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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Et si ça n'avait été que de la chance ?

de Philippe Marsaud

récension rédigée parFlorence DabadieProfesseure agrégée de Lettres Modernes. Auteure, rédactrice Web et correctrice.

Synopsis

Économie et entrepreneuriat

Cet ouvrage raconte l'histoire de la startup « Attractive World », née de l'idée audacieuse d'un jeune financier de 25 ans, Ludovic Huraux. Sont donc retracées de manière chronologique la genèse, les réussites et les difficultés de l'entreprise à travers le parcours de son créateur que rien ne prédestinait à devenir entrepreneur. L'auteur organise son récit autour de six parties constituant les différentes étapes de l'histoire d'Attractive World jusqu'à la naissance de son projet Shapr.

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1. Introduction

Dans la préface, Ludovic Huraux revient sur l’origine de l’ouvrage. C’est en mettant de côté son ego qu'il a dévoilé « la réalité d'une aventure entrepreneuriale », les moments de joie, de fierté, de doute et de perte de confiance en soi. Il dit avoir compris « à quel point le succès [est] aussi relatif qu'incertain, et qu'il ne [peut] être l'indicateur d'une vie réussie ». Le véritable « bonheur entrepreneurial » réside selon lui dans « l'accomplissement d'un projet en ligne avec ses aspirations profondes » (pp. 8-9). Le parcours de Ludovic Huraux prouve que la réussite repose sur une grande détermination, sur des qualités humaines, mais aussi sur le hasard et la chance.

2. Une forte volonté d’entreprendre

Cette envie d'entreprendre vient de loin. Tout petit déjà, il a un goût prononcé pour la compétition sportive : l'essentiel est de gagner. Il est aussi obsédé par l'argent. Lycéen, il parie en bourse. Aussi, est-ce tout naturellement qu'il se lance dans des études de commerce. Chez Industries et Finances Partenaires, son premier CDI obtenu en 2005, il ressent de l'insatisfaction : il travaille avec des entrepreneurs certes, mais lui n'entreprend pas. Or, son véritable souhait n’est pas de faire carrière dans la finance, mais plutôt d’exprimer des choses, de créer.

Entreprendre, c'est se confronter en permanence au risque de tout perdre. Il faut un déclic pour se lancer, une « bonne idée » (p. 34). En 2006, celle du site de rencontre s’impose. Ludovic y puise la force de faire une croix sur la solidité d'un emploi dans la finance, et se lance. C'est la même prise de risque quand il faut refaire le site après la création d'Attractive World et en fermer l'accès quelques heures. En réalité, cela dura deux à trois semaines. Le préjudice fut énorme, mais Ludovic a fait de cet échec une force : il en a tiré la leçon qu'il faut savoir s'entourer pour bien entreprendre.

Ludovic Huraux crée avec succès. En mars 2010, la réussite d'Attractive World est incontestable. La startup a une longueur d'avance sur le marché « haut de gamme » : il estime que le moment est venu d'accélérer cette croissance et d'exporter son modèle aux États-Unis. La levée de fonds de juillet 2011 est un record. L'entreprise compte désormais 80 actionnaires. Les médias s'intéressent à Attractive World. Les apparitions de Ludovic à la télévision se font de plus en plus nombreuses.

Mais entreprendre consiste avant tout à réaliser un projet. En 2012, Ludovic et ses co-équipiers, Vincent et Cyril, sont moins motivés maintenant que le succès est installé : il n'y a plus de défi à relever, il n’y a qu’à gérer. Ludovic veut créer à nouveau. Aussi pense-t-il à une version américaine d'Attractive World tout en n'excluant pas la possibilité de vendre le site. Mais devant le constat que le succès ne viendra pas de l'autre côté de l'Atlantique et qu'il vaut mieux concentrer ses efforts sur le marché français, il annonce à son équipe qu'il n'est plus l'homme de la situation et qu'il souhaite évoluer vers de nouveaux projets.

On est à l'été 2013 et il s'agit de Shapr, un projet destiné à être lancé aux États-Unis. C'est toujours un réseau social de rencontre, mais dédié cette fois à la vie professionnelle. L'idée est de révolutionner le networking en se basant sur un réseau de qualité. La première levée de fonds est très encourageante : 3 millions de dollars sont récupérés. En 2016, il organise une 2ème levée de fonds pour Shapr. Fin juin 2017, il a recueilli 16,5 millions de dollars depuis 2015, et l’application compte 700 000 utilisateurs.

3. Des rencontres décisives

Le parcours de Ludovic Huraux est jalonné de rencontres importantes et capitales, qu'elles soient dues au hasard, au culot ou au système de réseau.

Il y a tout d’abord l’amitié. Autour de lui, ses deux plus anciens amis, Nicolas et Rodolphe, l’encadrent, le poussent et l'encouragent. Lorsque Ludovic est tenté de prendre un virage pour créer un site de rencontres mais tergiverse encore, c'est la rencontre avec les compagnes respectives de Rodolphe et Nicolas qui lui permet de vaincre ses dernières hésitations. Enfin, à New-York en avril 2015, il peut compter sur l'amitié et l'admiration de son stagiaire, Thomas Bouttefort, pour lui redonner de la force et l’aider à réagir quand il vit très mal l'impasse dans laquelle se trouve Attractive World et le démarrage difficile de Shapr.

Il y a aussi ceux qui décèlent en lui un potentiel incontestable au point de lui faire très rapidement confiance : les grands entrepreneurs que Ludovic contacte avec audace, en faisant fonctionner ses réseaux. Enfin, la chance et le hasard favorisent des rencontres décisives. Le jeune homme sait saisir toutes les occasions.

En mai 2008, après les débuts florissants d'Attractive World, il sent qu'il faut refaire le site, mal conçu selon lui. Il lui faut de l'argent. Il appelle aussitôt Loÿs de la Soudière, vice-président d'une banque d'investissement. Ludovic évoque avec enthousiasme le lancement de son entreprise et séduit le grand financier. Ce dernier présente Ludovic à Jean-Romain Lhomme, co-dirigeant de Colony Capital Europe, puis à Marc Ménasé, le co-fondateur de l'agence média interactif Addvise Media : tous deux acceptent d'aider Ludovic. Ce dernier séduit ensuite Florent Rey, fondateur de la holding d’investissement Aloïs Finance, qui lui présente à son tour Olivier Bertrand, un self-made-man leader dans la restauration. Il obtient en tout 550 000 euros.

Notre jeune entrepreneur bénéficiera des mêmes jeux de réseaux et de bonnes rencontres lors de ses levées de fonds ultérieures. Le succès du site grandit et en même temps le nombre d'actionnaires et d'investisseurs se multiplie. Le système de réseau a bien joué son rôle.

Mais le hasard et la chance expliquent aussi le succès, à condition que ces opportunité soient saisies.

À l'image de cette rencontre improbable, devant un ascenseur, avec Georges Chryssostalis, qui a créé sa société de conseil et d'achat médias. Ils sympathisent et Ludovic lui expose son projet. Le grand patron investit dans la première levée de fonds d'Attractive World. Autre exemple de rencontre basée sur le hasard, celle de Eva Haller, une voisine de siège dans l'avion qui ramène Ludovic de New York en mai 2012. Elle a créé une société de marketing et de recherche et a été sélectionnée comme l'un des 21 leaders du XXIe siècle. Séduite par la spontanéité de Ludovic, elle le prend sous son aile à chaque fois qu'il va à New York. Son petit-fils deviendra le directeur marketing de Shapr.

4. Portrait d'un homme charismatique et pugnace

Ludovic ne manque pas d'audace : ceci explique en partie son succès. En stage à IMG McCormack dans le cadre de sa 3e année à l'IPAG Business School, il se plonge dans la lecture de la Bible de la finance, Vernimmen : Finance d'entreprise. Il adresse un mail à Pascal Quiry, professeur de finance à HEC chargé de réactualiser cet ouvrage. Il reçoit une réponse, un lien se crée entre les deux hommes et leurs échanges se font de plus en plus réguliers.

C’est un exemple parmi d’autres qui montrent la pugnacité et la détermination de Ludovic. Il convainc en quelques minutes les investisseurs qu'il vient rencontrer. Tous ont la même impression : cet homme est déterminé et sait créer un climat de confiance. Sa force de persuasion est grande, il séduit ses interlocuteurs : bref, il est charismatique. En 2011, 80 actionnaires lui font entièrement confiance, à tel point que ceux-ci le soutiennent encore quand il perd 1 million de dollars pour son projet Shapr en 2015.

De son passage à Industries et Finances Partenaires il a appris combien il est important d'écouter, de prendre des conseils auprès de ses co-équipiers ou de ses investisseurs. Devenir entrepreneur n’est pas une aventure solitaire. Cependant, quand l'équipe historique prend ses distances en 2008, Ludovic se retrouve seul. Il souhaite tout de suite être épaulé pour améliorer le produit. Il recherche un responsable marketing et trouve le bon : Vincent Bobin.

Puis c'est au tour de Cyril Ferey, au début de l'année 2009, d'être recruté. Les trois hommes forment un excellent trio. Ludovic sait que les bonnes idées peuvent aussi venir des autres, à l'image d'Audrey qui propose d'organiser des événements au cours desquels les membres d'Attractive World pourront se retrouver en nombre. Cependant, s'appuyer sur l'avis des autres ne l'empêche pas de faire ses propres choix, d'être réactif et rapide dans sa prise de décisions.

5. De bonnes intuitions et des choix intelligents

En 2007, une fois les statuts de l'entreprise déposés, Ludovic hésite encore à faire le grand saut. Il est dur de quitter une situation solide pour un projet fragile. Trois ans plus tard, il a réalisé son envie.

Les choix de Ludovic sont intelligents. Au départ de l'aventure, il a l'intuition que le marché du site de rencontres va se segmenter en fonction des attentes et des styles de vie. Ceci le décide à proposer un service de rencontre plus haut de gamme que ses concurrents directs tels que Meetic : Attractive World s'adresse aux « célibataires exigeants ». De même, il est judicieux de mettre en avant Audrey et Nicole : installer une plateforme de rencontre créée par deux femmes rassurera les futures clientes du site. Ludovic a encore une autre bonne intuition : il décide que la sélection à l'entrée sera le critère déterminant et que les membres voteront eux-mêmes pour sélectionner les nouveaux candidats.

Pour le nom du site, il est important de faire sérieux et élégant : Attractive World convient parfaitement.

Pour que le site démarre bien, il est nécessaire de commencer avec 1 000 membres « fondateurs ». Les candidatures sont nombreuses. Six mois plus tard, ils sont 780. La liste est complétée par des relations des membres fondateurs. Ainsi, Ludovic a rendu son projet réel. Ses intuitions étaient les bonnes.

Ludovic est aussi un financier. Chacune des levées de fonds qu'il décide tombe au bon moment. Il s'appuie pour cela sur la presse : émissions et articles valorisent l'image d'Attractive World. En filigrane se glisse l'idée que la singularité et la qualité du site légitiment le tarif de l'abonnement payant. En 2012, Attractive World investit 4 millions d'euros dans l'achat d'espaces télé et la notoriété de la marque grandit.

6. Transparence et humilité

Ludovic Huraux aime communiquer, s'ouvrir aux autres et ne pas tricher. Sa transparence est une qualité, mais surtout un atout. C'est une forme d'humilité qui se retrouve aussi dans sa manière, parfois, de reconnaître ses faiblesses.

La transparence est ainsi au cœur de la stratégie de communication de Ludovic. Il ne cache rien à ses investisseurs. Ainsi, lorsqu'il rencontre Cyril Ferey et qu'il souhaite le recruter comme CTO, il lui dit tout des erreurs commises. Ses actionnaires apprécient cette manière qu'il a de les tenir une fois par mois au courant de tout ce qui se passe dans l'entreprise, y compris quand la situation n'est pas satisfaisante. Ludovic ajoute à cela des contacts individualisés avec chacun des actionnaires. Loin de les inquiéter, cette transparence renforce la confiance qu'ils ont en lui. Il est capable de reconnaître ses erreurs, comme celle de n'avoir pas suffisamment investi sur le produit lui-même.

Nul n'est à l'abri de faiblesses et d’échecs. Lorsqu'il n'a plus le feu sacré parce qu'Attractive World n'est plus amené à évoluer, Ludovic ne le montre pas. Ses actionnaires pensent aujourd'hui qu'ils ont fait une erreur en le suivant dans l'aventure Shapr alors qu'il n'avait pas encore soldé son implication dans Attractive World. Le recrutement de Pauline Tourneur pour le remplacer à la direction de l'entreprise n'est pas une réussite : il ne l'épaule pas assez. Certes, il l'entretient de toutes les décisions qu'il prend, mais elle n'a pas le temps de prendre la mesure de l'esprit de cette startup. Ce qu'elle engage n'apporte pas de résultat. S'est-il, de son côté, suffisamment impliqué dans la passation de pouvoir ? En tout cas, il n'a peut-être pas voulu voir les difficultés qu'elle rencontrait. De plus, son attitude est paradoxale : il se prépare à partir d'Attractive World mais se comporte comme s'il y restait.

Enfin, l'échec de l'application Shapr, qui se profile peu après son lancement en 2015, est très mal vécu par Ludovic. L'heure est au bilan. Il comprend que son bonheur est ailleurs et a le sentiment de devenir quelqu'un d'autre. Son retour à Paris est un moyen de retrouver « l'esprit startup » et d'être à nouveau celui qui entraîne tout le monde autour d'un même rêve.

7. Conclusion

Cet ouvrage retrace l'histoire d'une success-story : la réussite d'un projet qui pouvait au départ semblait périlleux. Philippe Marsaud s'attarde sur tous les moments fondateurs de l'histoire d'Attractive World : la création, la recherche d'investisseurs, les levées de fonds, les grandes décisions. Le caractère plaisant de l'ouvrage tient au fait qu'il est le récit d'une aventure, l'histoire d'une entreprise bien-sûr, mais avant tout celle d'un homme.

On sent poindre ici ou là une certaine admiration de la part de l'auteur devant ce parcours exceptionnel. Il apparaît qu'entreprendre est un travail de chaque jour, un recommencement perpétuel. Sans doute est-ce la raison des lignes qui démarrent le livre : un prologue évoquant un moment de doute chez Ludovic Huraux, puis son ressaisissement. En opérant ensuite un retour en arrière, Philippe Marsaud retrace « sans filtre » l'aventure d'Attractive World jusqu'à la création de Shapr.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Et si ça n'avait été que de la chance ? , « L'aventure sans filtre d'Attractive World à Shapr », Paris, StartupBegins, 2017.

Autres pistes

– Jean-Baptiste Rudelle, On m’avait dit que c’était impossible, Paris, Stock, 2016.– Guillaume Declair, Bao Dinh et Jérôme Dumont, La 25e heure – Les secrets de productivité de 300 startuppers qui cartonnent, Paris, Jérôme Dumont, 2017.– Valentin Decker, Devenir remarquable à l'ère du numérique : Comment choisir de ne pas mener une vie par défaut et avancer avec ambition ?, Amazon KDP, 2017.

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