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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Grandir avec ses enfants

de Nicole Prieur

récension rédigée parAnne-Claire DuchossoyDoctorante en littérature française (Universités de Bordeaux Montaigne et Georg-August Göttingen).

Synopsis

Développement personnel

Édité en 2001, et revisité en 2014, Grandir avec ses enfants est un guide pour l’aventure parentale. À partir de situations concrètes, la philosophe et psychothérapeute Nicole Prieur analyse les difficultés d’être parents et propose des solutions et exercices en oubliant et en se méfiant de certains modèles hérités.

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1. Introduction

Grandir avec ses enfants est un ouvrage d’éducation positive publié en 2001 et revisité en 2014. La philosophe et psychothérapeute Nicole Prieur y analyse les difficultés de l’aventure parentale et propose des solutions pour vivre une relation sereine. Pour elle, le monde change, et il est important de changer en même temps nos mode de pensée et mode de fonctionnement.

Si la réalité éducative est pleine de paradoxes, il suffit d’apprendre à les utiliser pour avancer sereinement. L’ouvrage permet de se poser de multiples questions. Elle développe son propos à travers quatre grands thèmes : Désobéir, enfin ! ; Se préparer à l’autonomie de ses enfants ; Inscrire l’enfant dans sa filiation ; Sortir du conformisme de pensée.

2. La filiation de l'enfant

La naissance d’un enfant est un évènement heureux mais paradoxal. En effet, cette étape censée symboliser l’union de deux êtres, crée souvent une distance entre eux. Des questions se posent, des conflits surgissent… À trois, l’équilibre devient rapidement instable, mais cette instabilité est malgré tout nécessaire pour éviter une relation unique et enfermante, ce qui peut être le cas entre un enfant et un seul parent. « L’enfant a besoin de ces deux appuis pour grandir, que ce soient un homme et une femme, deux femmes, deux hommes. Une filiation compense l’autre, la complète, la rattrape, et la synergie créée entre elles évite le repli identitaire » (p. 173). Si jamais une femme élève seule son enfant, un oncle, un grand-père, un ami peut jouer le rôle de cette tierce personne.

De nombreuses questions permettent aux enfants de se situer dans l’immensité de l’espace et du temps : « j’étais où quand j’étais pas né ? » ; « Tu les as connus, toi, les dinosaures ? »… Transmettre à un enfant ses origines lui donne le sentiment d’une continuité, d’appartenir à une famille ainsi qu’à toute l’humanité. Le milieu socio-culturel et familial détermine grandement une destinée. La transmission se fait à travers plusieurs générations : le corps et l’esprit, sans même le savoir, héritent d’une mémoire familiale, de secrets, de drames et d’événements joyeux. L’enfant les investit à sa façon, et c’est ainsi que des angoisses se transmettent au fil des générations : « un symptôme peut apparaître, plusieurs générations après, chez l’un des membres de la famille. Son corps dira sa souffrance avant même que les maux ne s’érigent en mots » (p. 47). De la même manière, les enfants sont également très sensibles aux enjeux qui se nouent au sein d’une famille, c’est pourquoi « solder les comptes de notre passé est une excellente manière de libérer l’enfant d’avoir à le faire pour nous » (p. 51).

Lorsque les relations des parents séparés sont difficiles, Nicole Prieur les invite à « faire l’effort de sortir de leur position de victime, dans laquelle ils risquent d’enfermer leurs enfants. Rien n’est jamais totalement la faute de l’autre. […] Il appartient à chaque parent de s’interroger sur la part de responsabilité qu’il a dans la place que prend l’autre. […] Plus on ouvrira la relation, moins on la crispera, plus on libérera nos enfants » (p. 192). Ce ne sont pas les divorces qui provoquent des difficultés chez les enfants, mais plutôt le fait que les adultes ont du mal à se séparer réellement. Cela crée de la confusion. Il y a une véritable séparation quand il n’y a plus de dépendance et plus de jeux relationnels. Continuer de dénigrer ou de répondre aux critiques de l’autre prouve qu’un attachement subsiste.

De plus, dans cette nouvelle configuration, le couple parental n’existe plus ; chacun élève donc l’enfant comme il le souhaite. Ce dernier peut très bien s’épanouir dans différents modes d’éducation à partir du moment où les parents ne se jugent pas : on parle alors de double filiation.

3. De l'autonomie pour des êtes singuliers

L’autonomie passe par le fait d’interdire aux enfants d’en faire trop pour leurs parents : « quand nous attendons de notre enfant qu’il vienne réparer nos blessures présentes ou passées, on ne lui permet pas d’exister pour lui-même. Le maintenir dans une dépendance affective, c’est lui dérober sa vie. Respecter notre enfant, l’aimer, c’est l’empêcher de n’exister que dans notre désir » (p. 105). Un enfant est un être singulier : pour grandir il doit être porté par le désir des parents mais sans excessivité.

L’excès peut être nocif et destructeur. L’enfant a le droit d’être égoïste, il doit être libre et ne doit être ni un soutien pour un parent, ni un porte-parole en cas de crise. Mêler un enfant aux affaires des adultes le déstabilise et lui fait perdre ses repères. Les enfants n’ont pas à porter les conséquences des choix ou des non-choix faits par les parents. Chacun sa place, chacun son rôle !

Reconnaître que chaque enfant d’une fratrie a sa singularité est essentiel et permet de réduire les rivalités. Un parent peut aimer chacun de ses enfants pour des aspects différents. Et ces différences ne sont pas des préférences ! Mais l’auteur nous rassure : cela n’empêchera jamais certaines rivalités. L’arrivée d’un cadet est vécue difficilement par un enfant qui n’est alors plus le centre de l’attention et qui craint de ne plus exister pour ses parents. Quant au dernier, il voit également chez son aîné l’image de l’indétrônable premier. Le partage est un acte fondateur de la fraternité. De plus, l’équité se fonde sur une même loi pour tous : « La fraternité, c’est quand la dignité de l’autre me concerne, quand je me sens impliqué dans le devenir de l’autre, quand je me sens concerné par l’existence de ce frère et de cette soeur » (p. 129).

Notre responsabilité absolue est de respecter l’enfant comme il est, et de préserver les liens, c’est-à-dire répondre toujours présent pendant le cheminement plus ou moins chaotique que l’enfant suit pour trouver son individuation. « En fait, l’enfant a deux besoins contraires, qui le font naviguer entre deux mouvements antagonistes : il a besoin d’éprouver quelque chose de l’ordre de la fusion, et il a besoin de vivre quelque chose de l’ordre de la provocation. Et nous devons répondre présent aux deux » (p. 137). Les crises, les conflits, les pleurs, les confrontations, les remises en question sont inévitables…

Pendant l’adolescence, les relations familiales sont tout particulièrement bouleversées. Les jeunes vivent des expériences nouvelles, ont à faire le deuil de leur enfance, se demandent qui ils sont, et sont à la recherche d’un sens à donner à leur vie. Cela passe par un rejet du modèle familial. Mais tout ceci est plein de paradoxes. S’ils se trouvent dans une phase de rejet, ils ont néanmoins besoin de cet amour parental. Même s’ils ne sont plus le centre de la vie de l’enfant, les parents doivent maintenir le lien pour leur procurer une sécurité intérieure. Ils sont souvent eux-aussi à un âge des premiers bilans (40 ans), le travail identitaire est ainsi réactivé : « ils font toucher du doigt à des adultes, qui aimeraient l’oublier, que le « soi » n’est jamais fini, ni définitif. L’identité est toujours en mouvement, à la recherche d’elle-même » (p. 151).

4. Se détacher de son enfance et des modèles éducatifs

La société et les structures familiales évoluent. Il est impossible de se référer aux modèles éducatifs d’avant. Pourtant bon nombre de parents ont une position paradoxale face à l’éducation qu’ils ont reçue : ils en sont imprégnés même s’ils ne souhaitent pas la prendre comme modèle. « Bien souvent, pour grandir, un adulte doit oser trahir les mandats générationnels, les missions implicites et inconscientes que lui ont transmis les générations antérieures, sans s’en rendre compte » (p. 35). Il y a encore trop de référents traditionnels qui empêchent de légitimer les nouvelles façons d’être parents. Pour la psychothérapeute, il est indispensable de se libérer des carcans ancestraux, et d’éviter également toutes formes de répétitions. Selon l’auteur, les parents du XXIe siècle ont conscience de tous ces pièges, mais s’ils adhèrent à la théorie, en pratique tout est plus compliqué.

Un individu qui devient parent, reste l’enfant de ses propres parents qui ne sont d’ailleurs jamais avares de « bons conseils » et de réflexions ! Il est urgent d’intégrer l’idée qu’un parent est le référent de son enfant, le support d’identification, et qu’il est donc très important pour eux que tout le monde garde sa place, qu’il n’y ait pas de confusion dans l’ordre hiérarchique des générations : « Nous ne pouvons pas dire à nos enfants "Grandis !" pendant que nous, nous restons des enfants par rapport à nos parents. Pour que nos enfants nous respectent, il faut qu’on s’en donne les moyens, c’est-à-dire qu’on accède enfin à une véritable distanciation par rapport à nos propres parents » (p. 64).

De surcroît, il est essentiel de se libérer des regrets de l’enfance. Il suffit de la relire avec un regard présent et de se détacher de la souffrance de ce qu’on n’a pas eu. Il s’agit aussi de renoncer à l’amour idéal de nos parents. Qui s’autorise à être vraiment qui il est en oubliant ce que ses parents souhaitaient ? Le sentiment de les avoir déçus hante nombre d’individus. Pour être tourné vers ses enfant, un parent est dans l’obligation se défaire du regard de ses propres parents. La désobéissance est une manière de ne pas se trahir. « Désobéir nous conduit à ne pas regarder notre enfant avec les yeux de nos propres parents, mais à le regarder lui, pour ce qu’il est véritablement. Nous évitons ainsi de faire de lui, l’enfant idéal que nous n’avons pas été nous-mêmes pour nos parents. Nos enfants ne remplaceront jamais celui ou celle que nous n’avons pas été » (p. 75). La culpabilité est alors presque inévitable : l’accepter et l’apprivoiser est la seule chose à faire !

Pardonner et accepter ses propres parents comme ils sont est la clé de la réconciliation avec soi-même, et engendre paix intérieure et plénitude. Les parents ne sont pas responsables de leurs propres parents, par contre, ils sont là pour conduire leurs enfants. Le temps est un allié précieux pour acquérir de la sagesse et de la consistance. L’expérience de parent évolue tout au long des années. « Notre enfant nous modifie tout autant qu’on le transforme » (p. 90). La peur est un sentiment qui ne quitte jamais un parent. Il faut ainsi savoir accepter le changement et la perte que cela engendre.

5. Sortir du conformisme de pensée

Nicole Prieur a constaté qu’il y a eu une génération de parent, avant les années 2000-2005, qui a eu du mal à dire non. Les générations suivantes ont su que ce « non » était indispensable. Pourtant, les enfants continuent à être désobéissants. La nouvelle génération est précoce dans sa pertinence : elle juge, a des avis sur tout, est affirmée, veut contrôler la famille…

Alors comment faire ? Selon les décennies, les modes et les conseils sur l’éducation changent et sont contradictoires. L’auteur nous invite à prendre de la distance avec toutes les théories. La réalité de l’éducation est complexe, et donner des standards à suivre ajoute de l’angoisse. Une attitude stéréotypée a pour conséquence un blocage, il est donc préférable d’adapter ses réactions à la réalité du moment. Accepter cette hétérogénéité et refuser de suivre la doxa est un premier pas : « un nouveau rapport à l’éducation s’impose, elle n’est plus le lieu des certitudes. Être parents, c’est chercher, inventer, improviser, s’outiller pour vivre au cœur de cette pluralité de voies qui se croisent, s’entrechoquent, se contredisent » (p. 219).

L’une des clefs de la parentalité est d’accepter ses incompétences sans culpabiliser. Chaque parent élève ses enfants avec ses propres limites. Pour les dépasser, il faut les accepter. La base de l’éducation est la communication, malheureusement trop souvent étouffée. Elle est un jeu subtil entre silence, écoute et parole. Le corps entier communique. Écouter l’autre même lorsqu’il ne s’exprime pas par la parole est important : entendre ce que notre enfant ne dit pas. Mais le silence doit également être respecté. Il nous faut renoncer à tout dire et tout connaître de lui. La transmission se fait chaque jour dans des choses conscientes et des choses inconscientes.

L’enfant ressent les émotions de ses parents. Alors quand il exprime un malaise, il est important à la fois d’entendre ce qu’il dit de lui, mais ce qu’il dit aussi de ses parents. Il n’est pas nécessaire que l’adulte s’étale sur sa vie privée, mettre des mots sur ce qui ne va pas est suffisant. Le paradoxe de la communication atteint son summum lors de l’adolescence : en effet, le jeune ne veut pas être dévoilé, mais a besoin d’être compris.

Encore une fois, il est question de respecter le silence et de ne pas être intrusif en voulant tout savoir. Les parents doivent respecter la liberté et le jardin secret de leur enfant. Ces derniers peuvent se confier, être proches, mais une part d’inconnu est indispensable.

Douter, reconnaître ses responsabilités dans les erreurs commises et sortir de ses certitudes est essentiel. La moitié du chemin est faite lorsqu’un parent doute de lui. Cela signifie qu’il est prêt à changer, qu’il est sensible à l’autre et ouvert. Si les erreurs et les égarements sont inévitables, la remise en question permet d’avancer. Pour respecter pleinement ses enfants, il est nécessaire de se respecter soi-même, de se forger une estime de soi. De façon générale, il ne faut pas enfermer un individu dans ce qu’il est ou a été. Perfectible, l’être humain est toujours un être en devenir…

6. Conclusion

À travers son ouvrage Grandir avec ses enfants, Nicole Prieur, tout en mettant en garde contre certains héritages et modèles, invite les parents à se retourner sur leur enfance et sur la relation avec leurs propres parents. Se libérer du passé pour offrir au présent et à ses enfants autonomie, liberté et bonheur ! Les parents doivent donner sans attendre en retour, les enfants doivent se sentir libérés de toute sorte de dette, ainsi ils seront aimés pour ce qu’ils sont dans leur dignité d’être humain…

L’ouvrage et le propos de la psychothérapeute sont accessibles à tous. Grâce aux différentes anecdotes, il est simple d’intégrer rapidement les idées et concepts de l’auteure.

7. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Grandir avec ses enfants, Saint-Maur-des-Fossés, L'Atelier des Parents, 2014 [2001].

De la même auteure

– Arrêtez de vous disputer !, co-écrit avec Isabelle Gravillon, Paris, Albin Michel, 2005.– Raconte-moi d’où je viens, Paris, Bayard, 2007.– Amour, famille et trahison, Paris, Marabout, 2008.– Petits règlements de comptes en famille, Paris, Albin Michel 2009.– Avec Isabelle Gravillon, Nos enfants, ces petits philosophes, Paris, Albin Michel, 2013.

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