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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

L’adulte surdoué

de Monique de Kermadec

récension rédigée parAnne-Claire DuchossoyDoctorante en littérature française (Universités de Bordeaux Montaigne et Georg-August Göttingen).

Synopsis

Psychologie

Publié en 2011, l’ouvrage de Monique Kermadec est un guide pour comprendre ce qu’est un adulte surdoué. Nourrie de son expérience de clinicienne et des dernières recherches sur le sujet, l’auteure propose de répondre à toutes les questions que les adultes à haut potentiel et leur entourage peuvent se poser.

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1. Introduction

Même si l’on entend de plus en plus parler de haut potentiel et de surdoués, le sujet reste tout de même à la marge, surtout lorsqu’il s’agit d’adultes. Mais qui sont ces individus à quotient intellectuel élevé ? Le savent-ils eux-mêmes et l’acceptent-ils ? Comment prendre conscience de ses richesses ? Voilà autant de questions auxquelles Monique de Kermadec répond dans son livre. Son dessein est surtout que ces adultes différents puissent amorcer des déblocages et vivre heureux.

Si certains le sont déjà, beaucoup connaissent des parcours plus ou moins chaotiques. L’auteur donne des clefs essentielles pour enfin se comprendre et s’accepter.

2. Qu'est-ce qui définit un surdoué ?

Le mot « surdoué » désigne les individus qui possèdent des capacités intellectuelles au-dessus de la norme. On parle aussi de « haut potentiel » ou encore « d’intellectuellement précoce ». Pour confirmer un soupçon de précocité nommée également douance, il faut passer les tests de QI (WAIS-R pour les adultes) mis au point en 1939 par l’américain David Welschler. L’échelle des résultats va de 0 à 150, 100 étant le quotient moyen. Ainsi, sept groupes de distinguent :

– supérieur à 130 : intelligence très supérieure, cela concerne 2,2 % de la population qui représente donc les surdoués ;– de 120 à 130 : intelligence supérieure, 6,7 % de la population ;– de 110 à 120 : intelligence moyenne forte, 16,1 % de la population ;– de 90 à 110 : intelligence normale ou moyenne, 50 % de la population ;– de 80 à 90 : intelligence moyenne faible, 16,1 % de la population ;– de 70 à 80 : intelligence limitée, 6,7 % de la population ;– inférieur à 70 % : intelligence très faible, 2,2 % de la population.

D’autres aspects, que le test de QI ne prend pas en compte, sont présents chez le surdoué : ils sont sensibles aux défis personnels, se posent des questions mystiques, ne supportent pas l’injustice et les conduites immorales, aiment la tolérance et la sincérité… Les chercheurs ont défini tout particulièrement cinq traits de caractère récurrents, plus ou moins présents, chez les surdoués :

– divergence des points de vue : ne raisonnent pas de la même façon que les autres ;– excitabilité : « excès d’énergie allié à une réactivité émotionnelle hors norme et à une perception aiguë de l’environnement, naturel ou social » (p. 39) ;– sensibilité : empathie exacerbée, sentiments décuplés, sensibilité extrême ;– clairvoyance : « capacité à percevoir, en même temps, plusieurs aspects d’une situation, à en comprendre les implications et les intrications, à synthétiser immédiatement les données du problème et à entrevoir très rapidement la meilleure solution à adopter » (p 42) ; – perfectionnisme.

3. Les différentes formes d'intelligence

Il existe plusieurs intelligences. Voici les caractéristiques les plus importantes dans chaque catégorie d’intelligence :

– intelligence cognitive : un goût pour le raisonnement, un esprit de synthèse et de compréhension immédiate, un goût d’apprendre, une indépendance d’esprit, un large vocabulaire, une excellente mémoire à long terme, une. compréhension des concepts scientifiques…– intelligence émotionnelle : une hypersensibilité, un sens aigu de l’humour et du comique de situation, une. perspicacité sur les sentiments des autres, des sentiments passionnés…– intelligence relationnelle : une contestation de l’autorité, un non-conformisme, un sentiment de décalage avec les autres, un sentiment d’enfermement et de solitude, une. grande compassion et une grande empathie…– intelligence créative : de l’invention, de l’imagination, de la créativité, de la curiosité, des idées originales.

Mais attention aux mythes qui tendent à confondre surdoué et génie ! Le surdoué n’est pas obligatoirement bon dans tous les domaines, il ne surmonte pas toutes ses problématiques, il est malheureusement souvent en souffrance. Un adulte surdoué a obligatoirement été un enfant précoce qui n’a peut-être pas été dépisté.

Les surdoués peuvent passer inaperçus dans certains milieux sociaux et être plus facilement diagnostiqués dans d’autres. Beaucoup de surdoués ne savent pas qu’ils le sont et n’ont pas obligatoirement une image positive d’eux-mêmes, ils se démotivent et peuvent rencontrer des difficultés dans les rapports aux autres, voire échouer dans leur vie professionnelle.

4. Le surdoué et le monde

Des études ont montré que les personnes à haut potentiel prennent conscience de leurs dons lorsqu’ils sont en CE2 ou CM1, même s’ils ne savent pas obligatoirement les définir. Les enfants d’aujourd’hui ont plus de chance d’être dépistés, alors que les adultes sont certainement passés à côté d’un éventuel diagnostic lorsqu’ils étaient enfants. À moins de devenir un grand scientifique ou philosophe, beaucoup ne seront pas reconnus comme surdoués.

Les surdoués se sentent différents, en dehors d’un monde qu’ils peuvent percevoir comme dangereux, et même parfois superficiel, car « l’adulte surdoué ne comprend pas comment le plus grand nombre s’accommode de la médiocrité, de l’imperfection et de la niaiserie des divertissements organisés pour écarter les hommes de l’étude et des arts. » (p. 59) Les surdoués se posent énormément de questions sur le sens de la vie et de la mort, et cela depuis qu’ils sont petits. Ils ne comprennent pas et ne supportent pas l’hypocrisie, le mensonge qui règnent généralement dans la société, et souffrent beaucoup lorsqu’ils sont déçus, car eux sont entiers et accordent beaucoup d’importance à l’amour et à l’amitié !

Les individus à haut potentiel sont vus comme quelqu’un de « différent » : excentriques, bizarres, névrotiques, hypersensibles, difficiles à vivre. Voilà autant d’adjectifs qui servent à les définir ! Ils peuvent également être vus comme indiscrets, indisciplinés, perturbateurs, critiques, insoumis, rebelles et aussi paresseux. Les hauts potentiels essaient tout de même de s’adapter au monde et aux autres en s’adaptant à ce que l’extérieur attend d’eux. Mais cette adaptation est susceptible, au contraire, de les rendre encore plus malheureux. « Leur mal-être et leurs souffrances peuvent aussi empirer s'ils consultent des thérapeutes qui ignorent la question de la douance et passent à côté du diagnostic. Les symptômes dépressifs, les troubles, auront donc de grands risques, on l'a vu, d'être taxés de pathologiques » (p. 65).

Certains réussissent à s’adapter grâce à l’adhésion (adhérer aux demandes et attentes des autres), l’évitement (éviter les contacts avec les autres et se consacrer à son travail ou à une passion), le compromis (« établir un échange fructueux avec les autres ») ou à l’inscription à un club de surdoués (comme la MENSA).

5. Se comprendre

Il peut exister un problème d’identité chez les surdoués. Monique de Kermadec parle de vrai self et de faux self. Le vrai self correspond à ce qu’il y a d’authentique chez nous, il est le vrai soi. À contrario, le faux-self ne correspond pas à ce vrai soi, c’est un « masque élaboré depuis la plus tendre enfance pour protéger le self » (p. 104). Il est une sorte de contrôle sur sa personnalité qui permet de s’adapter à son environnement, aux règles de convenance : tous les individus possèdent un vrai self et un faux self. Malheureusement, chez les surdoués, il y a souvent un problème d’équilibre entre les deux.

Ces derniers sont effrayés à l’idée de montrer leur vraie personnalité, ils vont jusqu’à l’étouffer et laisser place à une fausse personnalité qui, selon eux, s’accordera mieux à ce que les autres attendent d’eux. Bien entendu, les dangers sont multiples : frustration, stress, angoisse, névroses, dépression, le sujet nie ses talents et passe à côté de sa vie ! Il écoute les autres, a besoin de leur approbation, il se laisse déstabiliser par les railleries et oublie d’écouter ses talents, d’écouter ses envies.

Il est important en premier lieu de se comprendre soi-même et d’avoir conscience des blocages. « Tout d’abord, pour se libérer, il faut qu’il s’identifie, qu’il nomme sa singularité et qu’il la comprenne » (p. 74), ainsi il s’agira de comprendre comment il fonctionne, et par conséquent de corriger ses façons de réagir, donc de canaliser son intensité et son énergie. Lorsque le diagnostic est posé, des mécanismes se mettent en place : beaucoup refusent le diagnostic ne veulent pas accepter leur différence, d’autres refusent une introspection pour avancer, l’auteure parle même de régression. Certains laissent parler leur colère. La peur de l’échec, présente depuis l’enfance, est toujours active avec l’angoisse que le travail d’introspection ne fonctionne pas. Pour finir, beaucoup ont besoin de l’approbation d’un tiers.

Il faut amorcer un travail. La première étape est de transformer ses faiblesses en forces ! Même s’il est impossible de changer son passé et d’effacer complètement ce qu’on est, il est important d’apprendre à « transformer certains sentiments négatifs et destructeurs, nés d’une différence mal diagnostiquée mal comprise et mal acceptée, en armes et en atouts » (p. 82). Il s’agit de faire de sa colère une force, un moteur, d’éviter le repli sur soi qui permet d’étouffer ses émotions, il faut plutôt apprendre à les doser justement. Il faut également se servir de l’humour pour apaiser les tensions et les situations désagréables. Prendre en compte la faible estime de soi est également nécessaire, car l’une des caractéristiques des surdoués est qu’ils n’ont absolument pas une belle image d’eux. On parle de syndrome de l’imposteur.

Ils ne se pensent ni plus doués ni plus intelligents que les autres. Ensuite, valider sa différence est primordial, c’est-à-dire reconnaître son haut potentiel. Pour avancer, repérer le rôle des groupes qui interviennent dans la constitution de l’identité peut aider. En effet, plusieurs éléments jouent un rôle dans la construction d’un individu : le soi, la famille, la culture, l’environnement géographique, le système éducatif, la personnalité, le système politique, les cycles de vie, le système politique (ouvert ou non aux enfants précoces).

6. Se faire aider pour vivre heureux

En plus d’apprendre à prendre conscience de la richesse de ses ressources, « l’adulte surdoué a besoin, plus que n’importe quel autre individu, de développer des mécanismes de défense pour protéger et affirmer sa différence » (p. 85).

L’auteur rappelle les principaux mécanismes de défense exposés par Alain Braconnier dans Protéger son soi pour vivre pleinement, mais explique que ces mécanismes ne doivent pas se retourner contre lui. En effet, l’humour permet de mettre à distance certaines émotions, mais le sujet surdoué ne doit pas devenir trop sarcastique. L’affirmation de soi permet d’apprendre à dire oui ou non, d’apprendre à affirmer qui l’on est, mais le surdoué doit faire attention à ne pas devenir trop radical.

Le recours à autrui consiste à savoir chercher et accepter du soutien. C’est surtout problématique pour un surdoué qui doit apprendre à faire confiance aux autres. L’auto-observation consiste à reconnaître et nommer ses sentiments et émotions pour prendre de la distance avec, chose difficile pour un sujet hypersensible. La sublimation dans un loisir permet de sortir de soi-même, mais attention au surdoué de ne pas laisser ce loisir prendre tout l’espace. Il faut savoir doser !

Un travail sur soi et toute forme de relaxation (yoga, respiration…) peuvent aider le surdoué dans cette quête, mais se faire aider par un professionnel est essentiel. Tous les surdoués sont différents, mais ils se rassemblent sur certains points. Selon Monique de Kermadec, la première chose à faire est d’affronter son faux self pour vivre sa pleine authenticité. « Il faut mettre à l’épreuve ces erreurs de perception et ces a priori, et chercher comment certains de ces jugements si solidement intériorisés peuvent être repris avec un regard plus indulgent, plus chaleureux » (p. 148). Une aide est nécessaire, car cette période de changement fragilise le sujet qui doit absolument dépasser la culpabilité. Le surdoué doit tenter d’analyser cette culpabilité : d’où vient-elle ? Qui en est responsable ?

Il est également essentiel de comprendre que l’échec fait partie de la vie même lorsque l’on a un haut potentiel. L’une des autres étapes est de prendre conscience de sa peur du risque alors même que celui-ci, tout comme la curiosité, fait partie intrinsèque de la grande intelligence. Pour affronter cette peur, il s’agit encore une fois de se poser les bonnes questions : de quoi le surdoué a-t-il peur ? : échec, abandon, perte de l’estime des tiers… C’est ainsi qu’il est important de mesurer sa dépendance à l’approbation.

Le patient doit se demander s’il a choisi ce qu’il a fait ou s’il a été influencé par les autres (les parents par exemple). Accepter de se retourner sur son passé et de l’analyser est donc la base d’un travail sur soi, car cela permet de dénouer les différents événements, les erreurs, les blessures… Consolider l’estime de soi est la dernière étape à franchir.

7. L'aptitude au bonheur ?

Les adultes surdoués pensent être inaptes au bonheur. Leur différence complique leur vie, certes, mais le bonheur est possible. Le premier pas pour toucher au bonheur est de laisse tomber le faux self. Il est essentiel de se tourner vers ce qui fait sens, ce qui est essentiel à ses yeux ! Bien entendu, tout ne se réglera et ne deviendra pas simple en une seule fois, car l’adulte à haut potentiel est souvent dans l’excès, si bien qu’« il faut aussi établir les bonnes distances, se ménager des plages de solitude, apprendre à être un peu égoïste.

Apprendre à se taire lorsqu’on est trop enthousiaste, ou à parler si l’on s’est refermé comme une huître dans le mutisme et la solitude » (p. 167). Il ne faut pas oublier non plus qu’il est plus difficile pour les surdoués de trouver l’amour, et encore plus pour les femmes dont l’intelligence fait peur.

Pour rencontrer l’amour ou des amis, la psychologue conseille de fréquenter des lieux intellectuels comme les bibliothèques, les musées ou encore les associations sans pour autant se couper du reste du monde.

8. Conclusion

La vie n’est pas toujours simple pour un adulte surdoué diagnostiqué ou qui s’ignore. De l’hypersensibilité au sentiment de décalage, en passant par un manque de confiance en soi et à une grande clairvoyance, ses dons ne sont pas toujours acceptés par les tiers et par lui-même.

C’est pourquoi Monique de Kermadec propose ici, en plus des différentes définitions, des clefs pour vivre bien son haut potentiel, s’accepter et trouver la sérénité et l’harmonie.

9. Zone critique

L’ouvrage de de Kermadec est un outil indispensable lorsque l’on s’intéresse à ce sujet des personnes à haut potentiel.

Le propos est simple, clair et précis et propose un portrait détaillé des personnes surdouées ainsi que des armes efficaces pour vivre pleinement sa douance.

10. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– L’adulte surdoué, Apprendre à faire simple quand on est compliqué, Paris, Albin Michel, 2011.

De la même auteure– Un sentiment de solitude, Comment s’en sortir ?, Paris, Albin Michel, 2017.– L’adulte surdoué à la conquête du bonheur, Paris, Albin Michel, 2016.– L’enfant précoce aujourd’hui, le préparer au monde de demain, Paris, Albin Michel, 2015.

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