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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Parenting

de Raphaële Miljkovitch et Francis Poisson

récension rédigée parCatherine Piraud-RouetJournaliste et auteure spécialisée en puériculture et éducation.

Synopsis

Développement personnel

Comment élever correctement son enfant ? Une question qui agite de nombreux parents, notamment depuis le milieu du 20e siècle, où les théories éducatives prônant un meilleur respect de la personnalité et des besoins des bambins ont connu un immense essor. À ces approches s’ajoutent les avis et les manières de faire de l’entourage élargi de la famille. Autant d’injonctions, souvent contradictoires, qui font que les familles ne savent plus à quel saint se vouer. Ce livre propose une approche novatrice, la « méta-éducation », qui consiste à analyser les multiples facteurs qui les empêchent, de manière plus ou moins consciente, de se sentir compétentes et légitimes dans leur rôle éducatif.

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1. Introduction

Comme le rappelle le sous-titre du livre : « Le parent aussi est une personne ». Pour être un « méta parent » – savoir un parent conscient des divers freins qui l’empêchent d’exercer pleinement et librement sa parentalité et apte à agir sur ceux-ci - l’adulte ne doit pas tomber dans le « piège » de l’empathie qu’il ressent pour sa progéniture et ne pas se laisser détourner par les désirs immédiats de celle-ci, en perdant de vue son intérêt à long terme. Il doit aussi s’extraire des principes et recommandations édictés par l’entourage (tant ses connaissances directes ou indirectes que les injonctions des éducateurs de tous poils) pour se recentrer sur sa propre conception de ce qui est bien pour l’enfant.

Il doit, enfin, démêler les enjeux relationnels qui l’orientent dans ses décisions et se départir de sa problématique personnelle, passée et présente, pour appréhender celle de l’enfant. Tout ce cheminement doit le conduire à une conception nouvelle de l’enfant : ni tyran ni être vulnérable, mais véritable partenaire, responsable de ses actes et nécessitant d’être guidé sur le long terme.

2. Éviter le « piège » de l’empathie pour aller vers un partenariat responsable avec l’enfant

Le concept d’empathie a pris un nouvel essor ces dernières années, avec la découverte des neurones miroirs (fait que les mêmes neurones s’activent lorsqu’un individu en regarde un autre réaliser un acte intentionnel et qu’il réalise lui-même cet acte).

En soi, l’empathie est bonne, voire vitale, pour le lien parent-enfant. Différentes théories de spécialistes de la psychologie – Carl Rogers, Heinz Kohut, Wilfred Bion – montrent les bienfaits, voire le caractère vital, de l’empathie dans la relation parent-enfant. Les études montrent que l’ancrage biologique du lien filial relève de la libération d’hormones de l’attachement, du plaisir, mais aussi de l’empathie.

Mais l’empathie peut aussi avoir des effets pernicieux. En effet, les recherches révèlent aussi que lorsqu’il s’agit de son enfant, une mère n’a plus autant de discernement. L’empathie va aussi de pair avec une désactivation des zones du cerveau concernant les capacités de jugement social. Par ailleurs, elle peut aussi tendre des « pièges » aux parents. Un enfant à qui l’on a accordé une certaine souplesse tout petit aura du mal à comprendre et à accepter, en grandissant, que l’on vienne à changer les termes du « contrat ». À la clé, des demandes qui peuvent vite devenir intenables. D’autant plus que dès les premiers mois de vie, les bébés sont conscients de l’état d’esprit de leurs parents et adaptent leur manière d’interagir avec tel ou tel en fonction de la psychologie de celui-ci. Par exemple, si un parent n’est pas du genre à s’attendrir face aux pleurs, l’enfant trouvera d’autres biais (bêtises, plaintes…) pour se faire entendre.

L’amour inconditionnel des parents envers leur enfant risque donc de les aveugler et de les laisser se faire abuser par ce dernier. De fait, certains adhèrent sans réserve au ressenti de l’enfant et acceptent d’être maltraités, arguant que l’enfant est trop jeune pour être responsable de son comportement. À la clé, une relation déséquilibrée entre un parent qui s’oublie et un enfant qui laisse libre cours à ses impulsions, ce qui entraîne une dégradation du lien et nuit au bon développement de l’enfant. Au parent, donc, d’évaluer le degré de frustration, tant affective que matérielle, et d’estimer si celui-ci se situe en deçà d’un seuil acceptable.

Par ailleurs, de nombreuses recherchent montrent que le bien-être des parents est essentiel, voire indissociable, de celui de l’enfant. Avec le développement de sa capacité cognitive, l’enfant doit être en mesure de se décentrer de lui-même, pour tenir compte des contraintes qui pèsent sur ses parents. La clé du succès est donc l’échange, le « partenariat corrigé quant au but », selon les termes du psychiatre et psychanalyste John Bowlby.

3. Les parents actuels, confrontés à une crise d’autorité et au doute permanent

Les parents d’aujourd’hui sont confrontés à différents dictats éducatifs. Au début du XXe siècle apparait en Europe un courant de pensée inédit sur le rapport à l’enfant, l’éducation nouvelle. Outre-Atlantique, le psychologue Carl Rogers préconise de porter un « regard positif inconditionnel » sur l’enfant pour qu’il s’accepte tel qu’il est et reste en contact avec son vrai « self ».

En 1946, le pédiatre américain Benjamin Spock recommande une plus grande écoute et souplesse vis-à-vis de celui-ci. Tandis qu’au Royaume-Uni, John Bowlby élabore la théorie de l’attachement qui souligne le caractère vital, pour un jeune enfant, de voir ses besoins affectifs satisfaits.

Et en France, Françoise Dolto affirme que l’enfant est sujet de lui-même, dès sa naissance. Elle lui donne le droit à la parole et le place à égalité avec l’adulte. Avec l’éducation nouvelle, l’effort d’adaptation ne doit plus venir de l’enfant, mais de l’adulte. Pour les auteurs, la question peut se pose de savoir si ces évolutions ont sont à l’origine des problèmes de discipline que rencontrent aujourd’hui les parents.

D’autres injonctions se font jour en matière d’alimentation et de soins aux enfants. Avant même la naissance de son bébé, la femme doit subir des recommandations de plus en plus draconiennes. Dès la naissance, les parents sont tenus de respecter des consignes alimentaires précises, et plus tard, on leur conseille de suivre les desiderata de l’enfant. De même, en matière de propreté ou pour choisir l’heure du coucher, il est recommandé de laisser l’enfant suivre son rythme. Troisième dictat : respecter les besoins de l’enfant. Mais comment déterminer si ce que réclame l’enfant répond à un vrai besoin ou à un caprice ?

Cet ensemble de règles allant toutes dans le sens de l’enfant et désormais intégrées par la société entraînent des doutes permanents chez les parents sur le bien-fondé de leurs décisions, qui peuvent donner l’impression d’un manque de cohérence. L’enfant perçoit aussitôt la brèche et s’y engouffre. Les auteurs dénoncent les « effets pervers d’une société qui tend à rendre les parents responsables de tout, en même temps qu’elle véhicule une image de l’enfant étant par définition bon et innocent » (p. 125). Selon eux, l’enfant participe aussi à l’éducation qui lui est donnée. Ils pointent la nécessité de soutenir les parents dans leur rôle au lieu de les culpabiliser systématiquement, afin d’aider leur progéniture dans la construction de son avenir.

4. L’enfant, enjeu au centre des dynamiques et des tensions familiales

Le parent doit aussi composer avec ce que ses proches attendent de lui, en particulier son conjoint. Parfois, la naissance peut venir révéler des problèmes de couple. D’autres parents voient dans l’enfant un rival vis-à-vis de leur partenaire. Par ailleurs, au sein de chaque couple, des compromis sont à faire en matière éducative.

En cas de désaccord, il s’agit de pondérer deux alternatives : s’opposer, au risque de dégrader l’image et l’autorité de l’autre parent, ou tolérer ? Chaque parent peut ainsi faire un « effort de décentration » pour accueillir un mode éducatif nécessairement différent, sans pour autant aller jusqu’à cautionner des agissements nuisibles pour l’enfant. Plus un parent se sentira entendu dans ses désirs concernant l’éducation de ses enfants, moins il aura besoin de se faire valoir et d’imposer ses méthodes à l’autre.

Autre problématique : lorsqu’on estime, plus ou moins inconsciemment, être dans le schéma d’un couple précaire, la tentation de « surprivilégier » le lien avec l’enfant augmente. Et lorsque la séparation est effective, l’enfant devient souvent un enjeu de taille (source de réconfort, moyen d’atteindre le partenaire…). Il place les parents dans une compétition pour le séduire. Cette compétition peut ébranler les principes éducatifs mis en place jusque-là. La rupture peut même amener les ex-conjoints à s’opposer par principe, quitte à perdre de vue l’intérêt de l’enfant. Une étude a prouvé qu’en cas de fort conflit conjugal, les parents sont plus susceptibles d’être laxistes, inconsistants, hostiles ou indisponibles. Il est important de continuer de se consacrer à apporter à sa progéniture la meilleure éducation possible, si possible en collaboration avec l’ex-conjoint.

Par ricochet, l’enfant se construit en fonction de la manière dont il est investi par chacun des adultes, en favorisant le plus possible les conditions nécessaires à une fonction parentale opérationnelle. Par exemple, un enfant pourra avoir du mal à prendre son indépendance, car il sent que l’un de ses parents a un besoin affectif ou matériel de lui très fort. Les problématiques avec les grands-parents s’ajoutent encore à cette configuration. Certains adultes restent dépendants d’eux, psychologiquement ou matériellement. Pour élever son enfant en toute liberté, il est parfois nécessaire de clarifier le rôle que l’on accepte pour les grands-parents et d’expliciter le contrat tacite qui lie les deux parties.

5. Les représentations affectives parentales : une influence majeure sur la relation à l’enfant

Chaque individu étant façonné par ses expériences passées, les parents doivent se rendre compte que la perception qu’ils ont de leur enfant est subjective et fonction de leur vécu.. La mère, au rôle essentiel dans le développement de l’enfant, est au premier rang de cette problématique. Une étude montre que dans presque trois cas sur quatre, celle-ci induit chez son enfant le même style relationnel qu’elle a elle-même vis-à-vis de ses parents. Ce qui est le cas pour seulement 37 % des pères. De manière générale, plus le parent est présent auprès de son enfant et plus sa propre façon d’être est susceptible de déteindre sur lui. Ces représentations prennent forme avant même la naissance et ne sont modifiées qu’à la marge après celle-ci.

L’intériorisation d’un schéma familial peut aussi conduire à un traitement différencié de ses enfants, selon le rang qu’ils occupent dans la fratrie ou son sexe. Les événements vécus à l’extérieur du giron familial peuvent aussi influer sur la tournure que l’on donne à son éducation. Si l’on considère avoir une revanche à prendre sur la vie, on peut chercher à compenser dans le présent, par exemple en surinvestissant l’affect si l’on en a manqué dans son enfance, ou en se sentant toujours lésé ou délaissé. Dans un prolongement de soi, l’enfant peut être considéré comme l’héritier de ces mêmes blessures. Le parent projette ainsi sur lui ses besoins et frustrations inassouvis.

Ces données ont des conséquences à long terme sur la relation avec l’enfant. Dès les premiers jours en effet, le nourrisson intériorise ses expériences affectives, qu’il gardera comme une trace tout au long de sa vie. Toute nouvelle expérience est alors filtrée à travers le spectre du vécu antérieur, bon ou mauvais. De la sorte, la personne développe une série d’attentes sur ce que ses propres comportements provoquent sur l’entourage et sur ce qu’on peut attendre de celui-ci. Une personne qui n’a pas obtenu de ses parents la sécurité affective nécessaire aura plus de mal à dépasser ses problématiques d’enfance.

6. La juste attitude : exemple, cohérence et responsabilisation, dans un gant de velours

Les parents doivent aussi voir que les gestes anodins du quotidien trahissent leurs pensées envers l’enfant, induisant inconsciemment chez celui-ci certains traits qu’ils peuvent par ailleurs déplorer. Les études montrent que le processus de « référenciation sociale » (fait, pour l’enfant, de calquer ses réactions sur celles de son entourage) débute dès l’âge de 9 mois.

Ainsi, un parent anxieux risque d’inhiber les tendances exploratrices de son enfant, en lui communiquant son anxiété ; à l’inverse, un parent qui ne craint pas pour son enfant favorisera chez lui des capacités plus grandes à apprivoiser le monde. Il leur appartient aussi de montrer l’exemple, leurs actes comptant bien plus que leurs paroles. Par exemple, à ne pas apprendre à l’enfant les incivilités, même s’il s’agit d’actes en apparence inoffensifs : uriner dans les buissons, mentir sur son âge pour ne pas payer le billet à la piscine, etc.

De même, il est important de faire preuve de cohérence. D’abord, au sein du couple parental, sous peine d’obliger l’enfant à désobéir à l’un des deux et écorner l’image du parent en tant que figure d’autorité. Ensuite, avec soi-même, pour ne pas se décrédibiliser et troubler l’enfant, en envoyant des messages contradictoires. Il est recommandé de ne pas prendre systématiquement le parti de son enfant, notamment lors de conflits avec ses enseignants : une attitude qui le conforte dans sa conception autocentrée du monde et peut lui rendre difficile l’adaptation à son environnement futur. Ce qui n’empêche pas d’écouter l’enfant et de lui faire comprendre qu’il n’est pas seul.

Enfin, la méta-éducation doit rendre les parents conscients de la nécessité d’initier l’enfant à l’autonomie dès le plus jeune âge.

Primo, en lui apprenant à assumer les conséquences de ses actes. « Quand c’est l’enfant qui paie le prix de ses agissements, il s’approprie le problème et comprend alors que c’est à lui de le résoudre », évoquent les auteurs (p. 89).

Secundo, dès lors que l’on s’est assuré que l’enfant ne court pas de véritable risque à décider par lui-même, il faut le laisser voler de ses propres ailes, en fonction de son degré de maturité. Il incombe aux parents de guider leur enfant et de le mettre en garde contre les dangers potentiels qui peuvent se présenter à lui (Internet, télévision, pratiques nocives...). Le meilleur choix est la « protection distale », où on lui transmet les connaissances lui permettant d’identifier les éventuels pièges, sans pour autant garder un œil en continu sur lui. L’explication et la sensibilisation étant plus efficaces que les sermons, surtout si une relation de confiance s’est instaurée avec eux depuis le plus jeune âge.

7. Conclusion

Le « méta parent » doit être en mesure de faire la synthèse des divers facteurs influant, de manière consciente ou non, sur ses choix parentaux. Il doit surtout apprendre à composer avec ceux-ci, afin d’opter pour la meilleure approche éducative, à la fois pour lui et pour l’enfant, sans céder aux dictats de toutes sortes. La démarche méta-éducative, qui consiste à remonter à la source de ses agissements et remettre en question les croyances sur lesquelles ceux-ci reposent, permet une gestion globale et autonome de la relation avec son enfant. C’est pour cette raison que cette approche ne propose pas de recettes éducatives : celles-ci sont à trouver à l’intérieur de soi-même, en cohérence avec ce que l’on est et ce que l’on souhaite en profondeur.

À la clé, un positionnement parental plus libre et moins culpabilisant, et une relation de meilleure qualité avec son enfant.

8. Zone critique

Un ouvrage attrayant et facile à lire, dans un style direct et concret, illustré par de nombreux exemples de la vie de tous les jours (anecdotes et schémas), mais aussi tirés de la littérature (Madame de Sévigné, Maupassant…) ou de la philosophie (Platon, Rousseau…). Une approche originale, qui décrypte les arcanes psychologiques qui se jouent derrière la relation parents-enfants, en prenant de la distance, voire le contrepied, des théories éducatives dites « bienveillantes » qui inondent les étals des librairies.

Via la notion de « méta parentalité », Parenting réhabilite la notion d’autorité parentale, voire même d’une certaine forme d’« égoïsme » parental : les auteurs rappellent que derrière tout parent se cache avant tout un être humain, avec ses forces, mais aussi ses blessures et ses faiblesses. Un discours, en cela, fondamentalement compréhensif et déculpabilisant. On peut toutefois regretter certaines répétitions et une argumentation parfois survolée.

9. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Parenting, Paris, Odile Jacob, 2018.

Autre ouvrage de Raphaële Miljkovitch

– L' Attachement au cours de la vie, Paris, PUF, 2001.– Les fondations du lien amoureux, Paris, PUF, 2009.– Psychologie du développement, Paris, Elsevier Masson, 2017.

Autres pistes

– Isabelle Filliozat, Il n'y a pas de parent parfait, Marabout, 2019– Serge Mori, Les parents parfaits n’existent pas, L’Harmattan, 2015– Pierre Massot, Etre parent à l'ère des écrans - Boîte à outils pour faire face à l'hyperconnexion des jeunes, Dangles, 2019– Elisabeth Horowitz, Les fantômes du passé : Comment les deuils familiaux influencent notre vie, Dervy, 2005

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