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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

La Révolution d’un seul brin de paille

de Masanobu Fukuoka

récension rédigée parEstelle Deniaud BoüetDocteure en pharmacie (Université de Nantes).

Synopsis

Science et environnement

Cet ouvrage débute sur le constat qu’il est possible d’obtenir une productivité agricole optimale, grâce à une méthode de culture originale, le non-agir. Masanobu Fukuoka nous démontre que le riz ou les céréales peuvent être cultivés sans labourer, sans inonder les champs, sans utiliser de produits chimiques ni de machines agricoles. Ce rapport différent à la terre engendre aussi un rapport différent à la nature tout entière, mais aussi et surtout un rapport différent entre l’homme et la nature, ainsi qu’une vision nouvelle de l’humanité. L’homme moderne qui pense contrôler la nature pour en obtenir ce qu’il veut ne serait donc qu’un élément de la nature parmi d’autres.

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1. Introduction

Cet ouvrage débute sur le constat qu’il est possible d’obtenir une productivité agricole optimale, grâce à une méthode de culture originale, le non-agir. Masanobu Fukuoka nous démontre que le riz ou les céréales peuvent être cultivés sans labourer, sans inonder les champs, sans utiliser de produits chimiques ni de machines agricoles. Ce rapport différent à la terre engendre aussi un rapport différent à la nature tout entière, mais aussi et surtout un rapport différent entre l’homme et la nature, ainsi qu’une vision nouvelle de l’humanité.

L’homme moderne qui pense contrôler la nature pour en obtenir ce qu’il veut ne serait donc qu’un élément de la nature parmi d’autres.

2. L’agriculture naturelle et la méthode du non-agir

Dans La révolution d’un seul brin de paille, Masanobu Fukuoka présente ses principes d’agriculture naturelle, tels qu’il les a mis au point et développés sur les terres de la ferme de son père au Japon. Cette ferme comprend 6 000 m² de champs de riz et 6 hectares 200 de vergers plantés de mandariniers. Son agriculture naturelle repose sur une méthode de base, dite du non-agir, une « manière de cultiver qui fasse plaisir, naturelle, qui aboutisse à rendre le travail plus aisé et non plus dur » (p. 44).

L’auteur se place volontiers à l’opposé des agriculteurs des sociétés modernes, occidentales ou japonaises. Au lieu d’utiliser les techniques agricoles modernes, il les élimine une à une pour revenir à un mode d’agriculture, au plus près de la nature, sans la forcer à produire ce que l’homme en attend. Son agriculture sauvage repose sur quatre principes fondamentaux : tout d’abord ne pas cultiver, c’est-à-dire ne pas labourer, ni retourner la terre. Masanobu Fukuoka n’a pas labouré ses champs pendant plus de 25 ans. Ensuite, ne pas utiliser de fertilisant chimique ou de compost préparé. Masanobu Fukuoka remet l’ensemble de la paille de céréales à même le champ, dès la fin des moissons et des battages. Alternativement, il cultive une légumineuse pour enrichir le sol. En troisième lieu, ne pas désherber mécaniquement ni avec des herbicides. Les mauvaises herbes doivent être contrôlées, mais pas éliminées, car elles jouent aussi un rôle dans l’équilibre de l’écosystème. Le rythme et la précision des semences constituent le meilleur moyen de maîtriser le développement des mauvaises herbes.

Enfin, aucune dépendance envers les produits chimiques. La nature, en équilibre, permet aux plantes de résister par elles-mêmes aux parasites et aux diverses maladies des plantes.

L’agriculture naturelle ou sauvage décrite par Masanobu Fukuoka dans sa ferme japonaise a été testée dans différentes régions du monde, sous divers climats. Ses grands principes restent identiques, et seules quelques modifications sont nécessaires, comme le changement des espèces végétales pour s’adapter au mieux à chaque terroir. Progressivement, le retrait de toutes les techniques agricoles modernes permet de revenir à un état naturel de la terre.

3. Des champs de riz jusqu’au potager

L’agriculture naturelle basée sur la méthode du non-agir peut se décliner aussi bien pour les cultures de céréales que pour les vergers ou le potager. Masanobu Fukuoka fut l’un des premiers à cultiver le riz sans inondation systématique du champ. « Les agriculteurs ont fait pousser le riz dans l’eau pendant tant de siècles que la plupart des gens croient qu’on ne peut pas le faire pousser autrement » (p. 79).

L’inondation des champs de riz n’est pas nécessaire pour que le riz pousse, mais est utilisée pour contrôler les mauvaises herbes. Masanobu Fukuoka n’inonde ses champs de riz qu’une seule semaine, pour affaiblir le trèfle et favoriser le riz. Le riz pousse ensuite selon son cycle naturel, sans repiquage, comme s’il était sauvage. Les plants de riz sont alors plus forts avec un système racinaire plus développé et résistent mieux aux maladies.

Dans les vergers d’agrumes, les arbres fruitiers tirent également des bénéfices de la méthode du non-agir. Il est essentiel de les laisser pousser selon leur forme naturelle dès le départ, sans chercher à les contraindre par une taille annuelle. L’objectif est d’améliorer la qualité du sol, notamment en plantant autour des arbres fruitiers différentes essences, comme des cèdres, des pins, des poiriers, des kakis ou encore des néfliers. Ces arbres contribuent à enrichir le sol, tout en régulant les populations de parasites. Il peut être intéressant également de semer au pied des arbres des légumes ou des légumineuses, qui fertilisent le sol. « Faire pousser des arbres sans élagage, sans fertilisant ni pulvérisations chimiques n’est possible que dans un environnement naturel » (p. 85).

Le jardin potager est là aussi une illustration des avantages de l’agriculture sauvage. Masanobu Fukuoka considère qu’il est possible de cultiver des légumes partout où les mauvaises herbes poussent facilement. Les légumes sont semés, sans sillons ni trous, à des moments bien précis, sans désherbage systématique. Les mauvaises herbes sont même remises au-dessus des semis, pour éviter que les graines ne soient dévorées par les insectes ou les oiseaux. Chaque année, une partie des légumes n’est pas récoltée et de nouvelles pousses ressurgissent d’elles-mêmes l’année suivante.

4. L’agriculture naturelle est-elle aussi productive et plus écologique ?

Avec la méthode du non-agir, sans machines agricoles, sans préparation de la terre et sans fertilisants chimiques, Masanobu Fukuoka a, pendant des années, obtenu des rendements au moins équivalents à ceux de l’agriculture moderne.

Si les rendements sont au rendez-vous, qu’en est-il de l’écologie ? La méthode du non-agir demande moins de travail, même si elle en demande une certaine quantité contrairement aux croyances de certains, mais surtout elle ne requiert aucune énergie fossile et n’engendre aucune pollution pour l’environnement. Le sol s’enrichit de saison en saison. « Si la nature est livrée à elle-même, la fertilité augmente » (p. 62). De même, les maladies des plantes ne provoquent ni plus ni moins de ravages que dans les champs cultivés par les techniques agricoles modernes.

Pourtant, passer d’un mode d’agriculture moderne à une agriculture sauvage ne se fait pas instantanément. Masanobu Fukuoka a essuyé pas mal d’échecs à ses débuts et même fini par conclure que la transition devait se faire en douceur et non brutalement. Les méthodes agricoles jugées inutiles doivent être retirées les unes après les autres et pas toutes en même temps. L’objectif est de rétablir ou de maintenir l’équilibre naturel de l’écosystème.

Dans les champs de Masanobu Fukuoka, les nuisibles sont présents, mais leurs prédateurs naturels aussi. Les communautés d’insectes s’équilibrent et les maladies des plantes se développent peu. Pour préserver cet équilibre naturel, il est aussi capital de respecter les cultures spécifiques de chaque pays ou région.

5. Se nourrir naturellement pour être en bonne santé

Masanobu Fukuoka a consacré une grande partie de sa vie à développer l’agriculture naturelle ou sauvage, qui s’inscrit dans une vision plus globale de la vie et de la place de l’homme dans la nature. L’agriculture est pour lui indissociable de l’alimentation, de la santé et de la spiritualité. Il prône pour une alimentation naturelle, basée sur deux principes essentiels, des aliments disponibles près de chez soi et des aliments disponibles en fonction des saisons. Il élabore pour chaque période de l’année des associations possibles d’aliments naturels. « Une alimentation naturelle gît juste à vos pieds » (p. 156).

L’alimentation naturelle repose sur plusieurs critères, la nature même des aliments, c’est-à-dire comment ils ont été cultivés, mais aussi leur éventuelle transformation et la manière dont nous les goûtons. Les méthodes agricoles modernes dénaturent les aliments, au moins autant que les procédés de transformation de l’industrie agroalimentaire. En découle une altération de nos capacités gustatives. Chacun devrait pouvoir savourer le goût naturel d’un aliment, cultivé dans une terre en parfait équilibre. Masanobu Fukuoka milite avant l’heure pour la vente directe et les circuits courts. Encore faut-il que le consommateur accepte une telle alimentation et ne recherche pas comme trop souvent une alimentation standardisée, identique toute l’année.

Une alimentation naturelle constitue un gage de meilleure santé : « Nourriture et médecine ne sont pas deux choses différentes : c’est l’endroit et l’envers d’un seul corps » (p. 126). La consommation d’aliments non naturels provoque des déséquilibres dans le corps, à l’origine de divers problèmes de santé. Il serait alors possible de limiter le recours aux compléments alimentaires et aux médicaments en ayant une alimentation la plus naturelle possible. La nature offre aux hommes les aliments qui naturellement sont les meilleurs pour eux, en un endroit donné, pour une saison donnée. Inutile pour Masanobu Fukuoka de la forcer à produire toujours plus, il est capital d’apprécier à sa juste valeur ce qu’elle nous offre et qui est le meilleur pour notre organisme.

6. La science des hommes ne serait-elle au final qu’une ignorance ?

Si Masanobu Fukuoka fait automatiquement le lien entre l’agriculture sauvage, l’alimentation naturelle et la santé humaine, il inscrit plus largement son expérience dans une vision nouvelle de la science. « Tout ce que j’ai fait en travaillant la terre ici à la campagne, c’est d’essayer de montrer que l’humanité ne sait rien » (p. 48). En tentant de se rapprocher au plus près de la nature, il parvient à la conclusion que l’homme ne fait que s’en éloigner au fur et à mesure qu’il essaie de la comprendre.

Pour Masanobu Fukuoka, les seuls êtres humains capables de percevoir réellement la nature sont les enfants, qui ne possèdent ni arrière-pensée ni filtres sociaux. Si les hommes, et en particulier les scientifiques de toutes disciplines, tentent de percer les secrets du monde en établissant des classements, la nature est par définition un tout indissociable et toute tentative de classification revient à la déformer. De plus, l’homme cherche souvent à comprendre la nature pour mieux la contrôler et en obtenir ce qu’il veut. Or, « la compréhension de la nature dépasse la portée de l’intelligence humaine » (p. 53).

Aujourd’hui, nombreux sont les experts et les décideurs qui s’inquiètent de la pollution et des dégâts engendrés sur l’environnement. Pour Masanobu Fukuoka, enrayer la pollution nécessite de travailler simultanément sur l’ensemble des causes, ce qu’il croit difficilement possible dans le monde actuel. Les différents pollueurs ont surtout tendance à se rejeter mutuellement la faute. Nouvelle preuve pour l’auteur que l’homme est incapable de cerner la nature.

De nombreuses personnes sont venues passer un moment dans les huttes de montagne, proches de la ferme de Masanobu Fukuoka, des agronomes, des étudiants, des écoliers, des hippies, des poètes, des vagabonds, des hommes et des femmes de tous âges et de toutes origines. En cherchant à tout comprendre et à tout maîtriser, chacun ne fait au final qu’approcher la grande incompréhensibilité de la nature. « On dit qu’il n’y a pas de créature plus sage que l’être humain. En appliquant cette sagesse, les gens sont devenus les seuls animaux capables de guerre nucléaire » (p. 178).

7. Du retour à la nature vers une nouvelle philosophie de vie

Au travers de l’agriculture sauvage, Masanobu Fukuoka prône un retour de l’homme à la nature. Ce retour s’inscrit dans une philosophie de vie, puisque tous les aspects de nos existences sont associés les uns aux autres. Avant même d’avoir développé et expérimenté la méthode du non-agir, l’auteur dit avoir eu comme une révélation, que l’homme doit revenir à une forme d’humilité face à la nature toute puissante. « L’agriculture sauvage est douce et facile et demande un retour à la source de l’agriculture. Un seul pas qui s’écarte de la source ne peut être qu’un pas qui s’égare » (p. 52).

Profond opposant à l’agriculture commerciale, basée uniquement sur la recherche du profit au détriment des animaux, des végétaux et des écosystèmes, Masanobu Fukuoka incite les agriculteurs comme les consommateurs à retrouver une harmonie avec la nature. Une telle démarche favorise la vie spirituelle. Les hommes devraient tous se concentrer pleinement sur leur vie, au lieu de se poser trop de questions existentielles. Vivre simplement, guidé par les rythmes de la nature et par les besoins primaires des hommes.

Le retour à la nature serait ainsi le meilleur chemin vers l’épanouissement et le bonheur. À l’inverse, plus l’homme s’en éloigne en essayant de maîtriser la nature, plus il la détériore, plus il pollue et plus la société humaine régresse.

8. Conclusion

Cet ouvrage explique les principes de base de l’agriculture naturelle développée par Masanobu Fukuoka dans une ferme japonaise. À la base d’autres mouvements d’agriculture alternative, la méthode du non-agir dépasse de loin la seule sphère agricole. L’agriculture naturelle repose sur une autre vision de la vie, du rapport de l’homme à la nature et même de la place de l’homme dans la nature.

Selon Masanobu Fukuoka, plus l’homme cherche, plus il doit comprendre qu’il ne sait rien de la nature, qui est maîtresse en tous points. L’homme doit, dans ce lien étroit, savourer ce qu’elle lui donne pour rester en bonne santé et développer sa spiritualité. Chercher à maîtriser la nature, quelle qu’en soit la manière, ne fait que provoquer déséquilibre et nuisances.

9. Zone critique

Masanobu Fukuoka a développé au Japon les prémices de l’agriculture naturelle, qui a fait des émules dans le monde entier depuis les années 1970 et se trouve très proche de la science organique occidentale conçue par Sir Albert Howard. Bien que différente dans ses fondements de la permaculture, fondée par Bill Mollison et David Holmgren, ces deux visions alternatives de l’agriculture se retrouvent aujourd’hui réunies au cœur des questions d’actualité sur l’avenir du monde agricole, les enjeux écologiques et la préservation de l’environnement.

L’agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka s’oppose radicalement aux défenseurs d’une agriculture moderne et intensive. Dès ses premiers développements et jusqu’à maintenant, l’agriculture naturelle a connu ses adeptes, mais aussi ses détracteurs, affirmant qu’il est impossible de cultiver sans fertilisants, sans machines agricoles et sans produits chimiques. Au-delà de la dimension agricole, Masanobu Fukuoka revisite totalement le lien entre l’homme et la nature, répondant à un besoin actuel de retour vers la nature, mais s’opposant à une vision humanisée de la nature encore largement répandue dans la société moderne.

10. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– La révolution d’un seul brin de paille, une introduction à l’agriculture sauvage, Paris, Éditions Guy Trédaniel, 2015.

Du même auteur– La voie du retour à la nature : Théorie et pratique pour une philosophie verte, Paris, Éditions Trédaniel coll. « Le Courrier du livre », 2012

Autres pistes– Joseph Pousset et al., Agriculture naturelle : Face aux défis actuels et à venir, pourquoi et comment généraliser une pratique agricole "naturelle" productive, Paris, Éditions Agridécisions, 2009 – Johnny Rydge, Evolution Farm : Un modèle d'agriculture naturelle en milieu tropical, Papeete, Éditions au vent des îles, 2016– Jean-Marie Pelt, Cessons de tuer la terre pour nourrir l'homme ! Pour en finir avec les pesticides, Paris, Éditions Fayard, 2012

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