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Servir

de Pierre de Villiers

récension rédigée parAna PouvreauSpécialiste des questions stratégiques et consultante en géopolitique. Docteur ès lettres (Université Paris IV-Sorbonne) et diplômée de Boston University en relations internationales et études stratégiques. Auditrice de l'IHEDN.

Synopsis

Histoire

La démission, en juillet 2017, du général de Villiers de ses fonctions de chef d’état-major des armées a profondément marqué les Français. Le présent ouvrage lui a permis d’expliquer sereinement la situation et de lever le voile sur les relations complexes entre le pouvoir politique et les militaires dans la France du XXIe siècle. Dans un contexte géostratégique et sociétal grevé d’incertitudes, ce chef militaire rassure l’ensemble de ses compatriotes en montrant la stabilité de l’institution militaire et en mettant en exergue les compétences professionnelles et les qualités humaines des personnels servant au sein des forces armées. La motivation principale qui sous-tend cette démonstration consiste à redonner l’espoir à la population française déboussolée, depuis quelques années, par une succession d’événements traumatisants, tant à l’intérieur du pays, avec l’extension de la menace terroriste, qu’en dehors de ses frontières, avec, à la fois, la multiplication des conflits de basse et haute intensité et l’irrésistible montée en puissance d’États qui se posent désormais en rivaux de la puissance française.

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1. Introduction

La démission, en juillet 2017, du général de Villiers de ses fonctions de chef d’état-major des armées a profondément marqué les Français. Le présent ouvrage lui a permis d’expliquer sereinement la situation et de lever le voile sur les relations complexes entre le pouvoir politique et les militaires dans la France du XXIe siècle.

Dans un contexte géostratégique et sociétal grevé d’incertitudes, ce chef militaire rassure l’ensemble de ses compatriotes en montrant la stabilité de l’institution militaire et en mettant en exergue les compétences professionnelles et les qualités humaines des personnels servant au sein des forces armées.

La motivation principale qui sous-tend cette démonstration consiste à redonner l’espoir à la population française déboussolée, depuis quelques années, par une succession d’événements traumatisants, tant à l’intérieur du pays, avec l’extension de la menace terroriste, qu’en dehors de ses frontières, avec, à la fois, la multiplication des conflits de basse et haute intensité et l’irrésistible montée en puissance d’États qui se posent désormais en rivaux de la puissance française.

2. Un contexte géostratégique singulier

L’effondrement de l’ordre bipolaire qui prévalait pendant la guerre froide a laissé la place à l’affirmation de deux menaces distinctes de plus en plus prégnantes, la menace terroriste et le « retour des États-puissances ». Cet amer constat a balayé les illusions de l’immédiat après-guerre froide et les espoirs d’une prospérité durable grâce aux « dividendes de la paix » induits par une hypothétique réduction des dépenses militaires.

Pour l’auteur, notre monde est dangereux, la guerre a changé de visage et l’histoire s’écrit de manière inédite sous nos yeux. En effet, en 2017, année de publication de cet ouvrage, la France vient de subir une série d’attaques terroristes laissant dans leur sillage une atmosphère de sidération dans l’ensemble de la société. Pour en sortir, le général de Villiers appelle à se ressaisir et à analyser objectivement la menace que représente l’islam radical. Cette idéologie transnationale et mondiale, à la fois mobile et mouvante dans ses modes d’action, frappe de manière imprévisible, défiant ainsi les efforts des services de renseignement et les analyses des prospectivistes. Elle frappe par le biais soit d’actions en réseaux, soit d’actes individuels.

Autre menace majeure : celle de la nouvelle montée en puissance d’États qui ont leur stratégie propre et qui, depuis plus d’une décennie, ont procédé à un réarmement massif, comme en témoigne l’augmentation (entre 5 et 10%) du montant de leur budget dédié aux dépenses militaires. C’est le cas des puissances russe et chinoise.

En Mer de Chine, au Proche et au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans la bande sahélo-saharienne, les intérêts de la France, mais plus généralement ceux des puissances occidentales, sont désormais menacés. Des entités et des États ont pour objectif la destruction de nos sociétés occidentales.

3. Le visage changeant de la guerre

Si ces diverses menaces paraissent distinctes, elles ne sont pour autant pas disjointes. Des divisions et des rivalités nouvelles ne cessent de se greffer les unes aux autres, rendant le décryptage des conflits de plus en plus difficile.

Comme on l’a vu sur le théâtre syrien, aux rivalités entre certaines des grandes puissances membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (États-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne) est venu se juxtaposer l’affrontement des visions sunnite et chiite et les allégeances qui en ont découlé au niveau régional. Cette configuration particulière a eu pour effet de multiplier les risques d’embrasement de nouveaux territoires et l’enlisement des guerres.

Le visage de la guerre est en perpétuelle mutation. Partout, les crispations sont nombreuses contribuant à la montée des tensions. Les chefs militaires et les dirigeants politiques sont confrontés au surgissement imprévisible de surprises stratégiques. Des bandes armées se comportent comme des États.

C’est le cas de l’organisation État islamique. Cette particularité, à laquelle s’ajoutent le plus souvent des modes d’actions non conventionnels, met à rude épreuve la séparation entre sécurité intérieure et sécurité extérieure, obligeant les stratèges et les décideurs à s’adapter dans l’urgence à des réalités nouvelles.

4. L’exigence d’une transformation continue des forces armées

Toute organisation est censée se réorganiser en permanence pour subsister. Au vu de ces nouveaux défis, l’institution militaire n’échappe pas à cette exigence, surtout depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement du monde bipolaire qui s’en est suivi. Les équilibres figés de la guerre froide ont laissé place à un monde mouvant, de plus en plus incertain et dangereux. Les hautes autorités militaires, prenant en considération les concepts édictés en matière de doctrine militaire par l’Alliance atlantique, mais aussi ceux définis par l’Union européenne, mettent en œuvre la transformation des forces armées.

La transformation de l’institution militaire désigne « le changement de la forme, ou de la structure de nos forces militaires ; de la nature de notre culture et de notre doctrine militaires pour soutenir ces forces ; et de l’optimisation des fonctions de combat afin de répondre plus efficacement aux complexités des nouvelles menaces auxquelles notre pays doit faire face », selon la définition émanant du commandement des forces interarmées des États-Unis et généralement partagée par l’ensemble des Alliés dans l’OTAN.

Dans une optique messianique, le général de Villiers croit à la place singulière de la France sur la scène internationale et à la nécessité pour le pays de continuer à défendre l’usage de la force légitime pour faire reculer la violence aveugle. Le nombre de missions qui incombent à la France sur la planète n’a jamais été aussi élevé depuis la guerre d’Algérie, avec 30 000 soldats français déployés en permanence en posture opérationnelle dans le monde. Plusieurs milliers de soldats opèrent sur le territoire national dans l’opération Sentinelle.

Afin d’éviter la défaite face au visage changeant de la guerre, le général de Villiers exhorte le pays à avoir une paix d’avance plutôt qu’une guerre de retard. Car il faut garder à l’esprit que, si chaque guerre puise ses racines dans des temps anciens (on le voit par exemple en 2020, dans le conflit qui a enflammé le Nagorno-Karabakh), elle sera toujours moderne dans sa forme. Pour faire face à cette réalité, l’auteur propose de distinguer sept caractéristiques structurantes des engagements actuels et futurs qui devraient permettre d’éviter de cuisantes défaites militaires. Ce sont les « 7D » : le durcissement, le délai, la durée, la dispersion, la dissémination, la désinhibition et la digitalisation.

5. L’argent demeure le nerf de la guerre

Au vu des missions ambitieuses que les forces armées doivent désormais mener pour affronter les nouveaux défis géostratégiques de ce siècle, un effort budgétaire majeur doit être consenti.

C’est dans cette optique que l’auteur défend les positions déterminées qu’il a prises en tant que chef d’état-major des armées, en juillet 2017, en plaidant pour le respect par l’exécutif de ses promesses de consentir un effort budgétaire à hauteur de 2% du PIB, comme le recommande d’ailleurs l’OTAN à l’ensemble des Alliés. Le ministre de l’Action et des Comptes publics de l’époque, Gérald Darmanin, avait annoncé, dans le cadre d’une politique de réduction des dépenses publiques, une réduction de 850 millions d’euros du budget de la Défense. Le général de Villiers a déploré, à cet égard, l’écartèlement qu’implique en France l’obligation de lutte contre le dépassement des 3% de déficit budgétaire, tout en répondant à l’impératif des 2% du PIB énoncé par l’OTAN.

Les forces armées ne peuvent pas être en mesure de mener à bien les ambitions stratégiques qu’affiche le pays sans recorréler au plus vite les missions et les moyens. Et ce, afin de continuer à régénérer l’outil militaire tout en le modernisant. Cette urgence de la régénération nécessite des choix et des arbitrages politiques difficiles et courageux. À titre d’exemple, la dissuasion nucléaire, qui est l’« assurance-vie » de la nation, permet à la France de garder son statut parmi les autres puissances nucléaires, membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Celle-ci a un prix qu’il ne faut pas rechigner à payer.

6. La jeunesse française est le socle des forces armées

Sans les jeunes et donc sans un recrutement continu, les forces armées ne peuvent survivre et se régénérer. À la jeunesse, le général de Villiers entend présenter, par le biais de cet ouvrage, sa vision idéale du commandement. Il brise ainsi les préjugés sur une institution souvent vue de l’extérieur comme monolithique avec une liberté d’expression réduite à l’extrême pour ceux qui y servent.

Il souhaite réaffirmer devant les jeunes que l’adhésion de façade n’est pas satisfaisante, mais que la confiance entre les subordonnés et leurs chefs constitue le cœur du système militaire. Il cite volontiers à cet égard le maréchal Lyautey : « Quand j’entends les talons claquer, je vois les esprits qui se ferment. » Il faut selon lui viser l’obéissance active, l’obéissance d’adhésion qui l’emporte sur la contrainte, car commander dans l’armée ne consiste pas simplement à gérer des individus comme des employés ordinaires. Le chef militaire doit être capable d’emmener ses soldats jusqu’au sacrifice ultime.

En ces temps troublés, en rejoignant les forces armées, les jeunes de tous horizons doivent pouvoir trouver un sens à leur existence parfois déstructurée et un ensemble de valeurs exaltantes pour les guider.

7. Conclusion

La connaissance des missions des forces armées est primordiale pour qui veut décrypter le fonctionnement réel de l’appareil d’État français. Cet effort de transparence est particulièrement appréciable de la part d’un ressortissant de la « Grande muette », expression longtemps utilisée pour désigner une institution qui, par le passé, s’est montrée souvent peu encline à la communication.

Au terme de l’analyse du général de Villiers, l’image de l’armée apparaît plus engageante. Elle fait figure à la fois de vigie et de roc sur lesquels le peuple français peut en toute confiance faire reposer ses espoirs de paix, d’équilibre, voire de prospérité retrouvée.S’adressant aux jeunes français, le général de Villiers met en avant les valeurs cardinales des forces armées, notamment celles d’honneur et de fidélité, et leur laisse entrevoir, par ce biais, un avenir fondé sur un engagement à la fois utile au pays et satisfaisant sur le plan personnel.

8. Zone critique

Écrit dans un style à la fois précis, clair et accessible au grand public, en dépit de la complexité des questions abordées, cet ouvrage est particulièrement riche en enseignements concernant les missions des forces armées françaises. Cependant, malgré les efforts indubitablement sincères du général de Villiers pour les décrire avec le plus d’honnêteté possible, ce travail est le fruit de la vision d’un officier général sorti d’une école de formation des officiers. Cette vision est inévitablement différente de la perception de la réalité de la vie militaire par des jeunes engagés dans le service des armes sans formation ni diplôme.

Par ailleurs, cet ouvrage pourrait amorcer une réflexion encore plus approfondie sur les relations entre le politique et le militaire, à la lumière des expériences vécues dans d’autres pays tels que la Turquie où, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de l’actuel président Recep Tayyip Erdogan, le pouvoir militaire jouissait d’une prééminence sur le pouvoir politique. En France, et dans les autres démocraties occidentales en général, l’idée que le pouvoir politique prévaut sur le pouvoir militaire n’est quasiment jamais remise en question. Mais cette relation particulière mériterait tout de même d’être réexaminée, ne serait-ce que pour redynamiser la vie démocratique.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Pierre de Villiers, Servir, Paris, Fayard, 2017.

Du même auteur– Qu’est-ce qu’un chef?, Paris, Fayard, 2018.Général Pierre de Villiers, L’Équilibre est un courage, Paris, Fayard, 2020.

Autres pistes– Frédéric Encel et Yves Lacoste, Géopolitique de la nation France, Paris, Presses universitaires de France, 2016.– Jean Guisnel et Bruno Tertrais, Le Président et la Bombe. Jupiter à l’Élysée, Paris, Odile Jacob, 2016.– Ana Pouvreau, Le Système Légion. Un modèle d’intégration des jeunes étrangers, Paris, L’Esprit du Livre, 2008.– Pierre Servent, Extension du domaine de la guerre, Paris, Robert Laffont, 2016.Général Pierre de Villiers, « Soyons fiers de nos armées françaises », Le Figaro, 13 juillet 2017.– Philippe Wodka-Gallien, La Dissuasion nucléaire française en action, Saint-Laurent-le-Minier, Decoopman, 2019.

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