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L’Islam en 100 questions

de Malek Chebel

récension rédigée parClara BoutetDoctorante en anthropologie sociale (EHESS/EPHE).

Synopsis

Société

L’ouvrage égraine cent questions incontournables pour apprivoiser l’islam. De l’origine du Coran et la vie du Prophète, à l’islam contemporain dans son rapport à la laïcité française, en passant par la culture musulmane, ses rituels, ses obligations et ses interdits : toutes les facettes d’un grand monothéisme sont abordées et rendues accessibles pour les curieux non initiés.?

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1. Introduction

Malek Chebel part du constat de l’omniprésence de l’islam dans l’espace médiatique français ces dernières années qu’il traduit par une (pré)occupation inversement proportionnelle à la méconnaissance de cette religion. L’islam est perçu comme « l’épouvantail le plus visible de la République ». Les sciences sociales elles-mêmes ne commencent à manifester leur intérêt que depuis le basculement du 11 septembre 2001. L’objectif de cet ouvrage est donc de lutter contre le fameux « amalgame », mais aussi contre les fantasmes d’une peur croissante. Il cherche, par ailleurs, à distinguer l’islam idéologique, de l’islam traditionnel et culturel.

La religion musulmane connaît trois lieux saints : La Mecque, Médine et Jérusalem. Les fidèles se tournent cinq fois par jour vers le premier pour prier et ont pour obligation de s’y rendre au moins une fois dans leur vie pour le grand pèlerinage. La Mecque est un territoire sacré qui abrite la Kaaba, « le cube », autour duquel les fidèles doivent tourner sept fois. Elle est la ville que le Prophète a quittée pour Médine lors d’un voyage nocturne. Un exil qui prend pour nom l’Hégire, daté de 622 et qui marque le début du calendrier musulman. Quant à Jérusalem, la ville trois fois sainte, elle est considérée comme la « porte du ciel » pour les musulmans, car elle recèle une pierre sacrée qui aurait servi de point d’appui au Prophète dans son ascension céleste.

Sur quoi est fondée cette religion ? Quels en sont les rituels principaux et les grands courants qui la composent ? Comment s’inscrit-elle dans l’histoire mondiale ? Les divers aspects de la culture et de la religion musulmanes sont abordés dans l’ouvrage, de l’histoire à la coutume, sans oublier les repères principaux et les grandes figures.

2. Le Coran et le Prophète

L’islam est une religion de la transmission du Livre . Allah est le Dieu unique, Mohammed est son messager parmi d’autres prophètes. Le Prophète Mohammed (on trouve plusieurs manières utilisées de façon indifférenciée d’écrire le nom du Prophète : Mohammed, Muhammad, Mahomet, etc.) est né en 570 ou 571. Son plus grand miracle s’avère l’appel à la conversion qu’il a connu, aussi dénommé « appel à la parole de Dieu ».

Par son message, ce sont d’abord des problèmes politiques qu’il a réglés, en particulier des conflits ethniques. Contrairement à d’autres prophètes, il n’est pas considéré comme un magicien ni un médecin. Son œuvre est d’abord spirituelle et théologique, puis politique et organisationnelle. En Arabie, dans un contexte polythéiste, Mohammed s’est forgé un tempérament à la fois d’homme prudent et ascétique, mais aussi d’homme de conviction et d’engagement. Sa jeunesse est peu connue.

En 610 ou 611, dans sa quarantième année, il accède à une vie publique extrêmement dense. Réputé pour son amour des femmes, de la prière et des parfums, il s’enrichit grâce à l’union contractée avec Khadidja, sa première épouse. Selon le récit, il se fait dépouiller de ses bien par des brigands alors qu’il conduit les caravanes de Khadidja. Il arrive alors démuni de ses biens à La Mecque. Rompant avec les intérêts matériels, il prend goût à la solitude et prend l’habitude de méditer dans une grotte. Lors de l’une de ses retraites, il reçoit la visite de l’ange Gabriel qui lui demande de lire. Muhammad n’a pas écrit de texte et la tradition le tient pour illettré. C’est ainsi que l’ange l’invite à répéter après lui et lui délivre un à un tous les versets, entre l’an 610 et l’an 632.

Rapidement, le Coran est traduit en persan et en turc, mais la première traduction destinée à l’Occident est une commande d’un abbé (Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, 1093-1156), pour combattre l’hérésie et démasquer le faux prophète. Il s’agit d’une traduction en latin, mais celle-ci porte les germes de la mauvaise réputation de l’islam en Occident car elle comporte plusieurs malveillances et des passages quasiment réécrits. C’est cette version latine qui servira ensuite de base aux traductions anglaise, italienne et allemande. Cette même version sera imprimée au XVIe siècle et fera longtemps autorité.

3. Les cinq piliers de l’islam

Les cinq piliers de la foi sont des règles imbriquées les unes dans les autres qui se soutiennent mutuellement. D’abord, la profession de foi : la chahada est le témoignage de l’existence du Dieu unique et de la sainteté de son Prophète. Sa formulation en français dit ceci : « Je témoigne qu’il n’y a qu’un seul Dieu et je témoigne que Mohammed est son messager ».

Ensuite, on compte la pratique régulière de la prière ; puis l’aumône, zakât qui signifie littéralement « rendre pur, licite et convenable tel gain, telle action ou telle pensée ». Il faut savoir qu’en islam, le commerce et l’enrichissement sont autorisés, mais il est interdit de pratiquer l’usure (c'est-à-dire recevoir des intérêts pour de l’argent prêté). Le quatrième pilier, le jeûne (ramadan) a pour but d’enseigner la patience, la modestie, la spiritualité, l’attention aux déshérités.

C’est aussi l’occasion d’une forte sociabilité à travers des retrouvailles familiales et un regain de religiosité. Le ramadan est fortement pratiqué, notamment par les jeunes qui marquent ainsi leur attachement à l’islam, d’autant plus qu’ils fréquentent nettement moins les mosquées que les générations précédentes. Des dérogations sont prévues pour les enfants, les femmes enceintes, les vieillards, les malades ou encore les voyageurs afin qu’ils ne pratiquent pas le jeûne. Aussi, le ramadan semble être le seul point d’unité véritable entre les musulmans car l’islam n’a pas de représentant unique, pas de « clergé » et le CFCM (Conseil français du culte musulman) est parfois contesté. Les lieux de prière ont tendance à être regroupées selon les origines de leurs membres : marocaines, turques, comoriennes, etc.

Enfin, le pèlerinage (hajj) : se rendre à La Mecque une fois dans sa vie est une obligation pour le musulman. Une fois par an, à l’issue du grand pèlerinage, un mouton est immolé en substitution à Ismaël, le fils d’Abraham et de sa servante Hagar. On reconnaît là l’histoire partagée avec le judaïsme et le christianisme, pour lesquels il s’agit d’Isaac, fils d’Abraham et de son épouse légitime Sarah. Mais le texte ne précise pas véritablement de quel fils il s’agit et la controverse persiste. L’histoire biblique raconte qu’au moment où sa tête s’apprêtait à toucher la pierre pour être immolée, l’archange Gabriel (Djibril) arrête Ibrahim (Abraham) et dépose, à la place de l’enfant, une bête sacrificielle. C’est ce qui est célébré lors de l’Aïd-el-Kébir, la grande fête qui marque la fin du hajj où les musulmans refont ce même geste sauveur.

4. L’Islam sunnite

L’islam connaît trois grandes familles qui, toutes, reconnaissent le Coran comme livre sacré, le Prophète comme l’envoyé, et un ensemble de normes appelé « charia ». Mais le Prophète a dit « la divergence d’opinions au sein de ma communauté est une bénédiction ». Les éléments du culte peuvent varier d’une famille à l’autre. Les trois grandes familles sont le sunnisme, le chiisme et le kharijisme. Le sunnisme, prône le juste milieu et le consensus, il est la branche majoritaire (environ 90%) de l’islam. « Sunna » signifie « la voie tracée », celle du Prophète. Le sunnisme marque le refus de toute innovation puisque le Coran et la conduite exemplaire du Prophète ont régi l’ensemble des règles juridiques liées au culte et à la vie en société.

Les recueils de hadith forment le second texte sacré de l’islam sunnite. Un hadith est un récit ou un propos rapporté. Il s’agit, en somme, de tout ce qui est considéré comme venant du prophète. Les paroles prononcées par les compagnons intimes du prophète n’ont pas cette valeur. Pour établir la véracité d’un propos assigné au prophète, il faut plusieurs témoins : un hadith est qualifié de « fort » s’il a suffisamment de témoins, de « faible » s’il en a peu. En tant que parole du prophète, le hadith est considéré comme exemplaire. Son importance est d’autant plus forte s’il aide à interpréter ou à comprendre un verset coranique. Mais le hadith est d’essence humaine, il est une parole – tandis que le Coran est considéré d’essence divine. Il joue un rôle considérable dans la piété et la pratique juridique.

Le sunnisme s’étend de la Chine au Maroc, en passant par l’Inde, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Arabie centrale, la Turquie, une partie des Balkans et l’Afrique subsaharienne. D’après Malek Chebel, la majorité des musulmans de France sont sunnites malikites, c'est-à-dire issus d’une des quatre écoles du droit sunnite, fondée sur l’enseignement de l’imam Malik ibn Anas (715-795) et majoritaire au Maghreb. Par exemple, la plupart des musulmans turcs sont hanéfites, c'est-à-dire membres d’une des quatre autres écoles sunnites qui domine le monde musulman d’Istanbul à Beyrouth.

5. L’Islam chiite

Les chiites représentent environ 8% des musulmans et sont plus nombreux en Europe depuis l’exil forcé des iraniens en guerre avec les pays voisins. Les chiites reconnaissent le Prophète et la divinité du Coran, ils observent également les grands rites de l’islam (en particulier les cinq piliers de la foi).

Plusieurs points marquent la divergence du chiisme avec le sunnisme. Tout d’abord, les chiites suivent la voie d’Ali, le calife « bien guidé ». Il est le cousin et le gendre de Muhammad, qui a épousé sa fille Fatima. Les représentants de l’islam chiite sont organisés en structure hiérarchique (mollah, ayatollah, etc.) qui peuvent aussi être perçus comme une hiérarchie de sainteté : les élites religieuses les plus éminentes sont considérées comme « supérieurement intouchables » ; cependant, le Prophète est le seul béni.

Le chiisme duodécimain (qui croit en l’existence des douze imams) est la branche principale du chiisme et constitue le deuxième courant le plus important de l’islam, après le sunnisme. D’ordinaire, quand on parle des chiites, on désigne implicitement les chiites duodécimains. Le mythe fondateur du chiisme duodécimain est le martyr de Husayn (ou Hussein), le fils cadet d’Ali, en 680 à Karbala. Refusant de reconnaître l’autorité du calife en place, il meurt en martyr. Chaque année, les fidèles commémorent la bataille de Karbala dans une série de rituels par lesquels ils expriment leur attachement à leurs imams ainsi que leur rapport au pouvoir jugé illégitime et confisqué. Ces rites sont ainsi utilisés comme instruments de mobilisation politique.

Les chiites souhaitent que le pouvoir ne se transmette qu’aux seuls descendants directs de Mohammad. Ils partagent les pratiques des sunnites mais divergent sur deux points fondamentaux : d’abord, ils reconnaissent l’autorité religieuse d’un chef, un imam descendant du Prophète et de son gendre Ali. La filiation de l’imam en fait un être supérieur, surnaturel, intermédiaire entre Dieu et les hommes. Il est dépositaire de connaissances secrètes, ésotériques, qui lui permettent d’interpréter la religion. Son autorité et ses enseignements sont infaillibles.

Ensuite, la lignée historique des imams s’est arrêtée au douzième d’entre eux, Mohamed el Gawan, disparu au IXe siècle. Selon les chiites, il n’est pas mort mais a été « occulté » et reviendra à la fin des temps. L’imam « caché », le Mahdi, est donc une sorte de messie qu’attendent les chiites. Cette notion est totalement étrangère à l’islam sunnite.

6. L’islam et son environnement culturel

La question qui appelle la réponse la plus longue dans l’ouvrage porte sur ce que la culture occidentale doit à l’islam sur le plan scientifique (n°68) complétée par la question suivante : « Qu’en est-il aujourd’hui de cet apport scientifique ? ».

La culture de l’Islam a notamment contribué au développement de la médecine, de la cosmologie, de l’alchimie, de la pharmacologie, de la parfumerie et s’est illustrée dans bien d’autres domaines. « On peut dire que des métissages durables et profonds se sont opérés entre la civilisation et [son] environnement immédiat. Mais comment mesurer l’influence des parfums, le recours à la sieste ou au hammam, l’impact des divans où l’on discute philosophie ? » (p. 195)

Pour l’auteur, c’est bien là que se joue le drame de l’Islam qui a perdu le lien avec son histoire et sa science. « Pourquoi la planète musulmane est-elle aujourd’hui exclusivement religieuse, bigote, hypocrite et incroyablement rétrograde au point de faire disparaître à jamais la race des savants ? » (p. 201) Il s’agit de réhabiliter les prouesses et les innovations apportées par la culture islamique, parmi lesquelles la circulation pulmonaire ou encore l’algèbre et l’algorithme en mathématiques.

Par ailleurs, l’auteur exprime son regret du manque de curiosité des cultures nationales européennes pour l’islam que traduit le propos de l’ancien roi du Maroc, Hassan II, en 1996 : « Que connaissez-vous de notre religion ? La grande cassure est là, voyez-vous. Nous savons presque tout de vous, mais vous ne savez presque rien de nous . » (p. 259).

Demeure une véritable difficulté pour les penseurs musulmans à se faire connaître sur des sujets qui ne soient pas relatifs à l’islam(isation). Quand bien même ils disposent d’une formation intellectuelle et méthodologique française, on ne cesse de les interroger sur leurs origines : « Pourquoi préciser qu’ils sont "musulmans" alors que leur inscription religieuse, leur positionnement éthique, leur culture même, leur permettent de s’affirmer comme des penseurs d’une modernité liée exclusivement à leur discipline » (p. 251).

7. Conclusion

L’ouvrage est clairement destiné à un public biberonné à la pensée occidentale judéo-chrétienne, c’est pourquoi certains repères issus de la culture populaire, à l’instar des personnalités converties à l’islam (parmi lesquelles Mohammed Ali, Franck Ribéry ou Maurice Béjart), balisent le recueil.

Des questions mettent le lecteur en perspective avec sa propre culture. C’est le cas, par exemple, pour les questions suivantes : « Qu’est-ce qui unit et sépare chrétiens et musulmans ? » (n°35) et « Mahomet est-il un équivalent de Jésus ? » (n°36) qui conduisent à une comparaison entre les cultures et leurs apports respectifs.

8. Zone critique

On relève une obsession généralisée à l’ensemble de l’œuvre de Malek Chebel et qui apparaît dans l’ultime question de l’ouvrage : « Pourquoi l’islam fait-il peur en France ? » (n°100), qui s’inscrit en miroir avec les propos de l’introduction, sur le surgissement brutal d’un islam qui fait effraierait, angoisserait tel que le révèle la première phrase de l’avant-propos d’un autre ouvrage de l’auteur : « L’islam, cet inconnu. Un inconnu qui fait peur ! » (L’islam expliqué par Malek Chebel, p. 7).

Certes, des raisons sociologiques permettent d’affirmer cette crainte et cette méconnaissance de l’islam depuis septembre 2001, mais l’auteur a pleinement endossé cette perception de l’islam et peut-être serait-il bon de s’en extirper et de cesser, précisément, de présenter ainsi cette religion quand on souhaite la faire connaître.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– L’Islam en 100 questions, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto », 2015.

Du même auteur

– Le corps en Islam, Paris, PUF, Quadrige Essais, débats, 2004. – Dictionnaire amoureux de l'islam, Paris, Éditions Plon, coll. « Dictionnaire amoureux « , 2004.– L’islam et la raison : le combat des idées, Paris, Perrin, coll. « Tempus » n°142, 2006.– L’islam expliqué par Malek Chebel, Paris, Perrin, collection « Tempus » n°254, 2009.– L’érotisme arabe, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2014.– L'inconscient de l'islam : Réflexions sur l'interdit, la faute et la transgression, CNRS, 2015.

Autres pistes

– Abdelwahab Meddeb, Pari de civilisation, Paris, Seuil, 2009. – La maladie de l’islam, Paris, Seuil, 2002.

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