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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

La Part du colibri

de Pierre Rabhi

récension rédigée parKarine ValletProfesseure certifiée de Lettres Modernes.

Synopsis

Société

La Part du colibri est un essai dans lequel l’écologiste Pierre Rabhi amène son lecteur à s’interroger sur le devenir de l’humanité et de sa planète. Des multiples exactions commises à l’encontre des animaux et de l’environnement aux inégalités qui divisent l’espèce humaine, l’auteur dresse un tableau dont le personnage principal est l’homme, aux commandes d’une planète qu’il détruit à petit feu. Il nous invite ainsi à reconsidérer nos modes de vie et à agir pour retrouver paix et harmonie.

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1. Introduction

Pierre Rabhi est un écologiste engagé et il le démontre une fois de plus avec son essai intitulé La Part du colibri, publié en 2014. Ce texte court et percutant est un véritable réquisitoire contre les dérives des sociétés contemporaines : fondées sur le capitalisme, elles reposent sur une consommation illimitée des ressources planétaires etmettent en péril la survie de l’espèce humaine.

Revendiquant un changement radical de modèle économique et de gestion environnementale, l’auteur plaide pour un retour aux sources et aux valeurs fondamentales que sont la nature et la satisfaction des besoins élémentaires. Mais pourquoi un tel revirement est-il aujourd’hui devenu une nécessité écologique et humaine majeure ? Est-il encore possible d’enrayer un processus qui conduit l’humanité à sa perte ? C’est en répondant à ces questions que Pierre Rabhi souhaite amener ses contemporains à une prise de conscience.

2. L’espèce humaine déconnectée des réalités écologiques

Aujourd’hui, le monde est confronté à une crise économique et sociale qui se double de conséquences environnementales dont l’envergure laisse présager les pires scénarios. Néanmoins, Pierre Rabhi fait un constat désabusé : la prise de conscience n’est pas à la hauteur de ce qu’elle devrait être à l’heure actuelle. Il note même une indifférence généralisée aussi bien au niveau individuel que national ou international. Si des mesures sont effectivement prises par les dirigeants politiques, il les juge nettement insuffisantes et inefficaces au vu de l’urgence écologique à laquelle la planète doit faire face. Pour preuve, la part allouée à l’environnement en France est parfaitement dérisoire puisqu’elle ne concerne que 0, 28 % du budget global.

Quant aux différents sommets internationaux visant une ligne d’action commune et la mise en place de solutions, ils s’avèrent inopérants et sans impact concret décisif. C’est cette absence de réactivité et ce manque de lucidité sur l’ampleur des dégâts infligés à la planète qui a conduit Pierre Rabhi à initier, en 2002, un projet présidentiel en vue de bousculer les mentalités et de répondre à la léthargie des politiques.

Mais comment expliquer ce désintérêt général concernant le devenir de la planète ? L’auteur émet l’hypothèse que la modernisation massive en serait une des causes majeures. L’ère industrielle, si florissante et prometteuse à ses débuts, a conduit l’homme à se libérer des rythmes et limites imposés par la nature qui lui permettaient autrefois de vivre en harmonie avec elle. En habitant dans des villes dominées par l’architecture humaine, où la nature n’est présente qu’à dose infinitésimale, les hommes ont perdu tout contact avec la diversité du vivant.

Cette fracture est illustrée par la méconnaissance du travail de la terre et des modes de production de la nourriture qu’ils consomment. Les êtres humains évoluent par conséquent dans des espaces urbains qui les déconnectent de leur terre nourricière, comme en témoignent les ressources alimentaires prêtes à consommer dont ils ne connaissent ni l’origine, ni le processus de production. Pour Pierre Rabhi, les modes de vie modernes ont créé une « rupture psychique » (p. 30) avec la nature qui désolidarise l’homme de son environnement.

3. Des progrès humains aux effets délétères

Pierre Rabhi concède à l’humanité une qualité : son intelligence la rend capable de prouesses hors normes. Celles-ci se révèlent hélas à double tranchant. Les outils de communication modernes, tels qu’Internet par exemple, permettent d’instaurer un lien permanent entre les individus et d’engendrer de la convivialité. Ils révèlent toutefois la profonde solitude dans laquelle vivent un grand nombre de personnes. Le dispositif économique sur lequel sont basées les sociétés contemporaines offre, quant à lui, la garantie à tous de vivre dans des conditions dignes grâce à des soutiens financiers ou alimentaires assurés par les gouvernements ou des structures indépendantes. Mais pour l’auteur, la nation « est maintenue artificiellement par une sorte de perfusion permanente et un acharnement thérapeutique qui masquent la réalité et qui dédouanent l’État de sa responsabilité à l’égard des citoyens » (p. 26).

Ce système d’entraide n’est donc qu’un miroir aux alouettes dont la pérennité est plus que discutable : qu’adviendra-t-il aux populations qui en bénéficient en cas de crise économique sévère et d’impossibilité de subvenir à leurs besoins élémentaires ? Enfin, les progrès scientifiques et industriels qui améliorent le quotidien ne profitent qu’à une minorité de la population mondiale et ne cessent de creuser les inégalités.

L’agriculture moderne intensive fait partie des solutions inventées par l’homme qui ont des effets pernicieux. Destinée à produire en masse une alimentation végétale et animale, elle pourvoit bien entendu à la subsistance des pays qui l’ont développée. Mais le revers de la médaille est loin d’être glorieux. Les moyens déployés ont des conséquences destructrices sur l’environnement et la présence humaine. Les campagnes sont dénaturées par la présence de surfaces agricoles toujours plus grandes qui provoquent la « dévitalisation de l’espace rural transformé en désert de maïs, de blé ou de tournesol » (p. 31). Les sols, quant à eux, sont appauvris par la surexploitation et infestés de produits chimiques nocifs pour la biodiversité et la santé des populations.

L’auteur rappelle d’ailleurs que l’exposition aux pesticides cause le décès de plus de 20 000 personnes par an. L’agrochimie est donc une technique de production invasive et nuisible : elle fabrique des ressources en détruisant le terreau qui lui permet de les produire.

4. La faillite des systèmes de production

Le constat est sans appel : l’humanité vit au-dessus de ses moyens et ne cesse de ponctionner la planète. Mais c’est oublier que les ressources à notre disposition ne sont pas illimitées et qu’elles se tarissent à vue d’œil. Pourtant, l’idéologie du superflu est largement relayée par la publicité qui a pour but de faire naître en nous des besoins que nous n’avons pas. Le cercle est sans fin : pour le profit, on maintient les citoyens dans une insatisfaction constante qui ne cesse de faire croître la demande.

À ce jeu-là, l’espèce humaine se leurre si elle pense pouvoir perpétuer et généraliser à l’infini ce système de croissance. Selon une étude du WWF citée par l’auteur, si tous les êtres humains menaient le train de vie d’un Français ou d’un Américain moyen, il faudrait l’équivalent de 2 à 7 planètes supplémentaires pour répondre à leurs besoins. Pour Pierre Rabhi, le « dépôt de bilan planétaire » (p. 18) est donc plus que probable si rien ne change.

À cela s’ajoute le fait que notre mode de production alimentaire n’est pas rentable. Alors que le changement climatique et l’épuisement des ressources fossiles, telles que le pétrole, sont à l’aube d’engendrer des conflits et des disparités toujours plus grandes entre les nations, nous utilisons une énergie considérable pour créer une quantité dérisoire de nourriture. Ce déséquilibre souligne l’absurdité de notre système agricole et des moyens mis en œuvre.

L’auteur s’appuie sur des données chiffrées particulièrement signifiantes : on produit par exemple un seul kilo de maïs avec 400 litres d’eau, tandis qu’un bœuf destiné à nourrir 1 500 personnes nécessite une quantité de nourriture telle qu’elle pourrait subvenir aux besoins alimentaires de 15 000 individus ! En puisant plus que nous ne produisons, nous participons au déclin prévisible de notre espèce et de notre planète.

5. Des solutions collectives et durables

Pierre Rabhi considère qu’il est plus que temps de renouveler notre agriculture en recourant à des procédés de production raisonnés et respectueux du vivant sous toutes ses formes.

Pour lui, cela passe par l’agroécologie. Aux fondements de cette pratique agricole, l’idée que la terre nourricière se revitalise d’elle-même grâce aux organismes dont elle est constituée. Il suffit donc de laisser les mécanismes biologiques et naturels opérer pour obtenir des sols régénérés et durablement fertiles. En ceci, l’agroécologie est l’exact opposé de l’agriculture industrielle qui mise sur la performance par le recours aux engrais chimiques. Elle permet de fournir à la population des « denrées de haute qualité nutritive [produites] selon des principes écologiques préservant les biens communs indispensables à la survie que sont la terre, l’eau, la biodiversité végétale et animale » (p. 24).

Il est par ailleurs nécessaire de déployer de nouvelles stratégies économiques. Pour cela, il convient de repenser le fonctionnement de nos sociétés. Selon l’auteur, l’orientation à privilégier est celle de la relocalisation des activités commerciales, artisanales et agricoles. La proximité avec le consommateur est en effet la clé pour diminuer les impacts néfastes de la pollution liés aux transports de marchandises et pour redynamiser le travail des petits producteurs locaux. Elle est aussi une réponse viable au problème de l’agriculture et de l’élevage intensifs.

En recentrant la production et le circuit de distribution au niveau local, les exploitations agricoles reprendront taille humaine et garantiront le respect du patrimoine nourricier, qu’il soit animal ou végétal. La microéconomie est donc une solution salutaire et indispensable, d’autant qu’elle n’exclut pas le principe des échanges nationaux et internationaux en cas de nécessité ou d’indisponibilité de certains biens.

6. Amorcer un changement des mentalités

Pour que l’ensemble de ces mutations sociales soient rendues possibles, les mentalités de chacun doivent évoluer en profondeur. L’être humain doit adopter une posture en harmonie avec la nature. Il ne doit plus s’obstiner à la dominer pour la soumettre à des besoins toujours plus exigeants, ni lui infliger des traitements qui vont à l’encontre des processus naturels. Cette symbiose n’est envisageable que si l’homme prend conscience que la biodiversité qui l’entoure est essentielle à sa pérennité sur Terre et que toute atteinte au vivant est un pas de plus vers sa finitude. Pour que cette nouvelle société se construise sur des bases solides et saines, le changement doit également intervenir au niveau des rapports que l’être humain entretient avec ses semblables. Bienveillance et sens de l’équité doivent être les figures de proue qui orientent les relations entre les personnes.

L’homme se doit par ailleurs d’être un acteur engagé de ce changement. C’est ce que nous enseigne la légende amérindienne du colibri qui s’efforce d’éteindre un feu de forêt en versant quelques gouttes d’eau sur les flammes, alors que les autres animaux demeurent immobiles devant la progression du sinistre. Tout comme le colibri, il est de la responsabilité de chaque être humain d’agir à la mesure de ses moyens au quotidien. Cet engagement doit aussi passer par l’éducation des plus jeunes. Pour Pierre Rabhi, il est fondamental que celle-ci permette aux enfants de renouer avec le goût de la solidarité, au lieu de développer chez eux des aptitudes à la compétition.

7. Conclusion

Dans La Part du colibri, Pierre Rabhi synthétise sa pensée autour d’une idée majeure : il faut replacer l’homme et la nature au cœur de nos modes de vie.

C’est la seule issue pour permettre à l’espèce humaine d’assurer sa survie. L’auteur prône donc le principe de la décroissance pour répondre aux dérives actuelles de l’hyperconsommation et de la surproduction, qui nous mènent tout droit à une catastrophe humaine et écologique d’envergure planétaire.

8. Zone critique

Les théories sociales et agroécologiques de Pierre Rabhi sont largement inspirées des précurseurs dans ce domaine : l’agronome allemand Ehrenfried Pfeiffer, qui a contribué à l’émergence de l’agriculture biologique, ou la biologiste Rachel Carson qui, dès 1962, a alerté sur les dangers de l’agrochimie avec son ouvrage Printemps silencieux et a provoqué une véritable prise de conscience.

Si Pierre Rabhi s’inscrit dans le courant écologique au sens large, il est néanmoins un partisan fervent de la décroissance soutenable qui privilégie la rupture avec le modèle de société capitaliste existant et la surconsommation déraisonnée qu’elle implique. En cela, il rejoint des penseurs tels que le biologiste et moine bouddhiste Matthieu Ricard ou l’économiste Nicholas Georgescu-Roegen. Les adeptes du développement durable s’opposent à cette théorie parfois jugée utopiste. À l’image de Nicolas Hulot ou de l’écologiste américaine Hunter Lovins, ils prônent la conciliation entre croissance économique et préservation de l’environnement.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– La Part du colibri : l’espèce humaine face à son devenir, Paris, Éditions de l’Aube, 2018.

Du même auteur

– Du Sahara aux Cévennes, Itinéraire d’un homme au service de la Terre-Mère, Paris, Candide, 1983.– Vers la sobriété heureuse, Arles, Actes Sud, 2010.– L’Agroécologie, une éthique de vie (et Jacques Caplat), Arles, Actes Sud, 2015.

Autres pistes

– Laurent de Bartillat et Simon Retallack, Stop, Paris, Éditions du Seuil, 2003.– Rachel Carson, Printemps silencieux, Éditions Wildproject, Coll. « Domaine sauvage », 2014.– Cyril Dion, Petit manuel de résistance contemporaine, Paris, Éditions Actes Sud, 2018.– Nicolas Hulot, Le Syndrome du Titanic, Paris, Éditions Calmann-Lévy, 2004.– Théodore Monod, Et si l’aventure humaine devait échouer, Paris, Éditions Grasset, 2000.

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