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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

L’Archéologie du Savoir

de Michel Foucault

récension rédigée parRaluca LestradeDocteure en science politique. ATER en Science Politique à l’IEP de Toulouse.

Synopsis

Philosophie

L’Archéologie du Savoir, parue en 1969, s’inscrit dans la continuité des œuvres précédentes – Les Mots et les Choses, Histoire de la Folie ou encore Naissance de la Clinique – de Michel Foucault. Mettant au centre du livre l’énoncé, l’auteur expose ici sa méthode : une « esquisse théorique a posteriori » qui ambitionne d’étudier le discours comme une pratique. Cela impose toute une série de nouveaux concepts : « positivité », « archive », « formalité discursive ».

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1. Introduction

Foucault met ici en question le document dont il constate un changement de position de la part des historiens : si, auparavant, elle « faisait parler les traces », l’histoire veut désormais « travailler » le document de l’intérieur, en le transformant en « monument ». Ayant subi une mutation épistémologique, l’histoire tend alors à une archéologie : une description intrinsèque du discours-monument.

Si la discontinuité représentait auparavant « un stigmate que l’historien avait à charge de supprimer », l’attention des historiens s’est désormais (depuis Marx) déplacée vers des phénomènes de rupture, dans le repérage d’un type nouveau de rationalité et de ses effets multiples. La question est de savoir « comment spécifier les différents concepts qui permettent de penser la discontinuité ». À l’aide de « disciplines » comme la grammaire générale, la médecine (la psychiatrie) ou encore l’histoire naturelle ou l’économie politique – autant de « familles d’énoncés » déjà étudiées – Foucault se propose, en quatre chapitres, de déployer les principes et les conséquences de cette transformation du savoir historique qu’il annonce. Sa méthodologie se veut « pure de tout anthropologisme », indépendante donc du sujet, de l’homme. Est ici étudié l’espace du discours, sa matérialité, ses changements et notamment les relations avec d’autres domaines.

2. Dispersion versus unité

La discontinuité pose des problèmes théoriques dont l’auteur souhaite s’affranchir. À la place de découpages historiques classiques, Foucault préfère une « population d’événements dispersés ». Son « découpage provisoire » est constitué par les sciences de l’homme (p.45) et place en son centre le document. Il met notamment « en suspens » les notions classiques d’« unité » et, notamment, celles de livre et d’œuvre. Face à ce qu’il nomme « unité discursive », l’unité d’un livre apparaît comme variable et relative, sa matérialité accessoire tandis que l’œuvre n’est qu’une « somme de textes qui peuvent être dénotés par le signe d’un nom propre » (p.37).

L’analyse discursive qu’il se propose de faire doit, elle, traiter un discours dans le « jeu de son instance », s’intéressant à sa « ponctualité », en saisissant l’énoncé dans l’étroitesse et la singularité de son événement, tout en évitant de le rapporter à des opérateurs psychologiques (une conscience humaine). Un énoncé est un « événement » que ni la langue ni le sens ne peuvent tout à fait épuiser. Un domaine immense s’ouvre alors, constitué de tous les énoncés effectifs dans leur « dispersion d’événements ».

Les énoncés ne forment pas un même objet. La psychopathologie montre, par exemple, que son « objet » n’est pas identique entre XVIIIe et le XIXe siècles. En effet, on ne concevait pas les mêmes maladies d’un siècle à l’autre. La science médicale montre aussi des « altérations » déposées au cours du XIXe siècle dans le discours médical. Il faut donc caractériser la coexistence des énoncés dissipés et hétérogènes. De nouveaux concepts apparus dans le cadre de la grammaire montrent qu’elle n’est qu’en apparence une figure cohérente. On aurait donc tort de de chercher dans l’existence des objets, dans leurs descriptions, dans les concepts ou les thèmes les principes d’individualisation d’un discours : cette cohérence doit être cherchée dans leur apparition, leur dispersion des points et des choix laissés libres. Comment peut-on dire toutefois que les énoncés appartiennent à un même ordre de discours ?

3. Le discours comme pratique

Il ne faut pas rapporter la formation des objets aux mots et aux choses, l’énoncé à un sujet : des règles de formation régissent le discours et ses rapports avec des objets extérieurs. La psychopathologie est de nouveau prise en exemple : on lui identifie des surfaces d’« émergence des discours », des milieux sensibles à la déviation (la famille, le groupe social proche, le milieu de travail, la communauté religieuse) ainsi que de nouvelles « surfaces » (l’art, la sexualité), des « instances de délimitation » (la médecine, la justice, l’autorité religieuse, la critique littéraire et artistique), enfin, des «grilles de spécification » (les différentes folies). Les relations discursives sont à la limite du discours. Pour le comprendre, il faut se passer des choses et des mots et le traiter comme une pratique, irréductible à la langue et à la parole, qui forme les objets dont il parle. Un autre exemple, celui du médecin, montre qu’il est porteur d’un statut singulier qui a été modifié à la fin du XVIIIe siècle : il est le thérapeute, le pédagogue, le relais responsable de la santé publique dans l’espace social. Les emplacements institutionnels de son discours (l’hôpital, le laboratoire, la bibliothèque) le placent dans une situation de « sujet questionnant » ou de « sujet regardant ». L’analyse discursive manifestant la dispersion du sujet sur ces divers statuts, un faisceau de relations est mis en jeu dans ce discours. Il faut donc étudier ce discours médical comme pratique et non comme phénomène d’expression provenant d’un sujet. Le champ conceptuel laisse apparaître les régularités ainsi que les contraintes qui ont rendu possible la multiplicité hétérogène des concepts. Ce sont en fait les discours qui organisent les concepts. La formation des énonciations ne saurait se rapporter à la forme pure de la connaissance et au sujet psychologique, la formation des choix théoriques à un projet fondamental ou au jeu secondaire des opinions, l’énoncé est bien autre chose.

4. L’énoncé : une fonction

L’énoncé est un objet spécifique et paradoxal qui peut donc être défini comme une fonction énonciative mettant en jeu des unités diverses. Au premier regard, un énoncé est un élément dernier indécomposable, l’« atome » du discours, susceptible d’être isolé en lui-même et capable d’entrer dans un jeu de relations avec d’autres éléments semblables à lui. Bien qu’il leur soit indispensable, l’énoncé ne pourrait s’identifier à une proposition, à une phrase, à un acte de langage (speech act) car on trouve des énoncés là où on ne peut reconnaître aucun des trois. L’énoncé n’existe pas sur le même mode que la langue ou les objets quelconques donnés à la perception. Il n’est pas réductible à des éléments grammaticaux. Il s’agit plutôt d’une fonction d’existence qui appartient en propre aux signes. Il faut décrire l’énoncé dans son exercice à un niveau énonciatif et non pas grammatical ou logique, lié à un référentiel qui définit les possibilités d’apparition et de délimitation de ce qui donne à la phrase son sens. Le sujet de l’énoncé n’est pas identique à l’auteur de la formulation, mais on doit pouvoir toutefois assigner la position du sujet pour qu’une série de signe devienne énoncé. Il doit pouvoir aussi être mis en rapport avec un champ adjacent et se doter d’une existence matérielle : l’exemple du volume Fleurs du Mal de Baudelaire montre que le « grain de matérialité » a changé avec les éditions, mais les « petites » différences n’ont pas l’altéré l’identité de l’énoncé.

L’identité d’un énoncé est influencée par les conditions imposées par l’ensemble des autres énoncés au milieu desquels il figure, le domaine ou le rôle/fonction qu’il a à jouer. Tout dépend du champ d’utilisation dans lequel il se trouve investi. On peut ainsi le décrire.

5. Décrire des énoncés

On appellera « phrase » ou « proposition » les unités que la grammaire ou la logique peuvent reconnaître dans un ensemble de signes, tandis que l’on appellera « énoncé » la modalité d’existence propre à cet ensemble de signes, qui lui permet d’être autre chose qu’une série de traces, une succession de marques sur une substance, autre chose qu’un objet quelconque fabriqué par un être humain. Un discours est constitué par un ensemble de séries de signes en tant qu’elles sont des énoncés. La loi d’une pareille série est une « formation discursive ». L’analyse discursive devient alors une « autre manière de s’intéresser aux performances verbales ». À la différence des linguistes ou des logiciens, elle voit dans le discours un ensemble des énoncés qui relèvent d’un même système de formation (par ex. discours clinique, économique). Décrire un énoncé revient à définir les conditions dans lesquelles s’est exercé la fonction qui a donné à une série de signes (pas forcément grammaticale, ni logiquement structurée) une existence spécifique, un jeu de possibilités possibles pour un sujet. Depuis que les hommes parlent, on sait que les choses sont souvent dites les unes pour les autres, une même phrase pouvant avoir deux significations différentes. L’énoncé n’est pas concerné par ce dédoublement car il est la modalité d’existence de la performance verbale telle qu’elle a été effectuée. L’énoncé ne s’offre pas à la perception, il faut une certaine conversion du regard et de l’attitude pour pouvoir le reconnaître et l’envisager en lui-même. Il n’est pas une unité à côté des phrases et des propositions, bien qu’il soit investi dans des unités de ce genre. Si la structure signifiante du langage renvoie toujours à autre chose, le langage étant toujours creusé par l’absence (p. 153), l’énoncé, lui, n’est pas hanté par la présence du non-dit. Le niveau énonciatif n’est ni caché ni visible, il est à la limite du langage. Comment peut-il être défini ?

6. Un effort de définition

Foucault se défend de développer une théorie, mais souhaite « libérer un domaine cohérent de description ». En examinant l’énoncé, il l’établit comme une fonction qui porte sur des ensembles de signes qui requièrent un référentiel, un sujet, un champ associé, une matérialité.

Cela le conduit à une définition : la formation discursive est « le système énonciatif général auquel obéit un groupe de performances verbales », et un discours est « un ensemble d’énoncés en tant qu’ils relèvent de la même formation discursive », tandis que la pratique discursive consiste en « un ensemble de règles anonymes, historiques, toujours déterminées dans le temps et l’espace qui ont défini à une époque donnée, et pour une aire sociale, économique, géographique ou linguistique donnée, les conditions d’exercice de la fonction énonciative ». L’analyse des énoncés ambitionne de déterminer le principe selon lequel ont pu apparaître les seuls ensembles signifiants qui ont été énoncés et pas d’autres. Elle cherche à établir une sorte de « loi de rareté ». Elle traite les énoncés comme domaine pratiques, les considère dans leur discontinuité. S’effectuant « sans référence à un cogito » (p.168), elle se situe au niveau d’un « on dit », entendu ici comme ensemble de choses dites, relations, régularités et transformations. Cette description traite des énoncés dans l’épaisseur du cumul où ils sont pris. Décrire un ensemble d’énoncés c’est établir une positivité : traiter des performances verbales au niveau de ces énoncés. Cette positivité définit un espace limité de communication.

Un système d’énoncés compose une archive : tant de choses dites, par tant d’hommes depuis des millénaires, ont surgi, non pas selon les seules lois de la pensée, mais grâce à un jeu de relations qui caractérisent en propre le jeu discursif (p.177). L’archive est la loi de ce qui peut être dit, le système qui régit l’apparition des énoncés comme événements singuliers. On ne peut décrire exhaustivement l’archive d’une société, d’une culture ou d’une civilisation ou encore d’une époque.

Elle est à la fois proche de nous, mais différente de notre actualité ; elle fait en revanche apparaître les règles d’une pratique qui permet aux énoncés de subsister, mais aussi de se modifier régulièrement. Elle est le système général de la formation et de la transformation des énoncés (p.179) et les recherches qui décrivent le discours comme des pratiques spécifiées dans l’élément de l’archive forment l’archéologie.

7. Archéologie et histoire des idées

L’archéologie doit être départagée de l’histoire des idées. L’histoire des idées traditionnelle a un « objet incertain, des frontières mal dessinées, des méthodes « empruntées à droite et à gauche », elle raconte l’histoire des « à-côtés et des marges », des connaissances imparfaites, mal fondées, elle s’intéresse aux « représentations qui courent anonymement entre les hommes dans l’interstice des grands moments discursifs », elle montre comment des problèmes, des notions, des thèmes peuvent émigrer du champ non scientifique vers la science (p. 187).

L’archéologie, en revanche, est précisément l’abandon de l’histoire des idées, le refus systématique de ses postulats et de ses procédures. Elle cherche à définir les discours en tant que pratiques obéissant à des règles. Elle traite les discours non pas comme des « documents », mais comme des « monuments », refusant d’être « allégorique ». Elle cherche à définir les discours dans leur spécificité. Elle définit des types et des règles de pratique discursive qui traversent des œuvres individuelles. Elle est une réécriture.

L’histoire des idées montre comment « la vérité s’est arrachée à l’erreur », elle ne cesse de déterminer des rapports, des conflits, de la résistance, de la répression. Elle fonctionne d’après une loi de la cohérence (p.203). L’archéologie, elle, peut constituer « l’arbre de dérivation d’un discours », faire surgir des « périodes énonciatives », décrire les différents espaces de dissension. Pour elle, les contradictions sont des objets à décrire pour eux-mêmes. L’archéologie est toujours au pluriel, parcourant des interstices et des écarts. Toujours limitée et régionale, elle cherche à faire apparaître des configurations singulières. Elle ne veut pas caractériser l’esprit ou la science d’une époque ou le visage d’une culture. L’analyse archéologique individualise et décrit des formations discursives. Chaque formation discursive entre simultanément dans plusieurs champs de relations où elle n’occupe pas la même place ni la même fonction. Elle peut décrire un champ institutionnel, un ensemble d’événements, de pratiques, de décisions politiques.

Analyse comparative destinée à répartir leur diversité dans les figures différentes (p.218), l’archéologie fait apparaître des rapports entre les formations discursives et des domaines non discursifs : par exemple, elle veut pouvoir montrer comment et à quel titre la pratique politique fait partie des conditions d’émergence, d’insertion et de fonctionnement du champ médical à la fin du XVIIIe. Le discours médical comme pratique s’articule sur des pratiques qui lui sont extérieures et qui ne sont pas elles-mêmes de nature discursive.

L’archéologie ne semble traiter l’histoire que pour la figer. Le recours à la chronologie ne lui sert que pour fixer des « points d’épinglage », autrement, le temps est esquivé. À l’inverse de l’histoire, elle cherche à « dénouer tous les fils que la patience des historiens avait tendus ». Elle insiste sur les discontinuités, décrit les différences, explique en quoi consistent les modifications, les phénomènes de continuité et de rupture.

8. Pas de science, mais des savoirs

Quel est le rapport de l’archéologie à l’analyse des sciences ? L’archéologie ne décrirait-elle pas des disciplines quasi scientifiques ?

L’Histoire de la Folie montre que ce qui a rendu possible la discipline psychiatrique est un jeu de rapports entre les règles et les institutions de l’exclusion sociale, celles de la jurisprudence, une pratique discursive qui était à l’œuvre et qui débordait la psychiatrie. Or les formations discursives ne sont pas des sciences. L’archéologie ne décrit pas des disciplines, elle analyse des positivités : elle montre selon quelles règles une pratique discursive peut former des groupes d’objets, des ensembles d’énonciations, des jeux de concepts, des séries de choix théoriques. Ces éléments ne constituent pas une science, mais un « savoir » : « ce » à partir de quoi se bâtissent des théories, le préalable de ce qui fonctionnera plus tard comme une connaissance, un ensemble d’éléments formés de manière régulière par une pratique discursive.

Les savoirs sont indépendants des sciences, mais il n’y a pas de savoir sans une pratique discursive définie. Toute pratique discursive peut se définir par le savoir qu’elle forme. Le savoir est l’ensemble des points d’articulation sur d’autres discours ou sur d’autres pratiques qui ne sont pas discursives. L’archéologie parcourt l’axe pratique discursive-savoir-science (p.247). Il faut distinguer les « territoires archéologiques » des domaines de la science car le savoir peut être ailleurs que dans le domaine scientifique.

L’archéologie peut montrer comment une science s’inscrit et fonctionne dans l’élément du savoir en parcourant plusieurs « seuils ». Une histoire archéologique des sciences s’intéressera à l’histoire des sciences à partir d’une description des pratiques discursives faisant ainsi une analyse de l’épistémè, c’est-à-dire de l’ensemble des relations pouvant unir, à une époque donnée, les pratiques discursives qui donnent lieu à des sciences.

9. Conclusion

En s’intéressant à ce que les hommes font quand ils parlent, Foucault se désolidarise des linguistes ou encore des logiciens. Il invite à sonder non pas l’unité, mais les discontinuités du discours, et présente, à la place des unités, des « formations discursives », situées hors de l’emprise du sujet.

L’archive de tout ce qui a été dit ou écrit par les hommes constituerait le système des énoncés et l’archéologie leur étude : elle montre que les discours fonctionnent dans une pratique, pris dans des rapports inter et extra discursifs.

10. Zone critique

Plus que la notion de discours, ce sont surtout les relations entre discours et ce qui leur est extérieur qui sont au cœur de cette étude. Le savoir est pratique discursive. Cet ouvrage met de côté le sujet et se désolidarise de l’histoire des idées afin de mettre en son cœur le discours comme pratique.

Livre étonnant par sa complexité, l’Archéologie du savoir représente avant tout une ambition théorique. La lecture des premiers ouvrages, plus « empiriques » de Foucault apparaît alors comme indispensable pour la saisir : L’auteur s’en sert pour les éclairer, mais aussi pour anticiper la critique.

11. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Michel Foucault, L’Archéologie du Savoir, Paris, Gallimard, 2017 (1969).

Du même auteur– Les Mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », 1966 (réédition « Tel », 1990).– L’Ordre du discours, Paris, Gallimard, coll. « Blanche », 1971.– Histoire de la sexualité I. La volonté de savoir, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1976 (réédition « Tel », 1994).– Histoire de la sexualité III. Le souci de soi, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1984 (réédition « Tel », 1997).

Autres pistes– Gilles Deleuze, Foucault, Paris, Minuit, 1986 (réédition poche, 2004).– Didier Éribon, Michel Foucault, Paris, Flammarion, 1989 (réédition poche, 2011).– Judith Revel, Le Vocabulaire de Foucault, Paris, Ellipses, 2002.

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