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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Comme un vide en moi

de Moussa Nabati

récension rédigée parCatherine Piraud-RouetJournaliste et auteure spécialisée en puériculture et éducation.

Synopsis

Psychologie

Nombreuses sont les personnes qui se plaignent de se sentir « vides », alors que la vie semble, par ailleurs, les avoir comblées. Elles traînent un mal-être caractérisé par une profonde angoisse, une instabilité, une hyperactivité et/ou une frénésie de consommation, sur tous les plans (objets, amours, travail…). À travers trois témoignages, le psychanalyste Moussa Nabati montre que ce mal-être reflète l’absence à soi, ou la non implication de la personne dans la vie qu’elle est censée vivre, ici et maintenant. Et cache un trouble, la dépression précoce infantile, issue d’une carence ancienne, due à l’indisponibilité psychologique de la mère. Il nous donne des pistes d’évolution et de guérison pour transformer son vide en source d’énergie et « cueillir les roses de la vie ».

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1. Introduction

La présence à soi et aux autres est la condition impérative pour qu’un sujet soit vraiment en lien avec son environnement et son entourage.

En revanche, s’il souffre de dissociation, de division entre son corps et son esprit, s’il est physiquement là, mais psychologiquement absent, il manque cruellement d’amour et d’estime de soi. Il se disperse et s’égare, incapable de prendre des décisions et de mener ses actions à leur terme. Il est instable, impatient, indécis. « Il est sans cesse aimanté par autre chose, quelqu’un d’autre, ailleurs ou plus tard », précise Moussa Nabati (p. 10).

Au travers de trois témoignages (deux femmes et un homme), l’auteur analyse l’origine de ce dysfonctionnement, qui renvoie à l’existence d’une carence matricielle ancienne issue des premiers liens mère-enfant. Et dispense des clés pour retrouver présence à soi et joie de vivre.

2. Trois personnages aux vécus divers, mais souffrant d’une même carence matricielle

Moussa Nabati axe son propos sur les témoignages de trois de ses patients, des trentenaires souffrant tous d’un profond mal-être existentiel. D’abord, Sophie. Une jeune femme élégante, dotée de beaucoup de prestance, mais qui se plaint d’une vie vide, sans enfant, sans mari, sans famille. Son vécu amoureux est désert depuis sa dernière rupture sentimentale, il y a deux ans. Ses parents sont absents et éloignés.

Elle occupe une position professionnelle enviée, mais elle a envie d’aller voir ailleurs, de changer de métier. Sophie a vécu une dizaine de déménagements, elle n’arrive à se fixer nulle part. Elle vit sa beauté comme un fardeau, qui l’éloigne des autres. En amour, elle se montre instable et inconséquente, étant avant tout attirée par des hommes indisponibles.

La deuxième patiente, Marion, vit dans le culte et dans l’inquiétude du regard de ses parents. Très immature psychiquement et affectivement, elle ne sait pas ce qu’elle veut, n’ose pas dire ce qu’elle pense et est incapable de se fixer. Elle déclare n’avoir aucune proximité avec ses parents, très froids, cassants et directifs, focalisés sur leurs métiers respectifs. Marion n’a jamais « habité » son âge, trop sérieuse, s’efforçant de « coller » à l’image de petite fille parfaite que voulaient ses parents. C’est pourquoi, à l’âge adulte, elle craque et enchaîne, de façon compulsive, les « bêtises ».

À la faveur d’une relation, elle se plonge dans l’échangisme, l’alcool et la drogue. Deux addictions dont elle est toujours esclave. Elle se sent sale et pas à la hauteur par rapport aux espérances de ses parents.

Le dernier témoignage est celui de Massoud. Un médecin en arrêt maladie depuis plusieurs mois, hypocondriaque et sujet à des crises de panique, à des angoisses de mort, par asphyxie principalement. Sa petite enfance est jalonnée de catastrophes, de problèmes de santé, auquel s’ajoute le poids de l’exil pour ses parents.

Déjà programmé, de par sa naissance, à sauver la lignée familiale, il a vécu une naissance difficile, né cyanosé (on l’a cru mort-né) et réanimé. D’où une atmosphère d’insécurité et d’incertitude permanente. Par ailleurs, il est fan de course, à pieds ou à moteur.

3. La dépression infantile précoce

La dépression infantile précoce (DIP) constitue, pour Moussa Abati, « le prototype, la source et le noyau de toute dépression future chez l’adulte » (p.47). Cette dépression est née de l’expulsion précoce de la matrice. À savoir l’utérus, l’organe vital de gestation, accru d’une dimension d’amour et de protection ultimes. L’auteur distingue quatre matrices, chacune étant susceptible de provoquer un manque chez le sujet si elle vient à lui faire défaut. En notant toutefois que la relation mère-enfant est d’essence triangulaire, incluant la présence physique et/ou psychologique du père.

La première matrice englobe les neuf mois de grossesse. Selon l’auteur, tout manque de la mère à cette période (déni ou refus de la grossesse, hyper investissement du travail, de l’argent ou du pouvoir, deuil inopiné, etc.) se traduira par un vide. La deuxième séquence matricielle va de la naissance à trois-quatre ans, le temps de la petite enfance. Elle tourne court si la mère se montre immature, malade, déprimée, froide, distante, insuffisamment maternelle, débordée ou hostile. La troisième matrice est constituée par la famille élargie (père, fratrie, grands-parents, oncles et tantes). La quatrième, enfin, vient prolonger la fonction matricielle originelle. Elle est constituée par la patrie, le village ou la ville natals et, de manière plus large, de la raréfaction des institutions, laïques ou religieuses.

L’enfant souffrant de DIP est caractérisée par Moussa Nabati sous le terme de « victime innocente », car il « subit, sans avoir la capacité de s’en défendre, une agression, une maltraitance, un traumatisme, une offense », explique-t-il (p. 42). Par ailleurs, il entreprend, pour pouvoir continuer à vivre, de guérir ses parents, notamment sa mère, afin de la rendre capable de reprendre sa fonction nourricière. Il procède, pour ce faire, à l’absorption du mal-être de ses géniteurs, se conduisant comme une éponge qui absorberait leur souffrance. Une opération qui lui sert aussi à alléger le poids de sa culpabilité, puisqu’il se croit fautif du désamour parental. Mais qui se paie au prix du sacrifice de son enfance.

C’est pourquoi, selon le psychanalyste, les thérapies comportementales ont tout faux en voulant guérir la souffrance par des mises en situations concrètes, ici et maintenant : cela ne sert à rien, vu que c’est l’enfant intérieur de la personne, celui de l’avant et de l’ailleurs, qui souffre.

4. Le sujet atteint de DIP, tenaillé entre fuite et quête permanentes

Ne s’aimant pas, le sujet souffrant de DIP a tendance à exagérer la place et l’importance de l’amour en le plaçant au cœur de son existence. Il manifeste, par ailleurs, une difficulté viscérale à vivre l’instant présent, à cueillir, comme le recommandait le poète Ronsard « dès aujourd’hui les roses de la vie ». Il se voit obligé d’investir une grande quantité d’énergie vitale dans deux stratégies de survie : la fuite et la quête.

Le côté fuite se traduit par de l’ambivalence, qui se manifeste de quatre manières : la peur de l’amour, qui contraint à rester seul, prétendument « libre », avec la libido orientée vers d’autres domaines : amitié, sport, travail… D’autres vont vers le consumérisme sexuel, comportement de butinage qui accentue à son tour le blocage du sentiment amoureux. D’autres, encore, demandent à leur compagnon d’incarner la matrice, la mère fantasmatique, idéale et aimante. La panique d’être abandonné est parfois si douloureuse que le sujet pousse à la rupture ou en prend lui-même l’initiative. Quatrième type de sujets : ceux qui s’enlisent dans le sado-masochisme, se précipitant vers des individus indisponibles, déprimés ou pervers (le cas de Sophie).

Côté quête, le sujet recherche des relations fusionnelles. « La quête effrénée de la présence constitue au fond le symptôme majeur de l’absence à soi », note l’auteur (p. 14). Il tente de combler son vide existentiel en se lançant dans une quête intense, voire addictive, de remplissage pour se sentir vivant en attirant l’attention des autres, en recherchant l’amour et l’admiration, la gloire, en sombrant dans la boulimie de nourriture, de sexe (comme Marion), d’argent, d’achats… « L’hyperactivité est devenue la névrose moderne la plus répandue », pointe Moussa Abati (p. 330). Un mécanisme qui se révèle nocif à terme.

Loin de le combler, il accentue encore plus le sentiment de vide du sujet, le coupant de son intériorité et de ses ressources profondes. Certains utilisent aussi leur progéniture comme pansement narcissique, s’épuisant à se montrer des parents parfaits, n’osant rien opposer aux desiderata de leurs enfants.

5. Réhabiliter les sentiments dits négatifs : souffrance, culpabilité et vide

Pour guérir, le sujet doit reconnaître et accepter ses parts d’ombres et tous les sentiments en lui décrits par la société comme négatifs, pernicieux ou dangereux : défauts, faiblesses, imperfections.

Les psychotropes – en particulier les antidépresseurs – dont la France est championne d’Europe côté consommation, peuvent apaiser une souffrance trop vive ou prémunir contre un danger immédiat (en cas de risque de suicide notamment). Mais en abuser, se fier à eux comme à une sorte de « pilule du bonheur » qu’on avalerait sans chercher à creuser plus avant dans les profondeurs de son mal-être, serait contre-productif et préjudiciable.

L’auteur dénonce un malentendu visant à présenter la souffrance psychique comme un phénomène par essence négatif, alors qu’au fond, « elle est porteuse d’un message dont le décodage se révèle primordial pour devenir soi » (p. 202). En ce sens, elle remplit la même fonction que la fièvre sur le plan somatique.

Même réflexion concernant la culpabilité, un phénomène dont il ne faut pas chercher à se débarrasser, mais qui préserve contre les velléités perverses, sadiques et égoïstes. La crainte de la mort elle-même n’est pas mauvaise en soi : à petites doses, elle encourage le sujet à jouir de la vie. Elle contient aussi une dimension d’autoprotection salutaire, en le rendant vigilant face aux dangers. C’est, paradoxalement, sa reconnaissance qui permet au sujet d’exister vraiment, d’être donc présent à soi.

Le vide, surtout, est à réhabiliter et à accepter pleinement. « Le vide représente certainement le joyau le plus précieux qu’il convient à chacun de protéger. (…) Notre pire ennemi s’appelle le remplissage », estime l’auteur (p.153). Les trois vides sont en effet essentiels et fondateurs : le vide matriciel d’abord ; la naissance ensuite (sortie de l’utérus, dont on trouve le symbole, dans le Paradis originel biblique et la chute d’Adam et Ève). Le troisième vide touche à la « sexion » des êtres en féminin ou masculin.

Le vide se révèle indispensable. Il permet de recevoir et de donner dans la gratuité. Son intégration aide à s’accepter, voire à se vouloir imparfait, sans se sentir en danger d’éclatement. Respecter le vide implique aussi de moins consommer, via la décroisssance : une démarche bénéfique à la fois pour l’environnement et sur le plan humain, individuel et relationnel.

6. Cinq pistes pour parvenir à la « compréhension incarnée »

La « compréhension incarnée » selon Moussa Abati, c’est un processus d’analyse de l’âme d’un sujet basé à la fois sur le psychisme et sur le vécu personnel. Outre la réhabilitation du vide, l’auteur propose quatre pistes pour aider chacun à réussir dans cette double démarche. Primo, retrouver son enfant intérieur, celui « qui pleure à travers les yeux de l’adulte » (p. 298). Ce processus de division de l’être en deux aide à retrouver les émotions enfouies, positives ou négatives, du passé. Une décentration qui rend les problèmes moins graves et vitaux.

Secundo, assumer les différences. À commencer par l’hétérogénéité entre les deux sexes. C’est la différenciation sexuelle qui permettra au sujet de s’aimer tel qu’il est, sans se sentir déprécié et qui le pousse à aimer l’autre. Non seulement la différence des sexes n’est pas discriminante, mais elle consiste, à l’inverse, en introduisant une distance entre les deux sexes, à les rapprocher. Tertio, cultiver son intériorité en s’autorisant à se mettre un peu plus à l’écoute de soi-même et en s’autorisant à formuler, sans jugement, ce que l’on pense ou ressent. Accepter frustration et interdit, par essence libérateurs, et retrouver le désir gratuit, différencié du besoin.

Quarto : ralentir le temps, car intériorité rime avec patience et lenteur. Tout dans la vie actuelle nous pousse à aller plus vite, sous prétexte de gagner du temps. Nous sommes de plus en plus impatients, intolérants à l’attente, à la frustration. Or, « la vitesse mène à l’absence de soi », assure Nabati (p. 318). La meilleure façon de vivre son présent consiste, par conséquent, à lever le pied, à ralentir, à perdre son temps.

Dernier pilier : cultiver l’amour de soi et de son prochain. Le sujet s’aime d’une manière saine lorsqu’il parvient à habiter son corps, quand il s’accepte et se supporte seul, tel qu’il est, à l’écoute de ses besoins et de ses désirs, sans crainte ni jugement. L’amour de soi rime avec force intérieure et souplesse psychologique. Il permet de se complimenter, mais aussi de se remettre en question, d’apprécier ses côtés lumineux, sans pour autant déprécier sa part d’ombre.

7. Conclusion

Le concept de la « compréhension incarnée » va de pair, chez le sujet souffrant de DIP, avec un changement de regard et d’attitude dans son existence quotidienne. Il lui incombe de se désintoxiquer de ce mécanisme de survie, en retrouvant son enfant intérieur et ses émotions refoulées dans l’inconscient. De différencier le dehors du dedans, le désir du besoin, le masculin du féminin, en ralentissant le temps, en apprenant la patience et en consentant au manque.

En réhabilitant, enfin, ses parents intérieurs, en devenant ses propres soignants et gardiens, pour se comporter avec lui-même comme une mère affectueuse et présente envers son bébé et comme un père protecteur, offrant cadre, limites et sens.

En bref, de s’exercer à aller vers l’imperfection, en s’acceptant tel qu’il est, pour transformer son « handicap » psychique en force et richesse intérieures. C’est ainsi qu’il deviendra enfin présent à la vie, au plus près de son désir.

8. Zone critique

Ouvrage profond et clair et dont les trois exemples vécus, fils rouges des démonstrations théoriques, illustrent, de manière concrète, les dégâts occasionnés par les lacunes parentales, parfois sur plusieurs générations.

Comme un vide en moi est aussi une analyse et pertinente des dérives de notre société de consommation, qui nous invite à réfléchir sur nos « remplissages » compulsifs. On regrettera toutefois certaines prises de position discutables. D’abord, l’incrimination majeure de la mère en matière de responsabilité de la dépression infantile : une approche classique en psychanalyse, mais qui apparaît de plus en plus datée et contestée. Tout comme les critiques émises par l’auteur sur la « société moderne ».

Moussa Abati reproche à l’activité professionnelle de la mère pendant la petite enfance d’être préjudiciable à l’équilibre matriciel, si essentiel. Et qualifie de « violence inouïe » les tentatives de certains parents de limiter la sexualisation des activités et des jeux de leurs enfants.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Comme un vide en moi : habiter son présent, Le Livre de Poche, 2014.

Du même auteur– Le bonheur d'être soi, Paris, Le Livre de Poche, 2008.– Guérir son enfant intérieur, Paris, Le Livre de Poche, 2009.

Autres pistes– Saverio Tomasella, Le sentiment d'abandon : se libérer du passé pour exister par soi-même, Paris, Eyrolles, 2018.– Daniel Dufour, Blessure d’abandon, Paris, éditions de L’Homme, 2013.– Margaret Paul, Renouer avec son enfant intérieur, Paris, Le Souffle D’Or, 2012.

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