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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Méditations métaphysiques

de René Descartes

récension rédigée parPaul RozièreDoctorant en philosophie (ENS Lyon).

Synopsis

Philosophie

Dans les Méditations métaphysiques, Descartes cherche à fonder la connaissance. Pour ce faire, il rejette d’abord comme douteux tout ce qui n’est pas absolument certain, afin de chercher un élément entièrement indubitable, qui sera le fameux « cogito ». Il s’appuie alors sur cette certitude première afin de savoir si l’on peut légitimement se fier à notre entendement et à nos sensations pour connaître le monde.

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1. Introduction

Les Méditations métaphysiques, sont publiées en 1641 en latin, puis traduites en 1647 en français sous la supervision de Descartes. Le point de départ du texte est une inquiétude de Descartes : il se pourrait que les connaissances accumulées jusqu’à présent soient mal fondées. En effet, la science se fonde sur notre capacité à raisonner de manière logique, ainsi que sur une série d’observations empiriques. Mais qu’est-ce qui nous garantit que l’on peut s’appuyer sur nos sensations et sur notre capacité à raisonner pour connaître le monde ?

Nos sensations peuvent nous tromper, notre façon de raisonner peut être mauvaise, même si ses résultats nous paraissent absolument évidents. On tient par exemple pour évident que deux et deux font quatre, mais rien ne semble justifier cette évidence. Qu’est-ce qui nous garantit que l’on peut se fier à ce sentiment d’évidence ? Descartes cherche dans cet ouvrage à s’assurer que notre entendement et nos sensations sont bien des outils fiables sur lesquels on peut s’appuyer pour bâtir notre connaissance. Descartes présente ses Méditations comme un parcours de réflexion sur six jours : à chaque jour une méditation, qui correspond à une étape vers le fondement de nos connaissances.

2. Le doute et le cogito

L’objectif de Descartes est d’arriver à une connaissance absolument certaine. La première étape des Méditations consiste donc à distinguer, parmi nos connaissances, entre ce qui est certain et ce qui est douteux. Cela semble être une tâche immense : nous avons une énorme quantité de connaissances et il paraît difficile de les passer toutes en revues. Pour éviter cette difficulté, Descartes se focalise sur les principes au fondement de nos connaissances, car « la ruine des fondements entraîne nécessairement avec soi tout le reste de l’édifice » (p. 268).

Or nous avons acquis nos connaissances grâce à deux principes : nos sens et notre entendement (notre capacité de concevoir et de raisonner).Nos sens peuvent être mis en doute : l’expérience du rêve montre qu’il est parfois difficile de distinguer entre le songe et la réalité. Peut-être tout ce que nous vivons n’est-il qu’un songe prolongé et bien lié : il faut donc rejeter comme douteux tout ce qui nous vient des sens.

Notons que Descartes a bien conscience que sa démarche est exagérée : on a beaucoup de raisons de croire ce que nous disent nos sens, et peu de raisons de le nier. Mais pour être entièrement certain de nos connaissance, il met en place un doute qu’il dit « hyperbolique », radical : tout ce qui n’est pas absolument certain est rejeté comme douteux. Il rejette également comme douteux le second principe : l’entendement. S’il me paraît évident que deux et deux font quatre, je peux faire l’hypothèse d’un Dieu trompeur qui me fait paraître cela comme une évidence alors que c’est faux. Il est possible que tous nos raisonnements soient ainsi viciés, et que l’impression d’évidence nous éloigne de la vérité. Les deux principes de notre connaissance sont donc révoqués en doute, entraînant avec eux tout le reste.

Il y a pourtant une chose qui paraît indubitable : si un Dieu me trompe, pourtant « il n’y a point de doute que je suis, s’il me trompe » (p. 275). Le fait de douter de la véracité de mes pensées me donne au moins la certitude que je pense, et donc que j’existe. Je peux être certain que je suis au moins une chose qui pense. C’est la seule chose qui subsiste comme absolument certaine après la mise en doute radicale de toutes nos connaissances. On appelle traditionnellement cette vérité première le « cogito », car elle fut reformulée par Descartes dans les Principes de la philosophie sous la forme suivante : « Je pense, donc je suis » (cogito ergo sum).

3. Les preuves de l’existence de Dieu et l’entendement

Descartes donne deux preuves de l’existence de Dieu dans les Méditations. Ces preuves vont lui permettre de refonder les principes de notre connaissance : prouver que Dieu existe permettra ensuite à Descartes de prouver qu’il nous a donné un entendement fiable et qu’il a créé un monde corporel qui correspond à nos sensations.

La première preuve de l’existence de Dieu se fonde sur les présupposés suivants : lorsque j’ai l’idée de quelque chose, cette idée doit avoir une cause. Or la cause de l’idée doit avoir au moins autant de réalité que l’idée elle-même, c’est-à-dire qu’on ne forge pas une idée à partir de rien : un homme forge ses idées à partir de ce qu’il a vu, conçu, et par composition d’éléments (un animal mi-homme, mi-cheval, par exemple, le Centaure). Or nous avons l’idée de Dieu, c’est-à-dire d’un être éternel, infini, tout puissant, etc. Qui peut bien avoir produit cette idée ?

Selon Descartes, l’homme ne peut en être l’auteur. Seul un être éternel, infini, tout puissant peut avoir conçu une telle idée, car l’infini ne saurait sortir du fini. Le fait que nous ayons l’idée de Dieu prouve que Dieu existe, car il est le seul à avoir pu forger une telle idée et l’implanter en nous.À partir de l’existence de Dieu, Descartes peut refonder l’entendement comme non trompeur. En effet, nous avons l’idée d’un Dieu absolument parfait et le créateur de cette idée (Dieu) doit être au moins aussi parfait que cette idée. Or le fait de tromper est une marque d’imperfection, donc Dieu n’est pas trompeur. Ainsi, lorsqu’on se trouve face à une évidence telle que deux et deux font quatre, on peut sans risque estimer que c’est une vérité. Par sa première preuve de l’existence de Dieu, Descartes parvient donc à refonder l’entendement.

De cette confiance renouvelée dans l’entendement, Descartes tire une seconde preuve de l’existence de Dieu. De l’idée d’une chose (par exemple un triangle) je peux tirer ses propriétés (le fait que la somme de ses trois côtés fait toujours 180 degrés). Je ne peux pas faire autrement (je ne peux pas concevoir un triangle dont la somme des angles ne fasse pas 180 degrés). Il en va de même de l’idée de Dieu : il m’est impossible d’avoir l’idée de Dieu sans qu’il possède l’existence comme propriété. De là, on peut conclure qu’il existe.

4. L’erreur

Descartes a montré que, Dieu n’étant pas trompeur, on peut se fier à notre entendement. Et pourtant, il nous arrive de nous tromper. Comment expliquer que l’on puisse se tromper si cependant notre entendement est fiable ? Dans quelle mesure peut-on se fier à son entendement pour connaître, s’il est susceptible d’erreur ? Descartes va montrer que l’erreur n’est pas tant une défaillance de notre entendement que l’effet de notre volonté qui outrepasse ses limites.

Nous avons en nous deux facultés qui nous permettent d’affirmer et juger. D’une part, il y a notre puissance de connaître (l’entendement) et, d’autre part, il y a notre libre arbitre, notre capacité à effectuer des choix libres (la volonté). Notre entendement est très petit et borné ; nous le savons car nous éprouvons chaque jour des difficultés à comprendre certaines choses, à nous souvenir de nos raisonnements, etc. Mais notre volonté, quant à elle, semble ne pas avoir de limites. En somme, je ne peux connaître qu’un petit nombre de choses, mais je peux vouloir bien davantage, et donc affirmer et juger des choses sur lesquelles mon entendement n’a pas de prise. C’est là qu’advient l’erreur, lorsque j’affirme des choses que je n’entends pas, c’est-à-dire lorsque ma volonté outrepasse mon entendement.

Ainsi Descartes peut-il conclure que l’entendement est fiable et que Dieu n’est pas responsable de nos erreurs. L’erreur provient d’un mauvais usage de notre volonté. La solution pour éviter les erreurs est alors simple : il faut restreindre ses jugements à ce qu’on entend clairement et distinctement. De là vient le besoin d’une méthode en science, que Descartes développe dans son Discours de la méthode (1637).

5. Les corps

Je sais avec certitude que je suis une chose qui pense, que Dieu existe et que mon entendement est fiable. Il ne reste plus qu’à fonder l’existence des choses matérielles, qui est encore douteuse, et à montrer que nos sensations nous permettent de les connaître adéquatement. Or la tâche n’est pas aisée. D’une part, les perceptions sensibles des choses extérieures sont douteuses : par exemple, j’ai parfois l’impression de voir une tour ronde de loin alors qu’en réalité elle est carrée. Mais, d’autre part, on pourrait dire que les sensations de notre propre corps ne sont pas douteuses : si je me blesse, il semble difficile de remettre ne cause le fait que j’ai un corps qui me fait mal.

Pourtant, Descartes rappelle que certaines personnes amputées d’une partie du corps ressentent de la douleur dans le membre qui n’est plus là. Ainsi, même nos sensations les plus intimes semblent douteuses.

Pour prouver l’existence des corps, Descartes part du constat que nos sensations s’imposent à nous : je ne choisis pas d’avoir mal ou de voir le livre face à moi ; je reçois passivement des sensations. Ces sensations, si elles sont reçues par moi, sont bien produites quelque part. Elles ne sont pas produites par moi car je suis avant tout une chose pensante, et non une chose corporelle. Les sensations sont donc produites hors de moi : soit par des corps qui existent réellement, soit par Dieu. Or Dieu n’est pas un dieu trompeur. S’il me donne la sensation des choses matérielles, c’est que ces choses matérielles existent. On peut donc conclure que les choses matérielles existent.

Mais peut-on se fier aux sensations pour avoir une connaissance adéquate des choses matérielles ? Les sensations me sont avant tout utiles pour la vie : elles me permettent de m’orienter dans le monde selon ce qui m’est favorable ou nuisible. On est cependant ignorant de la manière dont ces sensations sont formées, ce qui mène parfois à l’erreur : l’amputé croit avoir mal au pied qu’il n’a plus. En comprenant comment ces sensations naissent en nous (par les nerfs qui amènent des signaux au cerveau), on peut éviter ces erreurs et mieux connaître le monde corporel (le nerf du pied continue à envoyer des signaux au cerveau alors même que le pied est amputé).

Ainsi, la connaissance des lois de l’optique pour la vue, de l’anatomie pour le goût et le toucher, ou encore de l’acoustique pour l’ouïe, me permettront de faire de mes sensations un outil de connaissance fiable.

6. Conclusion

Descartes part d’un doute radical portant sur notre entendement et nos sensations, et reconstruit peu à peu notre confiance en ces deux principes de notre connaissance. Pour ce faire, il met au jour un noyau de vérité absolument indubitable : il est certain que lorsque je pense, je suis. À partir de cette certitude première, il prouve l’existence d’un Dieu tout puissant et non trompeur, lequel garantit la vérité de nos évidences logiques (comme lorsqu’on trouve évident que deux et deux font quatre).

Enfin, puisque nous recevons passivement des sensations, il faut bien qu’elles aient été produites par quelque chose : soit par un monde corporel qui existe, soit par un Dieu qui, n’étant pas trompeur, ne saurait nous donner des sensations de choses qui n’existent pas. Il prouve ainsi que nos sensations font signe vers des choses corporelles qui existent effectivement. De la sorte, Descartes refonde la sensation comme un outil de connaissance fiable.

7. Zone critique

Les Méditations métaphysiques ont été mises en avant par l’institution universitaire à partir du XIXe siècle, qui les présenta comme le cœur de la philosophie de Descartes, mettant au second plan d’autres parties de son œuvre. Il n’est pas dit toutefois que Descartes ait considéré ces Méditations comme le cœur de sa philosophie, ni comme son texte le plus important.

L’ouvrage a connu une riche postérité, dont la plus fameuse est peut-être Husserl qui, dans ses Méditations cartésiennes, fait référence à Descartes pour fonder la phénoménologie, un courant philosophique qui s’appuie sur l’introspection, l’expérience vécue et l’examen des contenus de conscience. Husserl voit dans le « cogito » cartésien quelque chose de similaire à sa propre démarche. Soulignons enfin que les Méditations sont parmi les pages les plus étudiées et commentées de l’histoire de la philosophie, et qu’elles sont constamment mobilisées même chez les philosophes les plus contemporains.

8. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Méditations métaphysiques, dans Œuvres et lettres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1953 (1re éd. 1641).

Du même auteur– Discours de la méthode, Paris, Flammarion, 2016 [1637].– Les Passions de l'âme, Paris, Flammarion, 1998 [1649].

Autres pistes– Ferdinand Alquié, Leçons sur Descartes. Science et métaphysique chez Descartes, Paris, La table ronde, coll. « Le petit vermillon », 2005.– Pierre Guenancia, Lire Descartes, Paris, Gallimard, coll. «Folio essais», 2000.– Denis Kambouchner, Les Méditations métaphysiques de Descartes, Paris, PUF, 2005.– Denis Moreau, La Philosophie de Descartes. Repères, Paris, Vrin, coll. « Repères philosophiques », 2016.

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