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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Tout peut changer

de Naomi Klein

récension rédigée parCécile RémyResponsable éditoriale indépendante.

Synopsis

Économie et entrepreneuriat

La crise climatique actuelle et ses conséquences dramatiques depuis quelques décennies ne sont plus à démontrer. Et si leur origine tenait à notre système économique, fondé sur la croissance, la consommation et le libre marché ? C’est la thèse défendue par Tout peut changer, dans lequel Naomi Klein soutient que pour lutter contre le réchauffement climatique en cours, il conviendrait d’arrêter de défendre un mode de vie menant l’homme à sa perte et de sortir du modèle capitaliste néolibéral qui est le nôtre. Le message de Naomi Klein est aussi fort et clair que son essai est long et détaillé : il est urgent d’agir.

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1. Introduction

La démarche de Naomi Klein dans Tout peut changer est avant tout une démarche subjective et partisane, visant à dénoncer et à provoquer des prises de conscience autour des liens entre crise climatique et capitalisme néolibéral.

Ce sont ces rapports qu’elle analyse et décrypte tout au long des pages de cet ouvrage très documenté et détaillé, pour mettre en lumière le rôle de notre système économique dans la dégradation du climat. Il est ainsi nécessaire d’en sortir, ce qui reviendrait à enfreindre les règles du libre marché – réduire le pouvoir des industries polluantes, en finir avec le combustible fossile, limiter la consommation dans une logique de décroissance, favoriser des économies locales….

Naomi Klein fait de cette possibilité de transformation économique la condition indispensable à la lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi à la refondation de sociétés plus égalitaires et plus justes. Enfin, elle enjoint à ne pas considérer ce combat comme perdu d’avance et appelle à compter sur le pouvoir de la révolte citoyenne.

2. Une situation climatique alarmante ?

La planète est en crise, une crise aux effets bien visibles et qui menace d’extinction de plus en plus d’espèces vivantes… dont l’homme : tel est le postulat de départ accablant de Tout peut changer. Naomi Klein liste ici les multiples catastrophes naturelles ayant eu lieu depuis 30 ans, conséquences d’un réchauffement climatique lié à une augmentation constante des émissions de gaz à effet de serre, et que l’homme parvient aujourd’hui difficilement à prévoir et contenir : incendies, sécheresses, tsunamis, ouragans, etc. Tel est désormais le lot du quotidien.

Pire, le réchauffement climatique menace des écosystèmes entiers, condamnant les espèces animales à l’incapacité de se reproduire dans des environnements bouleversés, et donc à une possible disparition : « Pour de plus en plus d’espèces, le dérèglement climatique crée des pressions qui mettent en péril leur principal outil de survie : la capacité de donner la vie, de transmettre leur bagage génétique. » (p. 662). En s’appuyant sur les rapports alarmants de groupes scientifiques et d’institutions internationales, Naomi Klein dresse ainsi un tableau très pessimiste de l’avenir immédiat du monde : « À ce jour, la température moyenne n’a grimpé que de 0,8 °C, et on en constate déjà les conséquences (…). Laisser la hausse des températures atteindre plus du double de cet écart aura immanquablement de graves répercussions. » (p. 29)

Car il s’agit bien pour elle de laissez-faire : elle dénonce au fil des pages la passivité des gouvernements et leur laxisme face aux industries précisément responsables du réchauffement climatique, c’est-à-dire celles qui non seulement exploitent le plus les réserves de la Terre, mais émettent aussi le plus de gaz à effet de serre. Ainsi, l’objectif à hauts risques pour le monde entier de stabiliser l’augmentation de la température moyenne à 2 °C, signé lors du sommet sur le climat de Copenhague en 2009, témoigne surtout de l’incapacité des principaux pays émetteurs « à se mettre d’accord sur des objectifs » (p. 30). Pourquoi une telle inaction ? Pour l’expliquer, Naomi Klein revient sur l’histoire des mouvements les moins enclins à donner un quelconque crédit à la lutte contre le réchauffement climatique, les climatosceptiques. En considérant la crise environnementale comme un complot qui viserait à entraver les libertés individuelles, ces derniers incarnent une vision du monde visant avant tout à servir les intérêts privés.

3. Le conflit entre capitalisme et écologie

Cette indifférence à la question écologique est pour Naomi Klein la manifestation de la doctrine néolibérale aux commandes de l’économie capitaliste qui nous dirige. C’est là l’idée phare qui sous-tend l’ensemble de ce texte : le capitalisme est absolument incompatible avec la prise en compte du réchauffement climatique.

Car pour lutter contre ce dernier, il conviendrait de transformer de fond en comble notre économie mondialisée, à commencer par le commerce international. Outre la pollution provoquée par le transport de marchandises, l’importation de produits étrangers, etc., la réglementation même des accords de libre-échange fait passer le « commerce avant le climat » (p. 111), au nom de ce que Naomi Klein appelle « le fondamentalisme marchand » et qu’elle illustre par l’exemple d’une firme de panneaux solaires qui s’implanta en Ontario en 2012.

Cette société bénéficia d’une aide du Canada, en échange de quoi elle devait s’engager sur un « contenu provincial » de ses activités, et importer des biens produits par des entreprises locales. La firme fut attaquée par le Japon et l’Union européenne en 2014, en vertu d’une clause des accords de libre-échange obligeant à ne faire aucune distinction entre les biens produits localement et ceux produits à l’extérieur. Cette tentative d’exploitation des énergies renouvelables fut donc avortée car jugée illégale.

C’est cette logique du marché que Naomi Klein remet en cause, et le besoin de croissance toujours exponentiel qu’il génère, stimulant ainsi une consommation à outrance qui elle-même alimente des industries exploitant des combustibles fossiles hautement polluants. Car l’essentiel de notre système de production industrialisé est entretenu par les activités de sociétés pétrolières, gazières et minières qui s’arrogent « le droit d’extraire des entrailles de la Terre les vestiges fossilisés d’autres formes de vie, de les brûler en quantités phénoménales et de relâcher dans l’atmosphère les résidus de cette combustion » (p. 264).

Ces méthodes même d’extraction sont souvent peu réglementées et à haut risque en termes d’émissions de gaz à effet de serre, tels le forage en haute mer ou la production de gaz de schiste par fracturation (qui entraîne l’émission de méthane, 34 fois plus efficace que le dioxyde de carbone pour retenir la chaleur…). Elles sont aussi à l’origine de catastrophes environnementales, comme l’explosion de la plateforme pétrolière de BP dans le golfe du Mexique en 2010. Plus encore, l’industrie extractiviste est pour Naomi Klein le symbole de l’idéologie capitaliste visant à exploiter de façon quasi coloniale les ressources naturelles pour servir la croissance : « L’extractivisme est issu d’un rapport à la terre dominateur et égocentrique, où l’on prend sans rien donner en retour. » (p. 269.)

4. Le réchauffement climatique comme opportunité de transformer le monde

Dans cette perspective, le réchauffement climatique devient un facteur de plus dans l’accroissement des inégalités sociales. La solution du laissez-faire revient à imaginer que seuls les plus aisés (majoritairement dans les sociétés industrialisées des pays du Nord, qui sont aussi les plus polluantes) auront les moyens de se protéger des catastrophes naturelles, voire pourront en tirer profit, contrairement aux plus précarisés : « Les acteurs concernés se sentent libres d’adhérer à l’un ou l’autre de ces scénarios à haut risque parce qu’ils sont persuadés qu’eux-mêmes et leurs proches resteront à l’abri des ravages anticipés (…). » (p. 91.) Tandis que les secteurs de l’immobilier ou des assurances pourront s’enrichir grâce au marché de la prévention des risques naturels, comme le firent de nombreux promoteurs immobiliers suite à l’ouragan Sandy aux États-Unis.

Or, lutter collectivement contre le réchauffement climatique pourrait au contraire devenir l’occasion de créer des sociétés, socialement plus justes et offrant de meilleures conditions de vie. En taxant les ultrariches (taxe de 1 % sur la fortune des milliardaires), en appliquant le principe du « pollueur-taxeur » aux industries polluantes (sociétés d’exploitation du pétrole, du gaz et du charbon, mais aussi liées à l’automobile, l’armement et les transports maritimes et aériens), en désinvestissant le secteur du combustible fossile, etc., les fonds récoltés pourraient être réinjectés dans le service public au service de projets de réduction des émissions offrant simultanément plus d’équité sociale.

Ce qui permettrait de mettre en place des « réseaux de transports en commun gratuits et administrés démocratiquement ou la construction de logements sociaux (…), dont l’électricité proviendrait de sources renouvelables (…). Les emplois rendus possibles par de tels investissements seraient réservés à la main-d’œuvre locale et rémunérés convenablement » (p. 621).

Dans cette logique, combattre le réchauffement climatique serait également l’opportunité de réduire les inégalités à l’échelle internationale. L’idée essentielle est de faire payer les pays du Nord industrialisés pour aider les pays en développement du Sud à se doter d’économies à faibles émissions. C’est là le fondement de la notion de dette climatique, susceptible de catalyser la lutte contre les inégalités tout en jetant les bases d’un « plan Marshall pour la Terre ». Car « il est parfaitement irréaliste de croire qu’on pourra résoudre la crise du climat sans s’attaquer aux véritables racines de la pauvreté » (p. 639).

5. La puissance de la masse citoyenne

Agir pour le climat implique des états puissants et interventionnistes, qui revaloriseraient les services publics, s’opposeraient aux industries polluantes, favoriseraient l’économie locale au détriment de l’importation de biens étrangers, inciteraient à une « décroissance sélective » pour lutter contre le gaspillage, etc. Jusqu’à présent, les pays se sont attaqués « aux fruits plutôt qu’aux racines » (p. 299), continuant de jouer le jeu du capitalisme néolibéral et des intérêts privés.

Beaucoup d’ONG environnementalistes se sont elles aussi ralliées à cette vision pro-entreprise du climat, telle l’organisation TNC, qui sauva une réserve texane de la mainmise d’une société pétrolière pour à son tour y extraire des hydrocarbures, et dont on découvrit qu’elle détenait 22,8 milliards de dollars d’investissements dans l’industrie des combustibles fossiles.

Forte de ce constat, Naomi Klein invite à penser la masse citoyenne comme profondément actrice de son histoire. Elle en fait une force politique ayant les moyens de provoquer le changement via une opposition militante massive. Cet optimisme s’appuie sur des exemples d’actions qui ont connu de réels succès, tels l’avortement de l’agrandissement de la raffinerie de pétrole Chevron dans la ville de Richmond en 2009, ou les échecs de projets d’oléoducs dans la région du Pacifique Nord-Ouest américain. Ces nouvelles poches de résistance, appartenant pour Naomi Klein à un territoire symbolique qu’elle nomme « Blocadie », regroupent des personnes « qui n’ont pas tellement le profil type du militant (…) des gens ordinaires, typiques de l’endroit où ils vivent » (p. 456), menant tous à leur niveau une forme de désobéissance civile.

Cette manifestation du pouvoir citoyen s’inscrit pour Naomi Klein dans la vision d’un lien à leur terre que de plus en plus d’hommes tendent à retrouver et à défendre : « Quand on se bat pour son identité, pour sa culture, pour la préservation d’un lieu chéri (…), aucune offre de la part d’une grande entreprise (…) ne peut servir d’argument de négociation. » (p. 524).

Alors que les technologies de la géo-ingénierie proposent de lutter contre le réchauffement climatique à travers des solutions polluantes et artificielles, Naomi Klein appelle à se reconnecter à la nature, à sa préservation (en invoquant par exemple la reconnaissance juridique des droits des autochtones sur les territoires qu’ils occupent), loin de tout pillage et défiguration. Ce qui ne pourra se faire que si des mouvements citoyens réussissent à faire valoir une « prise de conscience fondamentale : (…) prendre soin de la nature – et de nous-mêmes qui la peuplons » (p. 683).

6. Conclusion

Avec cet ouvrage, Naomi Klein poursuit son combat comme journaliste et militante altermondialiste et dénonce les lois néolibérales modernes cette fois sous l’angle du climat : notre modèle économique capitaliste actuel est en guerre contre l’environnement, et, plus largement, contre toute forme de vie sur terre.

Au fil d’un travail d’investigation puisant autant dans des données scientifiques, des rapports institutionnels que dans des témoignages ou des illustrations historiques, elle analyse la crise climatique comme la résultante logique de l’exploitation de notre planète par l’homme et sa recherche frénétique d’une croissance utopique. Surtout, répondant à ses détracteurs qui l’accusèrent souvent de se contenter de critiquer sans proposer de solutions, elle donne des clés pour inciter à un possible changement, loin de tout fatalisme. Elle s’inscrit ainsi dans la veine du courant environnementaliste, prônant une activité humaine qui agisse non pas contre, mais avec la nature.

7. Zone critique

Lors de sa parution, cet essai aux allures de long pamphlet politique et économique eut des échos médiatiques retentissants et souvent élogieux.

Le New York Times le considéra comme « le livre d’environnement le plus important depuis Printemps silencieux » (ouvrage de Rachel Carson publié en 1962), la revue New Scientist n’y vit « rien de moins qu’une refonte politique, économique, sociale, culturelle et morale de l’humanité », et même les tenants de la presse conservatrice anglo-saxonne (tel le Daily Telegraph) tinrent cette publication pour réussie.

Elle donna lieu au documentaire du même nom, réalisé par Avi Lewis en 2015, et valut à Naomi Klein d’être lauréate des American Book Awards la même année. La journaliste fut néanmoins critiquée pour son idéologie jugée parfois manichéenne ou pour ses prises de position antimondialisation qui, d’après The Economist, ne tiennent pas compte des progrès réalisés par l’économie actuelle en matière de lutte contre la pauvreté.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique, Arles, Actes Sud, coll. « Babel », 2015.

Ouvrages de Naomi Klein

– No Logo. La tyrannie des marques, Arles, Actes Sud, coll. « Babel », 2002.– Dire non ne suffit plus. Contre la stratégie du choc de Trump, Arles, Actes Sud, coll. « Babel », 2017.– Dire non ne suffit plus. Contre la stratégie du choc de Trump, Arles, Actes Sud, coll. « Babel », 2017.– La Stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre, Arles, Actes Sud, coll. « Babel », 2008.

Autres pistes

– Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Paris, Seuil, 2015.– Jean Ziegler, Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Paris, Fayard, 2002.– Rachel Carson, Printemps silencieux, Paris, Plon, 1963.– Jean de Kervasdoué, Ils croient que la nature est bonne, Paris, Robert Laffont, 2016– Joan Martínez Alier, L’Écologisme des pauvres. Une étude des conflits environnementaux dans le monde, Paris, Les Petits Matins, 2014.

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