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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Notre poison quotidien

de Marie-Monique Robin

récension rédigée parAlexandre KousnetzoffAncien élève de l'IEP de Paris.

Synopsis

Science et environnement

Depuis les années 1980, on assiste dans les pays développés à une inquiétante évolution : explosion du taux d’incidence du cancer, mais également des maladies neurologiques (Parkinson et Alzheimer), auto-immunes ainsi que des dysfonctionnements de la reproduction. Comment en est-on arrivé là ? Marie-Monique Robin entreprend de répondre à cette question dans cet ouvrage, fruit de deux années d’enquête en Amérique du Nord, en Europe et en Asie.

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1. Introduction

Ce livre est né d’un long processus enclenché en 2004 : à l’époque, l’auteure s’inquiétait des menaces pesant sur la biodiversité. Ses interrogations se sont progressivement élargies pour englober trois questions : est-ce que la multinationale chimique américaine, Monsanto, l’un des principaux producteurs de pesticides de la planète, que Marie-Monique Robin avait étudiée dans un précédent ouvrage constitue une exception dans l’histoire industrielle, ou, au contraire, son comportement criminel caractérise-t-il la plupart des géants de la chimie à travers le monde ?

Comment sont évaluées et réglementées les 100 000 molécules chimiques de synthèse qui ont envahi notre environnement et, surtout, notre assiette depuis un demi-siècle ? Et enfin, existe-t-il un lien entre l’exposition à ces substances chimiques et la progression spectaculaire des cancers, maladies neurodégénératives, troubles de la reproduction, diabète et obésité que l’on observe dans les pays développés depuis les années 1980, au point que l’OMS (Organisation mondiale de la santé) évoque à ce propos une « épidémie » ?

L’ouvrage apporte des réponses argumentées et remarquablement documentées à ces trois questions. Non, le comportement de Monsanto n’est pas exceptionnel dans l’univers des multinationales de la chimie, il serait même plutôt la règle. L’évaluation et la réglementation des molécules chimiques de synthèse ne sont pas crédibles du point de vue scientifique comme sanitaire : trop souvent, l’évaluation est faite par la firme elle-même qui veut mettre sa dernière découverte sur le marché… Et enfin, oui, il existe un lien certain et indubitable entre l’épidémie des maladies chroniques qui frappe les pays développés depuis maintenant une quarantaine d’années et l’exposition à ces substances chimiques en nombre toujours plus grand.Marie-Monique Robin nous convie donc à un voyage aussi passionnant qu’inquiétant au cœur des relations troubles entre chimie et santé publique.

2. Le Printemps silencieux de Rachel Carson

En 1962, la biologiste américaine Rachel Carson publie un livre qui fait l’effet d’une bombe : Le Printemps silencieux. Ce témoignage est considéré comme l’inspirateur de tout le mouvement écologiste américain et comme son point de départ aux États-Unis.

L’ouvrage décrit l’hécatombe des oiseaux dans le Midwest à la suite d’épandage de DDT et d’utilisation massive de cet insecticide par des particuliers à leurs domiciles, ainsi que par les services municipaux dans les parcs et jardins publics.

Résultat : les oiseaux tombent comme des mouches, car les taux de DDT atteignent des concentrations tellement élevées dans l’organisme des insectes dont ils se nourrissent qu’ils meurent empoisonnés dans leur presque totalité. Alors en effet, ces années-là, le printemps était silencieux dans une grande partie des États-Unis…

Dans cet ouvrage, Rachel Carson écrit, notamment : « Cette industrie est l’enfant de la Seconde Guerre mondiale. Dans la course pour développer des agents de la guerre chimique, certains produits chimiques créés dans les laboratoires se sont révélés létaux pour les insectes. Cette découverte ne fut pas un hasard : les insectes ont été largement utilisés pour tester les produits chimiques comme agents mortels pour l’homme. »

À cet égard, il n’est pas indifférent de rappeler que le chimiste allemand, Fritz Haber, auteur de nombreux travaux sur les gaz chlorés qui devaient donner naissance au DDT, est également l’inventeur du Zyklon B, le gaz toxique utilisé par les nazis dans les camps d’extermination pour mettre à mort leurs victimes. À n’en pas douter, il s’agit vraiment pour le DDT, comme d’ailleurs pour tous les insecticides et autres pesticides, d’un apparentement terrible…

3. L’insecticide « Lasso » de Monsanto et le combat de Paul François

Paul François est un agriculteur de Bernac, près de Ruffec, dans l’Angoumois. Il souffre de graves troubles chroniques provoqués par une intoxication aiguë accidentelle en 2004 à l’insecticide « Lasso » produit par la multinationale chimique américaine Monsanto. Il a déjà subi plusieurs hospitalisations, dont, la première aux urgences de Ruffec, une seconde au CHU de Poitiers, pendant plusieurs semaines, avant d’échouer à La Pitié-Salpêtrière à Paris où il a eu des comas à répétition.

Comme Paul François le reconnaît lui-même : avant son accident, il était le « prototype de l’agriculteur conventionnel ». C’est-à-dire que, sur sa ferme de 240 hectares où il cultivait des céréales (blé, maïs) et du colza, il était un adepte résolu de l’agriculture chimique, utilisant quotidiennement de nombreuses molécules dangereuses et nocives : insecticides, herbicides et autres fongicides.

Aujourd’hui, Paul François est devenu la figure de proue du Réseau pour défendre les victimes des pesticides, fondé en juin 2009 par le MDRGF (Mouvement pour le droit et le respect des générations futures, rebaptisé Générations futures en novembre 2010). Son histoire est en effet devenue le symbole du drame qui touche de nombreuses familles d’agriculteurs dans toutes les régions françaises.

Les pesticides, que l’on pourrait tout aussi bien appeler « biocides », « tueurs de vie », dans la mesure où ils détruisent toute forme de vie, et pas seulement l’espèce contre laquelle ils sont censés lutter, sont en effet des poisons violents. Des cocktails chimiques ultra-toxiques à l’origine d’accidents très nombreux pour ceux qui les manipulent. À l’heure actuelle, de nombreux utilisateurs de pesticides, des paysans donc, demandent la requalification de leurs troubles en maladie professionnelle. Une voie dans laquelle Paul François fut un pionnier.

Il a en effet obtenu gain de cause en novembre 2008 devant le TASS, le Tribunal des affaires de sécurité sociale d’Angoulême. Il était alors en procès à la fois contre Monsanto (le pot de terre contre le pot de fer) et contre la MSA (la Mutualité sociale agricole, la sécurité sociale propre aux agriculteurs). Une première dans une affaire de ce type, qui a ouvert la voie à d’autres indemnisations d’agriculteurs. Et surtout, cela a offert un nouveau regard sur les pesticides, qui ne sont pas les produits inoffensifs que fabricants et coopératives agricoles vantent à l’envi.

4. L’épidémie des maladies chroniques

Marie-Monique Robin évoque à de nombreuses reprises l’Appel de Paris de 2004, un manifeste lancé à l’occasion du colloque « Cancer, environnement et santé ». Cette déclaration solennelle avait pour tribune l’UNESCO et son but était d’attirer l’attention de tous, grand public et responsables politiques et économiques, sur les conséquences sanitaires désastreuses des résidus chimiques que l’on trouve désormais partout, et au premier chef dans l’alimentation.

Pour mieux prendre la mesure du phénomène que représenta en son temps ce manifeste, il est indispensable de citer son passage le plus important : « Nous, scientifiques, médecins, juristes, humanistes, citoyens, convaincus de l’urgence et de la gravité de la situation, déclarons : que le développement de nombreuses maladies actuelles est consécutif à la dégradation de l’environnement ; la pollution chimique constitue une menace grave pour l’enfant et pour la survie de l’homme ; notre santé, celle de nos enfants et celle des générations futures étant en péril, c’est l’espèce humaine qui est elle-même en danger. »

Cette prise de conscience, que l’on peut considérer comme bien tardive, est intervenue dans une véritable situation d’urgence. En effet, dans les pays occidentaux, « développés », plus de 80 ou 90 % des cancers ont comme origine la dégradation de l’environnement et le mode de vie moderne.

Le cancer est donc avant tout une maladie de l’environnement créée par la civilisation moderne. Une réalité dont les scientifiques du monde entier sont conscients depuis déjà longtemps. Pourtant, les mesures prises par les pouvoirs publics dans les grands pays de la planète ne sont pas, c’est le moins que l’on puisse dire, à la mesure des défis à relever. Pas plus d’ailleurs que les politiques menées par les organisations internationales compétentes en la matière, au premier chef l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) et la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture).

Il semble donc qu’il soit urgent d’attendre, et que l’épidémie des maladies chroniques n’est pas encore assez développée dans les pays riches pour que l’on se décide enfin à faire de leur éradication une véritable priorité des politiques de santé publique.

5. Réglementation sanitaire et lobbies industriels

Les additifs alimentaires sont aujourd’hui d’usage quotidien dans notre alimentation. Au point que l’Union européenne a établi une nomenclature comprenant environ 300 substances de ce type. Parmi les plus connus des additifs alimentaires, on peut citer l’additif E 621, qui correspond au glutamate, et surtout l’additif E 951, qui correspond à l’aspartame.

Découvert de manière fortuite en 1965 par un ingénieur chimiste du laboratoire pharmaceutique américain Searle, l’aspartame est extrêmement controversé. En effet, on lui attribue un rôle majeur dans le déclenchement et le développement des tumeurs cérébrales et l’on sait à présent que cette substance constitue un agent cancérigène aux effets dévastateurs. Pour ne pas parler de ses nombreux effets secondaires : on en a recensé quatre-vingt-onze, particulièrement indésirables pour l’organisme humain.

Pourtant, la mise sur le marché de l’aspartame n’a posé aucun problème. C’est la firme pharmaceutique Searle qui s’est en effet chargé de l’étude scientifique préalable. Une étude qui n’avait de scientifique que le nom, et dont les conclusions étaient établies à l’avance, avant même l’application du protocole d’évaluation : le but était d’obtenir dans des délais records l’autorisation de mise sur le marché, et non pas d’enrichir les connaissances de la communauté scientifique sur l’aspartame et ses possibles dangers pour ceux qui l’ingèrent.

Dire que, dans de telles études, les multinationales chimiques et pharmaceutiques sont à la fois juges et parties relève donc vraiment de l’euphémisme. L’auteur rappelle que, dans ce domaine, le secteur des entreprises est tout puissant, et n’est pas prêt à laisser quiconque découvrir le dessous des cartes d’un jeu particulièrement truqué. Voilà pourquoi l’aspartame, en dépit de tous les doutes (encore un euphémisme) sur son absence de danger, poursuit paisiblement une brillante carrière économique, que rien ne vient entraver, et surtout pas la réglementation sanitaire des pays riches.

6. Les dangers du bisphénol A (« BPA »)

Le bisphénol A, également appelé « BPA », est une molécule synthétisée par le biochimiste britannique Charles Dodds en 1936. Il s’agit d’une hormone artificielle largement utilisée dans les plastiques ou encore comme antioxydant.

Avec une production annuelle dans le monde voisine de 3 millions de tonnes, le bisphénol A est présent dans d’innombrables applications : récipients en plastiques durs, biberons, bonbonnes d’eau, CD, lunettes de soleil, papiers thermiques des tickets de caisse, ciments dentaires ou encore revêtements en résine époxy qui tapissent les parois des boîtes de conserve et des canettes de boissons. C’est assez dire la fréquence de l’utilisation de cette molécule.

Or le bisphénol A est à l’origine d’un véritable scandale sanitaire, dans la mesure où c’est un composant extrêmement dangereux et hautement toxique. Son innocuité sanitaire est en effet plus que sujette à caution, et les études qui ont conclu à la possibilité de son utilisation à grande échelle, datant de plus de quarante ans, sont considérées par beaucoup comme biaisées et ne présentant pas les garanties minimales de scientificité.

Parmi les dangers, et non des moindres, du bisphénol A : la multiplication anarchique et extrêmement rapide des cellules du cancer du sein, ainsi que des dangers très importants pour les fœtus exposés à cette substance. Les fœtus « contaminés » par le bisphénol A peuvent développer des anomalies permanentes et irréversibles. En d’autres termes, les enfants à naître présentent de grands risques de malformations.

Il est à noter que, si les effets du bisphénol A sur les fœtus sont irréversibles, ceux sur les adultes sont, eux, réversibles. Mais, concernant les fœtus, on sait qu’une seule atteinte sur une courte période peut influencer tout son développement futur. De même que l’on sait maintenant, grâce aux travaux de Frederick vom Saal, biologiste à l’Université Columbia de l’État du Missouri aux États-Unis, que des composants comme le bisphénol A peuvent, paradoxalement, n’avoir aucun effet s’ils sont absorbés à de fortes doses, mais des effets très puissants si l’on reçoit des doses infinitésimales.

Comme tous les perturbateurs endocriniens, dont le distilbène est le plus connu, le bisphénol A fait peser un danger très grave sur la fertilité humaine, et donc sur l’avenir de notre espèce. Une réalité qui devrait inciter à la réflexion les défenseurs patentés de toutes ces substances chimiques qui sont parmi les plus nocives.

7. Conclusion

L’auteure rappelle en conclusion cette phrase d’Albert Einstein : « Une nouvelle manière de penser est nécessaire, si l’humanité veut survivre ». Ce que Marie-Monique Robin traduit à sa manière, en intitulant cette partie de l’ouvrage « Changer de paradigme ». Il faut donc changer de modèle dans notre gestion de la santé publique, en tournant le dos à la complaisance organisée face aux multinationales de la chimie-pharmacie. Car le monde est confronté à une crise écologique globale qui concerne quatre domaines capitaux pour l’avenir de l’humanité : la biodiversité, l’énergie, le climat et la santé.

Pour remédier à cette crise multiforme, une véritable révolution de la santé publique est indispensable. De même ampleur que celle qui, au XIXe siècle, avait permis de lutter contre les maladies infectieuses par l’hygiène, l’éducation et l’amélioration de la qualité de l’eau. Cette nouvelle révolution doit être fondée sur « l’expologie », c’est-à-dire la prise en compte de toutes les expositions chimiques auxquelles l’homme est soumis dans son environnement.

8. Zone critique

La plupart des critiques de Marie-Monique Robin l’accusent d’être contre la science ou, pour employer une expression qui date un peu, « contre le progrès ». De vouloir revenir à l’âge des cavernes, et d’imposer l’alimentation biologique pour tous. C’est bien entendu caricaturer (et travestir) le propos de l’auteure.

Et ce d’autant plus qu’au vu des preuves accablantes réunies dans ce livre, il existe de nombreuses raisons d’exercer un sérieux recul critique vis-à-vis du progrès scientifique et technique appliqué à l’agriculture et à l’alimentation.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Notre poison quotidien, Paris-Issy-les-Moulineaux, La Découverte-Arte Éditions, 2013.

De la même auteure– Voleurs d’organes. Enquâte sur un trafic, Paris, Bayard Éditions, 1996.– Escadrons de la mort, l’école française, Paris, La Découverte, 2004.– Le Monde selon Monsanto, Paris-Issy-les-Moulineaux, La Découverte-Arte Éditions, 2008. – Notre poison quotidien, Paris,-Issy-les-Moulineaux, La Découverte-Arte Éditions, 2013.– Sacrée croissance !, Paris-Issy-les-Moulineaux, La Découverte-Arte Éditions, 2014.

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