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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Apprendre à résister

de Olivier Houdé

récension rédigée parAnne-Claire DuchossoyDoctorante en littérature française (Universités de Bordeaux Montaigne et Georg-August Göttingen).

Synopsis

Développement personnel

Dans son ouvrage Apprendre à résister, Olivier Houdé, spécialiste du développement de l’enfant, dévoile l’enjeu des neurosciences. Point par point, il explique le fonctionnement du cerveau et tout particulièrement du cortex préfrontal, siège de la résistance. Il engage avec conviction les parents et différents acteurs de l’enfance à développer cette partie du cerveau pour ainsi apprendre à résister contre toute forme d’obscurantisme.

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1. Introduction

Dans la lignée de Piaget, Olivier Houdé a élaboré une théorie qui décrit l’apprentissage. Grâce à la psychologie combinée à l’imagerie cérébrale, il a réussi à isoler une fonction du cerveau qui s’avère essentielle : la résistance cognitive qui permet d’inhiber les automatismes de pensées pour nous permettre de réfléchir.

Tout au long de son ouvrage, il décrit cette résistance à travers les diverses étapes du développement et à travers plusieurs domaines (objets, dénombrer, catégoriser, raisonner…)

2. Le développement du cerveau

La naissance de l’intelligence se fait dans le cerveau humain par le biais de « la permanence de l’objet, c’est-à-dire la conscience de ce qu’un objet continue d’exister alors qu’il échappe à notre perception immédiate » (p. 28). Des études ont montré que ces connaissances étaient innées et que les bébés étaient déjà capables de statistiques qui leur permettent de comprendre et d’anticiper les événements qu’ils perçoivent. Malgré cette intelligence innée, les bébés font systématiquement l’erreur cognitive appelée « A non B ». De quoi s’agit-il ? On va dissimuler plusieurs fois de suite un objet sous un cache A où le bébé ira le chercher. Puis, on le cache à nouveau, mais cette fois-ci sous un cache B. Le bébé regardera sous le cache A. Pour résumer, l’enfant continuera à chercher l’objet caché sous A, alors qu’il a vu qu’il avait été déplacé sous B, car il ne réussit pas à inhiber son savoir préalable.

Les protomathématiques sont le fait que les nombres sont présents très tôt chez l’enfant sous des formes différentes. La psychologue Gelman a défini cinq principes cognitifs présents chez l’enfant acquis dès l’âge de 3 ans : - le principe d’ordre stable (les mots des nombres, un, deux, trois…, est fixe) ; - le principe de stricte correspondance terme à terme (chaque objet à compter ne peut être désigné que par un seul mot nombre) ; - le principe du cardinal (le dernier nombre égale le nombre total d’objets : un, deux, trois, quatre… quatre) ; - le principe d’abstraction (les objets, différents par leur forme ou leur couleur, restent des entités distinctes à compter) ; - le principe de non-pertinence de l’ordre (les objets, tant que le principe 2 est respecté, peuvent être comptés dans n’importe quel ordre)

Selon Piaget, l’intelligence de l’enfant est en forme d’escalier : acquisition et progrès stade après stade. La nouvelle psychologie de l’enfant pense que ce modèle de l’escalier n’est pas le seul possible, que le développement peut également suivre un chemin fait de décalages, d’erreurs, de biais perceptifs. Bien loin d’être linéaire, il est dynamique. De plus, il a été prouvé que les bébés et les jeunes enfants possédaient des capacités cognitives complexes (protoconnaissances physiques, mathématiques, statistiques). À chaque étape de sa maturation, le cerveau doit apprendre à résister aux heuristiques (à ses croyances appris avant qui sont sources d’erreurs. C’est ainsi qu’il se développe.

3. Le cortex préfrontal et le système d'inhibition (1)

L’auteur explique que le cerveau est fait à la fois de folie et de beauté. La peur trouve son siège dans l’amygdale, au centre du cerveau. La recherche du beau est, quant à elle, située dans le cortex préfrontal. Les émotions positives y sont également logées. Le cortex préfrontal est l’organe du contrôle de soi, de la synthèse émotion-cognition et de la prise de décision. Ainsi, c’est lui qui peut faire des hypothèses, qui peut trouver des solutions nouvelles… Grâce à l’imagerie cérébrale, il est possible d’analyser le cerveau humain en activité et de mesurer l’activité des réseaux cérébraux constitués chacun de millions de neurones. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce sont ces réseaux (donc ces neurones) qui sont responsables de nos comportements et de nos réactions. Depuis peu, on a découvert que « pour bien penser il faut quelquefois inhiber son cerveau » (p. 9). En effet, inhibition et adaptation permettent une prise de recul et donc une résistance aux réponses impulsives.

Il existe trois systèmes dans le cerveau. Le premier est le système heuristique (pensée automatique et intuitive, stratégie rapide et efficace), le deuxième est un système réfléchi et logique, le troisième est le système d’inhibition. Ce dernier, qui dépend de la maturité du cortex préfrontal, se développe plus tard que les deux autres. Voici un exemple concret : les enfants ont devant eux deux rangées de jetons de même nombre, mais espacés de façon différente. Jusqu’à 6 ans à peu près, ils pensent qu’il y a plus de jetons sur la rangée la plus longue, c’est une pensée automatique (une heuristique) de « longueur égale nombre » (non il s’agit bien de longueur = nombre). À partir de 7 ans, « la pensée devient flexible, réversible, et l’action d’écarter les jetons peut être corrigée, annulée par l’opération mentale inverse, c’est-à-dire par la représentation de l’action de rapprocher les jetons. Il y a donc, dans ce cas, réversibilité opératoire et conservation des quantités » (p. 44).

L’enfant doit accomplir un travail : celui de garder en mémoire les objets qui échappent à la perception immédiate. Il doit reconstruire mentalement leur unité, les dénombrer et les catégoriser (taxinomie), mais même pour cette catégorisation, il lui faut résister. La catégorisation logique passe également par l’inclusion des classes (comprendre qu’un objet fait partie d’un autre ensemble d’objets.) Exemple : si devant des enfants, vous présentez 10 marguerites et 2 roses et que vous leur demandez s’il y a plus de marguerites ou plus de fleurs, les enfants jusqu’à 6-7 ans diront qu’il y a plus de marguerites, car ils n’incluent pas la sous-classe des marguerites dans la classe subordonnée des fleurs.

L’enfant n’a donc pas encore acquis le mode de catégorisation logique. À partir de 7 ans, leur réponse est correcte pourtant d’autres recherches ont prouvé que les enfants faisaient encore des erreurs d’inclusion. En effet, à la question « oui, mais peut-on faire quelque chose ou ne peut-on rien faire pour avoir plus de marguerites que de fleurs ? » (p. 57), les enfants jusqu’à l’âge de 12 ans répondent « t’as qu’à ajouter des marguerites ou enlever des fleurs ».

4. Le cortex préfrontal et le système d'inhibition (2)

Il existe également des tests pour les adultes pour mesurer leur système d’inhibition. En voici un : différentes formes (cercles, losanges, carrés) de différentes couleurs (jaunes, rouges, verts, bleus) sont disposées. Il y a un cadre divisé en deux et il faut placer une forme à gauche, une autre à droite en invalidant cette règle « S’il n'y a pas de carré rouge à gauche, alors il y a un cercle jaune à droite. » Quelle forme allez-vous mettre à gauche et quelle forme allez-vous mettre à droite ?

Réfléchissez un instant avant de lire la suite. La majorité des individus vont se tromper, et mettre un carré rouge à gauche et un cercle jaune à droite. Ils ne perçoivent que ce qui a été cité dans la règle, alors que « la réponse logique (Système 2), rare spontanément, est par exemple un carré bleu à gauche et un losange vert à droite. Il faut donc inhiber le carré rouge et le cercle jaune » (pp. 65-66). Pour corriger ce biais, l’équipe a testé trois choses : l’inhibition de la stratégie d’appariement ; l’explication logique du raisonnement ; la simple répétition de la tâche. Ils ont observé par imagerie cérébrale le raisonnement avant et après l’explication. Avant la correction de l’erreur par apprentissage de l’inhibition, c’est la partie arrière du cerveau qui travaille ; après, c’est la partie préfrontale… ( « c’est celle préfrontrale » n’est pas une tournure très heureuse)

Le syllogisme est l’autre grande forme de déduction logique. Voici deux exemples. Le premier pour les enfants. a) Les éléphants sont des mangeurs de foin b) Les mangeurs de foin ne sont pas lourds c) Question : Les éléphants sont-ils lourds ? La plupart des enfants répondront que oui, car leur réponse est intuitive. Autre syllogisme pour les adultes a) Toutes les roses sont des fleurs b) Or certaines fleurs fanent vite c) Donc certaines roses fanent vite. Sur ce syllogisme, beaucoup d’étudiants de grandes universités américaines le valident alors que c’est faux. En effet, même si les roses sont des fleurs et que certaines fleurs fanent vite, rien ne peut affirmer que les roses font partie de ces certaines fleurs qui fanent vite.

Si l’on peut remarquer que le développement cognitif est accidenté, on peut tout de même voir que les bébés sont logiques et rationnels. Il y a donc un paradoxe, car intuition et logique entrent en compétition et « il faut un solide système 3 d’arbitrage pour inhiber les erreurs de raisonnement et de jugement qu’induit le système 1 » (p. 106). Et c’est justement là que l’école a un rôle à jouer en développant la pédagogie de la résistance cognitive. Pour un bon développement cognitif, il faut donc apprendre à combattre ces heuristiques qui sont finalement « nos propres impulsions, intuitions, croyances, stéréotypes et erreurs cognitives » (p. 17). Ce sont les parents et l’école qui doivent développer cette capacité. Pour cela, il faut développer le cortex préfrontal qui joue un rôle essentiel dans cet apprentissage de l’inhibition. Les neurones s’activent et envoient des signaux aux autres neurones inhibiteurs qui prennent alors le relais.

5. La résistance pour un monde meilleur

Il est nécessaire de comprendre que le cerveau est à la fois fragile et fort. Il est influençable. Malheureusement, les algorithmes logiques et moraux du cerveau peuvent être « court-circuités, inconsciemment, par des heuristiques ou automatismes de pensée et d’action (émotions, croyances, etc.) que le cortex préfontal doit, au cas par cas, parvenir à inhiber, à retenir » (p. 99). Les deux premiers systèmes (heuristiques et logique) se développent plus rapidement que le système inhibiteur qui reste d’ailleurs très fragile.

Au vu des résultats des syllogismes, il est indéniable que « c’est cette fragilité cognitive, intrinsèque, du raisonnement humain – existant bien chez chacun d’entre nous ! - qui peut être exploitée par les procédés de radicalisation auprès de certains individus »(p. 105) Le cerveau peut être déréglé au nom de religions et idéologies. Ces personnes, en situation de fragilité ou de rupture sociale, sont exposées à des images émotionnelles fortes et à des fausses déductions.

L’éducation sociale doit se faire à l’école. « Le développement social de l’enfant est aussi caractérisé par un mécanisme d’inhibition, mécanisme qui joue un rôle-clé pour apprendre à considérer le point de vue d’autrui. » (p. 107) Le cerveau a une heuristique égocentrée persistante et dominante. Il est possible d’apprendre à inhiber l’égocentrisme du cerveau en faisant du théâtre, en jouant par exemple à des jeux de rôle, à des jeux de coordination des points de vue spatiaux et sociaux (c’est-à-dire se mettre à la place d’une autre personne). Tout cela permet d’éveiller sympathie, empathie, tolérance, pluralité des opinions… Dans le cas contraire, le cerveau devient « dur, rigide et radicalisé » (p. 117).

On sait à présent que pour que les enfants développent un raisonnement critique, il faut développer le contrôle inhibiteur du cortex préfrontal. Certains jeux sont très pertinents dans cet apprentissage de la résistance : Jacques a dit ; Ni oui Ni non ; 1, 2, 3 Soleil. Les jeux qui mettent une règle en place, puis l’inverse permettent également de développer l’inhibition. Pour les adultes, il existe le Wisconsin Card Sorting Test (WCSR, test de tri de cartes), ou encore le test de Stroop (Des mots de couleur sont écrits dans une autre couleur.

Il s’agit alors de lire la couleur d’impression et non le mot. Par exemple, le mot VERT est écrit en rouge, il faut donc dire rouge, et non vert), le Trail Making Test… En tant qu’enseignant, il s’agit aussi de regarder les enfants en difficulté autrement et de se demander s’ils n’ont pas « des difficultés à inhiber un automatisme (heuristique) qui court-circuite la bonne réponse (algorithme) dans leur cerveau » (p. 87). Il en est de même pour les parents qui doivent intégrer le modèle du développement cognitif non linéaire.

6. Conclusion

Entre réflexion personnelle, psychologique et pédagogique, l’auteur propose une explication du développement et du fonctionnement du cerveau chez les bébés, enfants et adultes. Il s’arrête tout particulièrement sur le cortex préfrontal nécessaire à la résistance, au contrôle de soi, à la tolérance et à la paix… Les bébés ont, dès les premiers mois, le sens moral et le sens social. Pour conserver ceci, il faut éduquer ce cortex préfrontal, il faut proposer une éducation qui permette de résister à la manipulation et à l’endoctrinement.

Cet ouvrage permet de lutter contre les erreurs cognitives, les préjugés, les stéréotypes, les barbarismes, les guerres, les massacres, l’intolérance… Apprendre à résister, c’est devenir un être doué de sympathie et d’empathie…

7. Zone critique

Cet ouvrage d’Olivier Houdé est très enrichissant, car il donne les clefs du fonctionnement du cerveau et de l’intelligence. Son autre ouvrage, L’École du cerveau, est malgré tout mieux ficelé, car il offre une structure plus claire, ce qui facilite la lecture des non-spécialistes.

Pour compléter cet ouvrage, il est possible de se tourner vers Les lois naturelles de l’enfant de Céline Alvarez que l’auteur cite d’ailleurs.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Apprendre à résister, Paris, Le Pommier, 2017.

Du même auteur– Grégoire Borst, Le Cerveau et les apprentissages, Paris, Nathan, 2018.– Gaëlle Le Roux, Psychologie du développement cognitif, Paris, PUF, 2015.– 10 leçons de psychologie et de pédagogie, 2006.

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