et à concevoir des solutions. Elle revêt une fonction anticipatoire.

La partie Enfant est un reliquat de nos attitudes enfantines. Elle est dominée par des émotions de type égocentrique, dénuées de filtre, telles que la déception que l’on peut éprouver lorsqu’une sortie à laquelle on tenait est annulée. Enfin, la partie Parent s’inspire du mode d’éducation que nous avons connu dans l’enfance. Elle incarne la rigueur et moralise nos comportements. Si ces trois facettes sont toutes présentes en chacun de nous, elles sont plus ou moins dominantes en fonction des personnes. Le côté Adulte est en quelque sorte le médiateur qui temporise les conflits intérieurs entre les autres parties.

Les dimensions Enfant et Parent fonctionnent par opposition. Les individus chez qui l’Enfant est prédominant affichent une immaturité qui les rend souvent dépendants d’autrui. Selon les profils, ils sont en quête d’attention et de reconnaissance, se montrent peu responsables, manquent d’assurance, voire se perçoivent comme inférieurs aux autres.

À l’inverse, ceux qui développent davantage leur partie Parent oscillent entre attitudes directive, critique ou altruiste. On peut les scinder en deux catégories principales : les Sauveurs, qui prennent les autres en charge pour les aider ; les Persécuteurs, qui cherchent à mettre autrui dans le droit chemin et s’insurgent contre le non-respect des règles et valeurs.

3. Les jeux psychologiques

Lorsqu’une personne à dominante Parent et une autre à dominante Enfant entretiennent une relation, cela peut engendrer différents types de situation. Soit les deux sont en symbiose : il n’y a pas de remise en question du statut de chacun.

La relation reste donc figée dans un mode de fonctionnement déterminé. Soit les personnes le vivent mal et se lassent de leur statut respectif. Un « jeu psychologique » s’enclenche alors, c’est-à-dire qu’elles modifient leur comportement. Ce bouleversement peut conduire à une inversion des rôles. Pour le psychologue Stephen Karpman, la représentation schématique de ces relations prend la forme d’un « triangle dramatique », constitué par trois rôles interchangeables : le Persécuteur, le Sauveur et la Victime(à savoir la personne qui est en position Enfant). Il est à noter que ce rapport conflictuel est aussi à l’œuvre en chacun de nous, puisque tout individu comporte un côté Enfant et Parent.

Ce dernier tend à vouloir s’imposer par rapport à l’autre. Il envoie des messages, appelés drivers, destinés à orienter nos agissements. Ils peuvent par exemple nous enjoindre d’être fidèle, excellent ou généreux, et d’en faire notre ligne de conduite quotidienne.

4. Des scénarios de vie qui nous guident

Notre perception des autres, du monde et de nous-mêmes trouve son origine dans le « scénario de vie » que nous avons élaboré. Celui-ci dessine les contours de nos valeurs, de nos ambitions, de nos limites et de nos envies. Scénario gagnant ou non, il n’a rien d’objectif et nous impose une vision partielle ou faussée de nos perspectives de vie. Il est généralement influencé par de nombreux facteurs, à commencer par notre tempérament, nos expériences d’enfant et notre environnement familial.

Comme on intériorise les comportements et les exigences de nos parents, on a tendance à développer des attentes ou des choix de vie correspondants. Une personne qui a été choyée dans son enfance s’attendra à ce que la vie lui soit favorable, tout comme un enfant maltraité s’attendra, une fois adulte, à de la malveillance ou au rejet de la part des autres. Le contexte historique, social ou culturel participe aussi à l’élaboration du scénario de vie. C’est ainsi que le mythe de l’amour éternel, hérité des contes de fées, fait partie des espoirs nourris par de nombreuses personnes. Le scénario de vie propose donc un « cadre de référence », qui définit tout ce que l’on considère pouvoir attendre de la vie.

Ces attentes couvrent tous les domaines, de la vie privée au cercle amical ou au milieu professionnel. Le besoin de reconnaissance ou l’envie d’être aimé et apprécié correspondent aux exigences les plus universelles. Nos attentes peuvent également prendre une dimension plus profonde et exigeante lorsqu’elles se muent en idéaux de vie. Notre conception de la réussite sociale ou la défense de nos convictions s’inscrivent dans cette catégorie. Le combat pour un idéal est d’ailleurs souvent à l’origine des sacrifices les plus grands car il ne tolère aucun compromis.

Les résistants de la Seconde Guerre mondiale ou des figures comme Martin Luther King ont ainsi défendu leurs idées au péril de leur vie. L’idéal du moi se trouve au cœur de ces engagements indéfectibles pour une cause : il pousse un individu à s’accomplir pour être en concordance avec l’image qu’il se fait de lui-même ou aspire à donner.

5. Comment nos attentes influent-elles sur nos relations sociales ?

Lorsqu’un individu entre en contact avec une personne, il s’attend à découvrir en elle son reflet. Il la considère dotée des mêmes qualités que lui, des mêmes comportements et de la même façon de voir le monde. Bien entendu, c’est un leurre car chaque personne a sa personnalité propre et ne peut en aucun cas être une copie conforme d’un autre individu. Lorsque la spécificité de l’interlocuteur n’est pas prise en compte, le décalage est inévitable. Il peut créer des malentendus, de l’incompréhension ou des déceptions.

Pour ne pas commettre d’impair et nouer un bon contact, il faut entrer en relation avec l’autre en empruntant la bonne porte, c’est-à-dire en recourant au langage et au mode relationnel correspondant à son caractère. L’analyse transactionnelle distingue trois modalités d’échange avec autrui : la porte émotion, la porte action et la porte pensée. Si l’on aborde une personne de type rationnel ou cérébral en utilisant la porte émotion, un certain malaise risque de s’installer rapidement.

Par ailleurs, nos attentes diffèrent en fonction de la proximité que l’on entretient avec autrui. Selon le psychologue américain Georges Kohlrieser, nos relations peuvent être symbolisées par quatre cercles dont nous sommes le centre. Le cercle le plus proche englobe les individus avec qui l’on vit et développe des liens solides, comme le conjoint. Le cercle le plus éloigné correspond aux personnes avec qui l’on conserve des rapports distants, par exemple des collègues de travail.

Nos attentes sont aussi fonction du type de schéma relationnel auquel nous avons été habitués durant l’enfance et que nous reproduisons dans notre scénario de vie. On peut distinguer quatre modes d’attachement. Le plus constructif est l’attachement secure où l’enfant, aimé et entouré, développe une confiance en l’autre essentielle à sa vie sociale future. Dans l’attachement évitant, l’enfant reste distant parce qu’il n’a pas été habitué à des marques d’attention et d’affection. L’attachement anxieux/ambivalent se retrouve dans le cas d’enfants confrontés à l’instabilité affective de leurs parents.

Enfin, l’attachement désorganisé concerne généralement les enfants maltraités, oscillant entre peur et désir d’affection. Pour les personnes ayant connu l’un de ces trois derniers types d’attachement, il sera plus difficile d’entrer en contact avec les autres et d’avoir confiance en eux.

6. Les conséquences de nos attentes déçues

Si l’on manque de lucidité sur son fonctionnement psychologique, on s’expose plus facilement au risque d’être déçu. La désillusion n’est jamais très loin quand on se fixe des objectifs trop élevés ou qu’on se laisse guider par des attentes inconscientes modelées par nos expériences d’enfance. Ces objectifs dans lesquels on place tous nos espoirs ont un goût amer s’ils ne se réalisent pas. La facilité consiste alors à se mettre en position de victime ou bien à rendre les autres responsables de ses échecs.

Ce sont deux façons subtiles de ne pas endosser sa propre responsabilité et de se voiler la face quant aux causes de ses difficultés. Nous nous complaisons dans une attitude fataliste et passive qui nous empêche de trouver des solutions et d’avancer. Si, en outre, nous idéalisons nos proches, le piège se referme sur nous encore plus sévèrement. Nos relations humaines reposent alors sur une vision faussée de nos parents, de notre partenaire amoureux ou de notre meilleur ami. Cela nous amène à nourrir à leur égard des attentes disproportionnées. Lorsque le voile tombe, la désillusion n’en est que plus dure à surmonter, à moins que nous continuions à nous aveugler. C’est le cas des épouses de certains assassins, qui s’obstinent à admirer leur mari après la révélation de leurs crimes.

Lorsque nos attentes de reconnaissance ne sont pas satisfaites, notre déception peut s’exprimer de différentes façons. On peut abdiquer et renoncer à toute marque de respect ou gratification, tout comme on peut se mettre constamment en avant dans l’espoir de voir ses efforts récompensés. On peut aussi souffrir de n’avoir pas été compris ou reconnu pour ce qu’on est. Cette incompréhension est susceptible de provoquer une forme de dépersonnalisation : on se cherche et on ne sait plus vraiment qui on est.

Résultat : on s’enferme dans la solitude. Que nous attendions peu ou beaucoup de la vie, nos échecs et nos déceptions fragilisent l’estime que nous avons de nous-même. Ils peuvent nous faire douter de nos choix et nous paralyser dans nos projets.

7. Apprendre à porter sur soi un regard plus distancié

La compréhension des mécanismes psychologiques qui nous régissent de façon plus ou moins consciente est un point essentiel pour s’en libérer. Elle permet d’accéder à une vision globale de notre fonctionnement psychique. Elle nous apprend à être plus attentifs à nos émotions, à nos comportements et aux conséquences de nos choix de vie.

Cette découverte de soi ouvre de nouvelles perspectives puisqu’elle incite un individu à prendre en main son destin et à devenir autonome. C’est en cela que la lucidité constitue un tremplin vers une vie meilleure et mieux maîtrisée. Si elle nous oblige à faire face à ce qu’on est, elle nous aide aussi à mieux cerner nos qualités et nos défauts, à saisir l’impact que nos attentes et nos réactions peuvent avoir sur autrui. La lucidité contribue donc à notre développement personnel.

L’adaptation est l’une des clés pour s’émanciper de nos scénarios de vie négatifs ou en inadéquation avec nos aspirations. Par la connaissance de soi, on parvient à avoir des attentes plus raisonnables et réfléchies. Cela implique de faire le deuil de certains idéaux trop élevés, pour les ajuster aux circonstances. Cette flexibilité de nos attentes doit aussi s’appliquer dans nos rapports avec les autres. Inutile d’espérer de grands épanchements affectifs de la part d’un conjoint peu expressif ! Assouplir ses exigences à l’égard de soi-même et des autres permet d’accéder à une vision plus réaliste, ainsi qu’à une forme d’optimisme salutaire. On sait qu’on a les cartes en main pour améliorer les choses. On aborde ainsi la vie avec plus de sérénité et plus de confiance.

Si l’on reste figé dans les schémas comportementaux hérités de son enfance, on entrave son évolution et se ferme à de nouvelles possibilités. C’est dans ce cadre que l’auto-reparentage trouve son utilité. Cette technique, développée par l’analyse transactionnelle, consiste à rééduquer sa partie Parent persécutrice ou moralisatrice pour en faire un soutien bienveillant. La méthode est simple : il suffit de se répéter des phrases encourageantes ou consolatrices afin de contrecarrer les drivers négatifs.

La psychologue Muriel James propose même de s’attribuer un petit nom affectueux dans nos dialogues avec nous-mêmes. Lorsque ces habitudes sont bien ancrées, on modifie radicalement le poids des exigences que nous impose la partie Parent. On aborde la vie avec plus de plaisir.

8. Conclusion

La lucidité selon Laurie Hawkes consiste en une meilleure connaissance de soi.

S’il ne s’agit pas d’étouffer notre partie Enfant et notre partie Parent, notre dimension Adulte doit néanmoins devenir notre force première, celle qui nous permet de prendre du recul et d’être plus objectif. L’auteure nous invite donc à transformer notre scénario de vie en modèle gagnant, mais réaliste, par la sagesse de nos idéaux et le contrôle de soi.

9. Zone critique

L’analyse transactionnelle à laquelle se rattache Laurie Hawkes est une discipline créée par le psychiatre Eric Berne, dans les années 1950, aux États-Unis. Elle se démarque de la psychanalyse de Sigmund Freud à différents niveaux. Elle s’inscrit dans le courant humaniste de la psychologie qui s’appuie sur une vision positive des individus.

Elle repose sur des thérapies accessibles à tous, qui combinent rapidité de résultat et simplicité d’interprétation. Le jargon psychanalytique complexe est exclu et des grilles d’analyse facilement exploitables sont proposées au patient afin de le rendre autonome. Eric Berne et ses disciples, comme les psychologues Stephen Karpman ou Taibi Kahler, ont utilisé ou utilisent encore l’analyse transactionnelle à des fins de développement personnel et de connaissance de soi pour régler ses difficultés. Alliant thérapies individuelles et de groupe, cette discipline a la spécificité d’être fondée sur un contrat qui responsabilise le patient et le rend acteur de son évolution.

Si l’analyse transactionnelle s’est beaucoup développée depuis les années 1970, elle a aussi fait l’objet de pratiques controversées. Parmi celles-ci, la technique du reparentage, introduite par la thérapeute Jacqui Schiff pour soigner les psychotiques et les schizophrènes. Loin de la neutralité prônée par Sigmund Freud, le thérapeute vient se substituer concrètement à la figure parentale pour susciter une régression chez le patient. L’objectif est de le ramener à un état d’enfant pour lui permettre de remonter aux premiers traumatismes à l’origine de son mal-être. Dénoncée par Alan Jacobs notamment, cette pratique s’appuie sur des méthodes violentes et avilissantes comme les coups, les menaces et la contention des malades. Suite à la mort d’un patient, Jacqui Schiff a été radiée en 1978.

10. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Petit traité de lucidité sur soi-même et les autres, Paris, Payot et Rivages, 2014.

Du même auteur– La Peur de l'autre, Paris, Le Livre de poche, 2013.– La force des introvertis: De l'avantage d'être sage dans un monde survolté, Paris, Eyrolles, 2016.– L'Art de penser dans un monde distrait et violent, Paris, Odile Jacob, 2016.– Le Cours de notre vie : L'analyse transactionnelle aujourd'hui, Paris, Desclée De Brouwer, 2017.

Autres pistes– Eric Berne, Analyse transactionnelle et psychothérapie, Paris, Payot, 2016.– Muriel James et Dorothy Jongeward, Naître gagnant. L’analyse transactionnelle dans la vie quotidienne, Paris, InterÉditions, 2006.– Stephen Karpman, Le Triangle dramatique. De la manipulation à la compassion, Paris, InterÉditions, 2020.– Christel Petitcollin, Victime, bourreau ou sauveur. Comment sortir du piège, Paris, Jouvence, 2011.– Jacqui Schiff, Ils sont devenus mes enfants, Paris, InterÉditions, 1992.

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