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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Comment tout peut s’effondrer

de Pablo Servigne et Raphaël Stevens

récension rédigée parCatherine Lomenech

Synopsis

Histoire

Comment tout peut s’effondrer annonce la fin de notre civilisation. Étayé par les 25 pages de notes de fin d’ouvrage démontrant pourquoi et comment notre monde va disparaître, Pablo Servigne et Raphaël Stevens ont tenu à placer l’humain au centre de leur étude des catastrophes annoncées. Il nous faudra faire le deuil de sociétés que nous avons toujours connues développées ou en voie de développement. Mais c’est bien pour éveiller notre lucidité et nous aider à nous préparer à quitter nos références qu’ils ont décidé de tant nous bousculer. Ce livre dérangeant veut nous pousser à imaginer comment inventer un autre avenir sur les vestiges de nos systèmes actuels avec ce qui restera de la Nature.

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1. Introduction

Notre belle planète présente des signes inquiétants de dégradation. Notre atmosphère ainsi que notre climat se transforment. Nos civilisations modernes vivent désormais dans un système de croissance constante et d’ultra technologie. Or les moteurs de nos sociétés se sont emballés : surconsommation, inégalités croissantes, surpopulation… et le monde semble entraîné dans une course éperdue vers l’avant.

Comment cela va-t-il évoluer ? La question n’est plus de savoir si tout notre système peut s’écrouler, ni même de savoir quand. Les sceptiques diront que rien n’est prouvé, qu’il est possible d’interpréter les données scientifiques pour effrayer les populations.

Pablo Servigne et Raphaël Stevens rappellent pourtant que tout est possible. Le tsunami de 2004 n’avait pas été annoncé et pourtant il s’est produit, la crise de 2008, à l’inverse, avait été prévue par certains économistes, cela n’a pas empêché qu’elle ait lieu. Ils ont écrit ce livre pour nous prévenir. Il n’est pas question de nous faire paniquer ni de nous décourager. Leur volonté est de nous préparer à affronter les graves crises à venir. Certaines se produisent déjà et nous obligent à nous adapter. Il semblerait que nous le fassions d’ailleurs plutôt bien en nous montrant solidaires, voire héroïques quand des vies sont en jeu.

Plus nous serons prêts à accepter les pertes qui nous attendent, plus nous nous engagerons à inventer un autre avenir et à imaginer d’autres manières de replacer notre humanité au cœur de son environnement.

2. Qu’est-ce que la collapsologie ?

Au-delà des faits scientifiques qui les ont conduits à rédiger Comment tout peut s’effondrer Pablo Servigne et Raphaël Stevens ont pris conscience de la difficulté de parler de l’effondrement sans avoir l’air de parler de la fin du monde. L’imaginaire collectif est rempli de références aussi fantaisistes qu’irrationnelles.

Entre le bug de l’an 2000 et la prophétie Maya de 2012, il a été question de tellement de cataclysmes annoncés que la perspective d’un effondrement global des systèmes ne représente rien qui accroche l’esprit humain. Le mot effondrement (collapse en anglais) lui-même reste assez limité, il évoque un éboulement, une chute brutale donne l’image de choses qui s’écroulent ; il parle aussi d’anéantissement, de disparition, de décadence, de ruine. Comment pourrions-nous nous projeter dans l’idée de l’effondrement du monde ?

Nous n’avons pas la moindre idée – même les mieux informés – de comment cela se passera. Est-ce le système bancaire mondial qui va lâcher le premier ? Est-ce une catastrophe naturelle ? Il se trouve qu’à force d’assister à des drames survenus ici ou là sur la planète, nous avons acquis l’impression que ce ne sont que des événements ponctuels et localisés desquels la Terre et les hommes finissent toujours par se remettre…

Outre la difficulté, pour ceux qui ont pris conscience de l’imminence de catastrophes inévitables, de se forger une quelconque image de ce qui nous attend, vient s’ajouter le déni radical de tous ceux qui n’ont pas encore pu mesurer la réalité des dégradations irréversibles déjà survenues. Quand bien même nos dirigeants auraient conscience de la nécessité d’agir, comment feraient-ils ? Il semble déjà bien difficile et bien long de négocier le moindre accord entre pays, comment imaginer que les gouvernements, comme un seul homme, décident de faire entrer le monde en décroissance pour préserver la planète ?

Les auteurs parlent de collapsologie, mais que disent-ils ? Que la croissance constante de nos systèmes industriels (limités par la capacité des ressources en énergies fossiles) va s’arrêter dans un avenir proche. Que notre planète a subi de notre part des dégradations irréversibles. Que nous entrons inexorablement dans une période d’instabilités incessantes. Que nous ne pourrons échapper à des événements tragiques que la mondialisation et l’interconnexion de tous nos systèmes diffuseront dans le monde entier à une vitesse qui nous dépassera.

Et si la collapsologie était une nouvelle science humaine destinée à nous préparer à développer notre adaptabilité, notre imagination et notre créativité ?

3. Le mouvement de la détérioration environnementale s’accélère

Ce qui peut amener à penser que tout peut s’effondrer ?

C’est la convergence des facteurs d’accélération de crise constatés dans tous les domaines étudiés. Par exemple si l’on regarde la biodiversité. Des quantités d’espèces sont apparues et ont disparu dans la nature depuis toujours et c'est normal, c’est le cycle de la vie sur Terre. Mais récemment le taux de disparition des espèces ainsi que le rythme de la disparition d’interactions écologiques ont explosé par rapport à la moyenne relevée à partir de l’étude des fossiles.

L’activité humaine entraîne de plus en plus de disparitions de territoires qui abritaient des plantes, des animaux et bien d’autres richesses organiques qui, par effet d’interactions écologiques, maintenaient un équilibre sur toute la chaîne de la vie. On sait maintenant que l’interaction écologique s’est déjà considérablement détériorée au moment où l’on se rend compte qu’une espèce a perdu les 30% de sa population qui représentent le seuil à partir duquel elle est déclarée en danger… Selon François Ramade, professeur d’écologie à l’université de Paris-Sud le nombre de ruches aurait chuté en France de 70% depuis 1996. Or 75% des espèces agricoles cultivées fonctionnent par pollinisation.

Parmi les phénomènes qui se sont accélérés récemment, le réchauffement climatique commence déjà à impacter notre vie sur la Terre. La température globale est montée de 0, 85°C depuis 1880 et le rythme a augmenté ces 60 dernières années. Les vagues de chaleur et de sécheresse qui se sont manifestées partout dans le monde ont déjà commencé à faire des victimes. L’accord de Paris (22/04/2016) visant à limiter le réchauffement sous les 2°C avant 2100 n’empêchera pas des situations catastrophiques de se produire.

Nous sommes contraints de constater que la situation climatique engendre déjà des effondrements localisés et ponctuels bien réels.D’autres phénomènes s’accélèrent sur un rythme exponentiel également : l’appauvrissement des ressources de pêche en raison de l’augmentation de la quantité capturée, la diminution des territoires agricoles au profit des espaces habités, l’acidification des océans, la concentration en CO2…

4. La fin des énergies fossiles annonce la chute des systèmes financiers

Les mêmes courbes d’accélération exponentielle dans les domaines socio-économiques viennent corroborer le postulat d’un effondrement.

C’est le cas pour le pétrole qui est présent dans tout notre système de transport mondial qu’il s’agisse du commerce, de la pêche ou de la construction de nos infrastructures. Selon les statistiques les plus récentes fournies par BP statistical review of World Energy 2014, la moitié des vingt premiers pays producteurs (soit plus des trois quarts de la production pétrolière mondiale) ont déjà franchi leur pic. Le pic est le seuil correspondant au débit maximum d’une ressource énergétique avant que ne commence son déclin.

D’une manière générale tous nos systèmes ont besoin d’énergie pour fonctionner, or plus inquiétant encore que le déclin des ressources, leur taux de rendement énergétique est en train de diminuer. Ce déséquilibre s’aggrave et nous conduit à la catastrophe.

Les énergies renouvelables ne sont pas assez puissantes actuellement pour compenser le déclin des énergies fossiles. Le problème est que pour développer massivement les énergies renouvelables qui pourraient se substituer à cette pénurie annoncée, il faut de l’énergie fossile, des minerais, de l’uranium, des métaux entre autres. En définitive c’est toute la base de la croissance mondiale qui se retrouve remise en cause par le déclin inévitable des énergies fossiles.

Le problème de notre monde actuel est que notre système économique, notamment bancaire, repose sur l’endettement et les taux de crédit, c’est-à-dire sur un système en croissance perpétuelle. Et la croissance s’obtient sur l’énergie (création des produits de consommation, transport, infrastructures…) Qui va tomber en premier, le système bancaire ou la réserve de pétrole ?

Si un seul phénomène s’accélérait, même de façon exponentielle, il serait encore temps de trouver la parade. Mais force est de constater que tous les sujets étudiés montrent la même vitesse de dégradation en même temps.

5. Se préparer oui mais à quoi ?

Nous ne savons pas quand ni comment tout peut s’effondrer. Peut-être que l’effondrement est déjà en cours : nous assistons à de multiples phénomènes climatiques, politiques… comment savoir si le processus n’est pas déjà entamé et si ces enchainements de catastrophes ne sont pas déjà notre nouvelle normalité ?Il existe des modèles mathématiques qui permettent d’étudier les comportements et l’évolution de nos différents systèmes.

Les auteurs se sont attardés sur le « Rapport Meadows » ou « rapport au club de Rome » publié sous le titre the limits of growth en mars 1972 et vendu à plus de 12 millions d’exemplaires dans le monde. À l’époque les chercheurs avaient introduit toutes les données du monde (nourriture, ressources, population, industries, pollution…) dans un énorme système informatique pour en sortir les modèles d’évolution. Leur premier résultat annonçait un effondrement systémique dans les 150 ans si rien n’était fait pour réduire l’instabilité de notre fonctionnement.

Plusieurs fois remis à jour, le premier résultat semble maintenant dépassé par la réalité de l’accélération exponentielle de notre monde. Dennis Meadows concluait lors de ses dernières interventions dans les années 2011/2012 qu’« il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer aux chocs et construire dans l’urgence des petits systèmes résilients. »

De son côté, l’ingénieur russo-américain Dmitry Orlov a proposé un cadre théorique de l’effondrement en cinq stades gradués en ordre de gravité croissant (dans l’idée d’une échelle de Richter) : Dans l’ordre se dérouleraient :• L’effondrement financier, le moment où les banques basculent ;• L’effondrement économique, plus de transport, les pénuries se multiplient ;• L’effondrement politique. C’est le stade auquel l’URSS s’est effondrée. Les politiques et les services publics ne tiennent plus ;• L’effondrement social. Les réseaux de proximité lâchent ;• L’effondrement culturel. La violence prend le pas sur les valeurs humaines.

Personne n’a encore atteint ce stade.

Récemment il a rajouté un sixième stade : l’effondrement écologique, quand l’environnement est trop abîmé pour se reconstituer.

D’une manière générale c’est l’inertie de tout notre système qui le condamne à s’effondrer. On a vu que la finance est verrouillée par la nécessité d’une croissance constante laquelle oblige le monde à continuer à puiser dans les réserves énergétiques. Les sociétés sont enfermées dans leurs organisations sociales et politiques.

Aucun pays ne se risquerait à se lancer dans une décroissance qui le déconnecterait du réseau mondial. Et même en ce qui concerne les populations, il est loin le temps du Moyen-âge où la peste s’est attaquée à une seule population localisée en un point précis du monde. Maintenant nous pouvons aussi exporter nos maladies et infecter la planète entière à grande vitesse. Ce sont d’autres raisons de la gravité des phénomènes à venir.

6. La sociologie de l’effondrement. Comprendre et accompagner la réaction des populations

L’Histoire de l’humanité a déjà connu des effondrements, les anciennes civilisations, les Mayas, l’Empire romain, plus récemment, la chute de l’URSS. À chaque fois, l’humanité s’en est remise. Ce qui diffère aujourd’hui, c’est que nous sommes tous interdépendants. Nous ne pouvons fonctionner que les uns avec les autres. Combien reste-t-il encore d’objets intégralement conçus et fabriqués dans un même pays depuis la matière première jusqu’à la livraison aux utilisateurs ?

Mais quand on évoque le futur, face à l’annonce d’un événement tragique ou d’un drame imminent, il existe plusieurs manières de réagir. Deux d’entre elles retiennent l’attention : l’accablement et le déni. L’accablement peut conduire au renoncement : « Tout est perdu, il n’y a plus rien à faire. » Selon ses références culturelles, chacun peut alors sombrer dans sa vision de l’apocalypse. D’aucuns iront se réfugier dans des concepts pseudo-religieux de fin du monde annoncée du type de ce que nous ont déjà servi bien des prophéties comme « 2012, la fin du monde ». D’autres, plus cinéphiles, se projetteront dans un monde désertique au milieu des vestiges de la civilisation, voué à une violence du type « Mad Max ». Chacun visualise l’effondrement à sa manière.

Face au renoncement à tout espoir, le déni est une autre forme de réaction, une manière de se protéger aussi : « Mais non cela n’arrivera pas. Ils (sans que l’on sache toujours qui) trouveront bien quelque chose, un médicament, une solution… » Certains préfèrent même affirmer que tout est mensonge et manipulation de chiffres. C’est de cette façon que nous réagissons par rapport à ce que nous ne connaissions pas ou par rapport à ce que nous ne maîtrisons pas. Plus les risques deviennent imminents, plus il y aura de monde pour défendre diverses théories du complot. Il nous paraîtra plus simple d’imaginer un groupe de coupables qui, depuis leur sérail, dirigeraient le monde avec notre argent, que de nous avouer que nous participons tous à la destruction de notre planète par nos petites désinvoltures quotidiennes et nos lâchetés ordinaires.

Nous savons tous qu’il s’agit d’une forme de mensonge que nous nous faisons à nous-mêmes. Nous savons tous que l’effondrement est possible, mais nous n’avons pas toujours la force en nous pour accepter la réalité.

7. Conclusion

Pablo Servigne et Raphaël Stevens constatent, lors des conférences qu’ils animent, que beaucoup de personnes réagissent finalement positivement. Ils sont heureux en quelque sorte que l’on parle de l’effondrement. Ils reconnaissent qu’au fond d’eux-mêmes ils sentaient bien que cela ne pouvait pas durer et se montrent soulagés qu’enfin le sujet soit abordé sérieusement.

C’est ce qu’ils souhaitent : une nouvelle prise de responsabilité, l’imagination d’une nouvelle manière de vivre qui permettrait à nos enfants de retrouver la joie et la saveur de la vie sur la Terre.

8. Zone critique

La théorie de l’effondrement a ses opposants. Le géologue américain Don J. Easterbrook pense que le réchauffement n’est pas lié à l’homme et s’inversera à la prochaine oscillation de la température de la mer. En France, Claude Allègre est connu pour son scepticisme sur le risque climatique. Des économistes contestent le rapport Meadows. D’autres considèrent que l’intelligence humaine saura inventer des solutions techniques permettant de maintenir le rythme de la croissance continue.

Pourtant le nombre des sceptiques diminue. Les controverses concernent davantage le déroulement des événements que le risque d’effondrement lui-même. Les protagonistes s’opposent maintenant sur les conséquences de l’effondrement.

Ils proposent des solutions différentes : permaculture, recyclage, démocratie participative, low-technologie, décroissance, monnaies locales…leurs luttes sont politiques, idéologiques ou scientifiques. Tout cela renforce l’idée que le doute n’existe plus. Notre monde semble bel et bien arrivé au stade d’une crise majeure qui a déjà commencé.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Comment tout peut s'effondrer. Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes, Paris, Seuil, coll. « Anthropocène », 2017.

Des mêmes auteurs– Avec Gauthier Chapelle, Une autre fin du monde est possible, Paris, Le Seuil, 2018.

Autres pistes– Dmitry Orlov, Les cinq stades de l’effondrement, Le retour aux sources, 2016.– Dennis Meadows, Donella Meadows, Les limites de la croissance : Le rapport Meadows 30 ans après, Paris, Rue de l’échiquier, 2017.– Jared Diamond, Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Paris, Gallimard, Folio, 2009.– Joseph Tainter, L’effondrement des sociétés complexes, Vincennes, Le retour aux sources, 2013.

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