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Voici le résumé de l'un d'entre eux.

Cessez d’être gentil, soyez vrai

de Thomas d’Asembourg

récension rédigée parFabienne Matuszynski-CamposRédactrice, correctrice, chargée de projets communication et édition.

Synopsis

Développement personnel

Depuis notre plus jeune âge, nous avons appris à taire et ignorer nos émotions et nos sentiments, à jouer un rôle afin de nous intégrer et d’obtenir la reconnaissance sociale que nous attendions. Autrement dit, nous avons appris que pour être avec les autres, il fallait se couper de soi. Pour Thomas d’Asembourg, la violence naît précisément de cette coupure : car ne pas s’écouter, ne pas se respecter, c’est d’abord se faire violence à soi-même. Cette non-conscience de soi mène tôt à tard à ne pas écouter ni respecter l’autre. Pourtant, certains outils, comme la Communication NonViolente (CNV), permettent d’aller à la rencontre de soi-même et de l’autre jusque dans les situations les plus conflictuelles.

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1. Introduction

Thomas d’Asembourg explique comment la CNV permet de se relier d’abord à soi pour pouvoir ensuite se relier à l’autre, dans une approche bienveillante, pragmatique et empirique.

Méthode de communication mise au point par le psychologue Marshall B. Rosenberg à partir des années 1970. Ce processus basé sur l’empathie, l’authenticité, l’ouverture et la responsabilité consiste à faire la lumière sur ce que nous vivons pour pouvoir communiquer en conscience, sans jugement et sans nuire à l’autre, dans l’objectif de créer du lien à travers les échanges.

En effet, son postulat est que toute forme de violence, qu’elle soit extériorisée (violence verbale ou physique) ou intériorisée (comportements à risques, addictions), trahit la plupart du temps un manque de conscience de ce qu’il se passe en soi ainsi que l’absence d’outils pour l’exprimer.

Il entreprend donc de familiariser le lecteur avec cette méthode et de l’intégrer à différents aspects de son existence (famille, enfants, conjoint, collègues…), afin de l’inviter à s’approprier ces outils et à les utiliser au quotidien pour redonner du sens à nos relations humaines.

2. Comment déjouer la faillite de la communication ?

Notre éducation nous a appris que pour être aimés nous devions respecter les règles et nous conformer aux attentes de l’autre. Nous avons appris à tenir notre rôle : un gentil garçon, une bonne épouse, un bon père, un bon collègue…. Mais nous n’avons pas appris à être simplement nous-mêmes. Nos besoins n’ont pas été écoutés, ni même reconnus.

En ne pouvant pas être nous-mêmes, en renonçant à nos besoins pour faire plaisir, nous faisons inconsciemment en sorte qu’il en soit de même pour les autres, dans un cercle vicieux sans fin. Notre éducation nous a aussi appris à prendre soin de l’autre en le prenant en charge, ce qui peut mener à la culpabilité, la colère, voire la révolte. Pourtant, prendre soin de quelqu’un, c’est avant tout avoir confiance en ses capacités de se débrouiller par lui-même, agir avec un plaisir sincère et éprouver du bien-être. Cette éducation tournée vers le faire plutôt que vers l’être a profondément influencé notre mental, nous coupant de nos sentiments pour développer notre intellect.

Les conséquences en sont – le plus souvent à notre insu – une propension à juger très rapidement et catégoriquement les autres, un fonctionnement automatique sur la base d’idées toutes faites, une pensée binaire (tout blanc ou tout noir, raison ou tort…) et un défaut de responsabilité envers nos propres sentiments. Cette prévalence de l’intellect sur les relations est une source infinie de conflits, car les émotions sont absentes de la communication. Or, qu’est-ce que communiquer ? C’est exprimer un message et en recevoir un autre en retour.

Malheureusement, si nous pouvons nous targuer de communiquer beaucoup, nous ne réalisons pas que notre communication fait faillite. Le fonctionnement de notre mental (jugements, interprétations hâtives, préjugés, rôles sociaux…) fait que nous nous contentons d’émettre des messages, sans prendre le temps d’écouter, et ce, qu’il s’agisse de s’écouter soi-même comme d’écouter l’autre.Pour s’exprimer et écouter, il faudrait faire taire le mental et quitter notre rôle pour se libérer de nos craintes et se reconnecter à nos émotions.

Car la peur de se dévoiler, la peur d’entendre la souffrance de l’autre, ou encore la peur de la désapprobation ou du rejet disparaissent face à la sécurité intérieure créée par une vraie présence à soi et à l’autre. Dès lors que l’on cesse de vouloir à tout prix se conformer à des attentes sociales et que l’on renoue avec nos authenticités respectives, la confiance se crée et l’on peut enfin cesser d’être un automate (« une gentille personne morte », selon l’expression de Marshall B. Rosenberg) pour redevenir soi-même, pleinement en vie.

3. L’observation neutre et la prise de conscience des sentiments

La CNV se décompose en quatre stades : l’observation, les sentiments, les besoins et la demande. Pour commencer, la CNV nous invite à observer les faits (paroles, attitudes, événements…), mais aussi notre réaction à ces faits, de la manière la plus objective possible, comme le ferait une caméra.

Le mécanisme est simple : nous vivons une expérience à laquelle nous réagissons. Le premier stade consiste donc à observer les faits de façon neutre, sans juger ni interpréter, afin de désamorcer d’office les processus mentaux délétères auxquels nous sommes habitués (préjugés, croyances, a priori, craintes non vérifiées…) et qui ont tendance à prendre la première place dans les conversations. Cette approche neutre est essentielle pour cesser de vivre chaque rapport humain comme un conflit.Puis, de l’observation des faits on passe à l’observation des sentiments qu’ils suscitent en nous.

Ce processus n’est pas évident, tant notre mode de fonctionnement (éducation, rôle social, pudeur…) nous a coupés de nos émotions. Il s’agit également de savoir dissocier les suppositions (mentales) que l’on s’approprie comme étant notre vérité des véritables émotions suscitées par les faits : en effet, nous sommes rarement dans la réalité telle qu’elle est et dans l’écoute de soi, tout pris que nous sommes dans nos impressions, croyances, opinions ou craintes.

Or comment exprimer un sentiment de manière adéquate, sans jugement ni interprétation ? Il est possible d’utiliser des tournures de phrases en « Je » (« Je me sens en colère… ») qui nous font prendre la responsabilité de nos émotions, contrairement au « Tu » accusateur, rendant ainsi notre discours audible pour l’autre. Toutefois, il faut veiller à ne pas s’enfermer dans un rôle de victime ou d’agresseur en utilisant des sentiments comprenant en eux-mêmes des jugements (par exemple, « Je me sens abandonné » peut également signifier « tu m’as abandonné »).

Différencier les sentiments vrais des sentiments porteurs d’interprétation est alors fort utile, car ces derniers suscitent indéniablement la peur, l’inconfort, la résistance, l’opposition ou la fuite. En effet, ouvrir le dialogue de cette manière permet à chacun d’être dans de bonnes dispositions pour écouter, mais aussi cela apporte la sécurité nécessaire pour se sentir libre de s’exprimer.

4. La clé de voûte de la CNV : la reconnaissance des besoins

Le fait d’être à l’écoute de ses besoins est souvent taxé d’égocentrisme dans notre société, alors même qu’il est impossible d’être attentif aux autres si l’on n’est pas d’abord attentif à soi. Il s’agit d’apprendre à s’écouter : les sentiments que nous vivons sont de précieux signaux qui nous renseignent sur nos besoins intérieurs, besoins que nous partageons tous même si nous n’en avons pas toujours conscience.

Ces besoins sont de plusieurs ordres : physiologiques (manger, boire, dormir), individuels (identité, sens, autonomie), sociaux (reconnaissance, partage, accueil), spirituels (confiance, bonté, joie) ou encore de célébration de la vie (deuil, gratitude, communion). Ils préexistent aux situations que nous vivons : celles-ci ne font que les activer, nous donner une occasion de les satisfaire.Identifier son besoin, c’est choisir de reconnaître ce qui vit en nous, c’est ouvrir la porte sur des solutions, parfois fort créatives et inattendues, qui n’auraient eu aucune chance d’apparaître sans ce travail d’identification.

Tous ces besoins doivent absolument être reconnus – même si tous ne nécessitent pas forcément une réponse – pour que la spirale de la violence soit désamorcée. C’est évidemment en cherchant à satisfaire une grande partie de nos besoins que nous nous ancrons dans la réalité et non dans une quête insatiable. C’est pourquoi identifier et exprimer les besoins sous-jacents à nos sentiments constitue l’étape suivante du processus de la CNV.

La seule personne qui soit responsable de nos besoins, c’est nous-mêmes. En aucun cas les autres n’ont l’obligation de combler nos besoins, même s’ils peuvent librement y apporter leur contribution. En aucun cas nous ne sommes responsables des besoins des autres et nous n’avons l’obligation de combler leurs besoins, quand bien même nous pouvons librement y contribuer. Différencier ses besoins de nos attentes quant à la façon d’y répondre reconnaît la liberté de l’autre et nous ouvre à la relation vraie et aux extraordinaires possibilités permises par un monde sans cesse en mouvement, que nous ne pouvions auparavant pas saisir à force de pessimisme, de fausses croyances et de distraction.

5. Formuler une demande concrète, réaliste, positive et négociable

Souvent, nous attendons des autres qu’ils devinent, comprennent et répondent à nos besoins alors que nous ne les reconnaissons pas nous-mêmes ; ou bien, excédés d’y avoir renoncé si longtemps, nous les leur imposons. Et s’ils n’y répondent pas, nous nous enfermons dans les reproches et le jugement. Pourtant, formuler des demandes claires et précises permettrait à nos besoins de se concrétiser dans la réalité, d’une manière ou d’une autre. C’est pourquoi l’expression préalable de nos besoins permet de donner du sens à nos demandes.

Pour créer un espace propice à la rencontre, la demande doit être formulée de manière claire, réaliste, positive (inviter à faire plutôt qu’empêcher de faire) et concrète (précise, pragmatique). Expression de notre liberté et reconnaissance de la liberté et des besoins de l’autre, la demande doit aussi toujours être négociable contrairement à un reproche ou à une contrainte, laisser à l’autre le droit de ne pas être d’accord pour pouvoir cheminer ensemble vers une solution satisfaisante pour chacune des parties. « Si nous ne formulons pas notre demande, c’est comme si nous ne nous donnions pas le droit d’exister. […] D’autre part, si nous ne formulons que des ordres ou des exigences, c’est comme si l’autre n’avait pas le droit d’exister » (p. 117). C’est précisément cette liberté créée par le caractère négociable de la demande qui permet la rencontre.

Thomas d’Asembourg insiste sur un aspect important dans l’acquisition de la méthode de la CNV : la nécessité de pratiquer. Car ce n’est que par l’accumulation d’une expérience concrète et intime que nous pouvons nous approprier le processus de la CNV, mais aussi acquérir de la confiance qui va agir contre nos idées reçues.

Nous pourrons ainsi intégrer qu’exprimer son besoin et sa demande, et, le cas échéant son besoin satisfait, ne signifient pas pour autant demander à l’autre de renoncer à ses propres besoins… et vice-versa .La certitude de rechercher ensemble une solution satisfaisante pour tous, même en cas de désaccord, génère du lien et du bien-être par la solution trouvée et au-delà, par la qualité même de la rencontre.

6. Au-delà des conflits, créer le dialogue

Derrière la crainte des conflits se cachent souvent le besoin de sécurité affective et la crainte de ne plus être aimé en cas de désaccord. Pourtant, les désaccords sont de formidables opportunités d’évolution. Ils sont en effet l’occasion d’améliorer notre connaissance de soi, nos capacités d’écoute et d’empathie, ainsi que de faire grandir notre sécurité intérieure en nous accordant respect, responsabilité et force. Ils nous permettent d’apprendre à dire « non » d’une manière constructive dans toutes sortes de situations, de s’entraîner à mieux entendre le « non » de l’autre, et aussi, parfois, de savoir dire « oui ».

Le rôle de l’empathie (compassion) dans le dialogue est de nous pousser à être présent à soi et aux autres, d’attirer notre attention sur ce que l’on vit et sur ce que l’autre vit. Pour cela, il s’agit d’écouter activement son interlocuteur sans rien dire ni rien faire, mais en ayant confiance en ses ressources, entendre les sentiments et les besoins de l’autre sans pour autant les prendre en charge, puis les reformuler pour vérifier qu’on les a bien compris, les reconnaître (ce qui ne signifie pas approuver). Prendre ce temps permet d’obtenir une communication de grande qualité, et d’éviter de se perdre dans des conflits sans fin. Quoi qu’il en soit, la compassion silencieuse est un outil largement sous-estimé qui a un vrai rôle à jouer, puisqu’elle pousse l’autre à s’écouter profondément et intimement.

Lorsqu’on ne prend pas le temps de faire ce travail d’introspection, c’est le mental, l’intellect, qui prend le dessus : les interlocuteurs se croisent sans se rencontrer, la spirale de la violence s’enclenche (que ce soit la violence envers soi ou le conflit avec l’autre), et pour se protéger on cesse d’être soi-même pour rentrer dans son rôle social. La relation à soi ne se fait pas toute seule, elle demande de fournir un effort régulier en ce sens et de s’accorder le temps et l’attention nécessaires. Malheureusement, beaucoup de personnes sont happées par l’intendance quotidienne et en oublient l’importance de ce travail intime : c’est pourquoi les lieux de parole sont si précieux, et encore trop rares.

7. La CNV, un manifeste pour la paix

Les sentiments désagréables signalent que des besoins ne sont pas satisfaits. La colère signale avec une grande urgence un manque au niveau de certains besoins vitaux.

Pourtant, savoir entendre sa colère et l’exprimer peuvent sembler difficiles car nous sommes démunis, saisis par la peur du rejet et des conséquences de notre colère. Or « enterrer une colère, c’est enterrer une mine » (p. 190) : ce ne sont pas les conséquences qui en sont destructrices, c’est la colère en elle-même. La première chose à faire est de se taire au lieu d’agresser, et d’entrer en soi pour accueillir sa colère. Identifier les besoins non satisfaits et les sentiments qui se manifestent avant de l’exprimer enfin, une fois la tension relâchée. Il faut apprendre à exprimer ses colères sans entrer dans une guerre ouverte ou pire, une guerre froide capable d’envenimer durablement une relation.

Si la CNV peut permettre de gérer des conflits dans tous les contextes d’échange(de l’éducation à la délinquance en passant par la situation de guerre), notamment par les outils qu’elle propose pour créer de la rencontre au sein même des tensions, son pouvoir ne s’arrête pas là. Pratiquer la CNV peut en effet améliorer drastiquement les relations, donner plus de profondeur et de vérité aux échanges, lutter contre les frustrations qui rendent malheureux et, par-là, nous apporter plus de bonheur et de sens dans notre vie intérieure et dans ce qui fait de nous des humains : la relation.

Il est urgent de s’employer à mieux se comprendre, à mieux nous comprendre, à prendre le temps, à prendre conscience de nos modes de fonctionnements pour réussir à désamorcer les mécanismes de la violence. Il est temps de déprogrammer nos croyances et de faire taire notre cynique résignation : il existe d’autres modes de résolution des conflits que la violence, il est possible de construire une conscience commune nouvelle où chacun pourrait s’écouter et se comprendre vraiment, dans la joie de la relation et le respect identitaire. Réaliser ce changement dès à présent relève de notre responsabilité : cultiver la paix en soi en est le premier pas.

8. Conclusion

« Chacun de nous est responsable de la guerre ou de la paix qu’il maintient dans son cœur » (p. 147) : Thomas d’Asembourg défend avec conviction l’idée que la violence est l’expression de besoins non exprimés, non reconnus et non satisfaits, et qu’elle n’est pas dans la nature humaine.

La CNV peut nous apporter des outils puissants en termes de connaissance de soi, de conscience de nos mécanismes de fonctionnement, mais aussi des subtilités et des enjeux de l’échange. Prendre conscience de ses sentiments et de ses besoins est la clé de voûte d’un système à la portée encore largement sous-estimé, un système destiné à générer la paix.

9. Zone critique

Cet ouvrage d’introduction à la CNV prend régulièrement l’allure d’un manifeste : l’auteur y expose ses convictions de manière positive dans des domaines aussi variés que l’éducation, la relation de couple ou la politique. Toutefois, il reste lucide sur les limites de ce mode de communication : trouver une solution à un conflit n’est pas toujours possible. Ce qui compte, c’est de créer la confiance et la rencontre au moyen de la qualité d’écoute et du respect. Il prône non seulement d’enseigner cette méthode dans les écoles dès le plus jeune âge, mais aussi de mettre en place de manière généralisée des espaces de parole.

Quoi qu’il en soit, ce livre pourra sans mal tenir lieu de référence à toute personne s’intéressant au développement personnel, à la communication interpersonnelle et à la gestion de conflit.

10. Pour aller plus loin

Ouvrage recensé– Cessez d’être gentil, soyez vrai ! : Être avec les autres tout en restant soi-même, Les Éditions de l’Homme, 2014.

Du même auteur– La Paix, ça s'apprend, Arles, Actes Sud, 2016.

Autres pistes– Isabelle Fillliozat, L’intelligence du cœur – Rudiments de grammaire émotionnelle, Éditions Marabout, 2019.– Françoise Keller, Pratiquer la CNV au travail – La Communication NonViolente : passeport pour réconcilier bien-être et performance, InterÉditions, Coll. Bien-Être au travail, 2018.– Christel PetitColin, Savoir écouter, ça s’apprend ! – Techniques simples et concrètes pour bien communiquer, Éditions Jouvence, 2012. – Philippe Rodet, Yves Desjacques, Le Management bienveillant – La Bienveillance est l'indicateur d'un monde encore humain, Éditions Eyrolles, 2017.– Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la Communication NonViolente, Éditions La Découverte, 2016.

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