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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)

de Marshall B. Rosenberg

récension rédigée parValentine ProuvezÉducatrice spécialisée, doctorante en Études Psychanalytiques (Montpellier, Université Paul Valery).

Synopsis

Psychologie

Dans cet ouvrage, Marshall Rosenberg expose la méthode qu’il a créée pour développer nos capacités d’empathie, améliorer notre communication avec les autres et avec nous-mêmes et désamorcer les situations de conflit. En s’appuyant sur des exemples empruntés à la vie quotidienne et des situations rencontrées dans son activité de médiateur, le psychologue décrit un processus en plusieurs étapes permettant de défaire les modes de pensée et de comportements violents auxquels nous avons été éduqués, pour renouer avec notre bienveillance naturelle.

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1. Introduction

Marshall Rosenberg est profondément convaincu que l’individualisme et l’agressivité ne sont pas chez l’homme des dispositions innées. Si la violence se manifeste et prolifère partout dans le monde, nous devons, selon lui, y voir les conséquences de notre conditionnement social.

À vivre dans ces sociétés bâties sur la domination des « masses » par une minorité, nous avons développé ce qu’il appelle « une mentalité d’asservis » : sans le savoir, nous véhiculons, par nos attitudes et modes de communication, des jugements de valeur destinés à entretenir ces rapports de pouvoir. Nous nous dévalorisons en permanence, nous critiquons les choses et les personnes en les qualifiant de « vraies » ou de « fausses », de « bonnes » ou de « mauvaises » … Ces comportements sont devenus des réflexes et ont envahi notre façon de communiquer. Or, de tels comportements ne peuvent qu’alimenter la violence. Rosenberg décrit ainsi une communication qui « coupe de la vie », qui est « aliénante ».

Cette tendance à classifier toute chose au regard des normes nous empêche de nous concentrer sur nos propres besoins et sur ceux des autres : nous passons ainsi à côté de leur signification véritable et cultivons les conditions de notre souffrance. Le développement de notre bien-être et la possibilité de contribuer à celui d’autrui doivent donc selon Rosenberg passer par une « reconnexion » méthodique avec notre nature authentique : celle de la bienveillance et de l’empathie.

2. Le langage ordinaire bâtit des murs entre nous et les autres

La réflexion de Marshall Rosenberg est fondée sur son expérience personnelle. Il évoque l’emménagement de sa famille à Détroit (Michigan) lorsqu’il était enfant et les manifestations quotidiennes et souvent extrêmes de violence auxquelles il fut alors confronté. Il découvrit le racisme. À l’école, il dut lui-même faire face à des injures et fut roué de coups en raison de son patronyme d’origine juive. Une question se glisse alors dans son esprit : comment résister psychiquement à la violence et surtout de ne pas l’alimenter en développant soi-même des comportements agressifs ? Comment rester connecté à sa vraie nature – l’ouverture à l’autre, la bienveillance, l’empathie – lorsque la vie nous expose à la violence et la barbarie ? Il se documente beaucoup sur ce sujet.

Parmi ses lectures, celle d’Une vie bouleversée, le journal écrit par la jeune femme juive Etty Hillesum durant la Seconde Guerre mondiale, le marque particulièrement. Très tôt, ses observations et réflexions le convainquent du fait que c’est dans le langage que se situe le facteur déterminant de la violence : sans que nous en ayons l’intention, nos paroles et attitudes agressent notre interlocuteur, suscitent en lui des réactions de défense. L’évitement ou l’agressivité par lesquels il réagit à nos paroles nous surprennent et nous blessent, ce qui entraîne mécaniquement une attitude similaire. Ainsi entrons-nous sans même nous en apercevoir dans la « spirale » de la violence.

La démarche de Marshall Rosenberg est de nous faire prendre conscience du fait qu’un usage « irréfléchi » de la parole produit de la souffrance pour nous-mêmes et pour notre entourage : nous blessons l’autre sans même en avoir l’intention, nous souffrons de l’indifférence ou de l’agressivité qu’il nous adresse en retour. L’objectif premier de la Communication NonViolente (CNV) est de parvenir à identifier, dans nos paroles et attitudes, ces éléments de violence. Marshall Rosenberg pointe d’abord cette tendance que nous avons d’évaluer continuellement les comportements d’autrui au regard de notre idée personnelle du « bien », du « juste », du « normal » ou du « beau ».

D’une part, cette façon que nous avons d’interpréter systématiquement la parole de l’autre à partir de nos prismes, de nos valeurs et de nos représentations personnelles fait que nous restons sourds à ses besoins, désirs et émotions : le jugement constitue donc le principal obstacle à la rencontre. Mais plus grave encore, cette attitude situe d’emblée la relation dans un rapport de domination : confronté à nos critiques, l’autre n’a d’autre solution que de s’y soumettre ou de contester notre autorité par des réactions agressives. Au lieu d’ouvrir à la rencontre, le langage ordinaire établit ainsi paradoxalement des « murs » qui nous séparent les uns des autres.

3. De la déception à la colère, et au sentiment d’être seul

Selon Rosenberg, la difficulté que nous avons à exprimer nos véritables émotions et besoins, à demeurer attentifs à ceux de l’autre est cause d’un « malaise » dans la communication, en particulier dans des rapports d’autorité (par exemple dans les rapports parents-enfants, enseignant-élève, ou dans les cadres socioprofessionnels).

Au lieu d’exprimer clairement nos demandes et les besoins sur lesquels elles se fondent, nous tentons d’exercer sur l’autre une pression pour qu’il se soumette à nos exigences : nous tentons de le contraindre par l’intimidation, la culpabilisation ou le rapport de forces. Il s’agit ici d’un mode de communication « aliénant » dans lequel chacun des interlocuteurs ne peut se positionner qu’entre soumission ou révolte. En aucun cas, les actes par lesquels nous répondons aux exigences d’autrui ne constituent une réponse fondée sur l’empathie et le désir authentique de contribuer à son bien-être ; bien au contraire, nous n’agissons ainsi qu’afin d’éviter son courroux et de nous soustraire à sa présence autoritaire.

Lorsque nous éprouvons l’impression pénible que l’autre tente de nous exploiter à son propre profit, comment pourrions-nous adopter à son égard une attitude d’ouverture et de compassion ? Ces modes de communication favorisent au contraire un repli sur soi défensif.

À force de subir les exigences et le poids du jugement des autres, nous finissons souvent par nous convaincre que « l’homme est un loup pour l’homme ». Or cette formule consacrée par le philosophe Thomas Hobbes (1588- 1679) constitue d’après Rosenberg le point d’entrée dans le cercle vicieux de la violence. C’est alors que nous commençons à penser que notre vulnérabilité, nos sentiments et nos envies doivent être dissimulés aux autres. La méfiance et l’autoprotection deviennent les mots d’ordre de nos relations. Nous développons ainsi une forme d’hermétisme qui nous prive de toute possibilité de satisfaire véritablement nos besoins.

Nous éprouvons le sentiment d’être seul, incompris et blessé dans nos aspirations profondes ; nos relations avec les autres nous frustrent et donc nous déçoivent. C’est ainsi que nous alimentons en nous des émotions négatives qui ne manqueront pas d’éclater dans des comportements violents, agressifs ou autodestructeurs.

4. La différence entre demande et exigence

Nous commettons généralement une erreur simple : celle d’attribuer à l’autre la responsabilité de nos émotions. Aucune rencontre, aucun évènement ne constituent en soi la cause de nos déceptions, de notre tristesse ou de notre colère ; tout au plus peuvent-ils constituer un prétexte pour laisser éclater les affects qui nous submergent à ce moment. Les deux causes les plus fondamentales de notre souffrance sont d’une part l’ignorance dans laquelle nous sommes de nos états émotionnels, et d’autre part notre incapacité à exprimer nos besoins aux autres sous la forme de demandes authentiques. Exiger et demander sont en effet deux choses très différentes : dans le premier cas, nous exposons (ou tentons d’exposer) à l’autre notre toute-puissance et le pouvoir dont nous disposons pour le soumettre à notre volonté ; dans l’autre, nous nous présentons à lui comme vulnérables et impuissants dans notre quête de ce que nous désirons. Seule l’expression d’une demande authentique permet à l’autre d’adopter à notre égard une attitude bienveillante et compatissante.

Dans cette situation, le fait de donner ce que nous demandons lui permet d’éprouver envers lui-même des sentiments positifs – celui d’être généreux, solidaire, aimant –, alors que la soumission à nos exigences ne fait que renforcer en lui des jugements dépréciatifs : « Je suis faible, dépendant », « Ma parole ne compte pas », « Je ne vaux rien », etc.

Rosenberg cite l’exemple d’une mère de famille qui éprouverait le sentiment d’être débordée par les tâches de la vie quotidienne et souhaiterait que les membres de la famille y contribuent plus activement. Sans même avoir exprimé (ni même souvent conscientisé) véritablement cette demande, celle-ci pourra s’exaspérer progressivement que chacun agisse au quotidien de façon individualiste, sans tenir compte de ses besoins ; puis, le jour où son fils aura laissé traîner par inadvertance une paire de chaussettes dans le salon, s’adresser à lui sur un ton particulièrement désagréable en exigeant de lui qu’il les range immédiatement ; voire même entrer subitement dans une « colère noire » !

Si le désir qui est à l’origine de cette explosion de colère est que l’autre soit davantage attentif à nos besoins, qu’il soit sensible et contribue activement à notre bien-être, nous ne pourrions cependant selon Rosenberg nous y prendre plus mal !

5. Les 4 étapes de la Communication NonViolente

L’objectif de la Communication NonViolente (CNV) est de nous permettre de sortir du registre agressif de l’exigence pour accéder à celui de la demande. C’est en effet seulement en acceptant d’exposer à l’autre notre vulnérabilité, nos manques, que nous pouvons espérer susciter en lui des réactions empathiques et des intentions bienveillantes. Nous devons donc apprendre à développer notre propre intelligence empathique, c’est-à-dire à percevoir et identifier nos besoins et ceux des autres, et à traduire ce que nous désirons sous la forme de demandes authentiques pour améliorer nos relations avec eux. Pour y parvenir, Marshall Rosenberg a développé une méthode structurée en quatre temps.

Le premier est celui de l’observation, durant lequel nous devons absolument suspendre notre activité de jugement : en nous focalisant sur nos sensations et émotions, nous pourrons ainsi réagir à ce que nous rencontrons de façon souple et adaptée, et ce, sans projeter sur la situation des interprétations « normalisantes » et figées. Les mots d’ordre de cette première étape sont l’ouverture et la réceptivité. Le fait de substituer aux généralisations des propos circonstanciés, fondés sur des observations actuelles permet d’éviter que les interlocuteurs ne se ferment.

Alors nous pouvons entrer dans le second temps de la CNV, qui est celui de l’expression de notre ressenti. Cette étape requiert également un travail considérable sur soi, car nous sommes peu disposés à dévoiler spontanément nos sentiments. Nous devons ainsi nous exercer à développer notre vocabulaire affectif pour parvenir à décrire clairement nos émotions, mais aussi à distinguer dans nos pensées ce qui relève du registre des sentiments, du jugement ou de l’association d’idées.

La troisième composante de la CNV vise à nous permettre de comprendre d’où viennent nos sentiments qui sont essentiellement déterminés par la satisfaction (ou l’insatisfaction) de nos besoins. Nous devons donc apprendre à identifier ce qui nous manque et nous anime. De la même façon, nous refuserons d’endosser la responsabilité des sentiments de l’autre et l’accompagnerons plutôt dans une prise de conscience de ses besoins et désirs inexprimés. Ainsi s’ouvre la 4e et dernière étape de la CNV, consistant à formuler à l’autre une demande explicite et à l’accompagner lui-même dans ce cheminement. La CNV est ainsi un processus qui nous permet d’œuvrer communément à la satisfaction de nos besoins véritables.

6. Conclusion

Pour que l’autre ne reçoive pas notre demande comme une exigence, il faut qu’il sente que nous sommes attentifs à ses propres besoins, c’est-à-dire que nous nous situons à son égard dans une attitude ouverte et compatissante : « notre objectif est d’établir une relation fondée sur la sincérité et l’empathie » (p. 109).

Cela suppose que nous soyons en capacité d’accepter son refus d’accéder à notre demande avec la même bienveillance. La CNV ne consiste pas en une méthode permettant de manipuler notre entourage pour qu’il cède à tous nos désirs ! « Le processus est destiné à ceux d’entre nous qui souhaiteraient que les autres changent et réagissent favorablement, mais à la seule condition qu’ils le fassent de leur plein gré et du fond du cœur » (p. 109). La célèbre formule de Gandhi, « Sois le changement que tu veux voir dans le monde », prend ici tout son sens.

Par de nombreux exemples tirés de son expérience de médiateur, Rosenberg démontre ainsi que le fait d’être sincère dans cette démarche permet non seulement d’améliorer significativement nos relations avec les autres, mais aussi de désamorcer de nombreuses situations de conflit.

7. Zone critique

Ce livre a été plusieurs fois réédité et bénéficie d’un succès important sur le plan international. Il intéressera particulièrement le lecteur désirant se former à la Communication NonViolente dans une démarche de développement personnel, aussi bien que les professionnels s’interrogeant sur les moyens de désamorcer les situations de violences et d’améliorer les relations interpersonnelles : notamment les enseignants, éducateurs, médiateurs ou managers.

Le petit-fils de Gandhi et président de l’Institut M.K Gandhi pour la NonViolence », Arun Gandhi, « recommande vivement la lecture de ce livre et l’application des principes de la Communication NonViolente dont il traite » ; cette méthode constitue en effet selon lui « un premier pas important et vers la création d’un monde de compassion » (p. 8).

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), Paris, La Découverte, 2016.

Du même auteur

– Dénouer les conflits par la Communication Nonviolente, Ed. Jouvence, 2006.– Enseigner avec Bienveillance : instaurer une entente mutuelle entre élèves et enseignants, Ed. Jouvence, 2006.– Vers une Education au service de la vie, Montréal, Éditions de l'Homme, 2007.

Autres pistes

– Thomas D'Ansembourg, Cessez d'être gentil, soyez vrai! : être avec les autres en restant soi-même, Montréal, Éditions de l'Homme, 2000.– Françoise Keller, Pratiquer la communication non violente : passeport pour un monde où l'on ose se parler en sachant comment le dire, Paris, InterÉditions, 2011.

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